Le Yacht-club classique

Revue N°286

Regate benodet belle plaisance yacht-club classique
Régate au large de Bénodet lors du Rendez-vous de la belle plaisance, en 2012. Au louvoyage, de gauche à droite : Timia (plan Illingworth & Primrose, 1963), Pazienza (plan Laurent Giles, 1956) et Marguerite (plan François Sergent, 1958). © Odile Boyé-Carré

par Jean-Yves Béquignon

Né de la rencontre de Patrick Schnepp et de François Frey à La Rochelle, le Yacht-club classique a permis de relancer une flottille en perte de vitesse. Cinq cents marins armant une centaine de yachts participent aujourd’hui au circuit du Challenge classique Manche-Atlantique.

 

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

 

Vendredi 14 octobre 2016, La Rochelle. Dans le bassin des Chalutiers réchauffé par un timide soleil d’automne, le ponton qui accueille la collection de yachts classiques agréés par le musée maritime s’anime. Les armateurs avitaillent en vue du Rallye des pertuis, qui aura lieu ce week-end. À bord de Rose of Rizor, un cotre à corne de 10 mètres construit en 1931 sur plan Colin Archer, Jean-Michel Bénier a organisé un déjeuner. L’état impeccable du voilier témoigne de l’amour que lui porte cet artiste peintre et écrivain. En fin d’après-midi, tout ce petit monde a prévu de se retrouver rue de l’Armide, à la maison du Yacht-club classique (YCC) qui occupe l’ancien pavillon des douanes mis à la disposition de l’association par la municipalité…

Ce club trouve son origine dans la rencontre, au milieu des années quatre-vingt-dix, de deux hommes partageant le même intérêt pour le patrimoine maritime : Patrick Schnepp et François Frey. Directeur du musée de La Rochelle, le premier a déjà ouvert son établissement à la plaisance en 1990 en recevant Joshua, le ketch de Bernard Moitessier. Le bassin des Chalutiers est également, depuis 1992, l’escale d’arrivée des concurrents de la Coupe des deux phares, qui regroupe une poignée de bateaux de travail et de yachts classiques. Enchantés de l’accueil qui leur fut réservé, certains propriétaires y séjournent désormais régulièrement, avec l’agrément du directeur du musée qui souhaite que l’endroit reste vivant…

François Frey s’installe à La Rochelle en 1995. Amoureux des 8 m JI, il vient tout juste d’acquérir en Irlande le précurseur écossais des 8 m Cruiser, Sinbad, dont le confort par rapport à la jauge des métriques est une concession à sa compagne. Comme tout propriétaire, il est à cette époque confronté au défi de trouver une place de port pour ce sloup bermudien de 11,70 mètres, construit sur plan Mylne. Il rechigne pourtant à rejoindre celle qu’on lui propose dans le port des Minimes, un environnement jugé trop moderne pour son yacht de 1950. Le capitaine du port lui conseille alors d’aller voir Patrick Schnepp, qui le reçoit à bras ouverts.

Une flottille sur le déclin

À cette époque, le mouvement de sauvegarde des bateaux de travail est en plein essor, mais les « bateaux de riches », comme les appellent dédaigneusement certains, ne profitent pas de cette dynamique. La flotte classique atlantique est mourante. Les deux hommes ne se résignent pourtant pas à voir disparaître un pan entier du patrimoine maritime et ils vont unir leurs efforts pour sauver ces bateaux.

Le bassin des Chalutiers devient ainsi la première base classique de la façade atlantique, l’admission des yachts étant soumise à l’agrément du conseil scientifique du musée. Peuvent postuler tous les bateaux construits en petite série ou à l’unité avant le 31 décembre 1968, « parce que c’est l’année d’introduction de la jauge IOR (International Offshore Rule), qui a beaucoup modifié les plans de formes », explique Olivier Beau, actuel président du YCC.

L’accueil des bateaux n’est cependant qu’une facette de cette action en faveur des yachts classiques, car pour éviter de voir le bassin évoluer en mouroir, il faut aussi les faire naviguer. S’appuyant sur son réseau et son expérience de coureur, François Frey va donc mettre en place un circuit de compétitions spécifiques et élaborer un système de jauge. En effet, compte tenu de la disparité de la flotte, il est indispensable d’atténuer les écarts en temps réel par un facteur correctif afin de maintenir l’intérêt des concurrents : ce système de jauge offre à chacun la possibilité de gagner en temps compensé, si le yacht est bien mené. « Sans ça, cela n’aurait pas pris », analyse a posteriori François Frey.

