La brigade fluviale de Paris

Revue N°265

Un agent de la Brigade fluviale contrôle un marinier, vers 1920. © Roger-Viollet

Par Dorothée Thirion-Freiche – La Brigade fluviale de Paris est née en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle. Les agents de la « Fluv’ » ne sont plus aujourd’hui des inscrits maritimes, mais des sportifs accomplis, et leur territoire s’est élargi de Paris intra-muros aux 600 kilomètres de voies navigables d’Île-de-France.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie et d’encadrés supplémentaires.

« Nous aurons, pendant toute la durée de l’Exposition, des agents plongeurs. Voilà, n’est-il pas vrai, une innovation aussi heureuse qu’originale ? […] L’œil aux aguets, ils se tiendront toujours prêts à piquer une tête dans le fleuve pour sauver tout infortuné promeneur tombé accidentellement à l’eau ; ils assureront, en outre, le bon ordre dans la circulation des bateaux. » C’est par ces lignes que Le Petit Journal du 24 mars 1900 célèbre la naissance de la Brigade fluviale, voulue par le préfet Louis Lépine et placée sous l’autorité de M. Guillemin, inspecteur général de la navigation.

Cette unité va connaître son baptême du feu avec l’Exposition universelle : en sept mois, trente-huit millions de badauds vont embarquer sur les Bateaux parisiens et plus de cinquante millions de visiteurs vont découvrir le Petit et le Grand Palais, la gare d’Orsay, le pont Alexandre-III­ ou les somptueuses Fêtes vénitiennes. Celles-ci réunissent « plus de cinq cents embarcations de toute espèce, yachts de plaisance et de course, petits vapeurs, bachots, bateaux à voile, skifs à un ou deux rameurs, péniches, remorqueurs, toueurs même », rapporte Le Petit Parisien du 19 août 1900.

Quarante agents plongeurs, dont un brigadier et deux sous-brigadiers, sont recrutés parmi les gardiens de la paix des arrondissements de Paris, avec une préférence pour les mariniers, pilotes, mécaniciens, charpentiers navals, scaphandriers, maîtres nageurs, etc. Après des épreuves de natation, de plongée et de conduite­ de barque, seuls « les forts d’entre les forts », souligne La Vraie Police du 15 janvier 1902, peuvent compléter leur instruction en matière de navigation et de sauvetage et auront le privilège de porter la casquette plate et la vareuse de la Brigade fluviale, décorées d’une ancre de marine en argent.

La «phalange aquatique» gagne le cœur des Parisiens

Pendant les six mois de l’Exposition universelle, on ne recense aucun accident grave. Les agents accomplissent une douzaine de sauvetages, soignent plus de deux cents personnes et les accidents sur la Seine se raréfient alors que la circulation des vapeurs s’intensifie. La « phalange aquatique », comme elle se surnomme dans une note de service, fait ses preuves et sait également gagner le cœur des Parisiens. Les ser­vices rendus sont relayés par la presse et applaudis par les foules qui assistent aux sauvetages, mais c’est surtout le sacrifice d’un membre de la brigade qui marque les esprits.

L’Exposition universelle de 1900 va attirer, pendant sept mois, des millions de visiteurs à Paris et donner lieu à des fêtes nautiques sur la Seine. C’est pour faire face à cette affluence que le préfet Louis Lépine crée la Brigade fluviale. © Kharbine-Tapabor

Le 2 novembre 1901, vers 9 heures du matin, alors que les agents Bailly et Marmas patrouillent sur les berges, une « déses­pérée » se jette du pont Marie. « Sur ce petit bras de la Seine qui ceinture l’île Saint-Louis, nous apprend Le Petit Journal du lendemain, les péniches et les chalands sont amarrés en grand nombre. » En effet, les deux ports de Saint-Paul et des Ormes se trouvent à proxi­mité. Ce jour-là, en amont du pont, deux flûtes sont amarrées à quai, et en aval, trois péniches sont à couple le long de la berge, contrariant l’écoulement de l’eau qui fait là de gros remous.

« Quiconque tombe ou se jette dans le fleuve à cet endroit est perdu, prévient le journaliste : nul secours ne peut l’empêcher d’être entraîné sous les péniches et de trouver la mort. » Et c’est bien ce qui se produit, malgré l’intervention de l’agent Bailly. Alerté par les cris des badauds, celui-ci plonge au secours de la jeune femme. « Il l’atteignit et l’empoigna ; mais à ce moment, la femme que le courant emportait comme un fétu de paille, saisit l’agent par une jambe et l’entraîna. […] On vit se débattre le gardien […] et disparaître les deux victimes sous l’avant d’une péniche. » L’agent Marmas plonge à son tour, en vain.

