Golden Globe, on the road again…

Revue N°297

Golden Globe race 1968, Moitessier, Robin Knox-Johnston, Loïck Fougeron, histoire
Deux Rustler 36 
lors du SITRAN Challenge. 
Au premier plan, One and All, 
de l’Estonien Uku Randmaa, devançant DHL Starlight, 
de la Britannique Susie Goodall. © Bill Rowntree/ppl/ggr

par Nathalie Couilloud – Avant le départ donné aux Sables-d’Olonne, les skippers de la Golden Globe Race se sont retrouvés du 11 au 14 juin à Falmouth, le port de Cornouailles d’où était parti sir Robin Knox-Johnston, le vainqueur de l’édition de 1968, sur son voilier Suhaili. Hommage et ambiance.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

Est-ce parce qu’ils partent pour de longs mois qu’ils ont l’air si tranquilles, comme s’ils étaient déjà ralentis par le rythme lancinant de la mer ? Sur les pontons de Visitors Yacht Haven, à Falmouth, seuls les pavillons des dix-sept concurrents de la GGR se démènent sous une brise assez fraîche. Les skippers – quarante-sept ans d’âge moyen – s’affairent dans le calme, échangeant trucs et astuces sur le mode d’emploi de la BLU (bande latérale unique) qui leur est imposée ou sur le téléphone satellite qu’on leur a confié.

Susie Goodall, souriante et décontractée, s’active au milieu de ses voiles jaunes avec son équipe technique. Le Russe Igor Zaretsky, bien loin des rives natales de sa Volga, essaie de placer le logo de la GGR à la hauteur réglementaire sur sa grand-voile étalée sur le ponton. Loïc Lepage, le marin du Morbihan, cherche toujours désespérément une gonio, tandis que ceux qui en ont déniché une se demandent où trouver les fréquences d’émission des radiophares. Quant aux panneaux solaires et aux hydrogénérateurs qui équipent les voiliers, ils n’existaient pas en 1968, mais sont autorisés, alors que les désalinisateurs ne le sont pas. On s’y perd un peu… Si tous les bateaux sont équipés pour un long voyage, la diversité des budgets se lit au premier regard. Ils n’en sont pas non plus au même stade de préparation. Il est ainsi presque inquiétant de voir à couple le voilier d’Antoine Cousot avec un respectable franc-bord et celui du Finlandais Tapio Lehtinen, très enfoncé dans l’eau. Le Français n’a pas encore avitaillé, le Finlandais, si. En revanche, le premier a déjà embarqué une centaine de livres, dont les œuvres complètes de Jack London.

Les voiliers de Jean-Luc Van Den Heede, « VDH » (cm 296), et de Philippe Péché, autre habitué de la course au large, sont amarrés de part et d’autre du ponton. Ils ont chacun un sponsor, une exception dans cette épreuve ; on sent bien que ces deux-là vont jouer entre eux une petite course dans la grande.

 Golden Globe race 1968, Moitessier, Robin Knox-Johnston, Loïck Fougeron, histoire

Dix-sept skippers participant 
à la Golden Globe Race 2018 sont présents à Falmouth. Ils seront rejoints aux Sables-d’Olonne 
par l’Italien Francesco Cappelletti dont le bateau demande encore 
des préparatifs. La date butoir pour le départ a été fixée au 7 juillet, 
six jours après le coup de canon. © Christophe Favreau/ppl/ggr

« Il est urgent d’attendre ! »

Alors que le vent fraîchit encore et que la météo prévoit un coup de vent de Sud-Ouest pour le départ vers les Sables-d’Olonne, VDH affiche un calme olympien : « ça change toutes les heures. Maintenant, ils annoncent du Sud. Dans ces cas-là, il est urgent d’attendre ! » commente-t-il avec son petit rire habituel.

L’Américain Nabil Amra – qui court sous les couleurs de son pays d’origine, la Palestine – avitaille son bateau : « Je ne partirai jamais », murmure-t-il en contemplant une pile de caisses au milieu du ponton. Son voisin indien Abhilash Tomy, à la barre d’une réplique de Suhaili, construite en 2016 à Goa, ouvre un carton renfermant une dizaine de log books ; il est vrai que la tenue du journal de bord sera plus que jamais obligatoire sur cette course à l’ancienne.

