Par Maurice Le Scouëzec – Peintre de renom dans le Montparnasse des années 1930, Maurice Le Scouëzec commença par être marin. En 1897, à l’âge de 17 ans, il s’embarque comme pilotin sur le quatre-mâts barque Emile Renouf, de la compagnie havraise Brown et Corblet. Le navire passe le cap de Bonne Espérance, charge du nickel en Nouvelle-Calédonie, de la laine en Australie, et revient par le Cap Horn. Trois fois, Maurice Le Scouëzec fera le tour du monde sur un navire de chez Brown et Corblet. Puis sa vie prend un cours tout autre. Quelques années plus tard, il rédige à partir de son journal de voyage ce récit à la qualité littéraire indéniable. On songe au Voyage au bout de la nuit de Céline. Comme le médecin de Meudon, Maurice Le Scouëzec a connu de près le peuple et en renvoie une image sans fard. Sa vie, pendant ces trois années, c’est le poste d’équipage, la manœuvre dans les vergues, les formidables bordées à terre. Il conservera de ces années de bord un souvenir vif précis et coloré. Les habitudes n’ont pas eu le temps d’altérer ses impressions fortes, ni son sens aigu de l’observation. Cela donne tout son prix à ce récit inédit illustré par des aquarelles de l’auteur : la vie quotidienne de l’équipage d’un grand voilier au tournant du siècle, vue du gaillard d’avant…

Tous ont plus ou moins couché à bord. Il en manque deux que, tout à l’heure, les brasse-carré vont ramener. Le pont est plein de messieurs et de belle madame qui pètent dans la soie, qui circulent avec une nuance d’embarras dans tout ce méli-mélo de filins, de poulies, de ferrures ou de cuivres. Les amarres sont dépassées ; le remorqueur est dans le bassin, fumant et sifflant. Enfin deux gendarmes ramènent nos deux manquants; l’un est couvert de sang caillé et a le bras en écharpe, l’autre est saoul-mort.

Sur la coupée, j’entends les belles ma-dames dire :

— Oh ! quelle horreur ! Ce ne sont plus des hommes, de vraies bêtes…

Et notre maître après Dieu hausse les épaules. Un tuyau de poêle verni et fourbi à clair de haut en bas, ajoute d’une petite voix grêle :

— Ce doit être terriblement dur pour vous de vivre ainsi longtemps avec des brutes pareilles. Moi, je ne pourrais pas.

Le second capitaine, qui a entendu, bouscule tout ce monde un peu brutalement et dit :

— Capitaine, paré partout !

— Bien, Chocolat. Alors, larguez partout !

Et se tournant vers ces gens chics, il ajoute :

— Autrefois, dans la vieille marine, on disait : A Dieu vat ! Concert des poules :

— Oh ! que c’est joli ! Comme c’est bien ! Ah ! ils avaient la foi à cette époque !

L’une d’elles étend sa main gantée et désignant le pont où quelques matelots tripotent du filin, dit, méprisante :

— Ce n’est pas avec ça ! Ça ne croit à rien, ça Ah ! je vous plains, Capitaine.

Comme je passe auprès, je suis immédiatement regardé. On cause de moi. J’entends :

— Il est gentil, ce petit.

— Oh ! n’est-ce pas ?

— Ah ! quelle horreur ! Il va vivre avec ces brutes. Mais c’est affreux !

Et comme je m’en vais, j’entends le Vieux qui, hochant la tête, répond :

— Oh ! allez ! Il est comme eux, c’est la même graine. C’est un novice. Il a dix sept ans. Ça fume, ça chique, se saoule et jure comme les autres. Que voulez-vous faire avec une pareille éducation ? Il doit être sorti de l’Islande ou de Terre-Neuve, embarqué à dix ans pour la première fois. Laissez donc, madame, votre pitié est mal placée.

La plus grande partie de tout ce monde s’en va, remontant les robes, marchant sur la pointe des pieds pour éviter les taches ou de marcher dans l’huile ou le goudron. Les adieux se multiplient à la coupée, les mains gantées se serrent, grands coups de chapeaux; tout ce monde s’efface pour laisser passer deux coffres en retard.

Nous sommes décollés; le quai s’éloigne. Il reste une trentaine de reluisants et de robes de soie, qui partiront avec les remorqueurs. Nous en avons deux, un sur le nez qui nous déhale, un autre au cul qui nous évite. Nous passons l’écluse. Je traîne un ballon pour parer notre muraille du quai, ce qui me permet d’entendre toutes ces élucubrations.

Cette fois, nous traversons le bassin transatlantique. Nouvelle écluse, et c’est l’avant-port. Mer étale, un peu houleuse. A la jetée Nord, elle clapote. Il y a un monde fou; on voit quantité de mouchoirs blancs qui voltigent. Les voiles sont larguées sur cargues; quand nous dépassons le feu Nord, les volants montent. On met tout dessus et un mille plus loin bâbord amures. On largue la remorque qui claque en tombant.

Sur la dunette, on se bécote, on s’essuie les yeux, on serre les mains. D’un air noble, une grande barbe blanche se penche vers nous et, levant son chapeau ciré comme pour un enterrement, nous salue en criant presque :

— Au revoir, mes amis, et bon voyage !

C’est l’armateur, le vieux Brown. J’entends près de moi une voix qui répond :

— Salaud, tu crèveras aussi, va.

Toute la bande des robes de soie, en mignardant, branle les mouchoirs. Deux pleurent, les tuyaux de poêle se lèvent.

La voix reprend près de moi :

— Décidément, on va créver.

J’avoue qu’on le croirait. Heureusement, tout ce monde descend au remorqueur. On rigole à voir l’embarquement de tous ces mal foutus qui perdent la tête devant l’écartement du remorqueur et de la coupée, et la montée et la descente à la lame. Enfin, ça y est. Une femme a perdu un soulier : c’est tout. Il n’y a pas eu d’autre mal.

Cette fois, c’est fini. On redresse le ship et, à plein, on file. Encore des mouchoirs voltigeant sur le remorqueur; les chapeaux se lèvent encore. On les distingue de moins en moins et bientôt tout disparaît dans la grisaille.

Maurice Le Scouëzec 1881-1940

Né au Mans le Pr octobre 1881, Maurice Le Scouëzec témoigne très tôt d’un goût prononcé pour l’aventure et les voyages. A l’âge de 14 ans, il fait avec un camarade le projet de chasser le lion en Abyssinie : la police arrête les deux compères à Marseille ! Le désir de partance demeure le plus fort : deux ans plus tard, le jeune homme embarque au Havre comme pilotin sur l’Emile Renouf. Le voilà marin au long cours, accomplissant trois tours du monde d’où il ramènera ce récit.

Durant ces années, Maurice Le Scouëzec tient son journal. Il dessine, aussi : croquis de ses camarades, des officiers, œuvres d’imagination… tout cela d’un trait menu, en laissant déjà deviner un sens aigu de l’observation.

En août 1901, quatre mois après son dernier embarquement, il repart. A pied cette fois : il souscrit un engagement au 7′ régiment de Dragons stationné à Fontainebleau. Son contrat terminé, on le retrouve en 1905 à Marseille où il s’embarque pour Zanzibar, membre d’une mission allemande. A quel titre ? Quelques mois plus tard, des voyageurs belges le découvrent mourant de dysentrie dans la brousse et le transportent à l’hôpital de Zanzibar.

