Par François Vivier – La fonction d’une voile, c’est d’abord de bien faire marcher le bateau. Le premier souci d’un candidat à la construction ou à la restauration d’un voilier traditionnel sera donc de dessiner ou de faire dessiner un plan de voilure correct. Pour cela, rien ne remplace aujourd’hui les livres : l’examen attentif des illustrations (photos, dessins, plans) d’ouvrages traitant du type choisi est un préalable indispensable. L’étude de bateaux anciens naviguant encore à la voile s’avère également fort utile, mais gare aux faux-amis ; un bateau vendéen n’est pas gréé comme une barque normande, encore moins comme un sloup américain. La plaisance a souvent édulcoré les plans de voilure d’origine : apiquage excessif de la vergue, sous-toilage, espars mal dimensionnés… voire transformation sans vergogne d’un misainier en improbable « canot breton ». Les dernières voilures utilisées par les pêcheurs sur des bateaux motorisés sont souvent des gréements de cape amputés d’un bon tiers : beaucoup s’y sont trompés, qui s’étonnent de barrer un « veau ». Quelques plans-types de voilure, choisis parmi les bateaux qui existent encore à de nombreux exemplaires, comme les petits sloups ou les canots à misaine, sont donc publiés dans cet article. Mais à chaque bateau correspond une voilure donnée, caractérisée par son époque, son lieu de construction, sa fonction, son type… Plusieurs démarches sont proposées ici. Celle qui concerne, pour l’instant, le plus grand nombre d’amateurs, consiste à traiter avec un voilier professionnel en tenant compte de ses habitudes actuelles et des matériaux dont il peut disposer facilement. Une seconde démarche, plus exigeante, sera dans un second temps d’élever le degré d’authenticité pour réaliser des voiles belles et efficaces selon des méthodes purement traditionnelles. A chacun de se situer au niveau qu’il estime pouvoir atteindre actuellement. La seconde fonction d’une voile, dès lors qu’on s’attache à reconstituer un bateau ancien, est en effet d’ordre culturel et esthétique. On ne couvre pas un mas provençal en tôle ondulée ; on ne voilera pas un bateau traditionnel en tergal brillant avec ralingues en sangle nylon. La voilure d’un bateau est ce qui se voit le plus, et il convient d’éviter les erreurs dans ce domaine.

Construit en 1889 aux chantiers J. Brandt à Hamburg-Neuhof, Catarina, ce magnifique ewer de pêche est actuellement basé au port-musée d’Oevelgônne. Wol-fang Friederichsen l’a restauré de 1977 à 1979 avec un remarquable souci d’authenticité. Les anciennes voiles en coton qu’il portait jusqu’en 1980 ont été compléées par un nouveau jeu en tissu synthétique (Duradon) que l’on peut voir sur cette photo. On pourrait s’y méprendre ! Il est difficile de faire la moindre critique. Travaillé avec une telle maîtrise, le matériau moderne sait se faire oublier. Un bel exemple pour les maîtres-voiliers français désireux de se créer un marché à la mesure de leur savoir-faire, hors de portée de la concurrence des grandes voileries informatisées vouées à la production de masse.
Mad Atao est un petit canot à misaine construit il y a quatre ans en rivière d’Auray au chantier Brisard. Si la construction en bois traditionnelle est encore pratiquée par de nombreux chantiers depuis l’annexe de 4 mètres jusqu’au chalutier de 17 mètres les techniques de voilure à l’ancienne n’ont par contre pas survécu à la motorisation. Malgré un renouveau d’intérêt de la part des voiliers, il n’est pas certain aujourd’hui que l’on puisse obtenir à coup sûr une voile parfaite. La découverte dans un grenier d’une ancienne misaine à l’état neuf coupée au Guilvinec dans les années 50 fut une double chance pour Mad Atao : pouvoir naviguer immédiatement à bon compte et surtout posséder un exemple dont tous les détails parfaitement traditionnels peuvent servir de référence à de prochains travaux de voilerie. On peut remarquer aussi que cette voile aux belles proportions, mais taillée dans une toile assez lourde pour la brise, possède un guindant très court caractéristique des voiles de cape.

