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La renaissance de Suzanne

Par Gwendal Jaffry - L'association Sequana s'est trouvé un nouveau cheval de bataille avec la vapeur. C'est ainsi qu'elle vient... Lire la suite
En juillet 1989, les premières fêtes de Gujan-Mestras ont rassemblé nombre de bateaux traditionnels du bassin et d'ailleurs, dont la quasi-totalité des Monotypes d'Arcachon. Le plan initial de cette jolie série remonte à 1912. la voile d'Arcachon (CVA), alors présidé par Pierre Mallet, organise une régate de pi-nasses à voiles — la précédente avait eu lieu vingt ans plus tôt! C'est le premier événe-ment qui fera prendre conscience aux amoureux du bassin qu'ils sont en train de laisser perdre un patrimoine exceptionnel. Suite à cette rencontre, Hubert Charpentier crée l'Amicale des pinasseyres. De nom-breuses pinasses sont alors construites dans les chantiers locaux. Mais il faudra attendre 1989, soit presque quarante ans après les dernières régates de voiliers traditionnels, pour que ce patrimoine délaissé soit à nou-veau mis en valeur. Cette année-là, Pierre Mallet et la Fédération Aquitaine pour la culture et le patrimoine maritimes (FACPM) organisent un grand rassemblement de ba-teaux traditionnels au port ostréicole de Larros, à Gujan-Mestras. Les Bretons ont compris depuis longtemps l'impérieuse nécessité de préserver leur pa-trimoine maritime en restaurant ou en re-construisant à l'identique des bateaux en voie d'extinction ou disparus à tout ja-mais. Afin de combler ce retard, Pierre Mallet, s'appuyant sur la fédération qu'il vient de créer, organise une fête qui va ras-sembler pendant trois jours plus d'une cen-taine de bateaux du bassin ou venus de l'ex-térieur. C'est à cette occasion que l'on s'aperçoit de la richesse encore existante du Lancé en 1991, le bac à voiles Président Pierre Mallet est la première réplique fidèle de ce type de bateau de travail propre au bassin. Fait remarquable, la construction de cette magnifique unité sera suivie`par la mise en chantier de six autres bacs — et bientôt d'un septième — qui forment ainsi une véritable flottille. Une telle renaissance s'explique sans doute par le fait que les bacs à voiles sont particulièrement bien adaptés sur le bassin. !\ patrimoine maritime local. Cet événement se révèle en effet un succès total, tant par le nombre de participants que par la convi-vialité et la bonne humeur régnante. Quant au nombre important de visiteurs attirés, il prouve aussi l'intérêt que porte le grand public aux bateaux traditionnels. Hélas! quelques jours après la fête, Pierre Mallet, victime d'un accident, nous quitte à tout jamais. Sa disparition cause une im-mense tristesse dans le monde de la plai-sance arcachonnaise. Elle est plus cruelle-ment ressentie encore par les "plaisanciers traditionnels", qui craignent qu'en l'ab-sence de cette forte personnalité, le renou-veau des bateaux en bois ne soit stoppé. Fort heureusement, la relève sera assurée. Pierre Mallet avait lancé le projet de faire construire, collectivement, un bac à voiles. Baptisé Président Pierre Mallet, celui-d est mis à l'eau en 1991, grâce à Noël Gruet, qui pré-side désormais la fédération, et à l'enthou-siasme de l'équipe qui l'entoure. Les gens du bassin redécouvrent alors un bateau com-plètement disparu du plan d'eau depuis plu-sieurs décennies. Bateau de travail très utili-sé jadis par les ostréiculteurs, le bac à voiles servait également pour le transport de divers matériaux, tels les poteaux de mines prove-nant de la forêt de pins voisine. Grâce à la fête de Larros, en 1989, et à la mise à l'eau du bac Président Pierre Mallet, nombre de plaisanciers vont se lancer dans la restauration de bateaux extirpés de leur garage ou de leur jardin où ils sommeillaient depuis de nombreuses années. Mais la fédé-ration créée par Pierre Mallet n'a jamais pu Ouragan II, un Loup construit à Bordeaux en 1953, a été racheté et restauré par un plaisancier de Gujan-Mestras. se remettre de sa disparition. Les présidents qui se succèdent ne parviennent pas à ras-sembler les différentes associations pour me-ner des actions ou des projets communs. Cependant, motivées par le succès de la fête de Larros, certaines structures s'épa-nouissent et d'autres se créent. Ainsi, ras-semblés au sein de l'Association de la plai-sance traditionnelle de la région d'Arcachon (APTRA), les Monotypes d'Ar-cachon se joignent aux pinasses à voile afin de régater ensemble lors de fêtes organisées par les différentes communes riveraines. Dessiné par l'architecte Joseph Guédon