Une vie de voyage

Quelques mois de vie tranquille vont suivre : employé comme facteur mixte à la Société des Chemins de Fer de l’Ouest, il travaille à Saint-Méen, à Vitré, puis à Amiens. Mais la routine lui pèse sans doute. Il démissionne et s’embarque sur un dundée de Douarnenez qui le laisse à Portugalete. A Bilbao, il monte en clandestin à bord d’un cargo anglais où, se découvrant, il trouve à s’employer comme soutier. Il se retrouve à La Havane, gagne Vera Cruz d’où il écrit à sa famille. Tour à tour docker, ramendeur de filets, manœuvre, conducteur de locomotive… il finit par s’enfoncer dans la brousse, armé d’une carabine Winchester. Il vit de chasse, fréquente les Indiens, travaille chez un planteur. Pour améliorer l’ordinaire, il peint des aquarelles qu’il vend à l’occasion.

Las de cette misère, il se fait rapatrier. Débarqué à La Corogne, il franchit la frontière à Hendaye le 4 mai 1910. Il a 29 ans. Quelques déboires avec un engagement non honoré dans l’armée lui valent quelques mois de prison, avant d’entamer une nouvelle période de sa vie.

Maurice Le Scouëzec a en effet rencontré celle qui demeurera longtemps sa bienfaitrice : la comtesse de Saint-Germain qui lui propose de l’accompagner en Suisse, où il fréquente les peintres de l’Ecole Romande. Lui-même a commencé de peindre régulièrement. Deux ans passent ainsi, jusqu’à la déclaration de guerre, en août 1914. Maurice Le Scouëzec passe dix-neuf mois au front. Sous un des dessins qu’il ramène, un cuirassier mort au milieu de la grande plaine du Nord, il écrit : is german or french this dreadful body ? (est-il allemand ou français cet horrible corps ?).

Maurice Le Scouëzec photographié au Havre.

Réformé, il retrouve à Aix-en-Provence Madame de Saint-Germain et se remet au dessin et à l’aquarelle pendant son séjour à l’hôpital. Il peut ainsi organiser sa première exposition, du 9 au 22 juin 1917 à la galerie Audin, d’Aix-en-Provence. Les 34 dessins qu’il présente (scènes de la vie de garnison, d’hôpital militaire, de villages provençaux) se vendent tous.

Quelques semaines plus tard, tine affection- pulmonaire l’oblige à consulter à l’hôpital Laënnec de Paris. Il ne quittera pas de sitôt la capitale. Convertissant en atelier un ancien séchoir de blanchisseuse, rue Delambre, il devient peintre à part entière, croquant sur le vif la vie animée des boulevards et des cafés, fréquentant les académies Cola-Rossi et de la Grande Chaumière.

Au salon des Indépendants, le scandale éclate avec une de ses huiles : la Visite médicale a l’hôpital Broca. « A l’hôpital, autour d’un poêle, seins pendants, chairs blafardes, bouches fardées, épaules étroites, ventres proéminents ou croupes rebondies, les tristes pécheresses dont les bas tirebouchonnent sur des mollets amaigris, se pressent dans la salle nue comme elles. Tandis que trois médecins en blouse et en calotte blanches discutent à la fenêtre près d’un coin de ciel pur… C’est tout. Mais quelle synthèse ! » écrira un critique, Pierre Ferrary. Compagnon des gabiers de l’Emile Renonf, vagabond à Vera Cruz, fantassin dans la boue des plaines d’Artois, Maurice Le Scouëzec s’est forgé une vision cruelle du monde, une piètre idée de l’autorité, une immense tendresse pour les déshérités. Cette sensibilité marquera toute son œuvre.

Depuis 1922, toutefois, sa vie a changé. Son frère Loïc, souhaitant revenir au pays de ses ancêtres, a décidé de s’établir à Landivisiau, dans le Nord de la Bretagne. Maurice y fera de fréquents séjours, pour travailler, peignant la mer si souvent sauvage entre Saint-Pol-de-Léon et Brest et l’intérieur rude et sévère des monts d’Arrée.

Le peintre de l’Afrique

Un grand voyage au Soudan a lui aussi influé sur son inspiration. Désormais, aux yeux de certains critiques, il est devenu le spécialiste d’une Afrique noire qui l’a tant fasciné qu’elle a modifié son style. Les grands espaces apparaissent dans son œuvre, nourris par deux autres voyages au Niger et à Madagascar.

Entretemps, il n’a pas renoncé à peindre le tout-venant de Montparnasse, du canal de l’Ourcq ou de Saint-Germain-de-Charonne. D’Anvers, il ramène des silhouettes de cargos, de dockers, de filles; du pays basque, des visages de pêcheurs comme taillés dans le bronze et l’olive, des barques. Et toujours ces marines de la côte léonarde.

La commande d’un ami, curé de Pont-d’ Ouilly en Normandie, va lui faire découvrir la fresque : en huit scènes totalisant 70 m2 au total, il retrace la vie du saint patron de la chapelle Saint-Roch sur le territoire de Saint-Mars-d’ Ouilly. Cette œuvre puissante lui prendra près de quatre mois pendant l’hiver 1932-1933. Trois ans plus tard, on le demande à Douarnenez pour décorer à fresque le fond de la chapelle de l’école Saint-Blaise. Il y peint le Christ, prêchant d’une barque, aux pêcheurs de Douarnenez.

C’est là désormais qu’habite Maurice Le Scouëzec, en compagnie de sa femme et de son fils Gwenc’hlan. Au foyer des anciens combattants, il donne des toiles de tranchées. A la salle des fêtes, en compagnie d’autres peintres douarnenistes, il fournit deux belles œuvres toujours visibles aujourd’hui.

L’homme est devenu une figure dans la ville. On le voit à l’église, sur le port, enseignant à son fils le nom des voiles et des espars. Le 1er mai 1940, il décède à l’âge de 59 ans.

Un équipage de Bretons

Au poste, le lard est déjà là. Les couteaux sont sortis, on taille dedans. Mon écuelle en fer émaillé est pleine de fayots — dix ans de baril — et au-dessus, un bout de gras de lard. Un quart de vin et aujourd’hui, exceptionnellement, la double. Quand on a fini et avalé le vin, on s’essuie la bouche avec le retour du bras et on va à la pompe d’eau de mer laver son assiette et sa fourchette avec un toron de « fil carré » — fil de caret —. Et on remet tout ça dans la couchette, sous le matelas. Pauvre matelas en varech, léger comme une plume ! Deux couvertures. Sous la couchette, le coffre, presque toujours à demi vide : deux ou trois chemises, deux pantalons, trois ou quatre salopettes et une paire de bottes. Les cirés sont accrochés à la paroi avec le suroît. Le poste — on touche le plafond avec la main -est éclairé par un fanal à cérat (1).

Je suis tribordais. Naturellement, à partir de maintenant, seuls les tribordais font quelque chose; les bâbordais n’existent que pour mémoire. Ce sont des tire-au-cul idiots, qui ne savent rien foutre. Quand par hasard il en est question parmi nous, on dit : les cornards de l’autre côté. Il est bien entendu que chez les bâbordais, c’est exactement la même chose.