Les ravageurs écument la Seine

Après l’Exposition universelle, le maintien de la Brigade fluviale est remis en question. Pour la défendre, les syndicats de la marine mettent en avant l’importance prise par le service des bateaux de voyageurs, l’augmentation du trafic fluvial de marchandises – passé de 6 millions de tonnes en 1883 à 11 millions en 1899 – et l’essor du braconnage fluvial. Le fleuve est considéré comme un arrondissement parisien à part entière et, argumente aussi un journaliste, « la Brigade fluviale est toute désignée pour veiller sur ce boulevard très peuplé que forment les rives de la Seine et qui constitue comme le trottoir du fleuve ». Alors que les « Apaches » – des petits truands de quinze à vingt ans, à l’accoutrement très recherché et aux mauvaises manières affichées – sévissent dans les rues de l’Est parisien, les « ravageurs » écument la Seine. Dans leurs canots, ces bandes­ bien organisées se glissent à la faveur de la nuit le long des quais, pillant les dépôts des compagnies fluviales, braconnant, cambriolant les péniches et terro­risant les mariniers.

La Mouette II remplace la Mouette en 1906. Long de 12 mètres, ce canot a été dessiné par Alphonse Tellier. © Kharbine-Tapabor

Le préfet Lépine décide donc, en avril 1902, de maintenir la brigade et de la doter de moyens modernes. Pour lutter contre les pirates d’eau douce, elle ne disposait jusque-là que de « frêles bachots à rames », confie le brigadier Marieu au Matin. La brigade se voit donc dotée de bicyclettes pour circuler sur les berges, et de chiens, dont les deux premiers – des terre-neuve – portent les noms de Turc et César. Elle reçoit aussi la Mouette, un canot à vapeur de 8 mètres. Un abri sera ajouté à l’arrière de ce bateau pour que les agents puissent se protéger de la pluie, mais aussi des projectiles lancés par les vauriens. Envoyés en éclaireurs, plusieurs agents précèdent les sorties de la Mouette. « Ils disposent de bonnes bécanes, poursuit le brigadier Marieu. Ils commencent par arrêter les “gaffes” [les sentinelles des ravageurs], qu’ils connaissent tous. Les maraudeurs ne voyant pas revenir leurs sentinelles, croient pouvoir travailler en toute sécurité. Pendant ce temps, d’autres agents, postés deux par deux sur les ponts, surveillent­ le fleuve. Dès qu’ils aperçoivent une équipe de braconniers remontant ou descendant la Seine, l’un d’eux se détache et va avertir tous les autres, qui se chargent de prévenir l’équipage de la Mouette. »

Grâce à sa modernisation, la brigade réussit rapidement de belles captures et se voit félicitée par le syndicat des pêcheurs, qui réclame la mise en service d’un second bateau. Ce souhait est exaucé le 2 février 1904 avec l’arrivée de la Vigie, un canot en acier de 8,60 mètres de long, équipé d’un moteur Panhard Levassor quatre cylindres et d’un projecteur.

Neuf pilotes et six mécaniciens, « tous commissionnés pour bateaux à vapeur de commerce et ayant d’excellents états de service », sont nommés pour armer ces embarcations. Les deux canots assurent nuit et jour la surveillance de la Seine en partant chacun des deux points extrêmes de la zone – Charenton en amont et Suresnes en aval –, jusqu’à se rencontrer en un point déterminé.

Le «port de la police» sur des docks flottants

La compétence des agents de la brigade est bientôt étendue à tous les cours d’eau du département de la Seine. En juin 1906, la Mouette, dont le moteur manque de puissance, est remplacée par un canot à moteur en acier de 12 mètres baptisé Mouette ii. Ses plans ont été dessi­nés par Alphonse Tellier, constructeur naval et aéronautique réputé pour ses coques à fond plat.

Le dock flottant, auquel est amarré un bachot de la brigade. © Kharbine-Tapabor

En 1912, la flottille est renforcée par un bateau-pompe destiné à embarquer des agents scaphandriers. Ces derniers sont choisis, après un examen médical minutieux, dans les rangs de la brigade. « Ce sont désormais de véritables forces navales qui vont opérer sur la Seine contre les contrebandiers fluviaux », ironise le Matin.