Yacht-club classique La Rochelle

Le bassin des Chalutiers, à La Rochelle, est devenu au milieu des années quatre-vingt-dix la première base classique de la façade atlantique. À l’arrière-plan, les toiles colorées des nouveaux pavillons du musée maritime dessinés par l’architecte Patrick Bouchain. © Odile Boyé-Carré

Au fil des années, la Coupe des deux phares s’étoffe et les yachts deviennent, dès 1997, les seuls autorisés à courir. Un nouveau rendez-vous est aussi créé à Quiberon et un autre à La Baule. Les régates de la plaisance classique se développent et l’engouement est tel que François Frey doit rapidement organiser un calendrier des manifestations cohérent. D’une année sur l’autre, la flottille est ainsi invitée à monter vers le Nord, ou à descendre vers le Sud. Ce circuit couru par plusieurs dizaines de yachts est officiellement baptisé Challenge classique Atlantique (CCA) en 1997.

Mettre en mouvement le patrimoine

Jusqu’en 2005, François Frey agit sous la tutelle du musée. Il s’appuie sur des clubs affiliés à la Fédération française de voile (FFV), pour donner un caractère officiel aux régates qu’il organise et pour des raisons d’assurance. Mais après quelques saisons, il ressent le besoin de créer une structure associative affiliée à la FFV afin d’être plus autonome. « En devenant un club, on pouvait parler d’égal à égal avec les autres et jouer un rôle fédérateur », précise François Frey. Il veut en outre faire reconnaître la jauge classique qu’il a élaborée par la FFV, ce qui sera plus facile en étant dans son giron.

Les statuts du Yacht-club classique sont donc déposés en novembre 2005. Son objet est « d’encourager la conservation, la recherche et la mise en mouvement du patrimoine maritime des yachts classiques, sous toutes leurs formes ». Vaste programme que François Frey, devenu président de l’association, va décliner selon trois axes : la création d’un centre européen d’archives et de documentation du yachting  ; le pilotage du Challenge classique Atlantique, du système de jauge et de l’accueil des yachts agréés dans le bassin des Chalutiers, et enfin la préservation, en appui du musée maritime, des savoir-faire techniques et humains nécessaires à l’entretien des yachts classiques.

Sur ce dernier point, l’objectif est de mettre­ à disposition des professionnels et des armateurs un espace de 1000 mètres carrés pouvant accueillir en même temps trois yachts classiques en cours de refonte. La création du centre d’archives est également une nouveauté. Le pilotage du CCA, de la jauge et de la base classique s’inscrit, pour sa part, dans la continuité des actions menées depuis 1996.

Dès 2006, le YCC est affilié à la FFV. Trois ans plus tard, à la fin du mandat de François Frey, huit clubs sont fédérés au sein du CCA pour organiser quatorze événements, auxquels participent soixante-quinze yachts classiques. La jauge prospère, le club édite une belle revue qui rend compte de la saison et un projet de club-house dans la maison des douanes est sur les rails.

Yacht-club classique maquette

Le Yacht-club classique occupe l’ancien pavillon des douanes. À l’intérieur, une grande maquette en charpente de la goélette Velox et un modèle de grand cotre rappelant les plans Fife. © Jean Yves Béquignon

En revanche, pour des raisons essentiellement humaines, ni le centre européen des archives, ni l’espace dédié à la restauration des yachts n’ont réussi à voir le jour. Le bilan est néanmoins très positif : quatorze ans après leur première rencontre, Patrick Schnepp et François Frey peuvent être fiers d’avoir relancé les yachts classiques sur la façade atlantique.

Vingt-deux régates et deux rallyes

Décembre 2016, à Paris. Olivier Beau présente le programme de la prochaine saison au Nautic, sur le stand du Yacht-club de France (YCF) auquel le club rochelais est allié depuis 2014. Vingt-deux régates et deux rallyes sont programmés. Il y en a pour tous les goûts, de la Channel Classic Regatta organisée en partenariat avec le Royal Dart Yacht Club sur le parcours Dartmouth/Saint Peter Port (Guernesey)/Paimpol, au rallye basque La Rochelle/Hendaye/Bilbao/La Rochelle, avec des événements plus locaux, comme la Semaine du golfe, la Noirmoutier classique, les Voiles de la citadelle de Port-Louis, le Branlebas de Saint-Malo ou les Voiles de légende de La Baule.

