Par Pierre Portais – Le congre, le turbot, le lieu, le bar, l’araignée, la langouste ou le homard ont parfois leurs caprices… Et une succession d’années « sans » stimule l’imagination ! Poussés par la nécessité, les pêcheurs sénans, qui avaient dû accueillir bon gré mal gré les « migrants » Loguivyens au siècle dernier, quittent à leur tour leurs bases traditionnelles de l’Iroise pour se lancer à l’aventure. La saga de la coquille Saint-Jacques, amorcée au début des années 1950 en rade de Brest, les entraîne en baie de Saint-Brieuc et s’achève en baie de Seine dans les années 1970. Mais cette fois, les familles suivent les hommes sur le continent. Et elles finissent par s’y fixer; accélérant le déclin démographique de l’île.

© Michel Thersiquel

C’est toujours la faim qui fait sortir le loup du bois. Quand la pêche ne donne plus autour de leur île, les Sénans vont chercher ailleurs de quoi survivre. La misère les pousse même parfois à la déraison. Au début du siècle, ne sont-ils pas descendus traquer la langouste au large des côtes espagnoles à bord de leurs petits sloups creux, sans instruments, sans même, pour certains, savoir lire une carte marine ? Alors, lorsque, après la Seconde Guerre mondiale, les tonnages de crustacés débarqués sur l’île — surtout le homard et la langouste, les espèces les plus rentables — se sont mis à chuter (1), il a bien fallu une nouvelle fois émigrer vers des eaux moins ingrates. C’est ainsi que les Sénans, caseyeurs et ligneurs de tradition, seront amenés à changer de métier pour aller draguer la coquille en rade de Brest.

En rade de Brest

Alexis Tanguy, dit « Siki » (2), sera le premier à le faire. A la fin de 1950, il met le cap sur Brest à bord de son Homard, un canot doté d’un moteur Baudouin de 10 chevaux. Deux matelots l’accompagnent : Jean-Noël Fouquet et Alexis Guilcher. « On était partis un peu à l’aventure, se souvient-il. A Brest, quelqu’un nous a dit d’aller à Logonna, parce que là-bas, il y avait des praires. On a été les premiers à draguer les praires et les coquilles à la voile et au moteur. Les gars de Logonna, eux, travaillaient toujours uniquement à la voile. J’avais fait rallonger le mât du Homard pour augmenter ma surface de toile. Mais nous, on n’était que des apprentis… On ne savait pas ce qu’était une drague ! On a gagné notre croûte, sans plus. Ceux de Logonna, eux, étaient des spécialistes et ils s’en tiraient drôlement bien. Ils nous donnaient des conseils pour apprendre le métier. On a vraiment été bien accueillis. On vivait dans un cabanon, au bord de la cale. Finalement, on a quand même fait une année correcte. » Du coup, Siki passe le tuyau à son beau-frère, Henri Chevert, qui pour la campagne suivante (1951-1952) va s’établir au Fret avec son Félix-Josée. Un autre Sénan, Guénolé Milliner, dit « Nôlé », part lui aussi pour la rade de Brest en octobre 1951. Mais lui se fixe à Roscanvel… Ces deux ports seront bientôt, et pendant de nombreuses années, les bases des Iliens durant les campagnes de coquille Saint-Jacques.

Pour sa première campagne, Nôlé travaille avec le Saint-Joseph, un canot creux de 4,80 mètres construit à Sein en 1923 par le chantier Tanguy. Ce bateau appartenait alors à Jean-François Follic qui avait été déporté par les Allemands pour faits de résistance et n’était plus en mesure de naviguer. Peu après son arrivée à Roscanvel, Nôlé est rejoint par son épouse Caroline et leur bébé de treize mois. C’est le premier d’une longue série de déménagements. Chaque année, jusqu’à la retraite, cette famille quittera Sein en octobre pour y revenir début avril « avec les premières hirondelles ».

Le Tinduff vers 1960. A cette époque, les bateaux de ce port, suivant l’exemple de ceux de Pile de
Sein, se sont motorisés et ils ont adopté des cabestans mécaniques. © Editions Le Doaré, Châteaulin

Les rapports de Nôlé avec les pêcheurs de la rade ne sont pourtant pas aussi idyliques que ceux de Siki. « Les Plougastels considéraient que la rade leur appartenait, affirme-t-il, et ils voulaient nous chasser. » Qu’importe, il apprend le métier de la coquille avec son équipage de Camarétois, anciens compagnons d’armes de Jean-François Follic, et bons connaisseurs de la drague. « Nous étions quatre sur un petit bateau comme ça ! Il faut dire qu’au début, il fallait remonter la drague à la force des bras. Après, j’ai fait fabriquer un mât de charge chez le forgeron de Saint-Fiacre. Et plus tard, on a été équipé de cabestans. »