À la même époque, le préfet Lépine établit le « port de la police » sur des docks flottants mouillés derrière la préfecture, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. La flotte de la brigade y est stationnée et entretenue. Ces installations permettent de stocker le matériel et le combustible. Les agents peuvent aussi y séjourner, tout comme les chiens pour lesquels un chenil a été aménagé.

Après avoir été déplacés à de multiples reprises, ces docks flottants restent pendant de nombreuses années en face du 36, quai des Orfèvres. Ils s’y trouvent encore en 1947 lorsque le Pays consacre un article à la Brigade fluviale. Celle-ci compte alors trente-neuf agents, contre une soixantaine avant la guerre. « Ce sont presque tous d’anciens marins, des Terre-Neuvas, précise le journaliste, qui aiment leur métier, et qui sont avant tout des gens de marine avant d’être policiers. » En revanche le reporter déplore l’état de leur flotte : « La meilleure vedette est la Vigie, qui fut construite en 1904. L’Alsace est aussi lente qu’un remorqueur poussif. Il y a bien la Lorraine et la Bretagne, qui ont été prises aux Allemands à la Libération. Mais ce sont des vedettes de mer qui, sur la Seine, produisent d’énormes vagues, gênant les autres barques. » À cette époque, la brigade compte aussi quatre hors-bord et des barques à avirons, qui seront utilisées jusque dans les années soixante.

En août 1968, le territoire du ressort de la préfecture de police s’agrandit de trois départements de la Couronne. La brigade étend alors son champ d’intervention aux 33 kilomètres de la Marne, entre Neuilly-sur-Marne et le confluent de Charenton. Cette section s’ajoute aux 32,8 kilomètres des canaux de l’Ourcq, Chelles, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Maur, ainsi qu’aux lacs des bois de Boulogne et de Vincennes, aux bassins de Sceaux, Villeneuve-Saint-Georges, Choisy-le-Roi, etc. Au total, la brigade doit désormais surveiller 133 kilomètres de voies navigables au lieu de 106 précédemment.

Neuf bateaux pour un réseau de six cents kilomètres

Aujourd’hui, le territoire du ressort de la Brigade fluviale s’étend aux 600 kilomètres de voies navigables d’Île-de-France. Chaque jour, cinq à six équipages composés d’un chef d’intervention, d’un pilote et d’un plongeur sont répartis entre Paris intra-muros, le nouveau poste avancé de Joinville-le-Pont au bord de la Marne, et la Grande Couron­ne. En plus des pneu­matiques légers attelés aux véhicules de patrouille, neuf bateaux sont à leur disposition : le Bretagne (1968), jadis utilisé comme remorqueur-pousseur, et qui ne sert plus aujourd’hui qu’à faire des rondes en attendant la réforme ; le Morvan (7,50 mètres) et l’Alsace (9,30 mètres), deux vedettes de patrouille en aluminium avec plate-forme de plongée à l’arrière, lancées par le chantier Delavergne ; l’Hélios, le Cronos, l’Héraclès et la Sterne, quatre pneumatiques semi-rigides d’intervention dont la motorisation varie de 115 chevaux à deux fois 150 chevaux ; et enfin deux remorqueurs, la Touraine et l’Île-de-France.

Le remorqueur Île-de-France a été construit en 1997 à Boulogne-sur-Mer par la Socarenam. Il est équipé d’une grue de 8 mètres, permettant de repêcher les véhicules immergés dans la Seine. © Préfecture de Police de Paris

Cette dernière unité en acier, longue de 22,40 mètres et large de 7,50 mètres, a été construite en 1997 par la Socarenam de Boulogne-sur-Mer. Elle est dotée d’une grue de 8 mètres pour le repêchage des véhicules immergés, de deux pompes d’assèchement pour le renflouage des épaves et d’une pompe à incendie d’une portée horizontale de 65 mètres. Les scaphandriers y disposent d’une plate-forme de plongée à l’arrière, et la timonerie peut servir de poste de commandement pour les plongées longues. La particularité de ce remorqueur est son système de propulsion Voith-Schneider, situé à l’avant de la coque. Ce propulseur cycloïdal à cinq pales verticales rend l’Île-de-France extrêmement manœuvrant et permet de la conduire dans les deux sens. Allié à une ti­mo­ne­rie très ramassée – 5,50 mètres de tirant d’air avec le mât relevé et 3 mètres avec le mât baissé –, ce système permet d’intervenir au-delà des plus hautes eaux na­vi­gables, lorsque la hauteur libre sous le tablier des ponts est très faible et le courant parti­culièrement fort.

