Par Gwendal Jaffry – Du 19 au 21 juin, onze embarcations voile-aviron ont sillonné les pertuis, de Marans à La Rochelle, en passant par Oléron et Rochefort, dans un « off »  du Challenge naviguer léger, ce dernier ayant été annulé à la dernière minute.  Si le parcours n’a pas été complètement respecté, l’état d’esprit était bien au rendez-vous, gage d’un bel avenir pour ce type de rencontres et de navigations.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie et d’encadrés supplémentaires.

Nous vous l’annoncions dans l’édito du dernier numéro : le Challenge naviguer léger (CM 262) n’a pas eu lieu… Enfin, pas vraiment, mais un peu quand même ! À quatre jours du départ, en effet, cette épreuve qui se préparait depuis un an a dû être officiellement annulée, parce qu’une partie de l’encadrement de sécurité exigé, à juste titre, par les Affaires maritimes n’était pas disponible.

Malgré ce coup de théâtre de dernière minute, onze des bateaux inscrits ont pourtant décidé de se lancer sur le parcours. Les canots étaient prêts, les équipages motivés, la navigation existait sur le papier : il aurait été dommage de s’en priver. Ainsi, en même temps qu’elle révélait la fragilité de notre organisation – équipe trop restreinte, manque de financements et d’appuis… –, cette épreuve a aussi démontré l’enthou­siasme qu’elle suscitait et surtout un certain état d’esprit. Le Challenge n’aurait pas lieu ? Vive le Challenge !ous vous l’annoncions dans l’édito du dernier numéro : le Challenge naviguer léger (CM 262) n’a pas eu lieu… Enfin, pas vraiment, mais un peu quand même ! À quatre jours du départ, en effet, cette épreuve qui se préparait depuis un an a dû être officiellement annulée, parce qu’une partie de l’encadrement de sécurité exigé, à juste titre, par les Affaires maritimes n’était pas disponible.

Le jeudi 18 juin, treize concurrents – pour onze bateaux – se retrouvaient sur les quais de Marans. L’étonnant kayak Camille aurait pu se joindre à la flottille, si Henri Smouts n’avait finalement renoncé à prendre­ le départ. Le chantier Arwen marine était le plus représenté avec quatre unités, dont trois Skerry. Deux « classiques » avec Chasse-Marée à Didier Fauvel, le bateau uti­lisé l’an dernier pour le raid de reconnaissance, et La Marie-Pupuce à Gérard Delorme, ainsi que le canot dans sa version « raid ».

La route suivie pour cette première édition « pirate » du Challenge correspond presque à celle initialement prévue.

Lancé au printemps dernier par Emmanuel Conrath, le patron du chantier, ce Skerry est très proche de celui que l’on avait imaginé il y a un an à l’issue du parcours de reconnaissance. Nous ignorions à l’époque qu’un concepteur américain, le Cheasapeake Light Craft, lui avait déjà donné vie et qu’il était commercialisé en France par Arwen marine.

Du même chantier, on notait aussi la présence d’Atypik à Pierre Mucherie, une Yole de Chester, modifiée par rapport au modèle original : les pontages avant et arrière ont ainsi été rehaussés pour obtenir de volumineux compartiments étanches permettant d’accueillir tout le matériel de randonnée ; et surtout, elle a été dotée d’un gréement et des appendices qui vont de pair pour transformer ce bateau d’aviron en voilier.

Tandis que Gilles Montaubin était de retour avec son Brol, François Girault armait pour sa part un doris de 5,85 mètres de long pour une centaine de kilos de déplacement lège.

Du côté des équipages en double, Alain Goetz skippait Emjo ii, le premier exemplaire du Monotype des pertuis. Il a été dessiné en 2014 par Jean-François Garry, dans le cadre d’un concours de plans lancé par l’association Patrimoine navigant en Cha­rente-Maritime. Le second bateau armé en double était Whimbrel à Stéphane Blanc, un dériveur de la série des Wayfarer, conçu en 1957 par Ian Proctor et construit depuis à près de onze mille exemplaires. Ces unités sont utilisées en régate ou en randonnée, voire plus… En 1963, en effet, Frank Dye et Russell Brockbank ont rejoint l’Islande depuis l’Écosse avec leur Wanderer; un an plus tard, le même Frank Dye, accompagné cette fois de Bill Brockbank, reliait l’Écosse à la Norvège en passant par les îles Féroé !