Mais le Saint-Joseph est à bout de bords et Jean-François Follic le remplace bientôt par Les Deux Marie. Nôlé fera quatre saisons à son bord avant de faire construire l’Espoir en Dieu, lancé en octobre 1956 par Louis Tanguy. « Dix chevaux, c’était un peu juste pour draguer, mais des coquilles, il y en avait ! Surtout à la pointe des Espagnols. Là où on pouvait passer, parce que après les bombardements c’est là qu’on avait immergé les déblais de la ville de Brest. Avec les coquilles, on ramenait des tas de cailloux ! On draguait aussi les huîtres, le jeudi et le vendredi. Les autres jours, c’était la coquille. Sauf le samedi : là, on mettait des filets pour pêcher le lieu ou le mulet. »

La crieuse du Fret

Les revenus de la campagne hivernale 1951-1952 sont suffisamment attrayants pour inciter l’année suivante quatre autres bateaux de Sein à rejoindre à leur tour la rade de Brest : le Guénolé Noël, armé par Clet Milliner et ses fils Guénolé, dit « Guénolé Cletic », et Noël; l’An Tri Breur armé par Dominique Fouquet et ses fils Dominique et Fanch; l’Ave Maria, armé par Jean-Yves Fouquet, son beau-frère Martin Fouquet, dit « Jean qui rit », et Pascal Millier; et le Pourquoi Pas ? armé par Guillaume Urcun et son fils Maurice.

« Pendant les quinze premiers jours, se souvient Guénolé Milliner, on a remonté la drague à la main; on avait la peau plus solide que maintenant ! » Et son frère Noël d’ajouter : « Quand on avait une trop grande pochée, on faisait appel à un autre bateau. Et souvent les dragues s’emmêlaient ! Ça faisait un sacré mic-mac ! » Cette année-là, seuls les voiliers peuvent pêcher la coquille tous les jours, les bateaux motorisés n’ayant pas le droit de travailler le samedi et le dimanche. Les bateaux ne traînent alors qu’une seule drague, d’une largeur maximum de 1,80 mètre, sans dents et avec une lame plate. En outre, étant étrangers à la rade, les coquilliers sénans ont une puissance motrice limitée à 15 chevaux, alors que les locaux ont droit à 25 chevaux. « On trichait bien un peu, concède Noël : on mettait un 22 chevaux et on en déclarait 11 ! »

Construit à Sein en 1931 pour Pierre Cuillandre, le Corbeau des mers, sloup langoustier et palangrier de 9 tonneaux, long de 12 m, arme à la pêche jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le caseyeur entre dans l’histoire le 26 juin 1940, jour où il emmène 64 Biens vers l’Angleterre. L’épisode est resté célèbre : embarqués sur cinq bateaux, 133 Sénans rejoindront alors le général de Gaulle. Revenu à l’île en septembre 1940, le Corbeau des mers reprend la pêche et fait notamment la coquille en rade de Brest dans les années cinquante. Acheté par le Musée de la résistance bretonne de Saint-Marcel en 1982 et restauré dans son état d’origine, le sloup est aujourd’hui basé à Vannes. © Erwan Quéméré

« Tout le monde était sur les mêmes traits, poursuit Noël. Il y avait deux à trois cents bateaux qui remontaient ensemble ! En cas de problème, les plus forts remorquaient les plus petits : ils y avaient intérêt, car si un bateau restait en plan, c’étaient toutes les dragues de ceux qui suivaient qui s’emmêlaient ! »

En rade de Brest, un bateau pêche alors en moyenne un à deux sacs de coquilles par jour, de 50 à 100 kilos. De 1951 à 1953, chaque coquillier sénan s’assure ainsi un bénéfice moyen — après déduction des frais — de 225 000 francs (2 250 francs actuels). Trois ans plus tard, ce bénéfice a presque sextuplé. Des chiffres qui font d’autant plus rêver les pêcheurs sénans, que, comparé aux autres types de pêche, ce travail est relativement facile.

Au départ, la coquille est vendue directement aux concessionnaires locaux des mareyeurs, l’essentiel du tonnage étant acheminé sur Brest par le bateau du Fret. Mais au début de 1960, M. Millet, un mareyeur de Camaret, obtient que soit ouverte une criée. On cherche donc un crieur… Et ce sera finalement une crieuse, en la personne de Jeanne Yven, l’épouse d’un pêcheur de Plogoff, qui s’était exclamée : « Pourquoi une femme ne ferait-elle pas l’affaire ? »

Pendant quelques mois, Jeanne Yven officie dans l’arrière-salle du café Stipon Chez Monique. « Les pêcheurs payaient une cotisation hebdomadaire d’un franc par bateau et les mareyeurs de deux francs, explique-t-elle. On partait du cours de la veille et après, c’était la loi de l’offre et de la demande. Au moment des fêtes, même ceux qui refusaient d’habitude d’acheter à la criée étaient obligés d’y passer. Et ils faisaient monter les prix ! Il faut dire que la coquille de la rade était d’une qualité inégalable ! »

En dépit de la fluctuation des cours, les pêcheurs trouvent leur compte dans ce système de criée. « A partir de là, dit Guénolé Milliner, les prix ont presque doublé ! » En revanche, la plupart des mareyeurs préfèrent l’ancien système « de gré à gré », plus avantageux pour eux. Au point que ceux de Brest, opposés à la criée du Fret dès le départ, obtiendront sa fermeture dès la fin de la campagne 1960-1961. La crieuse n’aura guère eu le temps de se briser les cordes vocales !

