Par Serge Lucas – En dépit de leur parenté, Houat et Hoëdic, les deux îles sœurs de la baie de Quiberon, n’en sont pas moins très différentes. Contrairement à sa voisine, Hoëdic a vu la plupart de ses pêcheurs partir vers la marine marchande. Certes, la petite pêche côtière semble aujourd’hui reprendre un certain essor, mais à l’évidence ce petit para- dis des amoureux de la nature a plutôt misé son avenir sur un tourisme de qualité. Hoëdic n’a pas la grâce sourian­te et fleurie de Houat. Ilot plat et chauve dont la stérilité at­ triste les yeux; maisons pauvres aux fa­çades grises et renfrognées. Un vaste étang, mer morte, surface immobile et sombre, n’est pas fait pour réjouir le pay­sage. Un esprit mauvais se cache sous cet­ te eau endormie et sème les fièvres dans le pays. Population de pêcheurs relative­ ment dense – 415 habitants pour 203 hec­tares, le tiers de la superficie de Houat. La vente de la soude s’ajoute aux maigres produits de la pêche; sur la falaise Sud­ Ouest, les fumées des brûleurs de goé­mon s’élèvent, blanches et molles, et font penser aux antiques holocaustes. Instinctivement le regard se détourne de cette morne étendue pour aller errer sur la mer où les sinagos, venus du Golfe pour les pêches d’été, dressent leurs ailes rouges.

« Si Houat qui, par endroits, s’élève à plus de trente mètres au-dessus du niveau de la mer, porte ses maisons sur un socle, Hoëdic dont le point culminant est seu­lement de douze mètres, simple radeau, pays-bas de l’Atlantique, risque tout au­ tant que Sein d’être submergée et, nou­velle Tolente, de disparaître sous l’eau comme les vieilles cités légendaires …  » Ce noir portrait brossé en 1938 par Madelei­ne Desroseaux dans La Bretagne inconnue montre à quel point les deux îles voisines peuvent être perçues différemment.

Hoëdic est pourtant toujours associée à sa voisine. Il n’est pas jusqu’à la topo­nymie qui ne fasse des deux îles un couple très uni, hoëdic étant selon certains une contraction de houatic, qui signifie  » caneton » en breton, tandis que houat dé­signe le « canard ». Quoi qu’il en soit, les ressemblances ne manquent pas. Taillées dans le granit, toutes deux in­ cluses dans ce chapelet d’îles, d’îlots et d’écueils prolongeant la presqu’île de Quiberon, elles bénéficient d’un micro­ climat identique qui contribue à l’épa­nouissement d’une fau e et d’un e flore aussi parentes que singulières. Elles ont subi les mêmes invasions au cours de leur histoire et seront longtemps administrées par la même figure emblématique d’un recteur commun. Au point qu’avant la construction de leur église, Notre-Dame de la Blanche, les Hoëdi­cais suivaient la messe en observant le pavillon hissé à Houat pendant l’office et abaissé au moment de la lecture de l’évangile et de l’élévation .

Ces apparentes similitudes ont peut­ être artificiellement réuni les deux îles. Pourtant, en dépit du lien de parenté qu’il digue, le passage des Sœurs, lar­ge de trois milles, n’en est pas moins une frontière marine qui les sépare. La géographie interdit donc de les traiter en siamoises, même si elle ne suggère pas pour autant d’en faire des rivales.

Le courrier des îles

Aujourd’hui, Houat et Hoëdic sont des­ servies au départ de Quiberon par des ba­teaux modernes, avec une régularité seule­ ment troublée par les fortes tempêtes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Au milieu du siècle dernier, les relations avec la « grande terre » sont difficiles voire précaires, même par temps calme. Les îliens qui veulent re­ joindre la « France » , le font alors le plus souvent par leurs propres moyens.

 »Jadis la poste arrivait à peine dans ces îles, écrit Charles-Félix Aubert en 1886 dans Le littoral de la France. Nul service ré­gulier n’y était installé, les passages, dange­reux, offrant trop souvent pour les bateaux à voiles une très grande difficulté. Mainte­ nant l’Etat alloue mensuellement environ cent cinquante francs à un bateau poste, c’est-à-dire vingt-cinq francs pour chaque voyage accompli tous les cinq jours. »

Après la Première Guerre mondiale, et jusqu’en 1930, un cotre relie Houat et Hoëdic au continent trois fois par se­maine. Du moins en principe, car les ro­tations du voilier sont plus ou moins régulières, et la durée des traversées très élastique. Dans une étude datant d’une vingtaine d’années, l’anthropologue Paul Jorion cite ainsi le cas d’un enfant né à bord de ce courrier qui dut lutter contre une tempête pendant toute une journée pour rejoindre le continent. Avec la mo­torisation, les traversées seront moins aléa­toires. Plusieurs courriers se sont ainsi suc­ cédé, pour assurer la desserte des deux îles.