Lors de la saison dernière, cinq cents marins armant une centaine de yachts classiques ont participé au circuit, désormais intitulé Challenge Classique Manche-Atlantique (CCMA) et dont le point d’orgue a été la seconde édition de la course Plymouth-La Rochelle.

Tous les voiliers courent selon la Jauge classique handicap (JCH) reconnue par la FFV et devenue une association indépendante. Elle connaît un vif succès, avec plus de six cents bateaux jaugés, dont une partie outre-Manche, car elle est déclarative, gratuite et transparente. « Nous voulions que la jauge ait une vie indépendante du YCC pour qu’elle soit largement utilisée et protégée des risques de modification par intérêt personnel », explique à ce propos François Frey. De Saint-Malo à Hendaye, le YCC réussit ainsi le tour de force de fédérer au sein du Challenge une vingtaine de clubs sensibles au charme classique et d’y associer des Espagnols et des Britanniques.

Stemael yacht classique

Stemaël IV au départ de la Plymouth-La Rochelle, en 2016. Construit par les chantiers Chabert de Marseille, il est doté d’une dérive sabre traversant la voûte pour le stabiliser au portant. Ce serait le dernier bateau d’Olin Stephens avec le safran dans le prolongement de la quille. Stemaël IV a remporté de nombreuses régates, dont la Giraglia en 1973. © Odile Boyé-Carré

Il n’est cependant pas le seul en France à œuvrer dans ce sens. En Méditerranée, l’Association française des yachts de tradition (AFYT) est le pendant du YCC, « à cette différence qu’elle n’organise pas de régates », précise Jean-Christian Fandeux, qui a succédé à François Frey à la présidence du YCC, avant Olivier Beau. Membre du Comité international de Méditerranée (CIM), l’AFYT a contribué à l’établissement de la jauge cim utilisée sur le circuit classique méditerranéen. Il convient aussi de mentionner l’Atlantic Yacht Club (AYC), qui organise principalement la Transat classique et utilise, pour cette course, la Jauge classique handicap.

En dehors d’une « soirée des armateurs de tradition » pendant le Nautic, l’entente entre ces trois structures est célébrée chaque année par un événement spécial. Les yachtsmen disputant les circuits de régates classiques en Méditerranée, Manche et Atlantique se retrouvent depuis 2013 en terrain neutre, au début du printemps. Ils participent, sur des quillards de sport de type Aile, à la Coupe de la voile classique organisée par le Yacht-club de l’Île-de-France (YCIF) sur le plan d’eau de Meulan, aux Mureaux.

En dehors de ces événements, le YCC pro­gramme aussi de belles rencontres culturelles. Ce fut le cas dernièrement avec l’écrivaine Catherine Poulain pour la publication de son roman, Le Grand Marin, et avec le peintre Richard Texier pour la sortie de son livre Nager chez Gallimard. Une projection de Où vas-tu Basile?, un film de Denis Ducroz, a également été proposée à l’Aquarium de La Rochelle.

Quant au projet de centre européen de documentation, il a donné lieu, en 2011, à la création de l’Association des archives du yachting dont la vocation reste nationale. Celle-ci a déjà numérisé et mis en ligne sur le site du musée maritime de La Rochelle près de deux mille plans de la collection Sergent.

Loin des clichés de Beken

La taille moyenne des bateaux du YCC se situe actuellement aux alentours de 12 mètres. Les bateaux les mieux représentés datent des années soixante et l’armateur passe souvent lui-même les vernis. On est donc loin des voiliers démesurés et patronnés par des skippers en casquette blanche immortalisés par les photographies de Beken.

Quant au club, rien d’élitiste : tous les milieux sociaux s’y côtoient. « Le YCC, c’est d’abord un réseau de gens qui aiment ces bateaux et qui veulent naviguer avec des passionnés dans une ambiance décontractée », résume Jean-Thierry Audren, le trésorier du club. De fait, les soirées « auberge espagnole » organisées à la maison du YCC sous la houlette de Bernard Ballanger sont des plus conviviales…

« Le club vit des cotisations, des recettes obtenues par l’organisation d’événements et du mécénat, poursuit Jean-Thierry. Notre budget annuel est d’environ 110 000 euros, les cotisations représentant 15 pour cent de ce montant. Elles sont de 20 euros pour les jeunes et de 80 à 200 euros pour les armateurs, en fonction de la taille de leur bateau. En 2016, on comptait deux cent six membres­ embarqués, soixante-treize armateurs et trente-six partenaires, dont dix clubs associés. » À noter que le YCC n’emploie qu’un seul permanent salarié.