Je fais connaissance avec mon matelot, qui couche au-dessus de moi. C’est Le Mével, tailleur de petits bateaux en ivoire ou en teck, voilier et gabier de misaine pour son bord. Il fait des chemises, des bonnets, coud et cause comme une femme, mais avec un accent traînant sur les finales. Il prononce les r durs et chique un demi-paquet à chaque fois. Son bonnet est le magasin : il a toujours trois ou quatre chiques de rechange qui tiédissent sur ses cheveux rares. Très calme et très doux, mais à terre il est saoul-terrible avec son couteau à gaine, dont il casse toujours la moitié, et pour cause !

Ensuite, le vieux Kergonen, magasinier, 65 ou 70 ans, sept naufrages, quarante-cinq ans de navigation effective en mers du Sud, qu’on appelait le vieux malamok, sale bête d’ailleurs, toujours prêt à foutre son pied au cul des oiseaux de beau temps, comme il nous appelait, Le Guaraker, Le Tromer, Le Moult et moi. Tous les Le du Léon, du Trégor et de Cornouaille étaient là. Montmarron, seul, n’en était pas, mousse de chambre, petite fripouille de la rue Ordener. L’autre bordée m’était inconnue. Au-dessus de nous, les maîtres, mangeant à part et ayant une cabine particulière : le bosco, premier maître, brave type, « trente ans de voile, jamais de vapeur » comme il disait; le second maître Eouzan; le mécanicien, le charpentier et le cook, une brute nommée Botrel, un salaud et un lèche-cul.

Très au-dessus de nous, la Chambre, qui comprenait un maître d’hôtel que Célina appelait stewart et que, devant, on appelait le Merle noir. Le second lieutenant sans quart, cambusier, ni bon ni mauvais, pas trop formule, payait facilement un quart de vin ou un boujaron quand on travaillait pour lui. Le premier lieutenant, le plus chic à bord, un homme pas officier du tout, sauf quand il commandait, simple, bon enfant et bon, mais casse-cou et libre d’expressions et d’allures, deux bras trop longs qui lui pendaient le long du bord avec au bout deux battoirs coriaces et tannés, pleins de callosités inharmonieuses. Le second capitaine, neveu d’un gros chocolatier, fabricant de moutarde de Bordeaux, officier de vapeur n’ayant jamais fait de long cours.

Enfin le Grand Mât, maître après Dieu de la baille et de tout ce qu’il y avait dessus, petit bonhomme tout rond, coiffé d’un trois-ponts sur ses cheveux grisonnants. Entre ses lèvres moustachues et son menton barbu, à la Tartarin, d’un bouc à deux pointes, il enfonçait une éternelle Jacob. Faible et froussard, il était doublé d’une femme bête, hystérique, parlant toujours du Trentemoult qu’ils habitaient. Tout le carré a couché avec elle ; on n’a jamais su s’il en avait su quelque chose.

En route à travers les Sargasses

Le premier mois se passe sans aucun incident. Dans les alizés, nous rencontrâmes un grand trois-mâts carré, qui nous doubla de si près que nous pûmes lire sur son arrière Lion, Liverpool. Toute la dunette fut froissée de ce sans-gêne. Célina — on ne l’appelait jamais autrement — décréta qu’on devait mettre de la toile :

— N’est-ce pas, Joseph ?

On remit les cacatois et une heure après, on le dépassait à son tour, ce qui provoqua chez cet Anglais un excès de politesse. Il fallut hisser toute une série de pavillons, à commencer par notre numéro JCBP. Les novices faisant fonction de timoniers, c’étaient Le Guen et moi qui hissions les flammes et pavillons en corne, tandis que notre état-major, lorgnettes en mains, discutait de son tonnage, de sa route, etc.

Nous arrivions au fameux Pot au Noir. On nous le fait chercher : la vieille plaisanterie qui doit dater de Christophe Colomb, peut-être plus, veut qu’il y ait ici, au zéro de latitude, un poteau en pleine mer, avec un feu noir à éclat gris.

En fait, nous sommes dans la buée chaude. Pendant quinze jours, le bateau se balance mollement sur une vague houle qui plaque les voiles contre les mâts. Les manœuvres ondulent au roulis et, les poulies cognant les unes contre les autres, tout grince. La mer clapote avec comme de longs soupirs. L’eau phosphorescente révèle une étrange vie intense, de longs sillons, des éclairs, dans des bouillonnements formidables. De jour, nous pêchons les raisins des Tropiques, pleins de petites anguilles ou de poissons minuscules. Célina a fait une découverte, une sorte de brosse à cheveux avec un manche; tout cela a un mètre de long, les poils sont des suçoirs, cela se tord en tous sens. Elle hurle à tue-tête :

— Joseph, Joseph, qu’est-ce que c’est que ça ? Oh ! cette bête !

Et Joseph répond entre ses dents :

— Tu m’emmerdes…

Finalement, nous n’avons jamais su ce que c’était…

Le Seigneur du Foutreau et autres jeux

Nous faisions la barre à tour de rôle, en beau temps, très fiers d’avoir le bateau entre les mains. Pour nous, novices et mousses, les bordées étaient moins fermées. Celui qui tenait la barre était toujours plus ou moins accompagné par les autres. Alors, Célina venait aussi et nous racontait des histoires, ses couches par exemple. Quand on contait ça dans le poste, le soir, c’était des éclats de rire, mais sans le vieux Kergonen et deux ou trois autres qui grognaient dans le fond :

— Tout ça, ce n’est pas de la navigation…

— C’est mauvais d’avoir une putain comme ça à bord. L’autre jour, j’étais à la barre, sûr qu’elle avait ses règles : le compas a fait le tour complet. Il arrivera du malheur avec ça.

— C’est haut comme trois pines à genoux et c’est plus encombrant que vingt bosse-men (2)…

— Su’ l’Nord, de Bordes — vous connaissez b’en — un beau trois-mâts carré, eh b’en, on a engagé à cause d’une comme ça. On en est sorti, mais le capitaine l’a foutue à terre. Elle est rentrée par les moyens du bord.

— Ce n’est pas des choses à faire !

Guaraker ou un autre interroge.

— Le Nord ?J’ai navigué là-dessus à chercher du salpêtre à Iquique. Ah ! C’est de sales voyages, surtout chez Bordes : marche ou crève (3)… On a fait une fois Frisco. Nos perroquets nous sont tombés sur la gueule à la hauteur de l’ île de Pâques; il a fallu aller à Valparaiso… etc.

L’autre reprend :

— Mon vieux, on était engagé su’ tribord, les bras sous l’eau. Il a fallu qu’un nageur du bord aille les couper pour pouvoir brasser et essayer de redresser. On avait de l’eau jusqu’à la moitié du pont. Il a fallu démâter tous les hauts et toutes voiles serrées, sans foc ni artimon, ah ! ça a été un business ! Heureusement qu’y faisait beau, en plein mois de septembre. On ne rigolait pas.

Alors, tout à coup, l’accordéon donnait un air, deux accords et les jeunes chantaient. On était sur le panneau du grand mât avant. On sortait le loto. Ah ! le loto, c’était un bonheur sans nom. Il fallait savoir toutes les épithètes accompagnant le chiffre : un tout seul; deux, les couilles à Taupin; trois, le ménage de Jean le matelot, etc. On jouait au Grand Seigneur du Foutreau, voyage autour du monde inventé par le détenteur ou possesseur du Monseigneur. Le Monseigneur du Foutreau était un mouchoir, une corde en lusin aussi dure que possible. On le couchait sur un coussin à poulie de cargue et on lui rendait les honneurs. Le voyageur commençait :

— Cric !

