Le Passeur des îles

Revue N°286

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Depuis 2010, après avoir desservi l’île de Bréhat et sillonné l’estuaire de la Rance, La Passante fait la navette entre Port-Navalo et l’île d’Arz. ©Louis-Marie Tattevin.

par André LinardFruit de la rencontre de deux patrons de voiliers traditionnels, Le Passeur des îles arme une flottille d’anciennes vedettes à passagers en bois qui propose une découverte différente du golfe du Morbihan, en réactivant des lignes délaissées ou en proposant de nouvelles destinations inaccessibles aux autres compagnies.

 

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

 

Vaste bassin encombré d’îles. » Ainsi est présenté, dans diverses éditions des Instructions nautiques, le golfe du Morbihan. Berceau de générations de marins, de la pêche, du commerce ou de l’État, le golfe et la rivière d’Auray – leur frontière est imprécise – sont aussi un paradis pour la plaisance. Pour le touriste « piéton », ce site chargé d’histoire suscite l’envie de le découvrir en bateau. Au début des années cinquante, la société Les Vedettes vertes, créée par un courtier maritime havrais, propose des « tours du golfe » au départ de Vannes. En 1966, l’affaire passe aux mains de nouveaux propriétaires, qui rachètent aussi Les Vedettes blanches, une compagnie concurrente opérant sur Belle-Île et Houat. Cinq ans plus tard, l’ensemble est repris par un armement important, l’Union industrielle et maritime. La flottille s’étoffe avec des unités neuves, aisément reconnaissables, qui domineront les eaux du golfe des années durant.

En 1988, cet armement pionnier est à nouveau racheté. Son identité disparaît, ses activités étant reprises par la Navix, nouvellement créée – c’est aujourd’hui l’un des éléments du Groupe Naviland, qui rassemble plusieurs sociétés de transport de passagers opérant entre Saint-Malo et La Rochelle.

Depuis les premiers tours d’hélice des Vedettes vertes, le tourisme maritime dans le golfe et en baie de Quiberon s’est considérablement développé. En 2017, une dizaine d’armements se partagent un marché particulièrement florissant en saison estivale. Deux d’entre eux desservent à longueur d’année l’île aux Moines et l’île d’Arz, dont les communes sont habitées en permanence, respectivement à partir de Port-Blanc, en Baden, et de Vannes, via Séné.

Du voilier traditionnel au bateau de passage

Au début des années deux mille, deux amoureux du golfe, François Perus et Jérôme Morverand, vont entreprendre de le faire connaître en « naviguant autrement ». Né à Caen en 1965, François Perus, alors dessinateur industriel, découvre en 1989 la voile professionnelle. Skipper durant quatre saisons aux Antilles, il assure des convoyages puis s’installe en famille dans le Morbihan. Il devient, de 1996 à 1998, patron du sinago Mab er Guip. Mais l’association gestion­naire de ce bateau ne pouvant prolonger son contrat, il achète son propre voilier, le Jules-Marguerite, pour travailler à son compte.

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Le cotre de la Manche Jules-Marguerite de François Perus. © Patrick Débétencourt

Lancé en 1942 par le chantier Bellot de Port-en-Bessin, le Jules-Marguerite est un cotre de la Manche, bateau creux ponté au quart, de 7,25 mètres de longueur de coque. Son premier propriétaire l’avait fait construire pour remplacer une unité de pêche plus importante réquisitionnée par les Allemands. Retrouvé dans son port d’origine – la coque restaurée en bon état, mais sans mâture –, le bateau est ramené par la route, puis regréé. François entame alors une autre carrière, proposant à partir du village de Kerners (Arzon), en presqu’île de Rhuys, des sorties dans le golfe à la demi-journée et en soirée, pour huit passagers. Il effectuera ainsi plusieurs saisons, de 1999 à 2007.

Né en 1973, Jérôme Morverand a découvert la voile en famille à Étables-sur-Mer (Côtes-d’Armor). Titulaire d’une maîtrise de géographie, après divers convoyages, il décide de faire de la navigation son métier. En septembre 2000, lors d’une balade sur le Jules-Marguerite avec sa femme et leur bébé, il confie à François – qui l’encourage – qu’il prépare le brevet de patron à la plaisance voile. En 2001, examen réussi, il organise des sorties à la voile au départ de Conleau (Vannes), à bord de son propre bateau, le Petit Foc, un ancien coquillier de la rade de Brest.

