Par Bernard Vigne, sa famille et ses amis – « En avant ! » C’est le cri de ralliement des équipiers de Bernard Vigne, grande figure du renouveau de la voile latine. Toujours prêt à donner un coup de main, Bernard est connu dans toute la Catalogne pour sa gentillesse, son expertise et sa convivialité… Après l’Arlésien, une bette de 22 pans, il a restauré L’Espérance, une grande catalane, qui embarque enfants, amis, amis des enfants et enfants des amis… Leurs souvenirs font revivre temps de mer, vagabondages secrets et réjouissances d’escales ; ils racontent aussi la redécouverte d’une culture et une chaleur humaine généreusement partagée.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

Que es mi barco mi tesoro, « Mon bateau est mon trésor,

Que es mi Dios la libertad ; « Mon Dieu, la liberté ;

Mi ley, la fuerza y el viento ; « Ma loi, la force et le vent ;

Mi única patria, la mar. « Mon unique patrie, la mer. »

Bernard : « Souvent, le soir, avant le coucher, les mamans racontent une histoire à leurs enfants. La mienne me récitait des poèmes et celui-là chante toujours dans ma tête. C’est le refrain de «La canción del pirata », de José de Espronceda, un romantique espagnol du début du XIXe siècle. Un poème épique, enlevé, sur la vie d’un pirate. C’est peut être comme ça que j’ai rencontré la mer pour la première fois… Plus tard j’ai eu deux bons copains, Jim Hawkins et Huckleberry Finn, qui m’ont longtemps accompagné. Du coup, j’ai rêvé d’aller sur la mer, de construire des radeaux et de partir à l’aventure. J’ai eu une enfance heureuse, comme on la voit sur les photos de Doisneau.

La bouée du P45

Bernard : « Il faut que je vous parle du camping qui s’installait chaque année sur la plage du Grau-du-Roi, rive droite, après le Vidourle. Là, dans les années 1950, entre la mer et l’étang du Repausset, s’étendait un village de tentes des plus disparates, composé de vieilles toiles de l’armée américaine, de marabouts, de canisses, de piquets de vigne et de tout un bric-à-brac de chaises et de tables bancales. Dans le sable, cela n’avait guère d’importance. Il y avait là trente ou quarante familles, des ribambelles d’enfants et, chaque soir, des nuées de moustiques.

Navigation Méditerranée, voile latine, Bateau Bernard Vigne
© Bernard Vigne

« Mon grand-père, Pépé Paul, qui avait un camion P45 Citroën, nous avait fait une bouée avec une de ses vieilles chambres à air. “Nous”, c’était mon cousin et moi. Nous passions nos journées sur cette bouée à barboter près de la plage et il arriva ce qui devait arriver : nous nous sommes retrouvés suffisamment au large pour que les parents déclenchent le branle-bas de combat. Une heure après, ramenés sur la plage, la bouée dégonflée avait disparu du campement et nous avions pris un fameux savon. C’était en 1954, j’avais sept ans, et j’ai la faiblesse de considérer que le désir d’aller sur l’eau qui m’accompagne depuis si longtemps date peut-être de cette première aventure.

Une petite bette vagabonde

Bernard : « Les bateaux, ça m’a pris du temps car ma vie m’éloignait irrésistiblement de la Méditerranée. J’ai atterri enfin à Rodez, à deux cents kilomètres des rives du golfe du Lion. Edmond, mon père, approchant de la retraite, qu’il comptait prendre à Nîmes, souhaitait alors acquérir un bateau. Il avait en vue la barque d’un certain Lulu, et nous étions prêts à monter un syndicat pour l’acheter… Mon père n’a jamais pris sa retraite : nous avons dispersé ses cendres dans le Rhône mais nous avons aussitôt décidé d’acheter ce bateau. Avec le cousin nous avons extorqué suffisamment d’argent à la famille pour remettre douze mille francs à Lulu.

« Je ne pense pas que nous ayons fait une bonne affaire. Nous avons acheté ce bateau sans même l’examiner. Cette barque, l’Arlésien, était, je l’ai su plus tard, une bette de 22 pans, construite à Arles par un ancien employé de Boudignon, en 1958.