Noël Maine; dit « Noël Sénan », patron du Vierge Marie puis du Sénan, auquel il doit son surnom; un des rares Iliens à avoir dragué la coquille en rade de Brest, en baie de Saint-Brieuc et en baie de Seine. © Michel Thersiquel
Joseph Milliner, dit « Jos novice », patron de l’A Dieu Vat. © Michel Thersiquel

Transhumances familiales

Entre-temps, la plupart des bateaux de l’île de Sein ont pris l’habitude de venir faire la coquille chaque hiver en rade de Brest. La flottille s’agrandit. De nouvelles unités apparaissent. Ainsi, en 1959, Guénolé Milliner fait-il construire son Vierge Marie chez Victor Belbeoc’h, au Fret; c’est un bateau ponté de 8,20 mètres, équipé d’un diesel Bolinder de 33 chevaux — la puissance motrice n’est alors plus limitée, même pour les « étrangers ».

Les déménagements, deux fois l’an, sont devenus la règle pour la majorité des familles de pêcheurs de l’île. Même les célibataires se font souvent accompagner d’une sœur qui assure leur intendance à terre. C’est le cas de Marie Fouquet, dite « Marie Edouard », la sœur de Paul, matelot sur le France Libre de Dominique Fouquet. Certaines de ces femmes, qui ont le pied marin, font toute la traversée sur le bateau des hommes — « Un camembert avec un coup de rouge et elles assuraient ! » Mais la plupart préfèrent prendre le « courrier » d’Audierne et faire en car le reste du voyage.

Pour les plus jeunes Iliens, c’est l’occasion de découvrir un autre univers. « Eur marc’h kig ! » s’exclame Marie-Jeanne, lorsqu’elle rencontre son premier « cheval de chair », elle qui jusque-là n’avait jamais vu que des chevaux de papier, dans les livres d’images. « On a découvert la campagne, raconte Dominique, la petite-fille du patron du France Libre on n’avait jamais vu une primevère. Chez nous, le temps était le même sur toute l’île. Sur le continent, on était tout étonné de voir qu’entre Audierne et Roscanvel, ça pouvait changer trois fois pendant le voyage ! »

Les enfants des familles basées au Fret prennent le car chaque jour — quel changement ! — pour se rendre à l’école de Crozon. Quelques jeunes Sénanes seront même remarquées pour leurs dispositions intellectuelles, au point que leurs enseignants les pousseront à poursuivre des études. Une première… en dehors de la filière religieuse !

Le dimanche, ce sont les premières séances de cinéma… Des liens se créent. Quelques jeunes marins prennent femmes au Fret — elles iront s’établir à Sein, contrairement aux Normandes qui plus tard retiendront leurs maris sur le continent. La pratique du sport est également propice à l’intégration. Jos Fouquet, qui a rejoint son père et ses frères sur le France Libre, est le gardien de but de l’Union sportive Crozon-Morgat.

Pesée des sacs de coquilles Saint-Jacques sur le quai de Binic, dans les années soixante. Chaque hiver, cet ancien port de Terre-Neuvas, dont le bassin à flot n’est plus guère utilisé que par les plaisanciers, reprend vie grâce aux nombreux coquilliers finistériens venus draguer la coquille. © Editions Jack, Louannec

En baie de Saint-Brieuc

C’était trop beau pour durer. En 1963, au début de la campagne, il faut se rendre à l’évidence : en raison d’une surexploitation et des effets du très rude hiver précédent, le stock de coquilles de la rade de Brest s’est gravement amoindri… Une fois encore, les Sénans vont devoir aller chercher ailleurs de quoi vivre. Sur le conseil d’un mareyeur, Jean Fouquet, dit « An Diaoul » (le diable), patron du Reine de l’Arvor, se rend par la route dans les ports de la baie de Saint-Brieuc, « pour voir ». Pas de doute, la coquille est plus abondante là-bas.

Avec ses deux matelots — Jos Fouquet, dit « Petit Patron », et Guénolé Guilcher —, il appareille aussitôt de Brest, en compagnie du Vierge Marie, armé par Guénolé Milliner, son frère Noël et son beau-frère Jean Thymeur. Les deux bateaux font une première halte à Roscoff. L’escale sera d’ailleurs plus longue que prévue, car au passage, Jean Abjean, patron d’un caseyeur de Moguériec, leur propose d’essayer de draguer la coquille en baie de Morlaix. « Je m’en souviens comme si c’était hier, raconte ce dernier. On a pêché pas mal, mais il y avait des croches. Une chose m’avait frappé : avant de mettre leur drague à l’eau, les gars de Sein faisaient le signe de croix… c’est pour avoir de la chance, qu’ils m’avaient expliqué ! » Les résultats sont satisfaisants en effet, mais il faut pourtant repartir, car à bord du Vierge Marie et du Reine de l’Arvor se trouvent toutes les affaires des familles, qui ont loué un logement à Saint-Quay. Et dans les cales, les habits commencent à sentir le moisi.