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Sloupe coquiller, le Petit Foc de Jérôme Morverand. © Patrick Débétencourt

« On devient potes, rappelle François. On se passe des groupes, on se prête parfois nos bateaux, mutuellement. Sur le plan local, ça ne posait aucun problème. Il y avait aussi Krog e Barz, la réplique de langoustier construite par Xavier Buhot-Launay, bateau basé à Port-Navalo. On collaborait avec les sinagos, on s’entendait tous très bien. »

Ce faisant, François et Jérôme en viennent­ à souhaiter diversifier leurs activités. Prévoyants, en 2004, ils passent le brevet de capitaine 200. Des passagers questionnant François sur la possibilité de rejoindre l’île aux Moines à partir de Kerners, si proche, l’idée fait son chemin. « En 2006, rapporte François, nous sommes partis sur un projet de construction d’une barge en alu, pour embarquer du monde. Mais c’était cher et pas très beau… On y a renoncé et heureusement. Parce qu’un jour, à Conleau, je suis tombé sur le petit Ghysolva, dont Jérôme m’avait parlé. Il appartenait à la Navix, dirigée par Gérard Douguet, qui m’a informé que ce bateau venait d’être vendu pour 25 000 euros, l’achat devant se concrétiser la semaine suivante. Je lui ai quand même laissé mes coordonnées, au cas où. Et quelques jours après j’ai reçu un appel m’avertissant que la vente avait finalement été annulée. Le bateau était à nouveau disponible, mais il fallait se décider très vite. Alors, sans très bien savoir où on allait, on a rassemblé la somme requise pour l’acquérir. »

Au temps des passages aux horaires fantaisistes

Long de 9,30 mètres, large de 3,70 mètres, pouvant embarquer quarante passagers, Ghysolva, qui portait à son neuvage le nom de Sylvie-Emmanuel, a été construit au chantier Rameau d’Étel en 1971, pour desservir l’île d’Arz. À l’époque, la desserte entre cette île et Conleau n’était pas exempte de pittoresque. Un Îledarais, Jean Noblanc, assurait à longueur d’année les liaisons, à la demande et de façon aléatoire, hormis celles liées au transport du courrier, matin et soir, ainsi qu’une navette en fin de matinée et une autre en début d’après-midi.

L’été, il subissait une rude concurrence de la part de plusieurs pêcheurs de Séné qui avaient aménagé leur bateau découvert avec quelques bancs. À certaines heures, c’était à qui se brûlerait la politesse en transportant, moteur à fond, cinq ou six passagers chacun. À cette foire d’empoigne façon « western » s’ajoutait une absence quasi totale de concertation… Aujourd’hui, la réglementation n’autorise plus l’aménagement sommaire et provisoire des bateaux de pêche pour le transport de passagers.

Une suspension temporaire d’activité, pour raison de santé, du passeur en titre et l’anar­chie persistante des liaisons sinagotes, ont incité deux Îledarais – cousins germains –, Jean-Paul Marchienne et Michel Le Bono, à proposer un véritable service régulier avec des horaires respectés. Soutenus dans leur démarche, ils ont fait construire l’un et l’autre leur propre­ bateau chez Rameau, les deux unités – tout en chêne –, respectivement baptisées Sylvie-Emmanuel et Yann, étant quasiment identiques. Associés à leurs débuts, ils ont plus tard repris leur indépendance. Jean-Paul Marchienne, s’étant consacré au transport de marchandises, a revendu son bateau à Jean-Claude Le Didroux, qui l’a renommé Ghysolva.

Au fil du temps, la desserte de l’île d’Arz a considérablement évolué, différents armements se mettant sur les rangs avec des unités de plus en plus fortes. Depuis une vingtaine d’années, l’exploitation de la ligne vouée au service public est attribuée par le conseil départemental du Morbihan, après appel d’offres.

Peu de temps avant que François ne le découvre, Ghysolva appartenait à la compagnie Le Passeur de l’île d’Arz. Laquelle venait d’être reprise par la Navix. Les dirigeants de cette dernière espéraient récupérer l’actif et la desserte insulaire, mais lors du renouvellement de délégation, le contrat a été attribué à une autre société, la Compagnie du golfe. De fait, la Navix cherchait alors à se séparer de ses petites unités, mal adaptées aux tours du golfe ainsi qu’aux « croisières », notamment vers Belle-Île.

« Nous avons ainsi pu acheter Ghysolva en 2006, précise François. Et Gérard Douguet nous a obligeamment autorisés à le laisser sur son corps-mort de Conleau, le temps de créer notre entreprise. » Cette sarl, baptisée Le Passeur des îles, est officiellement née en février 2007. Elle arme deux bateaux : le Jules-Marguerite et l’ex-Ghysolva, qui portera désormais le nom de la jeune compagnie.