De 1928 à 1945, L’Etoile Quiberonnaise, un sardinier commandé par M. Offert, as­ sure la navette les mardi, jeudi et samedi. En principe, il arrive à Hoëdic à 11 heures et en repart à 14 heures, mais si la sardine donne, le courrier peut prendre du retard. En 1945, pour la première fois, le courrier est un bateau spécialement conçu pour le transport des passagers; il s’agit de l’Ange Gabriel, commandé par Gildas Le Roux. Navire auquel succédera bientôt le Notre­ Dame de Confort, patron Yves Le Roux.

Au début des années 1970, l’Enez Houad entre en service. Cet ancien chalutier de 90 tonneaux reconverti en transport de pas­sagers et de marchandises est affrété par un armateur d’Houat et son équipage est également originaire de cette île. Il effectue en hiver quatre rotations par semaine, avec un service supplémentaire le dimanche soir pour reconduire les jeunes pensionnaires sur le continent. Parfois aussi, le dimanche matin, il transporte les membres de l’As­ sociation sportive houataise en déplace­ ment. En juillet et en août, un second ba­teau vient doubler l’Enez Houad, tandis que, de Port-Navalo, du Croisic et de Vannes, des vedettes supplémentaires amènent dans les îles leur lot de touristes.

L’Etoile Quiberonnaise, patron Job Auffret, accoste à la cale du Port Neuf érigée au Nord-Ouest de Me. L’ouvrage fut rallongé dans les années cinquante pour permettre aux courriers d’accoster quelle que soit la marée. Cette cale sera abandonnée après l’ouverture du port de l’Argol en 1973. © Le Doaré, Châteaulin

En deux décennies, la situation va sen­siblement évoluer. Le trafic est désormais assuré par des navires de la Compagnie morbihannaise et nantaise de naviga­tion. L’automne et l’hiver, c’est en général le catamaran Dravanteg qui assure un ou deux aller-retour trois jours par semaine, et un trajet dans un seul sens les autres jours. D’avril à septembre, grâce au renfort sur Houat de deux autres unités, le Men er Vag et le Gouri­nis, les navettes deviennent biquoti­diennes, et plus nombreuses encore au plus fort de l’été. Malgré ces réels pro­ grès, emprunter le service régulier en bas­ se saison pour se rendre chez le dentiste peut encore nécessiter deux journées d’ab­sence et une nuit d’hôtel; aussi certains Hoëdicais préfèrent-ils toujours rejoindre le continent à bord de leur propre bateau.

Les remous des Cardinaux

Au dernier recensement de décembre 1990, l’île d’Hoëdic compte 141 habitants, dont 52 actifs, soit 18 femmes et 34 hommes parmi lesquels 15 marins-pê­cheurs. Bien qu’ils soient proportionnellement presque deux fois moins nom­breux qu’à Houat, ces derniers représentent tout de même un bon quart de la popu­lation active.

L’Envan-Thiphaine pique droit vers le Sud des Cardinaux, un pâté de cailloux signalé par un phare depuis 1879. La houle bouillonne à dix mètres sur tribord, tandis que tout près de là sur bâbord, de mauvais remous trahissent d’autres dangers qu’il vaudra mieux éviter. Le bonnet rouge vissé sur ses cheveux courts, la vareuse et le pantalon cirés ajustés sans un pli, Christian Allanic se tient à l’arrière du canot, la main droite bien ferme sur la barre franche, la gauche tendue, comme si elle comptait les écueils à franchir. Il a beau revenir dans « son » jardin six jours par semaine, le patron semble aussi concentré qu’un dompteur pénétrant dans la cage aux lions. Assis sur le plat­ bord, son cousin et matelot Richard Allanic – un patronyme aussi courant à Hoëdic que l’est celui de Le Gurun à Houat sait que pour l’instant, il ne doit ni bouger, ni piper mot.

Des fauves ces rochers ? Voire ! La na­ ture les a posés là pour protéger l’île et briser la houle de l’océan. Mais surtout – et c’est là leur plus grand mérite aux yeux des pêcheurs -, ces roches-là hébergent les bars à l’affût, prompts à se lancer dans un tourbillon pour y cueillir leur fretin. Enfin, pour qui sait les apprivoi­ser, ces vagues inquiétantes peuvent de­ venir des alliées. N’empêche, ici Chris­ tian n’a pas le droit à l’erreur.

A l’avant, penché par-dessus bord, Ri­chard radiographie sous l’écume le gros ro­ cher noir, et lance à son cousin :  »Tu peux encore avancer de deux mètres. » Ces ma­rins-là naviguent au décimètre près ! Quelques secondes plus tard, le croc de la gaffe agrippe l’orin, ramenant prestement à bord la bouée et son pavillon. Le pre­mier bao (palangre en breton) peut être re­ monté. Chaque bao est constitué d’une longue ligne sur laquelle sont gréés des ha­meçons, l’ensemble étant maintenu au fond par des grappins ou des poids ré­ partis à intervalles réguliers.