L’autre remorqueur de la Fluviale, la Touraine – « une vieille unité avec une gueule particulière, un bateau attachant » juge un membre de la brigade – est stationné au poste avancé de Joinville-le-Pont, pour intervenir sur la Marne. Long de 13,10 mètres et large de 3,20 mètres, ce remorqueur a été mis en service en 1978 et dispose d’un moteur de 162 chevaux. Comme elle dépasse difficilement les 10 nœuds et qu’il y a des écluses à franchir, la Touraine reste à quai pour les missions en limite de secteur. Les patrouil­les se déplacent alors avec un pneumatique pliable de 4,20 mètres, pouvant être mis à l’eau n’importe où.

Tous ces bateaux sont entretenus par les trois mécaniciens de la brigade, qui ne font plus partie des équipages comme aux premiers temps de la Fluviale. Ils disposent d’un atelier sur le ponton et seuls le carénage et les grosses réparations sont sous-traités aux Chantiers de la haute Seine, à Villeneuve-le-Roi.

Des sportifs amoureux de l’eau

La Brigade fluviale de Paris est amarrée depuis 1991 quai Saint-Bernard, au pied du Jardin des Plantes, dans le 5e arrondissement. Placée sous le commandement de Sandrine Berjot depuis mars 2012, elle regroupe aujourd’hui cent agents, dont dix femmes. La « Fluv’ », comme on la surnomme, ne compte plus dans ses rangs d’anciens marins ou inscrits maritimes ; un seul est fils de marinier. Mais tous sont sportifs et amoureux de l’eau. Ce sont d’anciens maîtres nageurs, des secouristes ou des passionnés de plongée. « Ce qu’on aime faire, c’est sauver… La Seine c’est notre mer », explique le major Christophe Violas, un enfant du 5arrondissement qui a grandi au bord du fleuve. Peut-être en raison de la part croissante accordée aux missions de répression, les relations de la Fluviale avec les mariniers sont moins conviviales qu’autrefois. C’est du moins ce que déplore Rémy, le doyen, qui estime que la brigade appartient de moins en moins au fleuve : son uniforme est maintenant le même que celui des autres policiers et, depuis la disparition de Némo en 2009, elle n’a plus de chiens.

Le siège de la « Fluv’ » est aujourd’hui situé quai Saint-Bernard, dans le 5e arrondissement de Paris. © Préfecture de Police de Paris

Les tests de sélection, ouverts aux gar­diens de la paix titulaires de Paris et de la Petite Couronne, comprennent des épreuves en piscine, des épreuves pratiques et orales de matelotage, de secourisme, de conduite de barque à rames et de réglementation fluviale. Et tous les agents de la brigade sont plongeurs et sauveteurs, en plus d’être pilotes. Après leur intégration, ils sont formés par les pompiers aux premiers secours en équipe, passent le permis bateau eaux intérieures et les diplômes de scaphandrier autonome léger, d’enquêteur subaquatique et de technicien inspecteur subaquatique au Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie d’Antibes.

Une fois par an, puis tous les six mois à partir de quarante ans, un médecin hyperbare vérifie leur condition physique et leur poids. Un peu de laisser-aller, et les voilà « cassés plongeurs » pour six mois, autrement dit interdits de plongée, la pire des punitions.

Au cours de leur carrière, certains agents peuvent se spécialiser. Ils suivent par exemple­ une formation de « sonaristes ». Le sonar est en effet devenu un outil indispensable pour la recherche d’épaves, d’objets, voire de corps humains. Sous l’eau, à cause des sédiments et de la terre charriée par les crues, la visibilité est souvent réduite à moins d’un mètre, sans qu’aucune lumière artificielle ne parvienne à percer ces ténèbres. Les recherches subaquatiques se font donc la plupart du temps à tâtons. À tel point que certains agents plongent les yeux fermés, ce qui les aide notamment à garder leur sang-froid lorsqu’ils recherchent un cadavre. Mais c’est parfois, un silure glane, une sorte de poisson-chat pouvant atteindre 2 mètres de long, qui leur file entre les doigts…