« Pour devenir membre, reprend Jean-Thierry, il faut être parrainé par deux personnes. Nous évitons de faire entrer des compétiteurs agressifs, car le club est plus attaché à l’esthétique des bateaux et à la convivialité qu’à la compétition. » Les postulants doivent signer une charte des bonnes pratiques, qui prône notamment la préservation des yachts classiques, l’engagement associatif, le fair-play et la courtoisie.

Appareillage pour le Rallye des pertuis

Le samedi 15 octobre, à 6 heures en raison de la marée, nous quittons le bassin des Chalutiers pour accoster sous les tours du Vieux-Port. À proximité, la maison du YCC où nous attend un petit déjeuner, prologue de la dernière sortie de la saison. Le froid pique un peu et neuf yachts sont de la partie.

J’embarque à bord de Tikaroa, un sloup bermudien de 11,40 mètres construit en 1961 par Sparkman & Stephens. « Ce voilier a été construit à Rimini, m’explique Olivier Beau, son armateur. Il est resté en Italie jusqu’en 1965, avant d’être vendu en France où il a d’abord été basé à Nice et à Marseille. Puis il a rejoint la Bretagne en 1993 et a effectué une boucle atlantique. Je l’ai acquis en 2012. »

Nous quittons le port à 7 h 30, à la pointe de l’aube. Nous sommes six à bord, dont Marcel et Claire Lemmenicier, de la Compagnie des guides de Saint-Gervais. Le club a monté une sorte de jumelage avec celle-ci : à l’automne, les montagnards viennent goûter la voile classique tandis qu’au printemps, les marins s’initient à l’escalade.

Vingt nœuds de Sud-Ouest nous cueillent à la sortie du chenal. La grand-voile est établie à deux ris, le génois avec trois tours. Tikaroa file 7 nœuds en direction du pont de l’île de Ré. Nous sommes attendus à 10 heures au port de pêche de Chef de Baie pour une visite de la criée… Les yachts accostés, le groupe est conduit par Thomas du Payrat – vice-président du club et chargé de la communication – dans la salle de travaux pratiques du lycée maritime et aquacole de La Rochelle, installée au sein de la criée. Au programme, une initiation à la découpe du poisson… Lever des filets proprement demande indéniablement du métier. À l’issue de cet atelier, un pique-nique nous permet de déguster les moules « bio » des frères Durivaud et ces filets durement levés.

Il faut appareiller avant 15 h 30, afin de ne pas trouver porte close au bassin des Chalutiers. Tikaroa étant accosté en fond de port, nous nous lançons dans des manœuvres d’aussières pour faire éviter le yacht de 180 degrés et le mettre bout au vent, en position favorable. « Il ne manœuvre pas en marche arrière, on ne peut qu’espérer que le cul remonte dans le vent », m’indique le propriétaire du bateau en souriant.

Un retour confortable au portant nous laisse le loisir de discuter. Olivier Beau m’informe qu’il quittera ses fonctions de président l’an prochain, après deux mandats de deux ans – les statuts interdisent d’aller au-delà. « Nous sommes dépositaires et non propriétaires du patrimoine des yachts classiques, confie-t-il, et c’est en le partageant que nous pouvons le faire vivre. Mais toute organisation qui repose sur le bénévolat et la passion reste fragile. » Grand organisateur de régates, il me précise aussi que le Rallye des pertuis n’est pas représentatif des activités du club, plus orientées vers la course-croisière. La journée s’achève par une visite de l’Aquarium de La Rochelle et un dîner dans le restaurant hébergé dans ce bâtiment.