« Ça ne va pas ! la cale est noire de monde ! »

L’activité débute vraiment en juillet, le Jules-Marguerite reprenant les sorties à la demi-journée et Le Passeur des Îles inaugurant une nouvelle liaison entre Kerners et l’île aux Moines, projet avalisé par les offices du tourisme suite à de nombreuses demandes de vacanciers. Les protagonistes avaient envi­sagé de rallier la cale de Pen-Hap, au Sud-Est de l’île, ce qui aurait permis, compte tenu de la proximité, de réaliser des rotations rapides. Mais le conseil municipal de l’Île-aux-Moines a refusé l’autorisation d’accostage régulier à cet endroit. Aussi a-t-il fallu se replier sur le port principal, au Nord de l’île. La traversée allait durer une demi-heure au lieu de quelques minutes.

« Cette ligne, poursuit François, c’est une véritable création. Pour nous faire connaître­, nous avons distribué des prospectus. Lors de l’ouverture, par un début d’été assez pourri, j’étais en vacances avec mes enfants. J’appelais Jérôme tous les jours. Entre le 1er et le 5 du mois, il avait passé moins de huit passagers par jour. On commençait à s’inquiéter ! Le 6, je lui ai demandé si ça allait… Il m’a répondu : “Non ! ça ne va pas, la cale est noire de monde !” Cent vingt personnes se pressaient pour embarquer. Elles avaient simplement attendu que le temps s’améliore. Là, on s’est dit qu’on était sauvés. »

Au soir de la première « vraie » journée, Jérôme n’a pu effectuer que deux rotations. Avec l’embauche d’une vendeuse, il devient possible d’en assurer trois quotidiennes, totalisant cent vingt passages. Pour simplifier les choses, dès l’embarquement « aller », les passagers sont invités à choisir l’heure de leur retour – ce principe est toujours en vigueur.

« À la fin août, résume François, après deux mois d’exploitation de nos deux bateaux, nous avions réalisé 100 000 euros de chiffre d’affaires, dépassant de 25 000 euros le budget prévisionnel établi avec notre comptable. La seconde année, nous étions mieux organisés : en exploitant le seul Passeur des Îles – car nous avions vendu le Jules-Marguerite –, nous avions obtenu le même résultat que la première année. »

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Carte des lignes de La Passagères des îles dans le Golfe du Morbihan. © Chasse-marée

Ces bons débuts encouragent au développement. L’occasion se présente de re­prendre la ligne reliant Port-Navalo et Locmariaquer, les deux ports encadrant l’entrée du golfe, éloignés de 66 kilomètres par la route mais de moins de 2 milles par la mer. « Cette liaison était assurée durant l’été par un passeur connu sous le surnom de “P’tit Job”, qui souhaitait arrêter. Il travaillait avec un bateau creux, sans horaires précis. Estimant la reprise possible si on assurait une ligne régulière, nous avons cherché une nouvelle unité. »

Pourquoi un bateau en bois ? « L’idée de refaire naviguer des bateaux anciens, résument les deux compères, vient de notre ami Jean-Yves Tardy, un graphiste, patron d’une agence de publicité à laquelle nous avions commandé des affiches. C’est lui qui nous a dit : “Restez sur la trame des bateaux en bois, car quand le monde va mal, la plupart des gens regardent vers leurs souvenirs”. Et il a ajouté : “Misez aussi sur l’embarquement des vélos !” Si on existe encore aujourd’hui, c’est grâce à ces bons conseils et aussi grâce à la livrée de nos bateaux qui donne une identité à la flottille et la distingue bien de celles des autres compagnies. » Lesquelles arment plutôt des unités de grande taille et de types très proches.

Des bateaux en bois, venus d’horizons divers

François et Jérôme dénichent un bateau d’une capacité de soixante passagers construit en 1967 par le chantier Guennec d’Étel pour Gildas Kersuzan, de Locmariaquer. Appelé à l’origine Saint-Gildas ii, il était d’abord exploité dans le golfe par la compagnie Les Vedettes blanches, de Larmor-Baden. Il a ensuite été revendu à un armateur de Camaret, Gérard Le Brenn. Ce dernier l’a rebaptisé Le Lion – comme un rocher local – et armé pour des sorties pêche de loisir le matin et des promenades en mer l’après-midi.