La baie de Saint-Brieuc ne sera pourtant pas une sinécure… A Saint-Quay, il y a de la concurrence et l’accueil est plutôt glacé : « Nous étions mal vus avec les Plougastels qui étaient arrivés avant nous, se souviennent les Sénans. On n’a jamais pu s’amarrer sur certains bateaux, il y a eu des bosses de coupées. Beaucoup nous faisaient la gueule. » Et les Quinocéens ne sont pas en reste. Certains Iliens se rappellent ainsi avec amertume de s’être vu refuser des locations réservées auparavant par leurs femmes, lorsque les propriétaires découvraient que les hommes venaient faire la coquille. Il est vrai que dans les années soixante, Saint-Quay accueillera jusqu’à trois cents coquilliers venus de tout le littoral breton ! Curieux retour des choses, si l’on se remémore l’accueil hostile que les Sénans avaient réservé aux Paimpolais dans les années 1880 !

Dans le port voisin de Binic, en revanche, les relations sont plus faciles. D’une part, l’ancien havre des terre-neuviers a perdu pratiquement tous ses pêcheurs. D’autre part, le vaste bassin à flot parfaitement abrité pose moins de problèmes de cohabitation. Maurice Urcun, patron du Marie-Edith, est le premier Sénan à se baser à Binic. D’autres suivront : le Mater Christi de Guy Follic, le Typhon de son frère Jean, l’A Dieu Vat de Jos Milliner, dit Jos « Novice », ou l’Aquilon de’ François Guilcher, dit François « Bernard »… Ils feront de nombreux émules : dans les meilleures années, Binic accueillera une centaine de bateaux.

Chute des apports

« Au début, on draguait six heures par jour avec deux dragues, se souviennent les trois hommes du Vierge Marie. On utilisait des dragues Le Gall, comme en rade de Brest, mais on les alourdissait avec des essieux de char à bancs. Et puis, au bout d’un moment, on n’en trouvait plus nulle part, de ces essieux ! Alors on a pêché avec quatre dragues. » D’autres Sénans préfèrent les dragues locales : celles fabriquées chez Duchêne, à Plouran, font deux mètres de large et sont équipées de volets plats.

En baie de Saint-Brieuc, la coquille est de moins bonne qualité qu’en rade de Brest et les cours sont plus faibles. Mais on compense par le tonnage : certains bateaux arrivent à faire jusqu’à mille francs par homme en une semaine ! A ce rythme, le stock s’épuise rapidement et les temps de pêche se réduisent comme peau de chagrin. En 1968, les bateaux ne peuvent plus draguer que quatre jours par semaine à raison de trois heures par jour… C’est cette année-là que François Follic, le fils de Jean-François, arrive en baie de Saint-Brieuc. De tous les Sénans, il est l’un des rares pêcheurs à se fixer dans les Côtes-du-Nord. « A cause des gosses, explique-t-il, car il leur fallait un peu de stabilité pour leur scolarité. Et puis je n’ai jamais eu un mot avec personne. »

Il est vrai que François, qui a fait ses gammes en rade de Brest sur les bateaux de son père, a pris cette fois le commandement du Matelot, une unité locale de 13 mètres et 95 chevaux appartenant à un mareyeur de Saint-Quay. Cette première campagne s’étant avérée prometteuse, François décide de faire construire son propre bateau au chantier Stipon. Le Cyclone (9 mètres et 160 chevaux) est lancé au Fret en octobre 1969.

Malgré la réduction du temps de pêche et les cours aléatoires, la coquille est encore rentable. Ici, la vente se fait toujours de gré à gré : les pêcheurs livrent leur pêche aux mareyeurs sans en connaître le prix; ils ne seront fixés sur leur rémunération que deux à trois semaines plus tard, une fois la marchandise écoulée. La première saison du Cyclone à Saint-Quay est satisfaisante, mais François Follic doit cependant revenir l’été à Sein pour y faire le bar et le lieu. Au début des années soixante-dix, trois Sénans sont fixés à Saint-Quay et trois autres à Saint-Brieuc. Mais la plupart des Iliens restent assujettis à la transhumance. « Toute une aventure, se souvient l’équipage du Vierge Marie, qui armait aussi pour l’été le Maria René, du Douarneniste Pierre Magnan. On partait à six familles : ça faisait six femmes et… vingt et un gosses ! On chargeait tout sur le bateau : machines à laver, télés, malles… »

L’année 1970 n’a pas laissé que des bons souvenirs. Le temps de pêche est si limité — une heure par jour d’ouverture – que les hommes travaillent comme des fous, au mépris de la sécurité. « Chute des apports, cours plancher : on a frôlé la catastrophe, précise François Follic. Heureusement, les jours creux, on allait pêcher à Guernesey. On faisait 1,5 tonne, 1,7 tonne de coquille en une journée. »