Le lendemain, je suis accueilli à bord de Khayyam par Jean-Christian Fandeux, son propriétaire. Initialement baptisé Zwerver puis Actéon, le deuxième plus grand yacht de la flotte du YCC – 60 pieds, soit 18,29 mètres – a été acquis en 1991 par Jean-Christian, qui l’a aussitôt rebaptisé. Le cotre bermudien porte désormais le nom d’un poète persan du xie siècle, épicurien préislamique connu pour ses quatrains célébrant l’amour des femmes et du vin. « Ce bateau a été classé Monument historique en 1995, raconte Jean-Christian, mais lorsque je l’ai récupéré, il était tout juste capable de naviguer. On a failli couler pendant le convoyage de Brest à Saint-Malo, pour rejoindre le chantier de Raymond Labbé. »

Le voilier a depuis vu du pays, comptant deux virées en Islande, une Transat classique, de multiples escapades en Écosse et Galice, aux Açores, aux Féroé, aux Canaries ou encore à Madère. En régate, Khayyam ne démérite pas non plus : il a, entre autres, gagné trois fois la Coupe des deux phares. « Dans ce cas, il faut être au moins huit à bord, note Jean-Christian, mais en croisière on s’en tire à cinq ».

À bord de Khayyam, le bassin paraît moins large

Pour cette seconde journée de rallye, la flotte doit rejoindre l’île d’Aix et, au retour, courir « l’épreuve de mer », qui combine régate et concours de manœuvres. En appareillant à bord de Khayyam, le bassin des Chalutiers paraît nettement moins large, d’autant que deux catamarans amarrés à couple sur l’avant réduisent son aire d’évolution. Mais il n’y a pas là de quoi troubler Jean-Christian, qui fait habilement évoluer les 30 tonnes de son yacht.

khayyam

Khayyam en route vers l’île d’Aix. © Jean Yves Béquignon

Le vent de Sud-Ouest reste soutenu, la grand-voile est établie avec un ris. Une fois passée la cardinale Roche du Sud, la zone de mouillage au Nord de l’île d’Aix est rejointe au louvoyage. Khayyam file 8 nœuds et les conversations vont bon train entre deux virements de bord. « Les statuts précisent que le président doit être armateur et qu’il doit passer la main au bout de quatre ans, explique Jean-Christian, aujourd’hui président d’honneur du ycc. Le problème, c’est de trouver un remplaçant. J’ai succédé à François Frey et créé des vice-présidences avec des missions spécifiques, parce que je n’ai jamais su travailler seul. J’ai aussi favorisé l’ouverture afin de fédérer davantage les clubs s’occupant de voiliers classiques et pour faire du ycc la référence française en Manche-Atlantique. Olivier Beau a accepté de prendre la suite dans une période un peu plus délicate. Il s’agit maintenant de conserver une bonne vitesse de croisière.

« La création, en 2014, des grands rallyes est en ce sens intéressante, car elle réunit des bateaux qui ne sont pas forcément régatiers. Courses, rallyes et culture forment un tout. Le maire de Port-Louis a signé un accord avec La Rochelle et ce port accueille désormais une quinzaine de bateaux dans les mêmes conditions qu’en Charente. La place est à demi-tarif pour un yacht agréé mais il est tenu de participer à trois événements classiques par an. Nous pensons également créer quelque chose à Douarnenez et discutons actuellement avec Saint-Malo, car j’avais dans l’idée de créer cinq ou six bases de yachts classiques en Atlantique. » Et Jean-Christian Fandeux aimerait aussi relancer La Rochelle/Santander, « une belle course, pas trop longue et bien adaptée aux bateaux du club ».

Quinze écoles au Défi des midships

L’avenir tient, selon lui, à la capacité du club à transmettre le flambeau aux générations suivantes. Le succès croissant du Défi des midships – il a réuni quatre-vingts jeunes et une quinzaine d’écoles en 2016 – est en ce sens encourageant. Du côté de l’encadrement, il reste aussi optimiste, constatant « qu’il est encore possible de recruter dans la tranche des quarante-cinquante ans ». Le renouvellement des armateurs lui semble, en revanche, plus préoccupant. « Khayyam est en vente depuis trois ans et seuls un ou deux septuagénaires se sont présentés », fait-il remarquer. En attendant de s’en séparer, il ne perd pas une occasion d’accueillir à son bord des jeunes et des équipages très composites. « J’ai observé que les mélanges d’âges et de niveaux sociaux engendrent souvent des équipages sympas », conclut-il, les yeux pétillants de souvenirs.

Thalamus plan sergent

Au plus près, voilure réduite, Thalamus, un plan Sergent de 1964, s’apprête à passer sous le vent de la cardinale Ouest Roche du Sud, à environ 3 milles au Sud de l’île de Ré. © Jean Yves Béquignon

Tandis que nous discutons, le vent mollit progressivement et vers midi nous mouillons par temps de demoiselle. L’ancre­ est d’une taille impressionnante et nécessite une pantoire qui est habilement gréée par des équipiers bien rodés, sans un mot du skipper.