La grosse tour rouge et blanche du phare des Grands-Cardinaux paraît bien proche, mais à mesure que la ligne est re­ levée, le canot s’éloigne du rocher. Un bar de deux kilos a mordu au premier hameçon. Maintenant que les cailloux sont au moins à cinq mètres, Christian coince la barre pour prêter main-forte à son matelot, laissant le soin au canot de suivre seul sa route. A peine sortie de l’eau et débarrassée de ses prises, la ligne est aussitôt reboëttée et mouillée à nou­veau au même endroit. Le butin n’est pas aussi abondant que le laissait espérer le premier poisson, mais c’est pourtant un bon coin. Et Christian sait bien qu’il ne resterait pas inoccupé longtemps au cas où il déciderait de le laisser vacant ! Il faut être patient, savoir anticiper sur les beaux jours, ceux des bonnes pêches…

Pour l’heure, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. « La mer est trop calme », remarque sans rire le patron-pêcheur. L’agitation provoquée par la marée montante contre les rochers ne doit pas faire illusion . Plus loin, l’océan est plat. Pince­ sans-rire, Christian avance une explication inattendue : « C’est de la faute de Marc, qui n’a toujours pas remplacé le vilain coq de notre clocher par un bar ! Ce jour-là on pêchera mieux! » Marc Allanic, maire de la commune et lui aussi marin­ pêcheur, envisage de s’attirer les bonnes grâces du ciel en imitant les Groisillons :  » Ils ont bien un thon sur leur église; pourquoi pas un bar dans notre ciel, alors que nos pensées sont si souvent occu­pées par ce poisson ? »

Le bar, poisson princier

Alors que ce matin, l‘Erwan-Thiphaine était quasiment seul en mer, cet après­ midi, sous un soleil radieux et sur une mer toujours d’huile, il navigue de conserve avec les autres bateaux de l’île, tous occupés à traquer le bar. Le bar, tou­jours le bar ! Sans doute le poisson le plus convoité des côtes de France, qu’on le pêche au chalut, au trémail, aux cordes, ou à la traîne. Il faut voir les petits ligueurs du raz de Sein flirter avec les cou­rants meurtriers autour du phare de la Vieille, ou les acrobates du bassin d’Ar­cachon affronter les rouleaux des passes ! Que ne ferait-on pas pour le capturer ?

A Hoëdic, le bar mobilise l’attention de tous quand, aux premiers jours du prin­ temps, il s’en vient en surface chasser le lançon ou la  » blanche » (le spr at ) . Georges Allanic ne manquerait la fête pour rien au monde. Seul à bord de son Josué, il arbore un large sourire au passa­ ge de ses collègues, mais nul ne se ha­sard était à en déduire pour autant qu’il a fait bonne pêche.

Pêcher le bar à la ligne traînante né­cessite une préparation à la portée des amateurs avertis, qu’ils utilisent ou non une canne – accessoire rarement employé par les professionnels. Un gros fil de nylon, capable de résister à des tractions de plusieurs kilos, constitue la ligne mère. Celle-ci est reliée à un bas de ligne dont la longueur varie de six à quinze brasses selon les habitudes du pêcheur et les fonds fréquentés. La liaison avec la ligne mère se fait par un émerillon particulier appelé pater noster. Une courte branche soudée sur l’axe de ce dernier supporte le plomb qui leste l’ensemble.

A l’extrémité de ce bas de ligne, un leurre en matière plastique, imitant un pe­tit poisson, dissimule un fort hameçon. Souvent, surtout chez les professionnels, un même avançon peut être gréé de plusieurs hameçons espacés régulièrement. L’ensemble doit être très solide, car dix poissons de belle taille peuvent mordre si­multanément. Bien sûr, chaque pêcheur ajoute sa note personnelle au montage de l’engin, et il en garde jalousement le secret.

Cela dit, il ne suffit pas d’une bonne ligne et d’un coin propice pour être as­suré de faire des pêches miraculeuses. Depuis le début de l’après-midi, plusieurs canots, accompagnés par une nuée d’oiseaux criards, multiplient les aller et re­ tour entre Men-Du du Nord et Men-Du du Sud, deux sites remarquables de part et d’autre de la pointe du Vieux-Château, dans le Nord-Ouest de l’île.  » C’est ça les jeunes ! Toujours impatients, ça court après la moindre volaille ! » ironise Georges Allanic, qui observe le ballet avec amusement, tout en sortant le plus discrètement possible un magnifique bar de quelque six livres.

Le patron du Josué salue au passage le Capricorne et l’ErwanThiphaine– mené cet après-midi par son seul matelot- qui vien­nent, comme par hasard, croiser sa route. Sans doute les deux jeunes pêcheurs ont­ ils flairé la jolie prise du doyen et viennent­ il l’espionner, mine de rien. N’importe, Georges Allanic préfère assurer le coup plutôt que de laisser le poisson en re­morque au risque de le voir se libérer d’un vigoureux coup de queue. Beau joueur, il brandit son bar comme un trophée, avant de le déposer bien au frais dans un coffre recouvert d’un sac humide. Difficile de faire cavalier seul dans ce type de pêche où les bateaux évoluent dans un mouchoir, presque bord à bord. Gare aussi aux abor­dages et aux emmêlements de lignes; la fausse manœuvre sera vite sanctionnée par une bordée d’injures.