«Le voile-aviron permet d’être autonome depuis son garage»

L’architecte François Vivier était aussi bien représenté avec trois Ilur, dont le récent Tournepierre à Emmanuel Mailly, président de la Fédération voile-aviron, et Avel Dro à l’Anglais Roger Barnes. Ce dernier, qui préside la Dinghy Cruising Association, est également l’auteur du remarquable The Dinghy Cruising Companion – Tales and Advice from Sailing a Small Open Boat, un livre devenu en un an la bible de tous les amateurs de navigation légère, malheureusement pas encore traduit en français. Enfin, Alban Gorriz, un marin désormais bien connu sur les rassemblements de nos côtes, prenait le départ avec son Bénétin, et c’est avec lui que nous allons naviguer.

De gauche à droite, le Skerry La Marie-Pupuce, le Skerry Raid, le Brol et la Yole de Chester au portant. © Jean-Yves Poirier

Alban a découvert ce type de bateau alors qu’il venait juste de passer la quarantaine. « J’ai commencé le sport nautique par la planche à voile, explique-t-il, un loisir que j’ai découvert à l’occasion d’une mutation professionnelle en Bretagne. Ensuite, au milieu des années quatre-vingt-dix, pour partager la mer en famille, on a acheté un Sun Odyssey 24 qu’on a basé dans le havre de Rothéneuf [au Nord de Saint-Malo] pour des balades entre Bréhat et Chausey. J’ai appris sur le tas, avec un passage aux Glénans, certes, mais surtout en transposant au voilier mes connaissances de la planche. Et puis, à la fin d’un été pourri, suivi d’un retour professionnel en région parisienne, avec la flemme de devoir regagner la Bretagne pour naviguer, on a décidé de vendre le Sun Odyssey au début des années 2000. »

Sauf que la plage, ce n’est pas trop son truc, à Alban… C’est lors d’une visite au Salon nautique qu’il découvre, dans nos colonnes, l’Ilur. Avec un ami, ils se mettent en tête d’en construire chacun un. « L’avantage du voile-aviron, c’est qu’on peut navi­guer en autonomie totale depuis son garage ! L’Ilur permet en plus d’embarquer une ou deux personnes. » Alban, qui a restauré plus jeune une ferme, est plutôt du genre bricoleur. Il est aussi modéliste, tant pour jouer dans les airs que sur l’eau : « Il est fascinant de faire voler un objet, comme il est fascinant de faire remonter un objet dans le vent. » Construire un bateau ne lui fait donc pas peur.

Et s’il a choisi l’Ilur, c’est parce que ce bateau lui rappelle la Bretagne, un argument d’autant plus fort qu’il vit à l’époque à Rambouillet. « Par ailleurs, la technique du clin de contre-plaqué me semblait accessible. Au moment de me décider, je n’ai pas vraiment mis l’Ilur en concurrence avec d’autres bateaux de la même catégorie, même si j’ai pensé, un temps, à l’Insula de Jean-François Garry. Le plan Vivier m’a semblé finalement plus adapté aux conditions de navigation en Bretagne Nord. »

Alban va construire son bateau seul – son ami ayant renoncé entre-temps à réaliser le sien –, à l’aide du plan et du livret de construc­tion. « Cela dit, à l’époque, ce dernier était moins accessible qu’il ne l’est aujourd’hui et ce sont surtout des images glanées sur Internet qui m’ont aidé. » À mi-chantier, l’Ilur sera déménagé à Rennes, au gré d’une nouvelle mutation de son propriétaire.

« Ce travail m’a donné beaucoup de plaisir et n’a pas présenté de réelles difficultés, si ce n’est le brochetage des clins qui m’a conduit à adopter ma propre technique, c’est-à-dire à dessiner les virures les unes par rapport aux autres… Cela explique d’ailleurs le léger S que forment les bordages sur l’arrière. » Par rapport au plan, Alban a remplacé la dérive sabre – « inimaginable dans les eaux malouines » – par une dérive pi­votante. Au même moment, François Vivier faisait d’ailleurs la même modification sur son plan… « Et puis j’ai latté acajou le pontage avant. Avec du recul, je vois là aussi le lien avec mon intérêt pour le motonautisme classique. »

Le premier jour, la flottille passe à proximité de la cardinale Nord des Islattes, signalant un banc de sable entre Loix et Saint-Marin-de-Ré. © Jean-Yves Poirier

Amateur de la période « vernis et chrome » des années cinquante-soixante, Alban se consacre en effet aujourd’hui à la restauration d’un Bisoli, un runabout italien de 5 mètres en contre-plaqué acajou, après avoir redonné vie à un petit dinghy du chantier Kirié.