Durant la campagne suivante, la situation s’aggrave. Le 1er mars 1972, le conflit éclate dans tous les ports de la baie. Pendant deux semaines, tous les coquilliers vont rester à quai. A l’origine de cette grève, la décision des mareyeurs de Saint-Quay de baisser les prix de 2,80 francs à 2,30 francs le kilo de coquille. Raisons invoquées : « trop de coquilliers, donc trop d’apports », selon les mareyeurs; « concurrence de la coquille normande de Grandcamp, plus grosse et plus coraillée », selon les conserveurs, qui absorbent 80% de la production. A Saint-Quay, à Binic, au Légué, les pêcheurs refusent de livrer leur coquille à ce « prix de misère ». Un accord amiable est finalement signé le 14 mars. Mais la plupart des pêcheurs de Sein ont déjà quitté la baie… pour aller plus à l’Est chercher cette coquille tant convoitée.

En baie de Seine

En fait, dès la fin de l’année 1971, deux bateaux de Sein avaient déjà rallié Port-en-Bessin pour la campagne de la coquille : Ar Chorrejou de Noël Fouquet et Guénolé Milliner, dit « Guénolé France », et le Pax Vobis de Jos Guilcher. A peine débarqués du commerce, Noël et Guénolé ont passé commande au chantier de Louis Tanguy — qui a quitté Sein pour s’installer à Audierne — d’un bateau de 13 mètres équipé d’un moteur de 160 chevaux et conçu pour faire le crabe l’été et la coquille l’hiver. Armé le 14 novembre 1971, Ar Chorrejou appareille immédiatement pour la baie de Saint-Brieuc. Mais la situation n’y est pas idyllique et l’on raconte sur les quais que deux bateaux du Conquet, le Petit Fanch et la Flèche Blanche, partis en baie de Seine, s’en tirent plutôt bien. « On n’a fait ni une ni deux, raconte Guénolé, on a fait route sur Port-en-Bessin avec le Pax Vobis. »

En Normandie, la coquille se vend autour de 4 francs le kilo. Comparés à ceux de Saint-Quay, ces cours paraissent somptueux. Du coup, une deuxième vague de bateaux sénans ne tarde pas à mettre le cap sur Port-en-Bessin. Le 17 janvier 1972, le Typhon de Jean Follic appareille de Saint-Quay. Le lendemain, le Cyclone de François Follic et l’Aquilon de François Bernard quittent Binic. « Nous sommes arrivés à Port de nuit, raconte François Follic, le Cyclone n’est même pas entré dans le bassin : nous avons tout de suite pêché 700 kilos de coquilles près de la jetée! »

Suivent un peu plus tard le Berceau du Marin d’Ambroise Cante, le Rouanez Ar Rozera de Noël Menou, le Vierge Marie repris par Noël Milliner après la construction du Vierge de la Mer, et l’Angelus d’Hervé Guilcher. Puis c’est le tour du Mater Christi de Guy Follic, du Vierge de la Mer de Guénolé Milliner et du Marie-Edith de Maurice Urcun. Retardés par une tempête, ces trois bateaux resteront bloqués à Guernesey pendant cinq jours. Ils feront leurs premières débarques à Port-en-Bessin le 7 février.

Cette année-là, les Sénans ne sont pas les seuls à prendre leurs quartiers d’hiver en Normandie : une quarantaine de bateaux paimpolais et concarnois quittent également la baie de Saint-Brieuc pour rallier Port-en-Bessin. « Quand on a vu tous ces Bretons arriver, on a cru que c’était un nouveau débarquement », plaisante Chantal Castel qui servait alors dans un bar du port et épousera bientôt le Sénan Michel Fouquet, aujourd’hui patron du Bugale Breiz, toujours basé à Port-en-Bessin.

En réalité, les Portais, plutôt spécialistes du chalut, se soucient peu de cette invasion. Les « coquillards », ce sont plutôt les voisins de Grandcamp. En 1970, il n’y avait que cinq bateaux portais engagés dans la campagne. Les relations entre Bretons et Portais sont donc excellentes, comme l’attestent encore aujourd’hui de nombreux témoins des deux communautés. « Quand un Breton crochait sur une carcasse, se rappelle Maurice Poitevin, il nous le signalait. Et de notre côté, on leur donnait nos points, car nous on avait des Decca alors que eux, ils naviguaient encore à la montre et au compas ! »

La drague Dutnoulin

« Les Bretons étaient des experts de la coquille, explique l’armateur portais Jean Lorillu. Nos pêcheurs ont beaucoup appris, notamment des Iliens. » Les techniques de pêche des Bretons ne sont pourtant pas totalement inconnues en baie de Seine : quelques rares Normands utilisent la fameuse drague Dumoulin déjà très répandue en baie de Saint-Brieuc.