Soudain, à bord de l’Erwan-Thiphaine, le haut-parleur de la « cibie » se met à gré­ siller : « Qu’est-ce que ça donne ? » inter­roge une voix. A quoi Richard Allanic ré­ pond aussitôt : « La volaille est folle, comme le poisson. Tu en prends un, puis ça coupe aussitôt. Tu peux continuer ta sieste ! » Cet après-midi, le patron est resté à terre, mais il reste en contact radio avec son cousin, au cas où la pêche donnerait et où sa présence à bord serait utile.

Ainsi font les deux hommes de l’Erwan­ Thiphaine, tout comme d’ailleurs l’ensemble des pêcheurs d’Hoëdic. En dépit des pe­tites cachotteries qui relèvent plutôt du jeu que de la compétition, ils sont tous soli­daires. « Avec la radio de faible portée, ex­ plique Richard, il nous est facile de com­muniquer sans alerter tous les pêcheurs des autres îles ou de la côte. Ainsi, quand les marées ont été dures et que le bar n’est pas annoncé trop vivace , seulement quelques-uns d’entre nous vont à la mer. Si ça se met à mordre, un appel radio et en moins d’un quart d’heure, les collègues sont là. Nous sommes peut-être les seuls à avoir inventé la sieste du pêcheur à do­micile ! Il faut bien profiter des avantages de notre petite flottille. »

Extrait de la carte n°7033, reproduit avec l’autorisation du Shom.

En effet, celle-ci compte seulement une dizaine d’unités : Erwan-Thiphaine, Capri­ corne et Josué, déjà cités, Er Gourlan à Loïc Blanchet, Cape Diem à Jean-Paul et Si­ mon Moisdon, le père et le fils, Galuer Mor à Serge Blanchet, Gillat à Alexis Le Gurun, Boujaron à Jeanou Montraisin, Ba­racuda à Gildas Le Gurun et Jojo Le Fur, enfin Montebello à Marc Allanic. Une flot­ tille dynamique, mais trop modeste pour pouvoir soutenir la comparaison avec cel­le de Houat. Encore a-t-elle le mérite d’exister, car à Hoëdic, la pêche a bel et bien failli disparaître complètement.

Les pêcheurs victimes d’une rumeur

Au siècle dernier, les pêcheurs hoëdi­cais sont déjà très réputés pour leur ta­ lent de caseyeurs . Vers 1850, l’abbé De­lalande précise ainsi : « On prend autour de Houat, année commune, pour 7 à 800 franc s de homards ,et à peu près pour 2 000 francs à Hoëdic. Les Hoëdicais passent pour les plus expérimentés en ce genre de pêche. » Le chroniqueur ajoute en outre que ces pêcheurs sont fort bien organisés. « A Hoëdic, écrit-il, trois ou quatre bateaux se réunissent, déposent à bord de l’un d’eux le résultat de la pêche commune pour compléter un chargement, et quelques-uns des associes le conduisent à Nantes pour faire la vente, tandis que les autres continuent la pêche. »

Georges Allanic, seul à bord de son Josué. © Serge Lucas

Cette communauté sera pourtant anéantie à la suite d’une catastrophe ma­ritime dont elle subira injustement les conséquences : le naufrage du navire à passagers Saint-Philiebrt, le 14 juin 1931 (voir Le Chasse-Marée n°37). Ce drame va faire 492 victimes, principalement origi­naires de Nantes. Pendant des jours et des jours la mer vomira des cadavres, au point d’engendrer une véritable psycho­ se. Accusés de s’être nourris de chair hu­maine, poissons et crustacés sont frappés de tabou et quiconque en consommerait se verrait accusé d’anthropophagie.

L’ensemble des pêcheurs de la région va subir les effets de cette stupide rumeur, et tout particulièrement les Hoëdicais, car ils ont l’habitude d’aller vendre leurs crusta­cés à Nantes. Du jour au lendemain, leur pêche ne trouve plus preneur. Nombre d’entre eux se résignent alors à abandon­ner le métier. Ils s’embarquent au com­merce, ou s’établissent sur le continent pour y exercer une autre profession. La pêche qui, jusqu’à cette date, occupait l’es­sentiel des hommes actifs, restera désor­mais une activité mineure de l’île.