La toile à voile

Des trois textiles naturels, chanvre, lin et coton, seul ce dernier, d’introduction récente, est largement utilisé sur les petits bateaux de pêche aux derniers temps de la voile. Lin et chanvre n’ont pas pour autant disparu ; le lin, par exemple, reste en usage pour les grand­ voiles des goélettes paimpolaises, le chanvre pour les grand-voiles des der­niers langoustiers camarétois. Ces deux matériaux sont plus résistants et plus lourds que le coton, qui par contre se déforme moins. Neuve, la toile de chan­vre est assez rigide, de couleur écrue ou roussâtre, mais elle s’assouplit et blan­chit en vieillissant. De couleur gris cen­dré, la toile de lin est plus souple, plus légère et un peu plus solide que le chan­vre, en revanche elle résiste moins à l’usage et adonne beaucoup plus.

Aux derniers temps de la voile au tra­vail, il existe deux qualités de base pour le coton : le coton dit filet et le coton croisé. Le premier est utilisé pour les toi­ les légères ; c’est un tissu très soyeux, agréable à travailler, initialement fabri­qué au début du . siècle à Rouen par Dégenestais qui sera ensuite concurrencé par d’autres tisseurs. Le coton croisé est composé de fils câblés avec chaîne et trame identiques donnant un aspect rugueux. Sa résistance est supérieure, à densité identique.

Pour des voiles plus légères, on utilise du coton en laize de 1,20 m servant à fabriquer les cirés. Avec la plaisance apparaissent aussi les cotons d’Egypte en laizes de 90 cm dans lesquelles on faisait deux fausses coutures pour maîtriser la forme.

Toutes les toiles à voiles comportent un filet régulateur de couleur rouge ou bleue, à 2,5 cm – 3 cm des plis, pour faciliter la couture. Certains fabricants indiquent leur marque au moyen de filets à milargeur de laize. Par exemple, Dégenestais mettait deux paires de filets bleu-roi espacées de 3 à 4 cm ; Caline (coton croisé) mettait un filet rouge entouré de 2 filets bleus.

Les cotons filets étaient repérés par des filets transversaux en fin et début de pièce, le nombre de ces filets correspon­dant à la force de la toile, de 1 à 4. Les cotons croises étaient marqués au pochoir. Comme les toiles de lin et de chanvre, ils étaient numérotés ; les numéros les plus faibles correspondant aux toiles les plus fortes.

Grâce à l’amabilité de Jacques-Yves Le Toumelin, nous reproduisons le tableau donnant les poids, au mètre carré, de chaque qualité de coton, poids qui pouvaient varier d’un fabricant à l’autre.

Force des voiles utilisées pour les grand-voiles de sloups et dundées. Les points représentés résultent d’une exploitation des archives de la voilerie Le Hir-Provost de Camaret.

Le tannage kanvo ocre-rouge souligne la beauté des voiles en lin d’Eliboubane et la discrétion des garcettes de ris à peine visibles. James Lawrence a réalisé en Royal Navy n° 6 (627 g/m2) la misaine et le taillevent de la chaloupe sardinière. Sur cette photo, Yvon Le Corrè s’apprête à gréer le marlink, un fort levier de longueur égale au maître bau : la drisse engagée dans le rakenn est repoussée vers l’extérieur quand on abaisse le marlink dont le pied est calé contre une membrure. Cet espar mobile a donc une double fonction : étarquer la drisse et donner de la triangulation au mât de misaine pour compenser l’étroitesse du bau à l’avant du bateau.