Tout le monde reprenait :

— Crac ! et saluait.

— Cuiller à pot. Marche aujourd’hui, marche demain. A force de marcher, fait beaucoup de chemin. Quand il ne met pas le nez dans la merde, c’est qu’il se débarbouille. Je commence…

On partait dans l’ île de Virgongie à sept kilomètres de Nulle part : quand on est arrivé, on a encore trois kilomètres à faire… On arrivait à l’Équateur où on était pris par les glaces, puis on relâchait à Buenos-Aires. Le pilote montait et on carguait les fixes.

Si celui à qui c’était le tour arrêtait l’histoire, disant qu’il fallait carguer les cacatois, le conteur était mis en jugement et recevait des coups du Seigneur du Foutreau dans la paume de la main. S’il ne disait rien, c’était lui qui les recevait. On tapait dur, le plus dur possible.

On jouait au cordonnier arabe, toujours à recevoir des coups, mais sur les jambes cette fois. Ou alors, ils chantaient, ne pouvant jouer à cause de la nuit. Chansons nouvelles et vieilles se mêlaient, vieilles

lamentations bretonnes, Jean-François de Nantes, Oh ! Fallaloue, ou bien, Give me sometimes Oh ! bloody Mendow, et Ils sont partis vent arrière :

Ils sont partis vent arrière

Reviendront en louvoyant,

En y allant gai gai

En y allant gaiement.

L’artimon est su’ l’arrière,

La misaine (misère) est su’ l’avant,

En y allant gai gai…

Qui voit Sein, y voit sa fin,

A Ouessant, on voit son sang,

En y allant gai gai

En y allant gaiement.

••

Give me sometimes

Oh, bloody Mendow,

Look at the bow,

Look at the dow.

Oh oh oh oh mé boé,

Let me show,

Let me down,

Give sometimes

Oh, bloody Mendow,

I never down,

I never bow…

En somme, tous tant que nous étions là, nous étions les mal rangés de la société, tous gens de mentalité « brebis galeuse », toujours en révolte ou en critique sur les commandements et ayant tous une appréciation nette et définitive sur la valeur de l’officier auquel ils étaient obligés d’obéir. La castration des individus (4) n’est pas très facile et réussit neuf fois sur dix, mais il y a tout de même pas mal de ratés.

Ah ! je les ai revus, les charmants copains qui vous entraînent en aventure et qui trouvent le moyen de prouver qu’ils « ne faisaient rien » : ils s’étaient trompés, croyant que c’était là qu’on disait la messe… Hein, Machin, Truc, Chouette ? Ils ont la Légion d’honneur. J’en ai retrouvé un qui est dans un grand journal, sans aucun intérêt. Il tourne la meule, il s’embête pour trois mille par mois, peut-être moins, vivotant, vaguement avocat. Un autre, pédéraste, se fait enculer pour pouvoir vivre comme acteur sans aucun talent. Deux ou trois autres ont des galons extraordinaires et dirigent des indigènes dans la voie du bien, de l’honneur, en volant et se déshonorant le plus possible, pour le plus d’argent possible.

Alors, je repense à mon matelot Mével. Ah ! il était dur, il n’était pas brillant, avec ses mains sales et calleuses comme des pieds de nègres, il ne savait pas faire de belles phrases, sa langue était rude et sans sucre, mais quand il avait dit un hôme, c’est que c’en était un.

Une manœuvre d’homme du monde

Un jour, on était dans le gris, un jour jaune, à grandes lames, sans vent. On était monté tous les deux à serrer le cacatois. On roulait bord sur bord, un quart de largue. Quand on a eu fait chacun son empointure, rabantant en rentrant vers le centre, arrivé à la chemise, pour attraper le couillard, comme un con sans réflexion que j’étais, je fourre mes doigts dans le racage — un racage à collier vieux système — ; j’étais sur tribord et on roulait sur ce côté à ce moment. Je me penche en avant et j’attrape le couillard ballant au-dessus de la vergue. Comme je remettais les pieds sur le marchepied, je sentis mes doigts écrasés, coincés entre le racage et le mât; on commençait à descendre vers bâbord. Une épouvante me prit : mes doigts étaient foutus.

— Mével, Mével, mes doigts dans le racage !

Je vis sortir sa tête de l’autre côté du mât. Une sorte de sourire angoissé, et maternellement :

— Ah ! con… ah ! gast… Tiens bon, mon gosse.

Le roulis lentement descendait. J’entendais les grincements de la mâture que mes doigts accompagnaient. Pendant quelques secondes, je vis ses yeux ‘agrandis où je percevais une douleur semblable à la mienne. Mais il ne bougeait pas, sachant comme moi notre impuissance.

Enfin, — tout a une fin —, nous étions à bout de course, le racage décolla, je retirai mes quatre doigts collés, comme paralysés.

— Touche pas, descends avec une main et comme tu pourras. Attends-moi dans les barres.

Il fit la chemise et me rejoignit. Nous descendîmes et en bas, il me colla la main dans un seau d’eau de mer, puis il me décolla les doigts et les frictionna l’un après l’autre — ils étaient tout noirs, trois seulement; le petit doigt n’avait presque rien — en me traitant de fausse couche et de failli chien.

Le lendemain, j’ai fait la manœuvre comme tout le monde. Mais pendant trois ou quatre jours, on ne m’a pas envoyé en haut. Ce n’était rien du tout et huit jours après, il n’y avait plus rien. J’avais eu chaud simplement et j’étais une fausse couche, un homme du monde, un gambi quoi ! C’était ce qui m’avait le plus touché dans l’histoire. J’en voulais à Mével, au bateau, et surtout à moi d’être si bête enfin !

Un baleinier dans la nuit

Le bateau marchait toujours. Ce soir, comme je prenais le quart, à huit heures, un feu est signalé tribord devant, sous le vent à nous. Curieux : c’est un feu blanc qui semble immense. Tout le monde est sur le pont. A mesure que l’on s’approche, on pense : un bateau en feu. Il éclaire tout autour de lui, semble jeter des flammes du grand panneau. Une seule chose étonne, maintenant qu’on peut le distinguer : il est vent dessus-vent dedans, immobilisé. Il y a juste une embarcation à l’eau. Aucun affolement à bord.

Il est près maintenant : c’est un baleinier qui fond sa capture, élongée le long du bord. C’est fantastique dans la nuit. Les flammes semblent monter jusqu’à la hune et d’énormes bandes de lard montées au cartahu apparaissent dans ce flamboiement. L’eau est rouge tout autour et des ombres noires s’y meuvent par instants.

Maintenant, nous nous éloignons peu à peu; il s’éteint et redevient le point lumineux qu’il a été. Le quart reprend avec sa tranquillité et ses grincements. Cependant, il a fourni un renouvellement des conversations : les pipes se rallument, la paume de la main sur le feu pour éviter des étincelles; des cigarettes dans le creux des mains, entre le pouce et l’index. Alors, Charnière, un malouin qui a fait la baleine, nous conte les randonnées en baleinières, le harponneur debout, puis la fuite éperdue de la bête les entraînant à 60 à l’heure dans un éclaboussement d’embruns et les nuits passées au dépeçage, les recherches pour retrouver les orins de harpons. Il parle des rorquals ou des greenbacks, les souffleurs, et on arrive facilement au grand serpent de mer ou au Kraken. Chacun a une histoire sur ces fabuleuses bêtes.