Etant ourlée d’un chapelet de plages, Hoëdic offre toujours quelques criques abritées aux amateurs de bains de mer et de soleil. Mais son charme se ré-vèle surtout au printemps, lorsque la flore s’épanouit, exhalant de subtils parfums qui n’appartiennent qu’à elle. © Jean-Claude Moschetti
Un bateau désarmé balise l’un des rares carrefours de la « route départementale » où seuls se croisent quelques tracteurs. © Jean-Claude Moschetti

A cet égard, la comparaison de la car­rière professionnelle des hommes des deux îles « sœurs »- est symptomatique. Alors que la plupart des Houatais sont restés toute leur vie sur leur île, à l’exception de la parenthèse du service mili­taire, presque tous les Hoëdicais seront amenés à quitter leur île, le plus souvent pour naviguer, qui au pétrole, qui à la « Transat » ou dans quelque autre compa­gnie. Cinq, sept, quinze ans, parfois plus, comme Marc Allanic, qui a passé vingt­ deux ans aux « Messageries » avant de re­ venir en 1976 sur sa dune-natale.

Cette année-là, cinq bateaux prati­quent encore le métier des lignes et des casiers; il n’en reste que trois deux ans plus tard. Depuis lors, d’autres marins du commerce sont revenus, parfois plus vite qu’ils ne l’avaient imaginé, quand les compagnies maritimes ont commencé à réduire leurs effectifs. Et ces retours prématurés vont contribuer à relancer la pêche insulaire. Grâce à leurs indemni­tés de licenciement, ces hommes dans la force de l’âge ont pu investir dans des canots et du matériel modernes.

Au temps des recteurs

« Brûlées par le soleil, par les vents chargés de sel, par l’haleine iodée de la mer, des Hoëdicaises simplement quin­quagénaires dont la peau est un cuir noir fendillé de mille rides, ont l’air d’être cen­tenaires. (… )S’il leur manque un peu de la grâce de la femme, en revanche, elles en ont toute la ruse. (… ) Les enfants, à peine vêtus, courent nu-pieds …  » A lire Madeleine Desroseaux, on se prend à imaginer la population d’Hoëdic comme une tribu primitive. Bien sûr, la réalité est tout autre, même s’il s’agit à l’évidence d’un groupe humain à part, qui fut au siècle dernier (1822-1880) régi par une charte singulière fixant les règles de vie de la communauté et plaçant celle-ci sous la seule autorité religieuse (lire encadré).

N’est pas Hoëdicais qui veut. Pour au­ tant, l’époque du grand isolement, où pas un îlien ne va s’installer à terre et pas un continental ne vient s’établir dans l’île, est bien révolue. Le temps n’est plus où le recteur était le pâtre omnipotent, gérant les mœurs et l’intendance de son trou­ peau. Marc Allanic évoque avec réalisme le sujet de son élection, et la manière po­ lie mais ferme dont il usa pour renvoyer le recteur dans son presbytère, lui retirant le secrétariat de mairie, et de fait, le pou­ voir sur les affaires communales. Mais le sujet reste délicat; le coup de scalpel a lais­sé quelques cicatrices. Car nul ne contes­ te que dans le passé, les recteurs succes­sifs ont apporté confort et réconfort à la communauté. Mais la théocratie commu­nautaire dont ils étaient les instruments ne pouvait résister à l’évolution du monde moderne. Le prêtre en sa cure, le maire en sa mairie, tout est rentré dans l’ordre.

Parmi les réalisations concrètes que les îliens doivent à leur recteur, la plus im­portante est sans doute la construction du port de la Croix, ce « vieux port » au­jourd’hui ensablé où Richard va chaque jour poser ses casiers à crabes verts, pour appâter les palangres. La première jetée en a été érigée au printemps 1844 par les Hoëdicais eux-mêmes, galvanisés par l’en­thousiasme de l’abbé Rio, qui dirigeait les travaux. En quelque huit semaines, une centaine d’ouvriers « requis-volontaires » répartis en différentes compagnies mi­neurs, maçons, élingueurs, hisseurs, ga­bariers et porte-civières ont bâti une chaussée (digue) de deux cents mètres de longueur, qui offrait enfin un abri précieux à leurs chaloupes. Une croix placée sur le haut de la dune deux ans après les travaux, deux balises de fer plantées dans le chenal par le recteur lui-même, et une seconde jetée plus modeste viendront compléter cet amé­ nagement. (voir encadré)

La charte d’Hoëdic

Au siècle dernier, la population d’Hoëdic vit sous la férule exclusive de son recteur, qui impose à ses ouailles de respecter à la lettre une charte de vingt-huit articles rédigée en 1822 sept ans après celle d’Houat , véri­table code civil et moral de la communauté.

Au terme de ce document, le recteur est vraiment le seigneur et maître de l’île. Il tient les cordons de la bourse, perçoit les imposi­tions, prête de l’argent aux nécessiteux et se fait rembourser aux périodes fastes, distribue les amendes par l’intermédiaire du garde­ champêtre. Il est propriétaire du sole pro­duit de la vente éventuelle de parcelles reve­nant à l’église. La communauté doit mettre à sa disposition un bateau; « personne ne doit s’en servir sans la permission du recteur, per­mission qu’il ne faut accorder que le plus ra­ rement possible, car on est en général très peu soigneux pour ce qui n’est pas person­nel ». C’est encore le recteur qui nomme les douze notables, sorte de conseil des sages avec lequel il peut délibérer « s’il le croit à pro­ pos ». Le représentant de l’église surveille aus­si la consommation d’alcool de ses ouailles. On ne peut importer de vin en gros sans son autorisation et gare aux fraudeurs, ils se ver­ront taxer d’une amende de trois francs !