Après la pause déjeuner, les affaires reprennent : les yachts appareillent sous voiles à intervalles d’une minute pour rejoindre La Rochelle. Le départ de l’île d’Aix est noté sur 10 points, le parcours de retour sur 20 points et la manœuvre d’amenée des voiles à l’arrivée à la tourelle Richelieu sur 10 points. Bateau-jury, Khayyam se tient en retrait, mais l’équipage apprécie avec sérieux et bonne humeur l’habileté des manœuvres, toutes sans faute. Nous filons ensuite directement sur la tourelle Richelieu sous spi seul avant de rejoindre le bassin des Chalutiers. Les voiliers vont maintenant s’endormir jusqu’à la première régate de la saison 2017, joliment baptisée « Mise en bouche »…

La jauge classique handicap

Rendez-vous belle plaisance Bénodet

De gauche à droite : Lady Mone, Yallah V, Pen Duick III et Volonté lors des Rendez-vous de la belle plaisance en 2016, à Bénodet.

La Jauge classique handicap (JCH) a été conçue pour faire courir en-semble des voiliers aussi différents que le yawl à corne La Grande Hermine (CM 258) et le cotre marconi Khayyam, en leur donnant les mêmes chances de gagner. Les propriétaires déclarent en ligne les caractéristiques de leur bateau sur le site <www.jch-online.org>. Test effectué, pour qui connaît la longueur hors tout, la longueur à la flottaison, le maître-bau, l’année de lancement, la surface de voilure, le type d’hélice et la forme de carène de son yacht, cela prend au plus un quart d’heure. Au terme de ce processus, on obtient l’ébauche d’un certificat de jauge, rendu définitif après sa validation par un membre de la commission de jauge. Le tout gratuitement.

Le certificat fournit trois chiffres clés : le facteur de correction C, le rating Rc et le facteur de temps compensé Ftc. Ce dernier découle des précédents et va déterminer le classement. Par exemple, le Ftc de Khayyam est de 0,916 et celui de La Grande Hermine de 0,622. Ainsi, si le temps de La Grande Hermine est inférieur ou égal à 1,473 fois (soit le quotient de 0,916/0,622), celui de Khayyam, le yawl de 12,70 mètres lancé en 1932 devance le cotre de 18,29 mètres construit sept ans plus tard.

Mais la jauge est conçue pour une flotte définie. Autrement, un croiseur en polyester de 9,72 mètres lancé en 2007 et déplaçant 5 tonnes serait gratifié d’un Ftc de 0,9235. Pour battre Khayyam, il devrait donc aller pratiquement aussi vite, ce qui est impossible compte tenu de la différence de longueur de coque…

La JCH est pilotée par le conseil de la Jauge classique, garant des principes fondateurs, et par un comité technique, dirigé par un architecte naval qui la fait évoluer annuellement, en fonction des observations de la saison passée.

Jean-Christian Fandeux, qui a accompagné la jauge dès sa naissance, revient sur sa philosophie : « On a voulu que les gens puissent calculer leur jauge et simuler. Il n’y a que des critères objectifs et la formule est connue. Initialement elle était pilotée en interne par le YCC. En 2011, le succès grandissant, j’ai voulu la rendre inattaquable en créant une association indépendante. La jauge cim diffère de la JCH dans la mesure où elle inclut des critères subjectifs sur l’authenticité de la rénovation. »

Aujourd’hui, quasiment toutes les épreuves de yachts classiques des côtes atlantiques françaises et espagnoles se courent avec la JCH ainsi qu’une très grande partie de celles de la Manche Ouest (France et Grande-Bretagne).

Les clubs financent la JCH en adhérant à l’association, la cotisation étant de 150 euros. « Avec plus de six cents bateaux jaugés, reprend Jean-Christian, notre plus grande difficulté est de garantir la rigueur nécessaire dans la gestion de cette énorme flottille : information des armateurs, accompagnement pour aider chacun à bien jauger son bateau, contrôle au moment du premier certificat et contrôles ultérieurs pour garantir que les coefficients attribués sont les bons. La jauge évolue chaque année dans le but de la rendre la plus é-qui-table possible. Tout le monde s’engueule, sauf celui qui a gagné dans l’année. La jauge est, finalement, une belle aventure et un levier pour attirer de nouveaux adeptes du yachting classique. » 

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