Bénétin – du nom d’un rocher de Rothéneuf – est mis à l’eau en septembre 2004. Au début, les navigations se déroulent essentiellement dans les environs de Saint-Malo : les Ébihens, Cézembre, la Rance (et sa Route du cidre)… En 2005, l’Ilur change pour la première fois de plan d’eau et participe à la Semaine du golfe ; en 2006, on le retrouve aux fêtes de Ploumanac’h et, en 2007, il découvre le bassin d’Arcachon, avant de slalomer entre les cailloux de Chausey. « Pour cette balade, je voulais avoir le bateau bien en main et être rassuré sur la qualité de sa construction, ne plus m’inquiéter au moindre craquement. »

Avec son Bénétin, Alban va aussi participer trois fois à la Ronde des pertuis, puis à deux reprises aux Rendez-vous de l’Erdre. En 2011, il organise la Ronde des corsaires à Saint-Malo : « En cinq jours, j’ai fait découvrir aux engagés le plan d’eau de Dinan à Chausey. Ils étaient époustouflés. » En 2014, enfin, il réunit dix bateaux sur un parcours baptisé Route des îles dans le Morbihan. « Si j’aime être seul à bord, je suis également amateur des navigations en flottille. J’apprécie les programmes au long cours, bien préparés, avec des gens que je suis content de retrouver le soir autour d’une bonne table. »

Ce jeudi soir, à Marans, en guise de bonne table, c’est pique-nique participatif, chacun ayant apporté une spécialité maison à partager avec les autres. L’annulation de l’épreuve n’oblige plus personne à se lever aux aurores pour passer l’écluse du Brault et les navigateurs auraient pu se laisser aller, un pineau à la main, à bavarder tard dans la nuit, à la lueur des étoiles. Mais pas du tout. Tout le monde préfère se coucher tôt pour respecter autant que possible le programme du lendemain.

À 5 h 30, c’est Roger Barnes qui déclenche les hostilités sur l’eau. Quinze minutes plus tard, Alban Gorriz se met à son tour aux avirons. Ils mettront environ une heure pour parcourir les 5 200 mètres du canal, effleuré par la brume et caressé des premiers rayons du soleil. « Canal, rivière, embouchure, pleine mer… Cette matinée nous a donné la sensation d’une montée en puissance », raconte Alban. Dès la baie de l’Aiguillon, les premières options se sont dessinées, même si, pour une question de sécurité, dix des onze concur­rents ont choisi de naviguer à vue, en liaison vhf permanente. « En sortie de Sèvre, certains ont tiré à terre, alors qu’il fallait rester un bon moment dans l’axe du chenal, c’est-à-dire dans le fort du jusant », explique Alban, qui connaît bien le plan d’eau pour l’avoir fréquenté, entre autres, grâce aux Rondes des pertuis.

Dans l’Ouest d’Aix, Bénétin tutoie les 7 nœuds

Ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas préparé sa navigation. « Grâce au service Internet du shom qui donne les courants sur une zone donnée à une heure précise par rapport à la marée, j’ai pu matérialiser la route parfaite, c’est-à-dire indiquer par un système de waypoints à quels endroits il valait mieux passer en fonction du flot ou du jusant, tout en localisant les zones dangereuses, comme les parcs par exemple. J’ai préparé ces données sur mon ordinateur grâce au logiciel – libre, donc léger ! – Opencpn, les points obtenus étant exportés en “.gpx” sur l’application de navigation The FastTrack – tout aussi gratuite – du smartphone que j’ai à bord. »

Durant cette première journée, les concur­rents vont évoluer dans des conditions assez proches de celles rencontrées l’an dernier lors de la reconnaissance du parcours : le temps est très maniable jusqu’à la plage de Sablanceaux, où les premiers attendent les derniers, dont le Wayfarer qui rencontre un souci de drisse de grand-voile. Puis le thermique se lève l’après-midi avec un force 4 bien tassé et une mer formée qui brise parfois dans les bateaux.

Une fois franchi le pont de l’île de Ré, la flotte mouille devant la plage de Sablanceaux. Au premier plan, les deux Ilur Tournepierre et Bénétin. © Jean-Yves Poirier

Avec ce programme, les moins toilés se frottent les mains quand certains doivent réduire la toile. Dans l’Ouest de l’île d’Aix, Bénétin tutoiera même les 7 nœuds dans une pointe. « En arrivant à Boyardville, raconte Alban, au terme de 40 milles parcourus depuis Marans, le chenal était bouillonnant à cause du clapot qui se brisait sur la jetée. C’était impressionnant ! » Ce soir-là, après un nouveau repas pris en commun, neuf des onze concurrents camperont sur la plage – chacun aidant à porter les canots, ce qui nous éloigne des conditions imposées du Challenge.