Les jeunes gens non plus ne sont pas à la fête. Il leur est interdit de naviguer avant d’avoir fait leur troisième communion, « au­trement ils seraient ignorants ou corrompus ». Quant aux filles, si elles ont moins de tren­te ans, pas question pour elles de quitter l’île sans l’aval du recteur et sans raison grave, « autrement elles seraient bientôt gâtées ».

Il faudra attendre 1880 pour que cette charte soit frappée d’obsolescence. Cette an­née-là, le recteur est remplacé dans ses fonc­tions municipales par un agent préfectoral.

Dans l’ancien port de la Croix, Richard Allanic pêche des crabes verts pour boëtter ses palangres. © Serge Lucas

La construction du port de la Croix

L’abbé Delalande a conté avec force dé­tails la construction du port de la Croix : « Chaque civière avait huit personnes et dix au besoin, et cela pour porter un seul bloc. Les personnes étaient associées par rang de taille. Une demi-heure avant que la marée perçût de travailler, la cloche de la maison d’école, beffroi civil de la commune, son­ nait dans le village et aussitôt tous se ren­daient à la côte à la suite du curé. Au pre­mier cri de hourra, chacun était à son poste. La législation locale, pour stimuler l’ardeur, avait statué une amende d’un franc pour ce­ lui qui ne s’y trouverait pas au bout de dix minutes, sans une raison légitime. Le plan de la chaussée est de 300 m de long, 6 de haut et 3 de large et forme un demi fera­ cheval. On y apportait des blocs de la pe­santeur de 4 et 6 tonneaux et, par le moyen d’une touée, on les conduisait à la chaus­sée; ou bien, flanquant d’énormes palans contre la chaussée même, on y faisait venir les plus grands rochers en multipliant les poulies. Aucune difficulté ne rebutait l’ar­deur des travailleurs. Quand arrivait un de ces énormes blocs que la compagnie des hisseurs ne pouvait pas même soulever de terre, le curé, contremaître et ingénieur à la fois, criait : « civières à la drisse ! » Et le rocher, soulevé par les efforts de tous, montait majestueusement par plusieurs pentes et venait se placer à trois mètres de hauteur dans l’espace de six minutes, aux cris continus de hourra !

« Après l’angélus, chaque famille se groupe autour de la marmite à l’abri des travaux mêmes et environne le curé qui, un morceau de pain à la main, sur le­ quel il retient avec le pouce l’accessoire qu’il réclame, fait honneur à sa table im­provisée. La plus innocente gaieté assai­ sonne tous les mets. Entre le Benedici­te et les Grâces, c’est une affaire de dix minutes, autant pour fumer sa pipe, dessert indispensable, obligé pour les hommes, et aussitôt le signal est donné pour retourner à la besogne. »

D’un port à l’autre

Bien protégé par ses jetées et un se­ mis de rochers qui cassent la houle du large, le petit havre de la Croix n’en est pas moins un port d’échouage. Comme il se vide complètement à chaque ma­ rée, les pêcheurs sont contraints d’avoir un second poste de mouillage à l’exté­rieur du port afin que leurs bateaux puissent être à flot au moment du dé­ part. Ils sont parfois surpris par la tem­pête et ne peuvent se mettre à l’abri des jetées, comme l’écrit Jean Noli dans son roman La grâce de Dieu, superbe évocation de la rude vie des pêcheurs hoëdicais au temps de la voile : « Le vieux port présentait un fâcheux in­convénient. Lors de chaque marée de jusant, la mer s’en retirait, le laissant au sec, découvrant son fond vaseux et sa­blonneux sur lequel couraient des pe­tits crabes verts et des étrilles. Quand le vilain temps survenait, ceux qui s’étaient laissés surprendre ne pouvaient plus s’y réfugier et devaient attendre en rade que l’océan revînt. La tempête s’étant déclenchée au jusant, les hommes étaient contraints d’attendre près de huit heures le retour de l’eau. »

Ces inconvénients, ajoutés aux risques encourus par la flottille souvent exposée à la houle, vont conduire les pêcheurs à réclamer un nouveau port. Une reven­dication formulée dans les années soixante, à une époque où la commu­nauté maritime doit choisir entre la mo­dernisation de sa flottille hors d’âge ou la mort lente. Après maintes pétitions, les îliens finissent par obtenir gain de cause. Le nouveau port sera construit sur la côte Nord, à proximité d’un petit môle datant de la Seconde Guerre mon­diale, dont l’histoire mérite d’être contée.