Forgeron à Plérin près de Saint-Brieuc, Jean Dumoulin avait mis au point en 1967 une drague à volets réglables s’adaptant à la force motrice du bateau et permettant une meilleure adhérence sur le fond. « Noël Françoise, de Grandcamp, est le premier Normand à m’avoir commandé ce modèle qu’il avait découvert à l’occasion de ses vacances dans la région, se souvient l’artisan. Il a fait la campagne 1970 avec cette nouvelle drague, et il a pêché trois fois plus que les autres, sans compter les prises annexes de poisson plat qui n’étaient pas abîmées ! »

Bien sûr, quand les transfuges de la baie de Saint-Brieuc débarquent à Port-en-Bessin, avec leurs petits bateaux et leurs dragues révolutionnaires, ça fait jaser : « Voilà les Beurtons dans leurs boîtes à chardines avec leurs grèges atomiques ! » Pas de quoi rire pourtant, car les gros bateaux normands de 18 mètres, armés par sept ou huit hommes et tirant jusqu’à quatorze dragues à la fois, débarquent moins de coquilles que certains bateaux bretons de 9 mètres armés par deux hommes et traînant seulement deux dragues Dumoulin !

En outre, les Bretons n’hésitent pas à ratisser de nouveaux territoires. « Les Normands travaillaient sur le franc, sur le sable, raconte Guénolé « France », ils profitaient des courants pour tirer tout leur train de dragues. Nous, on a commencé à aller dans les cailloux. Au début, ce n’était pas concluant car on ne connaissait pas les coins. Il y a eu de la casse, des croches dans les cailloux et dans les épaves qui sont nombreuses dans ce coin-là depuis le Débarquement. Je connais un bateau qui a ainsi perdu plus de vingt dragues dans sa saison ! »

Un coquillier moderne photographié cette année à Port-en-Bessin. Quatre dragues Dumoulin sont disposées le long du bord. © Michel Thersiquel
Sous la garde de la statue de Stella Maris, Fête de la mer à Port-en-Bessin vers 1975. Richement enguirlandé, le Vierge de la Mer, à Guénolé Milliner, a embarqué la foule des grands jours. Pour la saison de la coquille, les Sénans ont élu domicile dans les pittoresques meublés de la cité Lorillu. © Coll. Pierre Portais
© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel

Soixante heures en pêche !

La pêche n’étant pas limitée comme en baie de Saint-Brieuc, les bateaux draguent nuit et jour, week-end compris. Un vrai travail de forçat ! « Des tonnes à trimballer pour séparer les coquilles de la caillasse ! C’était un véritable esclavage ! » commente Jean-Philippe Fouquet, dit « Petit Jumeau », qui a racheté le Typhon lorsque Jean Follic a fait construire l’Emigrant. Il est courant de pêcher vingt-quatre à trente heures d’affilée; certains sont même allés jusqu’à soixante heures sans dormir ! Pendant tout ce temps, on se maintient debout à coups de café et de casse-croûtes !

« Un jour, raconte François Follic, on a fait route terre après quarante-deux heures de pêche. J’étais à bord du Cyclone avec François Spinec. Quand on est rentrés, on est allés à La Marie du port pour prendre un petit-déjeuner, mais on s’est tous les deux endormis sur la table avant que le café soit servi ! » Pour sa part, Noël Milliner, patron du Sénan (construit en 1973 chez Alfred Le Gall à Douarnenez), se souvient avoir fait une fois soixante-douze traits d’affilée, et avoir ainsi débarqué 3,3 tonnes de coquille.

La baie de Seine est généreuse, surtout dans les secteurs vierges où l’on remonte parfois des coquilles pesant jusqu’à un kilo. Plus grosse, plus coraillée, plus abondante qu’en baie de Saint-Brieuc, ici la coquille nourrit bien son homme. Tant et si bien que les Portais vont emboîter le pas des « Beurtons »… et adopter massivement la drague Dumoulin.

Le forgeron de Plérin est bientôt submergé de commandes. Lorsqu’il a lancé sa drague, il travaillait seul avec un apprenti. Maintenant il a douze employés ! « Au début, raconte-t-il, j’avais fait un dépôt chez Digne et Françoise, les fabricants de treuils. Je livrais la nuit et les premiers arrivés se servaient. En général, à huit heures du matin, tout était parti ! »Grâce aux Bretons, Jean Dumoulin conquiert au fil des ans toute la clientèle des « coquillards » normands, jusqu’à Honfleur, Le Havre et Dieppe. Il a même ses inconditionnels à Boulogne !

Les dragues de l’artisan plérinois sont si meurtrières que l’administration va devoir en limiter l’efficacité. Pour la campagne 72-73, les volets sont interdits, le poids réduit à 80 kilos, la taille des dents limitée à 12 cm et leur écartement porté à 10 cm. Mais Jean Dumoulin trouve aussitôt la parade : il fabrique de nouvelles dragues conformes à la loi mais beaucoup plus légères et tout aussi efficaces que les précédentes lorsqu’on allonge les fanes : cinq fois la profondeur au lieu de trois.