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© Bernard Vigne

« Nous sommes en 1985 ou 1986, au bord de l’étang de Thau, dans le port de Balaruc-les-Usines. Un port sauvage. Sur le quai, un combi vw plein comme un œuf, sur l’eau, l’Arlésien. Il nous faut tout embarquer pour une randonnée sur l’étang d’une semaine. Arlo, neuf ans, Guillaume, six ans et demi, le copain Robert et moi, un coffre en bois pour la cuisine et les victuailles, une caisse pour la navigation, un réchaud à gaz, une lampe à pétrole, quatre matelas, quatre duvets, quatre sacs pour les affaires personnelles, les gilets, deux avirons… Bonjour le Tetris ! Il faut installer tout ça et, tous les matins au lever, recommencer à ranger ce foutu bazar.

« L’Arlésien était équipé d’un moteur et d’une vilaine timonerie. Il a eu la bonne idée de couler très rapidement et nous avons aussitôt pensé à en faire un voilier. En peu de temps, nous avons confectionné un gréement, taillé et cousu une paire de voiles – merci Jules Vence – puis nous avons tiré nos premiers bords. Par miracle, tout s’est bien passé. Nous nous sommes fait des copains et nous avons organisé nos vacances à bord. Dans les années 1980, l’étang de Thau était un bel endroit pour la robinsonnade, une petite mer fermée, avec des plages et des criques quasi désertes. Sur ce petit bateau, tout le monde trouvait son compte : baignades, cueillette de moules et de palourdes pour les enfants, et un peu de vent pour les grands. En général, dès que le bateau était en plage ou amarré, les enfants disparaissaient. Tous les soirs, on installait le campement, on dormait à quatre sur le payol. Guillaume, le petit au milieu, en avant du mât, les pieds dans le carcanhau, les deux adultes sur les côtés et Arlo entre nous, en arrière du mât. Tout le matériel était placé en hauteur pour laisser la place aux dormeurs. Je ne me souviens pas d’une mauvaise nuit. C’était la grande liberté ; nous n’étions pas très propres, biens salé, un peu débraillés mais heureux.

« Nous avons fini par rencontrer les copains de la jeune association des Voiles latines de Sète et du Bassin de Thau, puis ceux de Grenoble, avec Gérard Brion, sont venus. Toute la famille aussi. Ça commençait à faire du monde autour de ce petit bateau… »

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© Bernard Vigne

Arlo et L’Arlésien

Arlo : « Je me souviens du patchwork de la voile latine de L’Arlésien, taillée dans un auvent de caravane. Je crois qu’on voyait encore les fermetures Éclair.

« Ce bateau bricolé ressemblait à un jouet taillé pour l’aventure. Je me souviens aussi de la préparation des “expéditions”, de l’avitaillement pour être autonomes quelques jours. On arrivait en bateau dans un endroit désert et on construisait le petit coin ou on serait bien pour une ou deux nuits…

« À la voile nous n’étions pas toujours très rassurés lorsque le vent montait, car on tâtonnait dans les manœuvres et l’Arlésien n’autorisait pas une grande gîte. Je me souviens encore des vacances au port Sutel, où on jouait dans un amas de bric et de broc avec des épuisettes à pêcher des hippocampes. Entre Tom Sawyer et Robinson Crusoë, sirotant du lait concentré, c’était l’aventure avec un grand A. Parfois quelques maquereaux ou des anguilles venaient améliorer notre repas.

« Je me rappelle aussi des sensations lorsqu’on retrouvait la terre ferme. Ça tanguait ! Nous avions l’impression d’avoir vécu quelque chose de spécial. »

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© Bernard Vigne

De Saint-Lazare à L’Espérance

Bernard : « En 1988, nous avons décidé de monter à Douarnenez pour les fêtes maritimes. Accueillis comme des rois par Michel Philippe et les gars de l’association Treizour, nous nous sommes retrouvés dans la cour du Musée du bateau autour du Saint-Lazare, le dernier mourre-de-porc du Grau-du-Roi, acquis par le musée : il était prévu de le faire sortir en mer pour la fête avant qu’il ne gagne les salles d’exposition. Nous avons navigué et fait la fête sur ce bateau, dont j’ai pu tenir la barre. C’est là que les copains m’ont dit : « Ça serait pas mal, un grand bateau, pour naviguer en Méditerranée ».