Les matériaux actuels

Vouloir réaliser aujourd’hui des voiles en tous points identiques à celles d’autrefois est en pratique difficile, les matériaux d’origine n’étant plus fabri­qués, pour la plupart. On peut certes découvrir de vieilles pièces de tissu dans un grenier, mais il faut encore trouver la personne qui acceptera de les travailler à la main . Il existe heureusement des solu­tions de remplacement qui conservent les propriétés essentielles des voiles tradi­tionnelles : leur aspect et leur couleur. En ce qui concerne l’aspect mat, le tou­cher rugueux, l’objectif n’est pas seule­ ment esthétique, la toile traditionnelle facilite la manœuvre, surtout pour les voiles gambeyées au virement de bord ; il est très important dans ce cas que la voile tombe sous son propre poids, ne glisse pas sur elle-même quand on met le pie? dessus et offre une bonne prise à la mam.

Voici les tissus qui sont aujourd’hui disponibles :

Le lin

Quelques voiliers anglais travaillent encore le lin et c’est le seul exemple que nous connaissons d’une toile fabriquée spécifiquement pour la voilerie en dehors des synthétiques modernes. Yvon Le Corre a fait couper dans ce tissu les voiles d’ Eliboubane par James Lawrence (en n°6). Les qualités disponibles, en laizes de 61 cm, sont les suivantes :

– Royal Navy n ° 2 899 g/ m 2

– Royal Navy n° 4 746 g / m 2

– Royal Navy n° 6 627 g / m 2

Le coton

Tous les cotons disponibles sont nor­malement destinés à d’autres usages – tentes, tauds, bannes, stores… ce sont des cotons d’Afrique ou d’Améri­que à fibre courte. Néanmoins, il est possible de les utiliser pour des voiles. Les laizes étant normalement de 110 cm de large, il faut alors faire une fausse couture axiale. Ces tissus sont presque toujours traités anticryptogamiques (imperméabilisation ami-moisissure) et sont généralement proposées en couleur. En fait, les fabricants disposent presque toujours d’une qualité « écrue » ou « naturelle » dans leur gamme, ce qui est préférable (voir plus loin). Tous fournis­seurs confondus, on trouve des toiles de 200 g / m2 (toile à tente) à 600 g/ m 2 (toile à bâche) avec suffisamment de qualités intermédiaires. Le matériau existe donc , mais l’étroitesse du marché rend l’approvisionnement difficile, sur­ tout pour une petite quantité.

Le meunière 45

Il s’agit d’une toile mixte à chaîne de coton et trame polyester, disponible en écru (400 g /m 2) et en couleur (430 g/ m2 ) . Son apparence est celle du coton , seul le fil de chaîne étant apparent . La voilerie Daniel a une longue expérience de ce matériau qui donne satisfaction à ses utilisateurs, notamment en raison de sa solidité et de sa résistance au pourris­sement . Malgré l’hétérogénéité du matériau, il reste possible d’utiliser cette toile, comme celle de coton, en laizes verticales. C’est la solution qui a été retenue sur Telenn Mor, la chaloupe sar­dinière de l’association Treizour de Douarnenez . Il existe des toiles meuniè­res plus fortes dont la trame est en polya­mide, plus élastique que le polyester, et qui ne semble donc pas adéquate pour la voilerie.

Le duradon

C’est un matériau d’origine anglaise, lui aussi destiné à la fabrication de bâches, qui existe en couleur « sail brown » et blanc, et dont l’apparence est voisine de celle du lin. Il semble que la fibre soit du polypropylène. Plusieurs qualités sont fabriquées, mais seule celle à 475 g/ m2 est conseillée en voilerie ; les laizes sont en 60 cm de large.

Le polyester

Matériau habituel de la plaisance d ‘aujourd’hui , il est, nous l’avons dit, peu agréable sur un voilier traditionnel. On le trouve en brun (tan) et aussi en blanc, sans enduction de résine, donc plus souple.