A la fin de la première campagne normande des Bretons (1971-1972), les bassins de Port-en-Bessin sont si pleins que certains bateaux doivent trouver refuge à Grandcamp. « Il y avait jusqu’à cent ou cent vingt mouvements de bateaux par jour », précise Robert Mérimée, le directeur de la criée. Guy Follic se souvient même qu’une nuit des bateaux normands n’ont pu quitter le port, littéralement verrouillé par la flottille bretonne.

Cela ne pouvait durer. Dès l’hiver suivant (1972-1973), le nombre de bateaux « étrangers » est limité, de sorte que seule une dizaine d’unités — toutes de Sein – sont admises à Port-en-Bessin. Il est vrai que les candidats sont moins nombreux que l’année précédente : la dureté du travail et l’éloignement des bases familiales en ont découragé plus d’un, même si les Sénans sont habitués à ce genre de situation. « Dès la première année, dit Guénolé Milliner, le patron d’Ar Chorrejou, les Biens restaient sur place, alors que ceux des autres ports rentraient régulièrement chez eux en taxi, pour un wee-kend ou une fête familiale; c’est comme ça qu’ils perdaient les meilleures pêches ! »

A Port-en-Bessin, les Sénans sont appréciés. « Ce sont des marins dans l’âme, explique Mme Camille Huet, maire de la commune normande depuis 1970; leur esprit d’initiative a été bénéfique pour le port. » Et Jean Lorillu de surenchérir : « C’est dans leur tradition de travailler dur, et toujours avec le souci de préserver la ressource. »

Le feu de Men-Brial veille toujours à l’entrée du port de Sein. En revanche, l’ancienne cale du canot de sauvetage, à gauche, est désormais désaffectée, la nouvelle unité Ville de Paris restant mouillée en permanence dans l’avant-port. © Michel Thersiquel

Habituées aux déménagements, les familles quittent leur île à la mi-octobre pour la Normandie. « Une vraie corvée ! » se souvient Marie-Guénolé Fouquet. Elle a déjà suivi son mari en rade de Brest et en baie de Saint-Brieuc, mais cette fois, elle doit transporter ses pénates par le train, avec ses enfants. C’est un voyage éprouvant, interminable, avec trois heures d’attente en gare de Rennes.

Quand les parents sont en Normandie, les enfants scolarisés dans le secondaire restent en pension, généralement à Douarnenez ou à Quimper. Ils ne rejoindront leurs parents qu’aux vacances scolaires, à la Toussaint, à Noël et en février. Pour les plus jeunes, l’année scolaire commencée à Sein se poursuit à Port-en-Bessin, et s’achève sur l’île. « Il a fallu ouvrir une classe pour accueillir cette vingtaine de petits Sénans, raconte Ginette Marie qui dirigeait à l’époque l’école primaire. Au début, ils étaient plus renfermés et moins bavards que les petits Portais, mais ils se sont très vite intégrés. Et il y avait des « durs » des deux bords ! Cependant, les enfants d’ici les ont bien accueillis. On a même fait en classe des enquêtes sur l’île de Sein, ce qui a incité beaucoup de parents à aller la découvrir. »

Les exilés de Port-en-Bessin

Malgré l’accueil chaleureux des Portais, les Sénans ne sont pas chez eux. Comme tous les exilés, ils ont leurs lieux de ralliement, où ils recréent un peu de l’ambiance de l’île. Chez Mamm Goz, par exemple, un café tenu par Mme Gueguiner, une Finistérienne, ils jouent aux cartes, chantent et se racontent des histoires… C’est là aussi que souvent on répartit les parts de l’équipage, une occasion de recevoir la pièce pour les enfants qui accompagnent leur père.

En Normandie, les Sénans se sentent davantage déracinés qu’en rade de Brest ou qu’en baie de Saint-Brieuc. A cause de l’éloignement et du climat — il fait plus froid ! —, mais aussi de la langue. A Roscanvel, au Fret, et même à Saint-Quay — qui n’est pas très éloigné de la frontière linguistique —, les gens parlaient encore breton. « C’est à Port-en- Bessin qu’on s’est vraiment sentis Sénans, qu’on a pris conscience de notre langue et de nos traditions ».

Et cette bretonnitude, ils vont bien sûr l’affirmer, comme le font tous les exilés pour soigner leur mal du pays. A bord du Mater Christi, Guy Follic se passe souvent des cassettes de cantiques enregistrés dans l’église de son île natale. Il n’est pas rare que des grands-mères coiffées de la traditionnelle chibilidenn viennent chercher leurs petits-enfants à l’école. Les enfants eux-mêmes étaient plutôt chauvins. « Ils étaient fiers d’être Bretons, mais surtout d’être Sénans ! » se souvient la directrice de l’école. Pour être déracinés, les Iliens n’en restent pas moins fidèles à leur terroir. Jean Lorillu se rappelle ainsi qu’ils arrivaient toujours avec leur stock de pommes de terre — pour un palais sénan, il n’est meilleures patates que celles cultivées sur leur île !