« Après les fêtes de Douarnenez, j’ai passé mes vacances à écumer les fonds de ports à la recherche d’un mourre-de-porc. J’ai fini par en trouver un sur le petit Rhône, à Port-Dromard, près des Saintes-Maries-de-la-mer. Mais j’ai vite compris que le chantier était hors de ma portée. C’est en retournant, piteux, vers ma voiture, que j’ai repéré, un peu plus haut sur le fleuve, une grande catalane. Malgré l’ajout d’une cabine, elle avait conservé l’aspect d’une barque traditionnelle… C’est comme cela que je me suis retrouvé, le 13 juillet 1989, dans le garage de Roger Taillet, son propriétaire. On discute. Roger, ancien patron pêcheur, est à la retraite et le bateau ne navigue plus depuis trois ans. Nous retournons bientôt sur L’Espérance et Roger Taillet fait démarrer son DB2 Baudouin. J’ai aussitôt prévenu mes copains Gérard et Robert et, dans l’hiver 1989-1990, Roger nous a vendu son bateau pour 27 000 francs.

« Six mois après il était gréé, et le 14 juillet 1990, il tirait ses premiers bords sur l’étang de Thau. Nous avons repris nos randonnées en famille avec les copains. Du coup notre horizon s’est élargi et nous avons écumé la côte entre Marseille et Cadaquès…

« Seulement voilà, les garçons avaient grandi et leurs centres d’intérêt s’étaient diversifiés. Les mousses avaient déserté le navire, mais ils revenaient avec plaisir pour de courtes sorties : la graine était semée. Installé à Sète depuis 2012, Arlo ne rêve que de navigation. Il prépare actuellement un Chassiron Croisière Familiale, pour naviguer autour du monde… »

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© Bernard Vigne

Le Baudouin DB2

Bernard : « La particularité de L’Espérance, c’est qu’elle a été construite dès le départ pour recevoir ce moteur lancé par Baudouin en 1930, ce qui explique les formes pansues de la coque et l’échantillonnage généreux de la charpente. Ce deux-cylindres très volumineux se démarre à la manivelle. C’est une véritable cérémonie. D’abord on cherche le point mort puis on met un peu de gaz. Il faut ensuite faire couiner les pompes d’injection à l’aide des manettes en bronze dont elles sont pourvues – douze coups par pompe. Puis, d’un coup sec, on comprime un ressort et on désolidarise le volant du vilebrequin grâce à la manivelle. Il faut ensuite lancer ce volant à la vitesse de 100 tours par minute. Quand celle-ci est atteinte, ça s’entend au ronronnement qu’il fait. Dès qu’on relâche la manivelle, le volant revient à sa position d’origine et son inertie entraîne le moteur qui ne tarde pas à pétarader.

En fait, il y a un “coup” à prendre : au début, il ne faut pas forcer, tourner lentement, puis accélérer doucement. Un enfant de dix ans y arrive sans problème mais j’ai vu des gros costauds à la peine. Je ne saurais dire combien de personnes s’y sont essayées, mais ça en fait du monde ! Et à chaque fois la réussite est ovationnée et la joie de l’impétrant fait plaisir à voir. Ce moteur est d’une fiabilité à toute épreuve et, même s’il occupe à peu près la moitié du bateau, je ne suis pas prêt de m’en séparer. »

La marmite de suif

Jean-Pierre : « En tant qu’ami de Bernard et de L’Espérance, j’ai bien envie de vous parler du suif, qui est l’âme de la voile traditionnelle comme le jeu et l’huile sont celle de la mécanique.

« Transfuge de la plaisance moderne où toute trace de gras est immédiatement éliminée, naviguer sur L’Espérance a nécessité de ma part une vraie période d’adaptation.