À trop vouloir couper,  on finit par toucher…

Le lendemain matin, les bateaux ap­pa­reillent sous un grand soleil à 9 h 15. La faible brise de Nord-Nord-Ouest ayant opté pour une très longue grasse matinée, la décision est prise de ne pas dépasser la tour de Juliard, alors que le parcours prévoyait d’aller jusque dans le Sud d’Oléron. Cette option est adoptée à l’unanimité… ou presque, car Emjo ii, notamment, continue à mener sa vie sans grand souci des autres, en vue de réaliser l’intégralité du trajet initialement prévu. La flottille met donc le cap sur Fouras en louvoyant. « Un imprévu comme la pétole est à prendre en compte quand on se prépare à ce type de navigation, précise Alban. Les heures sur l’eau peuvent ainsi être bien plus longues que prévu, et quand le soleil tape très fort, il risque de gâcher la fête à cause d’une insolation ou d’une brûlure. C’est en partie pourquoi je navigue toujours avec des vêtements respirants, légers et très couvrants. »

D’autres éléments doivent être pris en compte, notamment en matière d’alimentation. « Trois jours de navigation en autonomie n’obligent pas à réfléchir en termes de rapport poids des vivres embarqués/calories. En l’occurrence, je choisis des choses qui peuvent se manger facilement et à tout moment : en mer, les collations c’est quand on peut, pas forcément quand on veut ! Il faut aussi que cette nourriture soit facilement accessible, d’où une glacière que j’ai à portée de main. Pour le soir, rien de tel qu’une boîte de conserve qu’on pose directement sur le réchaud. » Bénétin n’étant pas équipé de coffres, toutes les affaires tiennent dans la glacière et dans deux sacs étanches coincés sous les bancs, un pour les vêtements, l’autre pour le matériel de cam­ping.

Au près, dans ces conditions, les bateaux d’Arwen marine marchent fort. Mais, à la pointe des Palles, le vent a déjà bien forci quand la flottille est en vue. Et François Girault prend une mauvaise option en choisissant un raccourci qui va lui coûter cher : le puits de la dérive sabre est arraché et le doris coule très rapidement. Didier Fauvel vole à son secours.

« L’entrée dans la Charente, avec le vent contre le jusant, a été assez chaude, confirme­ Alban. C’était compliqué. Le temps de s’assurer que François était sain et sauf, la flotte est restée un bon moment au mouillage à Port-des-Barques. Puis nous sommes tous repartis vers Rochefort, au portant, au travers, au près, selon les coudes du fleuve qui nous a embarqués sur son tapis… À tel point que, ne connaissant pas l’entrée du port, j’ai failli la manquer, car j’étais en tête de flotte avec Roger Barnes ! » Au fort du flot, c’est une erreur qui peut coûter cher… À 18 h 30, les bateaux du Challenge sont à quai. Le soir, c’est restaurant pour tout le monde… mais camping dans la prairie.

Si Alban n’a pas préparé son bateau spécialement pour le Challenge, il a tout de même installé un siège à coulisses. « Je connais­ mon Ilur, j’ai une grande confiance en lui. Par contre, sachant qu’il y aurait pas mal d’aviron, il fallait soigner cet aspect de la navigation et je suis très content de cette amélioration. Le siège permet de nager plus longtemps et sans fatigue ou douleurs musculaires. Didier Fauvel en a d’ailleurs fait une véritable démonstration, lui qui a particulièrement soigné cet aspect de sa préparation : c’est une fusée ! »

La baie de Morlaix, la rade de Brest, les côtes varoises…

Le dimanche matin, il faudra un peu plus de deux heures à Bénétin pour relier Rochefort au Lupin où il met enfin à la voile, cap sur La Rochelle, que les concurrents atteindront dans l’après-midi… épuisés pour certains. Mais tous ravis pour François Girault, qui leur apprendra sur la cale qu’il a enfin pu récupérer son bateau.

« Une des choses les plus étranges de cette journée a certainement été de se retrouver dans le chenal des Minimes, qui s’ap­pa­rente davantage au périphérique parisien qu’à une entrée de port », plaisante Alban. Roger Barnes se demande même « si un des plaisanciers de cette marina a remarqué notre présence » ! Le soir même, Emmanuel Conrath et Emmanuel Mailly se feront refouler du camping municipal de La Rochelle « au prétexte que le Règlement – avec majuscule ! – interdit les remorques à bateau. Heureusement, nous avons été accueillis à bras ouverts à Marans… » Na­viguer léger, c’est bien, mais il y a encore du chemin pour le faire savoir à tout le monde !