Cet épisode normand va pourtant contribuer à modifier le tissu social insulaire. Les pêcheurs y découvrent notamment une certaine hiérarchie, peu visible sur l’île. A Port-en-Bessin, les femmes de matelots sont, par exemple, tributaires de celles des patrons, car seules ces dernières possèdent une voiture pour aller faire les courses à Bayeux. Par ailleurs, les mariages entre jeunes des deux communautés contribuent à fixer sur le continent une proportion non négligeable de Sénans et accélèrent le déclin démographique de l’île (3).

Pour autant, le bilan reste positif pour les familles de pêcheurs. « La coquille ? Heureusement qu’on a eu ça ! Sinon, on aurait fait faillite, affirme Guy Follic, l’ancien patron du Mater Christi. En 1960, il y avait une soixantaine de langoustiers à vendre à Audierne. En 1970, le choix, c’était de se reconvertir ou de vendre son bateau à un Anglais pour une bouchée de pain. Et dans la marine marchande, c’était déjà le chômage ! Alors, à chaque fois, on a fait le choix de la coquille. Nos pères avaient connu les années fastes de l’immédiat après-guerre où il n’y avait qu’à se baisser pour cueillir les richesses de la mer. Nous, on a dû quitter le pays, aller toujours plus loin. Mais ça a été un sacrifice ! »

Dernier patron-pêcheur ayant choisi de rester basé toute l’année à Sein — les autres ont un pied sur l’île et l’autre à Audierne ou à Douarnenez —, François Spi-nec embarque aujourd’hui trois matelots sur son Patience. Ses deux filles sont les seuls enfants de pêcheurs à fréquenter l’école de l’île — les parents des trois autres élèves sont commerçants. Comme bien d’autres, lui aussi a « tâté » de la coquille. Mais il y a vu un danger pour l’avenir de l’île. « A partir du moment où la coquille a vraiment rapporté, dit-il, on a eu tendance à se désintéresser de ce qui pouvait aider à maintenir des actifs à Sein. » Or la pêche n’est-elle pas, ici, l’activité naturelle capable de préserver des emplois et donc de fixer la population ?

Bien qu’ayant lui aussi tâté de la coquille, François Spinec a choisi de rester travailler sur son île natale, dont il est le dernier patron-pêcheur. © Michel Thersiquel

Alors, la coquille Saint-Jacques a-t-elle été pour l’île de Sein une chance ou un handicap ? La réponse est évidemment différente selon que l’on se place du point de vue de la cellule familiale ou de l’ensemble de la communauté insulaire. Dans le premier cas, la coquille aura apporté la prospérité, dans le second, sans doute une certaine forme de déclin.

En favorisant le départ des familles, la coquille Saint Jacques a accéléré le déclin démographique. Aussi croise-t-on le plus souvent sur les quais de l’île les silhouettes des anciens qui ont inspiré à René Pichavant le titre de son livre, Sein, l’île des cormorans bleus. © Michel Thersiquel

Remerciements : A tous les témoins cités dans cet article et à Gaby Struillou, ancien syndic des gens de mer à l’île de Sein.

Bibliographie : Christine Vignat : Ile de Sein : évolution humaine et économie actuelle, mémoire de maîtrise de géographie, Brest, 1972. Roger Magueur : La pêche à la coquille, 1957. Jean Videau : « Un fruit de discorde », Le Monde du 8 mars 1972. Françoise Péron : Des îles et des hommes, Editions Ouest-France, 1993.

(1) Le tonnage des crustacés est de 596 t en 1948 et de 330 t en 1951. La langouste passe de 96,4 t en 1946, à 22,3 t en 1950 et 12 t en 1951; le homard descend de 30,7 t en 1946 à 4,7 t en 1951.

(2) A l’île de Sein, les homonymies totales (nom et prénom) sont fréquentes, il y a donc de nombreuses façons — outre les surnoms — pour différencier les homonymes. Utilisation d’un autre prénom que celui porté à l’état civil : Albert Tanguy n’est connu que sous le prénom d’Alexis et le surnom de Siki. Utilisation du prénom du père, de la mère, du mari ou de l’épouse : Jos Fouquet, connu comme Jos Dominique, prénom de. son père; Marie Fouquet, appelée Marie Edouard, prénom de son mari; Guénolé Milliner, dit Guénolé Cletic, diminutif du prénom de son père; Guénolé Milliner, appelé Guénolé France, prénom de son épouse. Utilisation des noms de bateau : Jos Guilcher, dit Jos Pax Vobis.

(3) A partir des années cinquante, la chute démographique est générale sur toutes les îles du Ponant. Mais elle est plus accentuée à Sein, notamment en raison de l’émigration due à la coquille. A son apogée, en 1936, Me compte 1 328 habitants; en 1950, ils sont encore 1 200; mais en 1968, ils ne sont plus que 835, et seulement 504 en 1982 (-58% par rapport à 1950).