Kenavo, un petit sloup groisillon très bien gréé, qui était armé par Dominique Duviard. Un exemple très symbolique des progrès réalisés pour redonner aux bateaux traditionnels une silhouette proche de leur origine. La première étape avait été de supprimer le rouf, la seconde devait être de parfaire les détails de voilerie. Sur ce très beau plan de voilure, Dominique regrettait quelques détails de finition non traditionnels bien visibles ici en contre jour : renforts aux points de ris et surtout œils de pie sur les deux bandes, qui devaient laisser place à des garcettes directement cousues dans la voile qu’il projetait.
Pour son joli sloup de l’île de Sein, Ar Spinec, Jean-Louis Daugas a pu utiliser d’anciennes voiles taillées par Le Rose pour un autre bateau. Le résultat quoique provisoire est satisfaisant tant pour la coque que pour l’aspect. La patine inimitable et les beaux détails de voilerie ont pu être conservés. La demi-laize placée en renfort sur la partie basse de la chute, les garcettes cousues sont autant d’exemples à suivre dans la confection de nouvelles voiles.

Il est certain, cependant, que le polyester offre une solution facile, d ‘ au tant qu’il existe encore de nombreux artisans capable s de réaliser des voiles à l’unité. On peut obtenir un bon résultat si l’on a dessiné un beau plan de voilure et que les voiles sont coupées à laizes verticales pour les bateaux de tra­vail ou à laizes étroites pour les yachts anciens.

Les solutions plus traditionnelles se heurtent à quelques difficultés : recher­che du matériau et d’un maître voilier ayant conservé le savoir-faire nécessaire. Cela n’a pas empêché quelques réalisations exemplaires ; le recours au coton pourrait ainsi se généraliser sur les peti­tes embarcations à voile et avirons (canots, plates, doris, bettes, færing, picoteux… ) qui renaissent aujourd’hui. Pour les voilures plus importantes, le coton ou le meunière 45 offrent une bonne solution, tandis que le lin, tel qu’on le travaille par exemple outre­ Manche, donne de merveilleux résultats pour les unités de plus de 9 mètres.

Le ralingage

Traditionnellement, la ralingue est en chanvre goudronné, cousue sur la face tribord (en Angleterre babord !). Aujourd’hui, à l’exception des voiles en lin et en coton fournies par James Law­rence,. le ralingage est souvent proposé en synthétique, quelle que soit la nature·· de la toile. Cela peut paraître choquant au premier abord car synthétique et coton ne travaillent pas de la même . façon à l’humidité. En fait, les toiles traitées anticryptogamiques sont imper­méabilisées et donc assez inertes, avec toutefois quelques réserves pour certai­nes voiles écrues, moins bien traitées, et qui se piquent plus facilement.

Trois matériaux modernes peuvent être utilisés pour la ralingue :

– cordage en polyester

– cordage hempex

– sangle polyester seule ou servant de support au cordage

Le cordage hempex, qui pour l’instant ne semble disponible qu’en Angleterre, est réalisé en polypropylène à fibre dis­ continue et imite très bien le chanvre. Il en a la couleur, l’aspect et le toucher et ne doit pas être confondu avec le poly­ propylène ordinaire (qui fait mal les nœuds) que l’on trouve en teinte écrue et qui peut éventuellement convenir pour une voile. Notons au passage que l’hempex est parfait pour les drisses, écoutes et autres cordages.

Quelques voiliers acceptent cl’ entre­ prendre un authentique ralingage à la main. Ils proposent aussi de coudre la ralingue à l’intérieur d’une gaine ou de l’assembler à une sangle elle-même cou­ sue à la voile. Cette sangle qui n’existe qu’en blanc est particulièrement ines­thétique , mais c’ es t elle qui, en fait, joue l’essentiel du rôle mécanique de la ralingue .

On peut d’ailleurs avoir une chute avec sangle seulement, les côtés de la voile qui travaillent le plus étant à ralin­gue cousue, et finie en queue de rat. Dans un esprit de simplification on peut aussi supprimer les montages tradition­nels (pattes à cosses, etc.) et adopter des solutions modernes et discrètes. Il vaut mieux négliger des détails et réussir l’aspect d’ensemble du bateau que l’inverse.