Conçue à l’origine pour la seule propulsion à l’aviron, la Yole de Chester Atypik remonte la Charente vers Rochefort sans se soucier des vents mauvais. © Jean-Yves Poirier

Côté participants, le bilan de ce Challenge « off » est positif. « Avant tout, nous avons vécu trois journées fantastiques, tant au niveau des conditions de navigation que des forces en présence. Si les bateaux légers ont montré un net avantage, à commencer par le Brol, mais aussi les bateaux d’Arwen marine, notamment à l’aviron, les bateaux lourds comme les Ilur font parler la poudre dès que ça forcit, avec en outre un gros atout : le confort. Trois jours dans un cockpit humide qui limite la possibilité de mouvement, c’est tenable, mais dans la durée je ne suis pas certain qu’ils seraient nombreux à signer. Quant au Wayfarer et au Monotype des pertuis, puissants sous voiles, ils s’en sortent à l’aviron… car ils sont deux à nager. » Et c’est bien là le dilemme de ces bateaux, chacun devant bien peser ses habitudes et ses envies pour trouver ce qui ne restera qu’un compromis entre poids, vo­lume, stabilité, confort, vitesse, manœuvrabilité, sécurité, programme…

L’un des avantages de ce type de ren­contres est de pousser ces bateaux jusque dans leurs limites pour mieux les connaître. Parcourir 100 milles sur trois jours en complète autonomie donne ainsi à chaque propriétaire de solides bases de réflexion quant à la préparation et au matériel nécessaire. Du Brol qui navigue léger comme une plume à l’Ilur Avel Dro qui semble armé pour ne jamais toucher terre, l’exemple des autres est aussi riche d’enseignements. Nombreux sont ceux qui ont ainsi réalisé qu’ils embarquaient trop de matériel, et donc de poids. Or, quoi de plus nuisible que tous ces kilos superflus sur ces bateaux qui nécessitent le minimum, tant au niveau de la charge à déplacer que de l’encombrement du bord ?

Alban Gorriz à bord de Bénétin. Prévoyant de longues heures d’aviron, il a équipé son Ilur d’un siège à coulisses. © Jean-Yves Poirier

En ce qui concerne le parcours, Alban estime que « c’est un très beau plan d’eau, avec cette caractéristique toutefois que l’on dépend beaucoup du vent et du courant. Tel que le Challenge est prévu, je pense d’ailleurs qu’on rencontrerait un sérieux problème dans le Sud d’Oléron. En effet, les instructions de course précisent qu’il est interdit d’être sur l’eau après 20 heures au risque d’être éliminé. Mais elles spécifient aussi que la zone comprise entre Boyardville et le Sud du pont d’Oléron est interdite à l’accostage. Or, cette année comme l’an passé, tout le monde est arrivé devant Boyardville à une heure où on hésiterait à se lancer vers Ronce-les-Bains par crainte de manquer de temps… tout en rageant de voir ses poursuivants arriver depuis Aix. Il faudra donc trouver une solution à l’avenir, éventuellement sous forme de pénalités pour qui n’est pas arrêté à 20 heures, au risque de tuer le suspense. »

Pour corser l’affaire, des participants ont proposé d’avoir à donner une marque à terre pour obliger à gérer un mouillage temporaire. Le souhait d’allonger le parcours vers la Seudre, tout en augmentant bien entendu le nombre de journées sur l’eau, a aussi été formulé.

Ainsi, bien que le Challenge n’ait pas eu lieu, l’initiative de ces onze-là a fait progresser la réflexion sur le parcours, les bateaux, l’équipement, la préparation… C’est aussi – et surtout, car la finalité était bien là – une dynamique qui se met en place. Il y avait la Ronde des pertuis, il y a désormais aussi ce Challenge naviguer léger dans les eaux charentaises. Après la Ronde des corsaires à Saint-Malo et la Ronde des îles dans le Morbihan, pourquoi ne pas imaginer un circuit en baie de Morlaix, une virée en rade de Brest, un challenge le long des côtes varoises ? Voire un tour de Bretagne ? Les possibilités sont infinies. Et l’enthousiasme toujours au rendez-vous.

Remerciements : à Pierre Alard-Gautier, à Bernard Ancel, à Flottille en Pertuis, à la Fédération voile-aviron et aux ports de Marans, Boyardville, Rochefort et des Minimes à La Rochelle.

Pour tout connaître du Challenge naviguer léger, rendez-vous sur <www.naviguerleger.com>.