« Il m’a fallu proscrire les vêtements clairs et, surtout, accepter d’avoir les mains sales. Ces préliminaires étant acquis on peut ensuite s’adonner au suiffage de tous les éléments qui frottent grâce à une petite marmite de suif, toujours à disposition. L’effet n’est pas immédiat mais, au bout de quelques séances, tout s’assouplit et les manœuvres deviennent beaucoup plus aisées et agréables.

« Le suif est aussi – surtout ? – indispensable pour aveugler les voies d’eau… »

À l’école de L’Espérance

Guillaume : « Que ce soit sur l’Arlésien ou sur L’Espérance, mon frère et moi étions tour à tour, capitaine, aventurier, mousse, pirate, sans aucune mutinerie. Nous avons quand même eu notre lot d’avaries : une antenne cassée en deux devant le port de La Ciotat ; la perte d’un gouvernail ; un passage sur des rochers ; des voyages entier sous la pluie avec une houle à vomir ; des réprimandes quand nous étions pas assez réactifs pour souquer sur un bout ou en attraper un…

« Mais ce fut une magnifique école de la vie en mer. Je me souviens des maquereaux à la traîne, des petits-déjeuners avec du lait concentré sucré dans de l’eau chaude, des romans finis sur le pont ou des nuits à la belle étoile dans un hamac accroché à l’antenne…

« Mon plus beau souvenir reste l’arrivée de nuit dans un port dont j’ai oublié le nom. Le ciel étoilé se reflétait sur la mer, ce qui faisait flotter la ville en face de nous, comme un pont suspendu parmi les étoiles. De cette vie de bohème pendant nos vacances scolaires, j’ai gardé l’appétit de la découverte et le goût de la liberté. »

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© Mélanie Joubert

Pour les passionnés

Christelle : « J’ai connu Bernard en 1995 et il m’a présenté son bateau peu de temps après notre rencontre.

« L’Espérance avait déjà sa belle robe bleue, ses formes rondes, sa carrure massive qui lui donnent un air gai et sympathique, mais aussi un rassurant sentiment de sécurité. Malgré le manque évident de confort sur ces barques – pas de coin-toilettes, pas de coin-cuisine, pas de coin-couchettes, pas de winch, pas d’enrouleur – elle attire toujours beaucoup de monde. Est-ce la chaleur et la convivialité, la bouteille de rhum ou une idée de partage de la vie, du repas et de la mer ? Sans doute est-ce un peu tout cela… Peut-être aussi, qu’après une navigation de quelques jours, où toutes les manœuvres sont physiques, du démarrage du moteur à la prise de ris, et je ne vous parle même pas de « monter » ou « tomber » la voile (!), il ne reste plus que les passionnés – qui doivent aussi aimer le camping sauvage… »

Les premiers pas de Marie

Bernard : « Ma fille Marie est née en 1997. On peut dire qu’elle a navigué dès son plus jeune âge, et même avant ! Elle a presque fait ses premiers pas sur la barque. Je pense qu’elle en a gardé un bon souvenir, car elle ne manque jamais d’afficher sur les murs de ses appartements successifs un dessin grand format de L’Espérance que nous avions fait lorsqu’elle était au CE 1, légendé en occitan. Pas la peine de lui expliquer ce qu’est un matafian, un davant ou une orse. Elle nourrit un amour exclusif pour L’Espérance et n’accepte que très rarement de monter sur un autre bateau. Aujourd’hui, elle habite Marseille mais elle n’a pas encore pris la navette pour le Frioul : ça me désespère !