Ça fraîchit : à carguer

Les gens sont plus calmes. Le soir, il n’y a plus quart en bas. Après-midi, on coud aux voiles. La dunette est pleine de toiles avec quatre ou cinq matelots qui, paumelle en main, font des points ou des ralingues. La bise fraîchit; on est à la latitude de Tristan et on descend toujours. Maintenant, il n’y a personne sur le pont. Il fait froid; presque tout se passe dans le poste. On raccommode les vieilles chemises de laine rouge ou bleue, les suroîts sont revus. Enfin, en plein vent d’Ouest en plein cul, nous attaquons.

Cela commence dur. En prenant le quart à 4, je monte au bossoir. Froid de chien. On roule bord sur bord. L’homme qui me passe le quart ajoute :

— Est ‘y con, le Grand Mât. On roule bord sur bord. Y pourrait bien prendre deux quarts de largue, ça accorerait le bateau.

C’était vrai, mais le Master dormait et le second ne pouvait changer la route.

Le jour vint lentement. La mer était noire, flaquée de longues déchirures blanches et verdâtres, et loin, loin en diable, un voilier faisant la même route que nous. A sept heures, en plein lavage :

— La bordée de quart à la manœuvre ! A serrer les cacatois ! Carguez les volants ! A carguer les fixes !

Dame, ça n’arrête pas. A huit heures, la nouvelle bordée de quart monte. On s’en est même pas aperçu. Je descendais du volant de misaine :

— Damn’ bloody froggy ! Peux-tu me foutre le camp là-haut, salaud !

Je remonte au grand volant avant. Et là-haut, toutes bordées mêlées, à plat ventre sur la vergue, les pieds au marchepied, cinq ou six hommes crochent dans la toile qui ballonne. En bas la voix hurle :

— Tas de faillis chiens !

Je perds la filière et je croche dans le ballant. Cheveux et chemise collés, trempés d’eau de mer, on hurle pour s’entendre et le roulis toujours « l’arrête pas, nom de Dieu ! ».

— Hale dessus. Comme t’es bête !

— Passe le raban.

— Allez, souque, souque donc, gastaouer ! Basta, amarre !

Et on file vers le couillard.

Le vent commence à hululer. C’est le vent d’Ouest, c’est comme une plainte dans cette mâture. Il n’y a plus de ballant, mais il y a quatre-vingt-dix ou cent kilos de toile à rabanter. Enfin, c’est fait. Le bateau dégagé, on descend, on passe à la cambuse où on s’enfile le boujaron du second, et la bordée de quart terminera la manœuvre toute seule. On roule dur. Dans la mer noire, on fait un chemin tout blanc.

A la reprise du quart à midi, la brise a forci. La bordée en ciré se tasse derrière le rouf du cook qui hurle qu’il aurait mieux fait de se casser une patte que d’embarquer sur une baille pareille. Derrière, le lieutenant et le second prennent des hauteurs pour le point, avec un soleil gris invisible.

Pendant huit jours, nous marchons ainsi route Est-quart Nord-Est. Pas trop mauvais temps d’ailleurs, mais très grosse mer. J’apprends à la cambuse où je vais travailler, qu’on est par le travers des îles de la Désolation. Toute l’après-midi, on remet de la toile. Le lendemain, on aperçoit les îles, des cailloux secs, dénudés : rien que des malamoks, et tous les goélands et pétrels de la terre.

Deux jours après, on recommence : — A serrer les fixes !

Et on remonte, on redescend.

On change la route; on prend Est-quart Sud-Est. Grosses discussions des hommes en ciré :

— Il est fou, le Grand Mât. On va trouver des icebergs à cette époque. C’est con.

— On est déjà à 48° Sud. C’est idiot. A onze heures :

— A serrer le grand volant arrière !

Les hommes ont cargué. Bien entendu, on amène le morceau qui grince sur son chemin de fer.

— Halez les cargues ! Attention la bouline ! Souquez dur, les gars !

Ah ! oui, tu parles de souquer ! Six hommes sur la bouline d’amure : rien ne vient.

— Halez donc, tas de faillis chiens, tas de soldats ! Halez donc assez, jus de couilles ! Foutez au cabestan, arrache !

Mais le volant descendait, la bouline ne fonctionnait point. Les autres déhalaient dur, mais la bouline restait en ballant.

— Stop ! Montez un homme à parer ! Elle est souquée quelque part.

Un gabier du mât grimpe, mais pendant ce temps, la voile à demi carguée faisait ballant. Soudain, le ballant claque : une fois, deux fois. Silence. Toutes têtes levées, les yeux à cette toile qui battait pendant que l’homme montait toujours. Elle claqua deux fois comme des coups de canon. Puis, un déchirement affreux, et tout partit.

Comme un immense oiseau, elle s’en est allée à un ou deux milles, puis cela s’est posé doucement. C’était fini.

— Merde, qu’est-ce qu’il va dire, le Vieux ? Allez ramasser les ralingues.

Tête basse, comme si on était coupable, on a lové les manœuvres, tandis que deux étaient montés déverguer les ralingues. Tout n’était pas perdu !

L’Ankou à bord

Ah ! Ce fut une belle sérénade, quand le Vieux a su que le grand volant était parti… Cependant, après, trop chargé sur l’avant, nous commencions à mettre le nez dedans. A chaque instant on embarquait par devant. La brise fraîchissait encore. Les hommes qui venaient de déverguer la ralingue du volant signalaient que la drisse de pavillon était emmêlée dans le réa d’une poulie de cargue de grand perroquet. On nous rappela derrière et un homme monta pour dégager.

Nous étions une dizaine devant la chambre de veille, le lieutenant à la coupée tribord (on était tribord amures et grand largue). Sans difficulté, l’homme monta sur le volant et fut au cargue-point. Il dégagea la drisse et comme il se remettait sur le marchepied, tout bas près de moi j’entendis une voix disant :

— Oh ! oh ! Son double sous le vent…

C’était Mével.

Les trois ou quatre près de nous, qui avaient entendu, firent un mouvement de recul. Les autres, au vent à moi, nous regardèrent et, voyant les hommes fixer la vergue sur le point de bâbord, en firent autant. Deux reculèrent et firent :

— Oh ! Oh!

Mével, le doigt levé, montrait la vergue.

Le lieutenant regardait et dit :

— B’en quoi ?

Tous alors se reculèrent et adossés à la chambre, regardaient soit l’homme, soit bâbord. Un silence planait, coupé du brisement des lames et des roulements du vent. Une lame embarqua à tribord devant; son bruissement familier ne changea rien.

Une terreur planait sur ces hommes. Enfin Mével dit :

—L Ankou (5)…

Deux des hommes se prirent la tête dans les mains. Tout ceci en quelques secondes. L’homme sur la vergue ne voyait rien et terminait son ouvrage. Fini. Il commença de rentrer, fit deux pas et pour changer de main, se pencha sur la vergue.