en 1912, et encore construit aujourd'hui, le Monotype d'Arcachon est le "canot" du bassin. Quant aux pinasses à voile, utilisées par les pêcheurs et les ostréiculteurs avant la motorisation des bateaux de travail, elles retrouvent une nouvelle jeunesse, regrou-pées au sein de l'Amicale des pinasseyres. Des communes comme Gujan-Mestras, La Teste-de-Buch et Lège-Cap-Ferret font même construire de nouvelles unités. Dès 1986, la ville d'Arcachon met en chantier quatre pinasses à voile baptisées du nom des quatre paroisses de la ville: Saint-Fer-dinand, Notre-Dame d'Arcachon, Notre-Dame des Passes et Jeanne-d'Arc. Au début des années quatre-vingt-dix, on peut voir à la belle saison près d'une quarantaine de bateaux s'affronter en régates chaque week-end, offrant un spectacle splendide aux "Bassyneyres" et aux touristes. Beaucoup de plaisanciers ne trouvant pas leur place au sein des associations exis-tantes, axées surtout sur la compétition et ne rassemblant que trois types de bateaux — le bac à voiles, le Monotype d'Arcachon et la pinasse à voile —, l'engouement pour les bateaux anciens va entraîner la création de nouvelles structures. Ainsi, en 1997, une poignée de passionnés, conscients que beaucoup de travail reste à accomplir pour faire revivre le patrimoine maritime local, créent l'association Voiles d'antan du bas-sin d'Arcachon. Car les Pacific, les Loup, les Caneton et autres voiliers qui ont fait le bonheur de tant de plaisanciers, restent toujours méconnus. Parallèlement à cette action de renouveau et de promotion, cet-te association édite Les Cahiers du bassin, re-vue qui a l'ambition de conserver la mé-moire maritime régionale. Si l'on connaît presque tout de l'histoire ancienne de cette région, le passé plus ré-cent, remontant à un peu plus d'un siècle, s'évapore peu à peu de la mémoire tandis que disparaissent les témoins de ce temps et de précieux documents. Les Cahiers du bassin pallient fort heureusement cette ca-rence avant qu'il ne soit trop tard et ren-contrent un notable succès, certains lec-teurs qualifiant cette publication de "Chasse-Marée local", ce qui est plutôt flat-teur pour l'équipe de rédaction... L'association Le Coudey, basée sur la com-mune de Lanton, remet au goût du jour les régates de pinasses à l'aviron. Quant à cel-le qui a pris pour nom La Pinasse, elle re-groupe les propriétaires de pinasses à mo-teur et de chalands ostréicoles, qui sont très souvent d'anciens bateaux de travail passés à la plaisance et restaurés. Enfin, la toute nouvelle association Louiétu se donne pour objectif de rassembler les propriétaires de Loup, anciens ou modernes, afin de les faire naviguer ensemble. Le bac à voiles Escalumade, gréé en cotre, a été construit en 2001 par le chantier Bonnin sur des plans de Michel Bossuet. Parade d'unités de l'association Voiles d'antan du bassin d'Arcachon. On reconnaft, de gauche à droite, un Sharpie de 9 m2, un canot du bassin, un Monotype d'Arcachon, un Flattie et un Moth. Econorniquement, les chant rs tirent parti du renouveau des bateaux traditionnels Outre les nombreuses restaurations, plu-sieurs constructions neuves se concrétisent à la fin des années quatre-vingt-dix et au début de l'an 2000. C'est ainsi que sont lancés quatre nouveaux bacs à voiles — Um-bria, Les Copains à bord, Escalumade et Tan-te Sophie —, le maquereautier Jolie Brise, deux yoles 1796 — La Jolie Barbotière et l'Es-pérance —, sans oublier la chaloupe Maara-mu H. Plusieurs Monotypes d'Arcachon et pinasses à voile sortent également des chantiers professionnels ou sont construits par des amateurs. La voile traditionnelle reprend vigueur sur le plan d'eau! Propriété d'Eric Mallet, le 8 m ll Vision of Sebago a été construit par Camper & Nicholson en 1930. Dans la voile, le numéro KC-3 témoigne de son origine canadienne. Pour entretenir et construire ces bateaux, il faut des hommes de l'art. De nombreux chantiers comme Barrière, Matonnat, Au-roux et Large ont depuis longtemps dis-paru, mais le bassin a le privilège d'en pos-séder encore qui ont conservé un savoir-faire et perpétuent leur réputation internationale. Au vu du nombre d'unités construites et restaurées durant ces dix dernières années, l'impact économique sur les chantiers locaux, lié au renouveau du bateau traditionnel, est bien réel. Même si, pour subsister, ces chantiers ont dû adopter des matériaux modernes, ils emploient des charpentiers de marine dignes de ce nom et d'une indiscutable compétence. Citons, pour Arcachon, les deux chantiers de tradition familiale Bonnin et Bossuet, plus que