De retour dans le Morbihan, Le Lion, dé­sormais nommé La Passagère, entre en chantier pour se faire changer l’étrave. Ces travaux, facturés 20 000 euros, sont effectués à Étel par le Chantier naval du Magouër, successeur du chantier Le Guennec, son lieu de naissance. Cet établissement, dirigé par Jean-Michel Thomas, assure d’ailleurs la quasi-totalité de l’entretien de la flottille. Bordée en iroko sur une charpente en chêne, La Passagère est longue de 13 mètres et large de 4,20 mètres, sa propulsion étant assurée par un moteur Caterpillar de 150 chevaux. Elle commence en 2009 ses allers-retours sur l’embouchure du golfe.

À ce stade, quatre navigants et une vendeuse sont embauchés et un point de vente est installé à Port-Navalo. « Dès l’ouverture de la ligne, disent les associés, un concurrent s’est pointé avec un bateau moderne, en nous déclarant carrément la guerre. On était encore fragiles et ça ne se passait pas très bien. Mais il desservait également l’île d’Arz. Puisqu’il voulait la guerre… On n’allait pas le laisser aller là-bas tout seul ! Alors, en 2010, on a racheté un troisième bateau ! »

Par un article d’Ouest-France, Jérôme et François avaient eu connaissance « d’une jolie vedette à passagers échouée en baie de Saint-Malo ». Sur la photo, les associés trouvent le bateau magnifique, avec ses bancs en bois… Leur ami Gérard Douguet les informe que l’unité convoitée appartient à la compagnie malouine Corsaire. Et qu’elle est à vendre ! S’ils sont intéressés… C’est ainsi que L’Étoile malouine rejoint le Morbihan.

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Le Men Gurun au débarcadère de l’île de Gavrinis, dont le site mégalithique attire de nombreux visiteurs. © André Linard.

Construit en 1960 au chantier Rolland de Plougasnou pour Les Vedettes de Bréhat, ce ba­teau, alors appelé La Bréhatine, entame sa carrière entre la pointe de l’Arcouest – près de Paimpol – et l’île de Bréhat. Il est ensuite racheté par Les Vedettes de Saint-Malo et assure la traversée de l’estuaire de la Rance, entre Dinard et la Cité Corsaire. Passé sous pavillon de l’armement Étoile marine croisières de Bob Escoffier, il continue le même service sous le nom d’Étoile malouine, avant d’être acquis par la compagnie Corsaire. C’est un bateau de 16,50 mètres de long pour 4,70 mètres de large ; la coque est bordée en iroko avec une quille et des varangues en orme et des membrures en chêne. Sa capacité est de quatre-vingt-dix-huit passagers.

Cette unité, rebaptisée La Passante, entre en service le 5 juillet 2010 sur la ligne Port-Navalo/île d’Arz. Elle subira quelques travaux l’hiver suivant, dont la pose d’un toit inspiré des passeurs malouins des années 1900. Toujours en 2010 débute la desserte de l’île de Gavrinis avec La Passagère, en alternance avec les rotations Port-Navalo/Locmariaquer. Gavrinis est, comme sa voisine Er Lannic, un haut lieu préhistorique du Morbihan. Située près de l’entrée du golfe, cette île d’une trentaine d’hectares est occupée au Sud – la partie Nord est privée – par un cairn, monument mégalithique daté de 3 500 avant Jésus-Christ. Vingt-trois des vingt-neuf dalles formant les parois d’une chambre funéraire et de son couloir d’accès sont recouvertes de gravures sculptées dans la pierre, une caractéristique unique au monde selon Yannik Rollando, auteur du livre La Préhistoire du Morbihan. Un tel joyau suscite un attrait touristique évident.

En 2015, le département, propriétaire du monument, lance un appel d’offres pour cette ligne, à partir de Larmor-Baden. Nos deux associés remportent ce marché pour trois ans et rachètent le bateau qui y était affecté, le Men Gurun, construit en Corse en 1977 et qui a navigué dans le bassin d’Arcachon avant de rejoindre le golfe. Mais comme cette vedette se révèle peu adaptée à leurs besoins, ils ont décidé de s’en séparer. « En 2016, précisent-ils, nous nous sommes dit que si l’une de nos quatre unités tombait en panne en pleine saison, nous serions mal. Et qu’il serait bien de disposer d’un bateau de secours. On en connaissait un, L’Étoile du Golfe, qui avait desservi Gavrinis avant d’être exploité entre les ports de Saint-Goustan (Auray) et du Bono. Il était dis­po­nible car cette dernière activité avait cessé. Ce joli petit bateau tout en chêne, construit en 1967 au chantier Le Guennec pour “Lulu” Bonnec, pouvait embarquer vingt-six passagers. Il était parfaitement adapté à la desserte du cairn, dont l’accès est limité à un petit nombre de visiteurs quotidiens. Nous l’avons donc acheté et, après quelques travaux, il a été affecté à cette ligne dès juillet 2016. »