Gipsy Moth IV, le voilier de sir Francis Chichester, qui a accompli un premier tour du monde en 1967, voisine avec Suhaili (cm 288), celui de Sir Robin Knox-Johnston. En short et tee-shirt, la star des pontons ne se déplace pas sans un cameraman et un preneur de son sur les talons, ce qui permet de la repérer de loin. Le grand absent est Joshua de Bernard Moitessier, cloué à La Rochelle pour cause d’hésitations de la Mairie à le laisser partir. Jean-Marc Cens, l’un de ses chefs de bord, est venu caboter sur la côte Sud anglaise avec son voilier personnel ; amarré parmi les voiliers de la GGR, il a accroché sous sa bôme un tee-shirt à l’effigie du ketch rouge…

Don McIntyre, omniprésent et discret, promène son hâle des uns aux autres. Cet aventurier australien, qui a notamment terminé second du BOC Challenge en 1990-1991, est à l’initiative de ce remake. En 2012, il a organisé le Talisker Bounty Boat Challenge pour revivre la dérive du capitaine Bligh, après la mutinerie du Bounty en 1789, depuis Tofua, aux îles Tonga, jusqu’au Timor occidental ! Sinon, il dirige des expéditions en Antarctique et tente de relancer la pratique de la voile sur les vakas, pirogues traditionnelles des Tonga. C’est ce qui explique que la GGR 2018 soit placée sous l’égide du Royal Nomuka Yacht Club, le plus récent du monde, créé en octobre 2015 par McIntyre himself

Cette touche exotique ne saute pas aux yeux au Chain Locker, le pub mythique de Falmouth, où se tient le 13 juin une conférence de presse. Le maire, Grenville Chappell, explique que Sir Robin a laissé une marque indélébile à sa ville en la prenant pour port de départ et de retour de la première édition. Les skippers se présentent à tour de rôle et une ovation salue « la » concurrente. Loïc Lepage, dont les seuls mots en anglais sont « Nicholson thirty-two », s’attire aussi la sympathie du public qui apprécie le choix d’un bateau anglais à défaut d’un long discours.

Ému de l’hommage qui lui est rendu, Sir Robin remercie, avant de passer à table, le personnel du Chain Locker lui offrant la réplique du déjeuner qu’il avait demandé à son retour le 22 avril 1969 : un steak frites avec une tarte au citron meringuée ! En professionnel aguerri, Sir Robin lui fait honneur devant les photographes, avant de courir signer son dernier livre à la librairie voisine.

Yannick Moreau, le président de l’agglomération des Sables-d’Olonne, en profite pour vanter les mérites du port du Vendée Globe qui attend cent mille personnes pour le départ le 1er juillet. Car si Don McIntyre a d’abord souhaité que le départ de la GGR soit donné d’un port anglais, il n’a trouvé nulle part le soutien moral et financier escompté, et Les Sables lui ont alors ouvert les bras.

« Ils deviendront des légendes nautiques »

Le jeudi 14 juin, les concurrents, accompagnés d’une pléiade de bateaux, sortent dans la baie pour le jubilé de Suhaili. Le vent est assez frais et le temps couvert : la parade se déroule au moteur entre Falmouth, Carrick Roads et St Mawes. Puis les marins hissent les voiles avant de se diriger vers la pointe de Pendennis, où une ligne fictive est tracée entre Gipsy Moth et Suhaili. C’est à bord de son bateau que Sir Robin fait retentir le coup de canon du départ du SITRAN Challenge, qui va mener les skippers jusqu’aux Sables-d’Olonne.

L’épreuve est remportée par trois Rustler 36 : le Hollandais Mark Slats est premier ; Philippe Péché deuxième et VDH, arrivé deuxième, est classé troisième, au terme de 52 heures de navigation, dont une dizaine au moteur, qui lui ont valu des pénalités. Loïc Lepage finit onzième. Il n’est pas pressé. Il confiait à Falmouth qu’il tablait « sur neuf mois de course. Je verrai bien si le bateau tient, s’il n’a pas de gros souci, et comment je serai moi aussi. » VDH, lui, répète à l’envi qu’il part pour « huit mois de vacances en parfaite autonomie ». Quant à sir Robin, dont la parole est d’évangile sur la GGR, il a déclaré en arrivant aux Sables : « Souvenez-vous de ce que je dis : ceux qui finiront deviendront des légendes nautiques… »

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