Plate morbihannaise à dérive et voile au tiers construite il y a 6 ans par le chantier Ezan à Saint-Philibert (Morbihan). Voilà un bel exemple de survivance d’un bateau de travail traditionnel. Le tableau quasi-vertical, qui facilite un peu l’installation d’un moteur hors-bord, a enlevé de leur élégance à ces bateaux très peu coûteux. Mais rien n’empêche de demander au constructeur de revenir à la quête normale. La voile, très bien coupée par Daniel avec un bel apiquage, a bonne allure avec ses laizes verticales. La silhouette est traditionnelle mais le tissu tergal rouge à texture brillante, peu flatteur, est un handicap sérieux pour la manœuvre (saisie plus difficile, glissades dangereuses lorsque la voile est amenée). Il existe aujourd’hui des tissus modernes, plus mats et souples, dont les qualités et l’apparence s’approchent davantage de celles d’un vrai coton. La ralingue et les garcettes blanches sont à éviter. Si votre voile est déjà réalisée ainsi, il est possible de colorer la ralingue. Vos prochaines voiles pourront être ralinguées sans difficulté en chanvre (voile coton) ou en Hempex (voile en tissu mixte ou Duradon).

La couleur

Il a existé tout au long de notre littoral une multitude de pratiques traditionnel­ les pour le tannage des voiles. Cette opé­ ration, outre la plus grande longévité qu’elle permettait, conférait aux voiles une couleur bien particulière.

La couleur est un point essentiel dont découle toute l’esthétique du bateau à la mer. C’est par la couleur des voiles, et aussi celle de la coque que l’on peut faire d’un voilier traditionnel une véritable œuvre cl’ art. La solution la plus simple consiste à faire tailler la voile dans un tissu de couleur. Le choix est malheureu­sement limité et les teintes disponibles (en général rouille quand ce n’est pas rouge) ne sont pas parfaites. Le fil d’assemblage, souvent blanc (on le trouve en noir, peut-être en brun), ajoute une note discordante. Il en est de même des garcettes de ris en nylon blanc.

Les plus belles voiles seront donc écrues au neuvage et tannées ensuite. Nous avons expérimenté sur des échan­tillons plusieurs méthodes de tannage et c’est la méthode classique (à chaud, avec huile de lin) qui semble bien donner la meilleure tenue, même sur les tissus imperméabilisés. En revanche, il est quasi-impossible de changer la couleur d’une voile en tissu de couleur, la charge de colorant empêchant la pénétration du mélange.

Le procédé, sans doute perfectible, est le suivant :

– préparer le mélange (pour une voile de 25 m2 environ) :

5 litres d’eau (de mer plutôt)

1 / 4 litre d’huile de lin environ

500 g de poudre d’ocre au moins

– chauffer le mélange à 80° C environ et l’appliquer à la brosse sur les deux faces de la voile. Il faut frotter très fort pour faire pénétrer à cœur.

– rouler la toile et la conserver 2 jours environ, puis la faire sécher.

– enfin, la laver à l’eau de mer pour enlever les excédents et la faire sécher à

On peut, de cette façon, choisir sa couleur, ocre, terre de sienne, ocre jaune, et la tenue semble acceptable (voir adresses de fournisseurs).

Il existe aussi un produit tout fait qui s’appelle Kanvo et que vend James Law­rence. Sa couleur est très belle, proche de l’ocre rouge. Il est vendu en bidon de 25 1. Un bidon permet de tanner envi­ron 40 m3 de lin n° 6 et donc une sur­ face probablement bien supérieure de coton léger. L’application se fait à froid et la tenue est parfaite. C’est ce qu’a uti­lisé – et quel merveilleux résultat – Yvon Le Corre sur Eliboubane. Signa­lons enfin une autre possibilité : faire appel à un tanneur de filet de pêche : il en existe encore, qui acceptent de don­ner aux voiles une belle couleur cachou.

Voilà donc un aperçu de solutions pra­tiques qui pourront rendre plus beaux, plus authentiques, les voiliers tradition­nels encore en état de naviguer. A condi­tion d’accepter quelques modifications décrites ci-dessus, notamment pour le ralingage, nous avons vérifié qu’il était possible de faire réaliser une très belle voile à un prix qui n’excédait pas celui d’une voile de réalisation moderne en tergal blanc. Nous espérons donc nom­breuses les réalisations dans cet esprit et invitons ceux qui les auront tentées à en parler dans le Chasse-Marée.