Enquêtes sur la pollution ou le travail dissimulé

Dans le cadre de certaines enquêtes crimi­nelles, la brigade peut assister les commissariats et rechercher des preuves, prenant des photos subaquatiques ou relevant des indices. Jusque dans les années soixante-dix, pour draguer le fond, les agents utilisaient une « panthèse », sorte de chatte constituée d’une barre métallique munie de grappins et reliée à une ligne. Mais aujourd’hui, les scènes de crime doivent être préservées et ce chalutage est proscrit. Dans ce genre d’enquête, la principale difficulté est le courant, qui est très fort à pro­ximité des ouvrages d’art – trente-sept ponts enjambent la Seine intra-muros – et varie selon les crues. Les agents de la brigade ont tout de même réussi, un jour, à retrouver la paire de ciseaux dont un coiffeur s’était servi pour tuer son apprenti !

Pourtant dotée de quatre semi-rigides puissamment motorisés, la brigade se fait parfois distancer par des jets skis et souhaite s’en équiper à son tour. © Préfecture de Police de Paris

Les plongeurs de la Fluviale interviennent aussi pour sauver des personnes tombées à l’eau, accidentellement ou non. Par un caniculaire après-midi de juillet, un appel signale ainsi à l’équipage se trouvant vers l’île aux Cygnes qu’un individu est à l’eau vers le Pont-Neuf. Aussitôt, Olivier lance les 300 chevaux du Cronos, tandis qu’Ophélie, allongée au fond du pneumatique, enfile en se tortillant la combinaison que lui passe Vincent. En un clin d’œil, le Pont-Neuf est atteint et Ophélie est prête à plonger. Mais l’homme a déjà été sorti de l’eau par les pompiers, arrivés les premiers sur les lieux : ce n’était qu’un promeneur, pris d’une envie de se rafraîchir… Ce jour-là, il faisait beau, mais les conditions de travail des plongeurs sont souvent plus difficiles, surtout l’hiver.

D’autres tâches, administratives ou judiciaires, sont moins spectaculaires. Dans le bureau de la cellule judiciaire, installé un peu à l’écart sur le ponton, quatre officiers traitent ainsi toutes les procédures du ser­vice. Ils enquêtent, parfois longtemps, sur des affaires de pollution des eaux ou de travail dissimulé. En matière de navigation fluviale, chaque infraction – aux règles de navigation, aux documents de bord, à la conformité technique, à la composition des équipages ou au matériel de sécurité – donne lieu à une procédure. Néanmoins, explique le major Didier Dubois, chef de la cellule, les infractions aux documents se font rares et, depuis les années soixante-dix, grâce à l’évolution de la batellerie artisanale et la mise en place de primes de déchirage, il n’y a plus vraiment de bateaux dangereux pour cause de vétusté sur le fleuve.

En revanche, aujourd’hui, la cellule doit souvent verbaliser les utilisateurs de jet-skis. Leur rapidité pose des problèmes de coha­bitation avec les autres usagers du fleuve et leur permet d’échapper la plupart du temps à la brigade. Selon le major, la solution serait que la brigade soit elle aussi équipée de jet-skis, mais cela ne semble pas à l’ordre du jour…

Les contrôles se font souvent dans la courtoisie

Sur le terrain, les contrôles se font le plus souvent dans la courtoisie et la bonne humeur. Ce travail est pourtant un vrai casse-tête pour les agents, car la réglementation diffère selon les cinq catégories auxquelles appartiennent les bateaux : fret, transport de passagers, habitat fluvial, éta­blissements flottants recevant du public et plaisance. Et pour la plaisance, les règles changent en fonction du département et de la nature des cours d’eau.

Dans Paris intra-muros, les agents veillent notamment au respect de l’alternat et des règles de navigation, notamment en fonction des crues. L’échelle d’Austerlitz, située à proximité des pontons de la Fluviale, leur donne la cote de la Seine. Dès qu’elle indique plus d’1,60 mètre, le fleuve est considéré en crue et plus l’eau monte, plus les restrictions sont grandes. À 2,50 mètres, le bras Marie est interdit ; à 3 mètres, le bras de la Monnaie est fermé ; à 4,30 mètres, toute navigation est proscrite dans Paris. Ce fut le cas au 1er janvier de l’an 2000 : ce jour-là, le major Dubois put nager au-dessus du square du Vert-Galant, et Karen, l’une des femmes de la brigade, a pu se blottir dans les bras accueillants du Zouave du pont de l’Alma.

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