Redonner vie aux vieilles cales délaissées

Cette année, la flottille vient de s’enrichir d’une nouvelle unité, Ael Vaz. Construit en 1965 au chantier Sibiril de Carantec, ce bateau de 12 mètres de long et d’une capacité de quarante-huit passagers était basé à Camaret. Il est prévu de l’affecter durablement au Logeo, afin de lancer à partir de ce petit port jadis fréquenté par les borneurs, une ligne à destination de l’île d’Arz et/ou de l’île aux Moines. Les perspectives sont intéressantes et la mairie de Sarzeau y est favorable. Problème : le port du Logeo assèche à marée basse. Cependant, il existe une vieille cale à proximité, accostable en permanence, mais difficile d’accès par la terre… La commune devra donc en­tre­prendre des travaux d’amélioration ; ce sera alors une escale de plus sur la presqu’île de Rhuys. La réhabilitation de vieilles cales, nombreuses dans le golfe, mais délaissées, est un objectif que poursuivent François et Jérôme. Car leurs bateaux, de taille modeste, peuvent accéder à des endroits interdits aux grandes unités des autres compagnies.

L’implantation d’une tête de ligne au Logeo donne naissance à un nouveau projet : ouvrir une liaison Port-Navalo/Kerners/le Logeo et retour. Ce, pour offrir aux randonneurs fatigués par leur longue marche sur le sentier littoral la possibilité de revenir à leur point de départ. François et Jérôme sont aussi en mesure d’organiser des croisières – dans le golfe et en rivière d’Auray – pour des groupes allant de vingt à quarante personnes. « Nos petits bateaux se prêtent bien à des formules originales et souples, précisent-ils. Ils peuvent rallier des sites non desservis habituellement, ou emmener dîner un groupe d’amis dans un restaurant insulaire, puis le ramener à l’heure convenue à son lieu d’embarquement. Dans le genre, ce qui marche bien, ce sont les mariages. »

Les horaires des passages – dont la fréquence est plus réduite d’avril à juin – sont diffusés par prospectus ou via Internet. Afin d’optimiser les services, la billetterie utilise un logiciel qui permet aux divers points de vente, dont les offices de tourisme, de travailler en réseau. Le système distille de l’information et permet de s’adapter très rapidement à la demande, comme de rajouter un passage à une heure non prévue. En pleine saison, l’armement emploie seize personnes, dont quatorze navigants et deux vendeuses. Quatre de ces salariés, présents depuis les débuts, sont permanents et as­surent l’entretien de la flottille durant l’hiver.

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Embarquement d’un groupe d’enfants à Port-Navalo. La Passagère assure la liaison entre ce port et Locmariaquer, sur l’autre rive de l’embouchure, une traversée de moins de 2 milles alors que par la route la distance est de 66 kilomètres. © André Linard

Cette année, l’entreprise a ouvert le capital à un nouvel associé, Ronan Le Bor­gne. « On a su s’entourer de bonnes personnes, soulignent François et Jérôme. Ce sont des gens venus de divers horizons, de la pêche, de la plaisance. On a des vendeuses et des charpentiers super, des jeunes qui sortent tout juste du lycée maritime. On les écoute. L’un d’eux était venu en stage à dix-sept ans ; on l’a embauché l’année suivante et il est capitaine depuis cinq ans… »

« Les gros armements, concluent François et Jérôme, sont surtout intéressés par les promenades touristiques ; ils délaissent les lignes régulières, moins rentables. Entre eux, la concurrence est très forte, surtout pour les croisières vers Belle-Île, Houat et Hoëdic. Nous, nous n’avons pas le droit d’aller au large. La réglementation actuelle n’autorise pas les bateaux à passagers monomoteurs, comme les nôtres, à sortir des eaux abritées, sauf par dérogation, accordée pour suivre un départ de course, par exemple. Mais notre marché se trouve dans le golfe. Nous nous occupons de ce qui est laissé de côté, on peut ainsi tous travailler, sans se gêner. En se positionnant au bon endroit, avec la bonne idée… ça vaut quand même le coup ! ».

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