Car si le port de la Croix est placé sous le signe du goupillon, c’est au sabre que l’île doit ce môle de la côte Nord. Entamée en 1939, sa construction est en effet décidée par l’autorité militaire qui veut ainsi faciliter l’accostage des bateaux transportant le matériel nécessaire au renforcement de la petite batterie déjà établie sur l’île – l’ancien maire, Alcime Blanchet, y effectua même son service militaire. Pour ce chantier, on réquisi­tionne tous les hommes valides de l’île, mais aussi un groupe de réfugiés espa­gnols résidant à Belle-Ile. Las ! Quand cette main-d’œuvre débarque à Hoëdic, un responsable se souvient subitement qu’aucun ressortissant étranger ne peut travailler sur un chantier militaire. Aussi les Espagnols sont-ils renvoyés dans leurs foyers sans avoir touché une truel­le. Les Hoëdicais se mettent donc à l’ou­vrage, jusqu’à l’arrivée des Allemands qui interrompent le chantier. Les vingt mètres qu’il reste à construire ne seront achevés qu’une fois la paix revenue.

Ce môle « militaire » servira longtemps à l’accostage du courrier, avant d’être in­tégré au projet du nouveau port dont il sera le môle Est, une seconde jetée en forme de coude venant s’y adjoindre pour protéger le plan d’eau au Nord et à l’Ouest. La décision de réaliser cet ou­vrage est prise au début des années soixante-dix. Son financement incombe à l’Etat, au Département, mais aussi à la commune qui doit assumer le cinquième de la dépense. Faute de ressources, cette dernière se voit obligée de vendre du ter­rain communal à une dizaine de particu­liers désireux de construire une maison.

Les travaux du nouveau port durent environ huit mois. Pour les enroche­ments, on utilise exclusivement la pier­re extraite d’une carrière ouverte dans le Sud de l’île. C’est aujourd’hui un joli trou de verdure entourant une petite mare. Achevé en 1973, le port de l’Argol n’est pas vraiment un chef-d’œuvre architec­tural, mais il offre un abri correct aux canots des pêcheurs, permet l’accostage du courrier dans de bonnes conditions, et peut accueillir les bateaux de plaisan­ce en escale. Au plus fort de la saison, il ·peut même certains soirs être bourré à craquer. La gestion des trois tonnes, autour desquelles s’épanouissent, dans une joyeuse pagaille, d’énormes « mar­guerites » de yachts de toutes dimen­sions, donne parfois bien du souci au maître de port… et aux propriétaires des petits bateaux dont les défenses ont l’épaisseur de crêpes dentelle !

A défaut d’être très esthétique, le port de l’Argol offre un abri sûr et toujours accessible. Pour le construire, en 1973, la commune a dû vendre quelques-uns de ses terrains à des particuliers. © Serge Lucas

Quelques spécimens de la flore de l’île d’Hoédic De gauche à droite et de bas en haut : corbeille d’argent, chardon penché, saxifrage, carotte à gourme, giroflée des dunes, orchidée-araignée. © Serge Lucas

Bien que les véhicules s’y comptent sur les doigts de la main, Hoëdic a éga­lement le privilège de posséder une rou­te départementale, ce qui est rare pour un territoire aussi exigu. Le maire a en effet obtenu des subsides départemen­taux, en arguant du fait que la route en question, qui traverse le village, était une voie de communication entre deux ports. Un argument imparable au regard de la loi. Ainsi, les deux kilomètres de route menant du port de l’Argol à celui de la Croix, sur laquelle ne circulent que quelques tracteurs, sont-ils parfaitement goudronnés et équipés de caniveaux !

Une nature riche et variée

Bien que l’île ait l’avantage d’être si­ tuée à la limite septentrionale de l’aire des orchidées et méridionale de celle des lys, la flore n’y est guère luxurian­te en raison de la salinité de l’air bras­sé par les vents océaniques. Les plantes y sont modestes, si discrètes que pour les découvrir l’herboriste devra presque ramper à plat ventre sur le tapis végé­tal. Alors il verra la cinéraire (liseron de mer), l’immortelle et la frêle orchidée­ araignée qui culmine à dix centimètres.

Dès les premiers jours du printemps – souvent précoce – jusqu’à la fin de l’au­tomne, Hoëdic se pare de mille atours. Gazon d’Olympe, criste-marine, euphor­be, giroflée des dunes, œillet des dunes, orchidée vipérine, chardon bleu, lys de mer… Toute la lande chatoie de larges colonies multicolores dont les parfums délicats s’offrent aux visiteurs avant même ·qu’ils n’aient posé le pied sur l’île.

A cette flore riche et variée s’ajoute une faune tout aussi passionnante à ob­server. La gent ailée y est bien sûr en position dominante. Les coucous y vo­ lent tout le jour, qui trouvent ici peu d’arbres où se dissimuler. Dans les four­rés d’ajonc, nichent aussi les faisans pré­servés par les chasseurs. Buses des ma­ rais et autres rapaces planent également au-dessus de ce petit territoire.