A ce moment, j’eus l’impression qu’il voyait à bâbord la même chose que voyaient les hommes Il rentra vers les mâts plus vite et quand il fut arrivé, au lieu de prendre les enfléchures, il monta debout sur le volant et nous fut caché par le mât. J’étais épouvanté par l’atmosphère créée autour de nous : cette disparition du matelot fut comme un soulagement. Puis, à peine le temps de regarder le lieutenant, la même voix étrange de Mével :

— Ça y est.

L’homme venait de tomber sur le panneau avant, brisé, une jambe repliée sous son corps, sans avoir même crié.

Quand nous arrivâmes auprès, le bosseman, les mains aux hanches, regardait le matelot et dit :

— Il est mo’.

Le lieutenant arrivait, quitta sa casquette. Nous étions tous tête nue. On le mit au réfectoire des maîtres et un voilier dans la nuit lui fit une chemise en toile de voiles (usagée).

Il s’appelait Quéinec. Je l’avais très peu connu. Le lendemain, on le glisse par un sabord arrière avec cent kilos de sable amarrés aux pieds. On mit vent dessus-vent dedans, « en chapelle » quoi, pavillon en berne.

Le Vieux et toute la Chambre étaient auprès. Ça avait une allure intime, un peu familiale. Il a essayé de nous dire quelques mots; ça ne sortait pas. Célina pleurait. Alors il lui dit :

— Tais-toi donc, toi.

Quand ça a été fini, le grand lieutenant qui était de quart, a gueulé :

— Brasse bâbord en route.

Et on est reparti. A l’endroit où il était, il y avait une centaine d’oiseaux qui tournaient, se posaient, cherchaient ce qui était tombé là.

Pendant les deux ou trois jours qui suivirent, il ne fut question que de cela, mais surtout de l’Ankou. Tous ont plus ou moins conté des histoires. Il fut question du Grand Maloc’h, et le vieux magasinier mit tout le monde d’accord en disant : — Tout ça, c’est la faute à la cocotte du Capitaine. Un bateau propre n’a pas de ce gibier-là.

Sur ce point, ce fut une adhésion générale : toujours très mauvais une femme sur un bateau. Un simple exemple : quand elles ont leurs affaires, si elles viennent près du compas, l’aiguille affole. Les femmes à bord c’est mauvais. Ce fut la conclusion générale.

Les histoires de Jean le matelot

Comme d’habitude, le vent mollit aux six jours (trois, six, neuf). Comme toujours on reprit la petite vie des cent pas sur le pont en dehors des manœuvres. Ah ! ces ballades côté au vent, les amures à enjamber sur un pont avec 20° de gîte, quand on est engoncé dans un ciré et bottes de cuir qui pèsent 4 à 5 kg chacune ! Et ces conversations lourdes d’histoires de pu-tains ! Le matelot est l’éternelle victime, même quand de ses gros poings et de son couteau à gaine, il est le plus fort. Il paye toujours la casse. Toujours, c’est la rue des bordels qui est la base de sa vie et la « femme qui fume et qui pète dans la soie » le centre de gravitation de ses pensées. Marié, il est cocu et volé par sa femme. Non marié, il est volé encore. Alors, la vie consiste à boire tout, à tirer le plus de coups possibles… et embarque pour n’importe où, dam Doue gast !

Tous les jours à midi, les anciens hurlaient :

— Où qu’on est ? Il n’y marche pas, ce cochon de bateau !

Et tous les jours on avait fait 200 ou même 300 milles. Alors on cherchait combien de temps avant Canberra, et après, combien de jours pour la Tasmanie. Les comptes se font :

— A bord de la Marie, on a fait le voyage en 90 jours, mais c’était un bateau fin, ah ! un vrai perroquet plein. Tout dessus, y faisait quinze nœuds.

C’était le plaisir de déblatérer contre le bateau — le nôtre —, car dernièrement, aux îles de la Désolation, on avait fait dix-sept nœuds. Il marchait bien, notre ship, elle marchait même très bien, cette baille. Quand il avait toute sa voilure, près et plein, il était magnifique. On voyait de chaque bord le frémissement de cette eau blanche et écumante, refoulée en grandes ondulations, se lever pour retomber en fumée sur nous, mouillant le pont et nos cirés en claquant. Il était chic, notre ship, avec sa gîte et ses grands mâts aux voiles pleines, rondes et claquant de temps en temps, les haubans et galhaubans tendus et résonnant comme des cordes de violon, traçant leurs lignes dans le ciel noir. Ah ! il en bouffait, des milles !

La route, la manœuvre et les histoires de femmes, entremêlées, étaient toute la vie : quelques histoires naïves, toutes dégoûtantes, où Jean le matelot n’a pas toujours le beau rôle… On roulait, on tanguait et on contait, les soirs de 4 à 8, quand on prend le quart de 8 à minuit. Dans le poste tribord, c’étaient des causeries sans fin, sous la lampe à cérat, les hommes dans leur couchette ou assis sur les coffres, tout noyé dans la fumée des pipes et des cigarettes.

Il y avait l’histoire du Grand Maloc’h (6) qui met sept ans à virer de bord et dont l’équipage est formé, comme matelots, de vieux capitaines au long cours qui ont été vaches avec Jean le matelot. Et l’histoire du trois-mâts coulé sur une banquise dans les mers du Nord, et dont l’équipage, capitaine en tête, isolé sur un îlot plein de pingouins et de malamoks, vit longtemps de pêche et de chasse. Mais les nécessités sexuelles sont déposées dans un baril, puis deux, puis une énorme quantité de barils. Un jour, un raz-de-marée emporte le tout gelé, et les trente barils arrivent sur une côte et sont ramassés par des nonnes qui en font des chandelles. Neuf mois après, tout le couvent est pris; elles sont toutes enceintes.

L’histoire de Jean le matelot descendu chez le vieux Pol : sorte de mille et une nuits… L’histoire du Vieux des mers du Sud qui monte à bord le septième jour qu’on entend le cor et qui vient dévorer l’assassin qui s’y trouve…

Maintenant, on met tout en état pour le mouillage. Les glènes des focs sont rejetées sur le pont; on dessaisit les ancres qui sont traversées sur les bossoirs; on élonge le jas à grands coups de masse. Au-dessus le mécano démonte le guindeau; on fait jouer les pieds de biche. Les écubiers sont débouchés. Dans les postes, on sort les vêtements de faraud, pleins de plis et de moisissures, les chaussures surtout.

Escale en Nouvelle-Calédonie

Derrière, même chose. Le Merle noir, le maître d’hôtel que Célina appelle stewart, élonge les vêtements du Grand Mât au soleil. Ce Merle est un sale merle : c’est le fils de celui de Saint-Nazaire qui commandait la Marguerite. Il a été révoqué pour avoir tiré sur ses hommes qui ne serraient pas assez vite le volant. Il est capitaine du port de Saint-Nazaire maintenant; c’est une belle vache et son fils ne vaut pas mieux pour l’instant. Il est élève-officier et fait son long cours comme maître d’hôtel — c’est moins dur que sur le pont. Il est mouchard et repéré devant comme tel. Aussi jamais il ne met les pieds dans les postes.