Marie : « Je vogue sur L’Espérance depuis toujours, surtout pendant les vacances d’été. J’aime son équipage bigarré et joyeux et je vois la joie de mon père de pouvoir partager sa passion. J’aime les plaisirs de la navigation et cette tranquillité que nous n’avons pas ailleurs. L’Espérance c’est aussi l’aventure avec de très beaux souvenirs, même si parfois j’ai eu un peu peur quand ça bougeait beaucoup. Aujourd’hui, je navigue moins, c’est vrai. Mais L’Espérance est une partie des plus importantes de mes vingt et un ans de vie. Je suis toujours impatiente de la retrouver et, une fois que j’y suis, je me sens comblée et sereine. C’est indéfinissable. »

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© coll. Bernard Vigne

El viatge dels sardinals

Bernard : « Dans l’hiver je reçois un coup de téléphone de Michel Juncy, un Catalan de la barque Notre-Dame de Consolation. “On prépare un voyage vers Minorque avec plusieurs barques, ça te dit ?” – “Un peu, j’en suis !” Nous partons fin juin, direction Calella de Palafrugel et nous sommes quatre à bord : Jean-Pierre Le Guilloux, un Breton de Nîmes et un marin expérimenté, Claude Vendrell, qui a navigué sur toutes les mers du globe, Bernard Plantier, mon matelot préféré, et moi. Mer belle et vent léger, après un mouillage dans une cala près de Cadaquès, nous arrivons enfin aux îles Formigues, devant Calella. Il y a là, autour de L’Espérance, Notre Dame de Consolation, La Santa Espina et le San Elm. « El viatge dels sardinals » commence le lendemain, nous partons vers midi, cap au 160°.

« Claude nous avait dit : “Chaque fois que je vais à Minorque, je pêche un thon” et, vers le soir, il installe sa ligne avec le Rapala magnum qui va bien. Un « Marlboro » ! On entend siffler le moulinet vers six heures du matin. On stoppe et Claude reprend doucement du fil… Jean-Pierre saisi le ganchou, le croc, et d’une main de maître, balance le thon sur le pont. À midi, le thon est partagé entre les quatre barques mouillées dans la calanque de Fornells et chacun le cuisine à sa manière. On se retrouve tous sur L’Espérance pour le repas. Carpaccio de thon cru assorti d’une confiture d’oignons ; thon à l’ail, aux anchois et aux câpres comme le faisait ma grand-mère Évelyne ; darnes grillées sur le barbecue de Notre-Dame ; macaronade au thon et penne rigate, le tout avec ce qu’il fallait de liquide pour faire glisser. Ce jour-là, L’Espérance était à la hauteur de sa réputation, une barque chaleureuse, somme toute assez confortable, avec une cambuse défiant toute concurrence.

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© coll. Bernard Vigne

« Les choses se sont compliquées pour le retour. Nous avons d’abord tiré droit de Fornells vers le cap Creus, sur une mer qui commençait à se former, avec une houle de Nord Ouest. La barque tapait dans les vagues et s’est mise à faire de l’eau. Les trois pompes gréées étalaient à peine. Arrivés au Cap Creus, calme plat, mais tout de suite après nous avons été cueillis par la tramontane. Nous nous sommes réfugiés deux jours à Port de la Selva et, en repartant, nous nous sommes aperçus que le fémelot du gouvernail s’était rompu. Le lendemain, devant Frontignan, la ralingue d’un filet dérivant s’est prise dans l’hélice et a fait caler le moteur. C’est la SNSM de Palavas qui nous a sortis de là.

« Le soir, rompus de fatigue, nous errons encore sur les pontons à la recherche d’un bistrot lorsque Bernard manque une marche et s’ouvre le tibia ! Après la SNSM, le SAMU…

« Deux ans plus tard, j’ai proposé à ces trois copains de nous rendre à Cambrils pour une trobada, tout près du delta de l’Èbre. Ils sont tous revenus… »

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© coll. Bernard Vigne

Et maintenant ?

Bernard : « Vingt-huit ans de vie commune, ça compte, non ? Le nombre de milles parcourus ne doit pas être extravagant mais qu’est-ce, à coté de toutes ces rencontres, de tous ces moments intensément vécus avec des gens comme nous ou pas comme nous.

« À Sète, on dit qu’avant d’être ami, il faut avoir partagé un kilo de sel. Ça en fait des repas… Eh bien avec L’Espérance nous avons partagé, le sel, le riz, les pâtes, le jamón con tomate, et bien d’autres nourritures et boissons terrestres, et nous avons partagé sans compter ! »