centenaires. A La Teste-de-Buch, les Constructions navales Raba, entreprise créée en 1959 par Christian Raba, qui construi-sent actuellement, sous la direction de Yann Le Galloudec, toutes sortes de bateaux tra-ditionnels. Enfin, si, à Gujan-Mestras, Jean-Pierre Dubourdieu a fini par prendre une re-traite bien méritée, son successeur, Emmanuel Martin, construit et restaure tou-jours des pinasses de plaisance à moteur, dans un chantier créé dans les années 1800! Cet attrait soudain pour le bateau tradi-tionnel ou classique a également permis la création de nouveaux chantiers. A Gujan- Mestras, Madiana, dirigé par Paul Chatenet sur le port de Meyran-Est, s'est fait une spé-cialité de la restauration des bateaux en bois, mais réalise également des construc-tions neuves. Un jeune charpentier de ma-rine, Richard Pehoou-Mays, s'est installé ré-cemment sur le port de la Passerelle. Enfin, pour terminer ce tour d'horizon, Michel Sanchez a monté son entreprise à Lège- Le Pacific Misa été construit en 1961 à Arcachon par Barrière, pour sa propre fille. La tradition voulait que les bateaux de cette série portent des voiles de couleur, comme ce génois rouge. Cap-Ferret en 2001, où, en plus des restau-rations, il construit en série le "mini-bac" Palourdey sur le modèle de la Joséphine. Mais que seraient tous ces bateaux sans de bonnes voiles? Si des chantiers navals sont encore capables de construire et de restaurer, il existe aussi sur le bassin des professionnels qui savent concevoir des voiles adaptées aux divers besoins. Les voileries Claverie et Té-not, qui s'étaient fait connaître au-delà de nos frontières, ont disparu. Mais, la relève est, là encore, bien assurée, avec Starvoiles à Arcachon dirigé par Jérôme Dupin, et la Voi-lerie du bassin à Gujan-Mestras, où oeuvre Chantal Pivert. Enfin, au Teich, Catherine Migeon, élève du maître-voilier Claverie, peut confectionner des voiles traditionnelles ou donner aux gréements, avec des maté-riaux modernes, une allure d'antan. 16 • CHASSE-MARÉE 170 A gauche: dessiné par Ricordel et construit chez Barrière en 1952, Farfelue est un petit croiseur mixte de type Otarie. Il a été donné à l'état d'abandon à l'association Voiles d'antan du bassin d'Arcachon, qui l'a restauré. A droite: Tatoo, le Dinghy de 5,50 mètres Matonnat construit par ce chantier en 1953, est à notre connaissance l'unique exemplaire de cette série en état de naviguer sur le bassin. En rendant visite aux chantiers profession-nels cités, on s'aperçoit que le travail ne manque pas. Le 8 m JI Hispania IV est en cours de restauration chez Bonnin, plu-sieurs pinasses et vedettes sont en construc-tion chez Raba et Dubourdieu 1800, et Ma-diana vient de mettre en chantier un Loup en petites lattes époxy. Deux importants chantiers "amateurs", sont déjà bien avancés. Il s'agit du sardinier Argo sur le port de Larros, à Gujan-Mestras, et du bac à voiles Lou Courbagaout sur le port ostréicole de La Teste-de-Buch. Pour l'avenir proche, l'association Le Coudey prévoit la mise en chantier d'un autre bac à voiles, l'Epicurien. Qui aurait imaginé une telle renaissance pour ce type de bateau si bien adapté au bassin, mais oublié jusqu'à ce que la parution de certains articles n'en réveille la mémoire? Actuellement, rares sont les plans d'eau où l'on peut voir évoluer une telle variété de bateaux traditionnels. Car, en dehors des Monotype, Pacific, Loup et pinasses à voiles, on peut également croiser des Bé-louga, des Requin, des Dinghies Matonnat de 4,50 mètres ou de 5,50 mètres, d'an-ciennes chaloupes de la Marine, des Cane-ton, des Sharpie de 9 m2, sans oublier d'an-ciens canots à moteur joliment vernis, ni les trois 8 m JI basés à Arcachon. La plai-sance traditionnelle et classique est vrai-ment en plein essor ici, mais n'est-ce pas dû également à la beauté du bassin d'Arca-chon et à la magie de ses eaux? Voiles d'antan du bassin d'Arcachon (éditeur de la re-vue Les Cahiers du bassin): 31 ter, rue du Docteur-Du-fourg, 33470 Gujan-Mestras (05 5752 40 27). Association de la plaisance traditionnelle de la région d'Arcachon, BP 18, 33260 La Teste-de-Buch. Amicale des Pinasseyres : BP 69, 33260 La Teste-de-Buch. Le Coudey: allée des Cabanes, port de Taussat, 33148 Taussat. Louiétu : 14 avenue du bassin d'Arcachon, 33115 Pyla-sur-Mer (05 56 54 73 22). Construite en 2001 par les élèves du lycée de la Mer de Gujan-Mestras, la Barbotière est l'une des dernières pinasses ayant rejoint la flotte déjà très importante de l'Amicale des pinasseyres.
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