Mais ce sont les oiseaux marins qui sont de loin les plus abondants, surtout à l’époque des migrations. Avant le raz de marée estival, il faut, pour les ob­server, cheminer en silence sur l’étroit sentier côtier. Dans la lande rase les ta­dornes se livrent à des majestueuses pa­rades nuptiales. Sur l’estran, à marée basse, les grands gravelots, les tourne­ pierres, les bécasseaux variables, les sanderlings, les barges picorent le sable et le varech. Plus loin, perchés sur les ro­ chers ourlés d’écume, mouettes et goé­lands se chamaillent, tandis que les cor­morans prennent des poses hiératiques pour sécher leurs ailes.

Une réputation d’hospitalité

Blanches comme des amers, serrées les unes contre les autres, encapuchonnées de leurs jolis toits d’ardoise, égayées par quelques arbres bien verts, les maisons d’Hoëdic ont aujourd’hui des allures va­cancières. Nombre d’entre elles ont été jo­liment restaurées par des estivants en mal de tranquillité. Ce petit bijou de granit et de sable attire tout au long de l’année ses amoureux transis. Eblouis par le chatoie­ ment de ses multiples facettes, ceux-là ne sauraient choisir entre tant de charmes ré­ unis. « Seulement regarder » écrivait Henri Queffélec qui évoquait la perfection du monde. Nous sommes loin de la sinistre description de Madeleine Desroseaux.

Et puis, les Hoëdicais sont si gentils ! Evoquant l’accueil de ces insulaires, Charles-Félix Aubert écrivait déjà au siècle dernier : « L’usage de l’hospitalité y est encore dans toute sa vigueur. Si la curiosité ou la nécessité y conduit un étranger, le premier insulaire qui le ren­contre l’accueille avec honnêteté, le nour­rit et le loge un jour et, le lendemain, le remet à son voisin, et ainsi de suite tant qu’il plaît à l’étranger d’y rester. Il n’y a que les commis de ferme (les collecteurs d’impôts) qui soient privés de cette hos­pitalité : dès qu’ils sont reconnus pour tels, on les met dans un bateau et on les reconduit à la terre la plus voisine mais avec la plus grande douceur !  »

Hospitalité et douceur caractérisent toujours, un siècle plus tard, les Hoëdicais. En bons marins, ils ont le sens de la convivialité, non pas démonstrative, mais sincère. Sans préjugés, ils ac­ cueillent tous les visiteurs avec le même sourire. Ceux-ci sont pourtant de plus en plus envahissants. Outre les résidents secondaires, et les plaisanciers, nombre de campeurs viennent chercher à Hoë­dic un certain art de vivre en commu­nion avec les éléments. Longtemps res­té sauvage, le camping y est désormais organisé. Mais l’espace ne manque pas et, en dépit de l’affluence estivale, la dune où éclosent les toiles de tente res­te encore un espace de liberté.

Curieusement, la lande ne semble pas souffrir d’être tant foulée durant l’été. Elle renaît chaque année avec le même éclat, sans que son charme en soit terni. Il est vrai que seuls les véritables amou­reux de la nature choisissent de passer leurs vacances dans cet éden épargné par les loisirs organisés. Et les Hoëdicais ont fort bien compris que c’était là leur atout principal. Faute de pouvoir miser sur la pêche comme leurs voisins d’Houat, ils ont décidé d’encourager le tourisme. Ainsi, la municipalité a-t-elle fait aména­ger une quarantaine de gîtes ruraux dans plusieurs anciennes demeures, dont le couvent des religieuses. Un joli succès, car ces logements sont souvent réservés un an à l’avance.

Le village, où se concentrent la plupart des maisons, compte désormais plusieurs restaurants. © Serge Lucas

Décidément, cette île a bien du char­ me, et il semble que ses habitants n’en manquent pas non plus. Du moins aux yeux de quelques vacancières qui, tant éprises, ont renoncé à regagner le conti­nent. Un phénomène relativement récent dans cette communauté jusque-là répu­tée endogame. Aujourd’hui, plusieurs jeunes continentales sont devenues Hoë­dicaises après avoir épousé un insulaire.

Elles ont choisi l’île. L’île les a adoptées. Comme elle adopte naturellement tous ceux qui savent l’aimer. L’accueil était une tradition. Il est devenu un métier.

A part quelques rares bouquets d’arbres, la végétation est si rase qu’Hoëdic a été surnommée « l’île chauve ». © Serge Lucas

Bibliographie : Paul Jorion, Les pêcheurs de Houat, Ed Savoir Hermann. Abbé Delalande, Hoëdic et Houat, hiloire, manie, productions naturelles de & deux des du Morbihan, Nantes-Vannes, 1850. Madeleine Desroseaux, La Bretagne inconnue, Plon, Paris, 1938. Jean Chagnolleau, Les iles de l’Armor, Editions des horizons de France, Paris, 1951. Jean Noli, La grâce de Dieu, pinard, Paris 1977. Serge Lucas, « Houat, lue des pêcheurs », Le Chasse-Marée, n°82. Charles-Félix Aubert, Le littoral de France, 1886.