La dunette est sillonnée de lignes où sont amarrés une série de pavillons roses, jaunes et bleus. Ce sont les chemises et les culottes de Célina qui vient de temps en temps les tâter pour voir si ça sèche. Devant, bien entendu, on rigole de tout ce grand pavois. Tout ça se gonfle sous la brise légère et prend des formes plus ou moins érotiques. C’est un vrai bonheur.

A huit heures moins dix, un bâbordais amène le capot en hurlant :

— Oh ! Oh ! Les tribordais ! Tas de cocus, tas de cornards, debout ! Au quart ! Debout, debout, debout !

Et Tribord, à grands coups de gueules :

— C’est pas toi qui nous fait cocus. Grand dépendu, va te faire mettre ça par les Turcs… etc.

A huit heures, on pique 8, et tous sortent en ciré dans le noir et la brise sifflante. Durant quatre heures, va-et-vient par deux ou trois sous les roofs, se cachant des embruns féroces et froids.

Enfin la Tasmanie, Daullie. Nous faisons route Nord-Est quart-Est « nordéquaré ». Huit ou neuf jours après, on crie :

— Terre sur bâbord devant !

Joie énorme d’abord, mais, renseigné par le Grand Mât, on se calme : ce n’est que Norfolk, île de forçats anglais, une pyramide énorme, 1 200 mètres je crois. On la laisse, et trois jours après, de nouveau :

— Terre tribord avant !

Que le temps est long ! Trois heures pour approcher… Enfin à dix heures du matin, une voile devant : c’est le pilote, un beau petit cotre qui nous amène la grande casquette. Il monte par l’échelle qu’on élonge, et prend le commandement.

Nous entrons par Bouloupari, et à quatre heures :

— Mouille bâbord ! Mouille tribord !

On cargue tout, on serre. Deux heures à monter et descendre, à faire des chemises sans un pli sous les couillards et les rabans. Je n’avais pas fini, je rencontre le bosco qui, naturellement, m’engueule :

— Allez au youyou !

Je file et trouve au bas de la coupée le lieutenant dans ledit youyou, qui nous attend.

— Allez ho, les mousses, aux avirons !

On arme, on déborde et on file à terre. Il nous colle au quai :

— Attendez-moi. J’ai trois heures de boulot, mais vous saoulez pas, hein, les gosses ?

Un de nous reste de garde et on part, pieds nus, en salopette, jolis comme deux petits cochons. On va voir Nouméa.

Nouméa : rues droites, bien alignées, maisons en bois à auvents sur la rue; des bars à matelots, servis par des girls australiennes, où l’on boit le Pernod, à 7 heures du matin, qui coûte cinq sous. On y trouve des cigarettes anglaises et on boit entouré de libérés, comme on appelle ici ceux qui ont fini leur temps au bagne.

Ici, le bagne est le grand sport. Rien de déshonorant d’ailleurs. Les libérés sont partout et sont tout. Ils sont la base de la vie.

Nous buvons, et on repart. Quelques stores — car un magasin ici, c’est un store; des boîtes de Bordeaux « Export et Import and Co ». Tout est anglais. On aboutit place des Cocotiers, on fait le tour et on rallie le wharf. Montmartre fume, allongé au soleil, en cul du youyou, admirant les poissons de corail, rouges, verts, jaunes, de toutes les couleurs, dans l’eau transparente. On attend le lieutenant qui arrive, embarque :

— Souque, les gosses. Y aura du monde demain à bord.

Réception à bord

Définitivement, nous sommes classés canotiers. Le lendemain, poste aux choux à 7 heures. On va à terre rapporter des vivres frais et le courrier. En rentrant, au fourbissage, on aligne la crasse de meule, l’huile de lin et la force du poignet pour faire briller nos cuivres, et on descend parer le youyou. A ce moment, une baleinière superbe arrive, quatre avirons de chaque bord, claquant en un rythme magnifique : — deux …un …deux. Stop ! -lève rame, débouche à l’arrière à nous et accoste en maîtresse à l’arrière. Un trois-galons aux tire-veille, deux ou trois officiers et cinq ou six jeunes femmes. Nous nous rangeons pour faire place et sommes juste sous l’échelle de coupée.

Tout ce monde grimpe à bord. Doue benniget ! Au travers des caillebotis, nous avons des perspectives, effrayantes à quinze ans. Nous nous poussons du coude et, les yeux en l’air, dévorons des dessous blancs, avec ou sans pantalons. Tout le reste de la matinée, nous en avons vues, des cuisses, ouvertes ou fermées, enveloppées de mousselines flottantes !

Là-haut, on était trop occupé pour penser à nous. B. payait le champagne à toutes nos cuisses. Nous, on rêvait qu’il y avait des girls à terre. Rien à faire avec les cuisses d’en haut.

Le lendemain était dimanche. Bâbord descendait on the shore. Chaque homme reçut cent sous, excepté Le Merc’her, qui eut dix francs : il disait qu’avec cent sous, il ne pouvait pas se saouler et qu’il ne descendait pas pour faire la noce du cordonnier, c’est-à-dire cracher dans l’eau pour faire des ronds.

La journée fut morne. On conduisit les bâbordais et on fut les chercher en trois fois. Chaque fois, c’étaient des trois-quarts morts qui rentraient. Le Merc’her ne rentra que le lendemain avec le poste aux choux, à dix heures.

Il y eut une grosse discussion dans le poste de bâbord au sujet de l’affourchage des ancres et des tours qui s’y faisaient. Pour être plus affirmatif, Le Merc’her planta son couteau à gaine dans la table, mais la main, grasse ou humide, glissa le long du manche et de la lame et frappa la table, lui coupant les doigts intérieurement. Sang, cris, coups de poings, deux hommes aux fers, Le Merc’her à l’infirmerie, le bras en écharpe.

On resta une huitaine de jours à Nouméa.

On charge du nickel

Nous repartons par la Dombea. Nous allons à Thio, sur la côte Est de l’ île, chercher du nickel. Le surlendemain au matin, sous nos huniers, nous sommes en face des brisants à bâbord. La terre est au diable, et la ligne blanche apparaît, s’approche peu à peu et nous accoste. Le pilote monte… Poignées de mains, petite conversation sur les vivants et les morts depuis le dernier voyage :

— A propos, le Falls of Garry est au plain. Vous allez le voir. Il s’est collé sur les récifs de tribord, il y a six mois. Il était allégé. Il a une déchirure de 25 mètres. Il est cloué dessus.

— Non, personne. Il faisait un temps comme aujourd’hui… Ah ! Il y a le Koné qui vous attend.

On distribue des lettres et on remet en route. Le nouveau type à casquette prend le commandement. On laisse porter un peu et franchement on attaque la bande blanche qui s’ouvre. On voit en effet l’Anglais, couché sur bâbord, comme planté dans les récifs. On le dévergue, sauvant au moins tout ce qu’on pourra sauver.

Une heure après, nous sommes en face d’un petit appontement en bois, une sorte de sémaphore portant pavillon français, entre trois énormes montagnes rondes, couvertes d’une verdure sale, grise. C’est la Mission. Thio est à trois kilomètres de là. On mouille et on cargue. On serre, et voilà. Il est dix heures.

