La maquette de Trémorvezen : le chef-d’oeuvre d’un matelot

Revue N°20

La coque, taillée dans un bloc de bois, rappelle celle des cuirassés à éperon de la seconde moitié du XIX' siècle (du type Dévastation, 1875, 10 000 t., par exemple). Les formes de carène semblent bien respectées, la ligne de flottaison est tracée, mais les sabords ouverts dans les hauts des flancs pour laisser passer une double batterie de canons sont de taille excessive. La rangée supérieure est prolongée, à la poupe, par une série de fenêtres garnies de vitres et de volets figurant une sorte de dunette. Celle-ci est garnie d'une rambarde extérieure sur laquelle est fixé un cartouche de papier portant l'inscription : "Souvenir des Marins de 1904". (La signification de cette date n'est pas connue). La disproportion des volumes s'accroît avec les superstructures : tenant lieu de gaillards d'avant et d'arrière, des ponts légers montés sur colonnes abritent trois énormes pièces d'artillerie. Le pont supérieur arrière prolonge un château à deux étages placé en avant du mât d'artimon, tandis que la passerelle d'un second château central situé devant la cheminée supporte une barre à roue. Cet ensemble de superstructures est garni de fenêtres quadrangulaires, vitrées et munies de rideaux dessinés au crayon de couleur sur des feuilles de papier. Ce navire à. propulsion mixte est gréé en trois mâts carré. La voilure n'est pas établie, mais certaines vergues sont sculptées et peintes de façon à représenter des voiles ferlées. Une cheminée cylindrique est constituée par la superposition de deux boîtes de conserve de 9 cm de diamètre peintes en noir. Les deux arbres d'hélice sont faits de fines baguettes de bois (des branches ?) à l'extrémité desquelles pivotent, telles des corolles de fleurs carmin, deux hélices à six pales chacune.
Par Denis-Michel Boëll- Ni œuvre d'artiste, ni objet artisanal, l'extraordinaire maquette de la chapelle de Trémorvezen n'est pas non plus un ex-voto à l'intention religieuse évidente. Cette œuvre de matelot trouve son inspiration dans l'imagination de son auteur plus que dans sa vie quotidienne. A la fois surréaliste et baroque, elle semble bien intégrée par la communauté des marins, qui la porte en procession lors de chaque pardon. Pour la première fois, Le Chasse-Marée présente un objet d'art populaire aux lisières de l'art brut. D'autres travaux de marins, décoratifs, votifs ou simplement fonctionnels seront prochainement étudiés dans notre revue.

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