Iock, le monotype d’Arcachon de Noël Gruet, ici à la même allure que la plate morbihannaise, permet une comparaison aisée : la différence de qualité esthétique et fonctionnelle entre une véritable voile traditionnelle et son succédané en tergal est flagrante ; chaque détail s’écartant du modèle d’origine ne fait qu’aggraver la différence. Aux solutions de remplacement proposées par les voiliers il sera toujours préférable de recourir aux procédés traditionnels. Sur Iock la voile au tiers bômée, plus grande, permet de meilleures performances aux allures portantes mais n’a pas les qualités de la voile à bordure libre en pêche et en promenade. (Photos P.-Y. Dagauh).

Les voileries

Cette liste, non limitative, présente les voi­liers qui, actuellement, peuvent proposer une fabrication traditionnelle. Les toiles indiquées sont celles s’approchant, pour chacun d’eux, le plus possible d’une toile à voile traditionnelle. En général, tous sont également susceptibles de fournir des voiles dans des matériaux synthétiques tel le duradon. A titre d’exemple, pour deux voiles au tiers en coton de 35 m2 au total, ralinguées chanvre , les devis H.T. s’échelonnent de 8,700 F à 10.900 F.

Voilerie Richard Rue du Glorioux – Saint­ Servan (35)

  • Tissu coton 3 filets cachou, 400 g, laize 57 cm . Ralingue en chanvre ou corseine.

Richard de Ré 22, rue Gaspard-France – 17410 Saint-Martin-de-Ré.

  • Tissu Ralingage main.

Voilerie Burgaud 17, Quai Cassard – 85330 Noirmoutier.

  • Tissu coton écru, 320 g, laize de 50 Ralingage en chanvre à la main.

Voilerie Daniel 37, rue Ferdinand Le Dressay – 56000 Vannes.

  • Toile meunière. Tissu coton rouille, 400 g et 320 Ralingage à la main.

Voilerie Le Rose 19, Avenue du Docteur Pierre Nicolas -29110 Concarneau.

  • Toile mixte coton-polyester, 430 Toile coton 280 g. Ralingage en chanvre.

Marc Philippe Avenue Lucien Corbeaux – 76600 Le Havre

  • Toile mixte coton-polyester Tencate 340 g ; laize de 52 Ralingue corseine.

James Lawrence 22-28 Tower Street Brightlingsea (Essex) C07 OAL Angleterre.

  • Toile en lin ou coton. Ralingage à la main. Adresses connues de fournisseurs de poudre d’ocre:

. Starcolor, 44 bis, Boulevard Richard Lenoir -75014 Paris.

– Helin, 3, rue Saint-Nicolas – 75012 Paris.

 

Anna Rosa, la magnifique galéasse de Hans Van De Vooren fonce au grand largue par jolie brise, tout dessus : on a même envoyé les deux « ailes de pigeon » triangulaires au-dessus du hunier. Un exemple de restauration d’exceptionnelle qualité, la voilure atteignant ici la perfection. Très proches des grands jakts (sloups) bien connus en France depuis la venue d’ Anna of Sand, les galéasses norvégiennes sont des ketchs caboteurs à mâts presque égaux. « Hardanger Jakt Sailing », une petite compagnie de charter qui offre des croisières « différentes » en Norvège en a regréé deux, Anna Rosa et Anna Kristina.

Saga Siglar, une des plus récentes réussites de l’archéologie navale expérimentale en Europe du Nord. Lancé en 1983, ce superbe knarr vient d’entreprendre un voyage de deux années autour du monde. La navigation sur le knarr a permis à Ragnar Thorseth de résoudre les nombreux problèmes posés par ce gréement archaïque, dont les possibilités se sont révélées bien supérieures aux estimations de maints historiens. Et quelle superbe voile !