Sitôt déjeuné, la coupée est amenée; nous reprenons notre youyou et partons à terre, capitaine, lieutenant et Célina qui va voir les curés. Le lendemain, on installe les mâts de charge et un chaland vient s’accoster sur tribord et on le vide de son nickel. Quand nous voyons cette terre jaune, semée de pierres vert clair, transparentes, c’est une désillusion. On était tous persuadés qu’on allait voir un beau métal… et rien que cette terre !

Une métisse facile

A deux heures, on nous appelle au canot. Ce n’est pas le youyou, c’est le grand canot. Un matelot, aux tire-veilles, a une énorme bordelaise (7) entre les bancs. Nous allons à l’eau douce, pour la machine. Deux milles à s’offrir aller et deux milles retour avec vent de terre et presque une tonne d’eau à bord, qui clapote dans les barils. Tous les jours, c’est notre métier : deux voyages le matin, deux le soir. Ça nous fait les bras, ce truc-là. Nous avons liberté entre les voyages, les barils étant emplis par la prise d’eau de terre et vidée par le petit cheval (8) du bord.

Alors on cause avec les libérés qui chargent le nickel, on fait connaissance avec ceux du Koné, surtout la femme du capitaine, une métisse plus grosse que nos barils, qui étalait en plein air deux nichons jaunâtres ballotant sous une longue robe flottante. C’est la seule femme tangible qu’il y a près de nous. Non que je la trouve bien, mais on se fiche tellement du puceau que je suis, que je la dévore des yeux quand je la rencontre. De plus, hier, elle était à la coupée quand on a accosté. j’étais juste au-dessous. Quelle vision ! Cela ne m’a pas dégoûté… Elle s’en est aperçu; aussi elle m’envoie des sourires et de larges invitations que mes 17 ans ne comprennent pas.

Un soir, le capitaine vient causer avec B. Elle est seule. Je suis sur la liste et seul aussi. Elle fait des signes avec son immense sourire. Je comprends et je descends par les chaises des coaltareurs. Dans le noir, derrière la cuisine du Kone’, je subis de violents assauts. J’ai pas mal à faire pour rendre la pareille. Nous sommes au point ou cela va éclater, ma tête tourne et juste à point, là-haut, on entend des voix, la chambre de veille s’ouvre, inondant la nuit de lumière. C’est B. qui reconduit le mari. Nous nous séparons lamentablement et je remonte à mon bord comme un singe, par les bouts pendants, aussi vierge et pur que tout à l’heure, avec cette odeur violente qui me poursuit. Ça sent la femme.

Un tour à la boîte à Sérié

Le dimanche suivant, nous descendons à terre. B. donne cent sous en acompte. On nous a bien recommandé de ne rien boire chez l’indigène. Les Tayas sont très mauvais : ils ont toujours du Pernod et vous en donnent facilement, mais ajoutent dedans de la gomme épineuse et on en meurt, paraît-il.

Nous traversons, par la voie du chemin de fer Decauville, un pays magnifique : bananiers de tous côtés dans une sorte de marais. Nous sommes entourés de minuscules hirondelles qu’on peut prendre à la main. On rencontre des Tayas nus, avec un chiffon rouge qui pend entre les jambes. Ils ont de longues sagaies et semblent très doux et très gais. Nous arrivons à la rivière de Thio qui a dix centimètres d’eau; de l’autre côté, un bungalow en paille et planches. Nous sommes à Thio. Un peu plus loin, une autre paillotte semblable : c’est la maison de l’ingénieur. La première, c’est le store, c’est-à-dire l’épicerie-armurerie-charcuterie-etc. Naturellement, c’est aussi un bistrot, mais il n’y a que de la bière noire de Sidney ou de Freemantle, et du cognac ou du whisky.

Sérié — la boîte à Sérié, comme on dit dans le pays — nous fournit de quoi ramener l’équipage en bon état. Dantec et Mével furent remontés à bord le lendemain par une benne, ne pouvant le faire par la coupée. Le Bourhis, Guern et Kersauson étaient restés pour dépenser tout ce qu’ils avaient.

Une entrée mouvementée à Sidney

Nous sommes restés quinze jours et on apprit avec étonnement que nous partions pour Sidney, en Australie. Nous repassâmes devant le pauvre Anglais, et six jours après nous arrivâmes à une muraille de granit qui nous sembla colossalement haute. Des brisants surgit une petite voile. Le pilote nous accoste, monte à bord avec une légèreté d’hippopotame, pipe aux dents, nous salue d’un « morning » sonore. Le cotre s’éloigne et on remet en route.

Nous filons droit sur le mur. Peu à peu, la muraille monte et s’ouvre. Nous entrons tribord amures trois-quarts de largue dans une passe immense, mais, au bout, devant nous, toujours un mur. Tout l’équipage est au poste de manœuvre, cause en attendant les ordres et commente l’extraordinaire entrée. Personne n’a jamais vu ça. Le vieux Kergonen en est ahuri :

— J’en ai vu pourtant, mais ça, dame non, sais-tu ?

Sur la passerelle, le lieutenant, courant, hurle :

— A virer devant ! Brasse bâbord devant !

Tous les hommes se précipitent aux bras, les bordées mélangées, les gosses et novices aux petits bras. Debout sur les râteliers, le lieutenant crie au pilote :

— Paré devant !

Quelques minutes passent. Alors, de derrière, le Vieux crie à son tour :

— Vire !

Le lieutenant file les bras sous le vent. A bâbord, on embraque le mou, et, comme un éventail, nos vergues tournent sur l’axe du mât, pendant que le bateau court sur son erre et abat sur bâbord. Une seconde d’hésitation. Les voiles collent à l’envers, redressant le bateau. J’entends deux ou trois voix disant :

— Manqué ! Va faire chapelle…

— L’est marin comme une poulie coupée. L’a jamais navigué que sur le bateau de Trouville.

— Matelot de vapeur !

— Failli chien ! etc.

Non, il s’incline, la brise prend dans sa toile et ça y est, on repart. Le mur est fini, il est tribord derrière. Devant nous, la rade s’étend, immense. Au fond, tribord devant, Paramata river; en face, Botany bay, et Sidney; à gauche, Wooloomooloo bay où nous allons.

A onze heures, on est accosté à un quai en pierre magnifique, devant un wool store et le Custom bouse. Une immense grille nous enferme de l’autre côté. Cinq ou six maisons et la brousse. On nous donne two pence half penny pour une tête de lapin, et un manteau de laine vaut 40 francs ici. « Pays de cocagne », dit Le Dantec. (A suivre).

Bibliographie : Le peintre Maurice Le Scouëzec. Gwenc’hlan Le Scouëzec. Editions Alrea, 1984. Disponible aux éditions Beltan, Brasparts.

(1) Mélange de cire et d’huile.

(2) Bosseman : maître d’équipage.

(3) « Marche ou crève » : c’est ainsi que les matelots appelaient la maison Bordes.

(4) Sur le manuscrit, l’auteur avait d’abord écrit « la détesticulassions ».

(5) Personnage de la mythologie bretonne la Mort.

(6) Une appellation bretonne (?) inédite du Grand Chasse Foutre.

(7) Un tonneau.

(8) La pompe.

« Ce texte est dédié à la mémoire du matelot Le Mével, à celle de tous ses camarades de l’Emile Renouf et de tous ceux du peuple breton qui risquèrent leur vie dans ces terribles mers du Sud, entre la Tasmanie et les Falklands » (Gwenc’hlan Le Scouézec).