La Jeune Françoise ressuscitée

Revue N°262

Après une petite sortie dans les parages de la Teignouse, le cotre embouque le chenal d’accès au port de La Trinité. © Philippe Urvois

Par Philippe Urvois – Pour comprendre le mode de construction d’un bateau en bois, Nicolas Le Scouarnec en a restauré un. Aidé par des hommes de l’art, ce jeune menuisier ébéniste du Morbihan a travaillé pendant presque trois ans pour redonner vie à La Jeune Françoise, un petit cotre lancé en 1941 par un ostréiculteur de La Trinité.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

C’était en août 2004, se souvient Nicolas Le Scouarnec. J’étais à la maison quand mon ami François Breton m’a téléphoné pour me signaler un joli bateau délaissé sur un parking de l’Aber-Wrac’h. Cet amateur de voiliers traditionnels m’avait déjà proposé d’en restaurer un trois ans auparavant, mais ce projet n’avait pas abouti. J’étais cette fois beaucoup plus disponible : je venais de terminer la restauration de ma maison et la construction de mon atelier d’ébéniste. J’étais donc prêt à me lancer dans une nouvelle aventure… J’ai découvert La Jeune Françoise sur ses béquilles ; sa peinture était écaillée et sa coque éventrée, mais je l’ai tout de suite trouvée belle. »

Dans son atelier de Kerhouarn, entre Vannes et Auray, Nicolas montre une maquette de son bateau. Il évoque sa forte quête d’étambot, son retour de galbord prononcé et la forme assez dure de son bouchain… Sans doute ne connaissait-il pas tous ces termes il y a dix ans. « En tant que restaurateur du patrimoine, raconte-t-il, j’avais déjà été amené travailler dans des chapelles ou des cathédrales. J’avais restauré ou refait à l’identique des retables, des autels, des tabernacles, des portes ou des portails très anciens et même un char à bancs. Mais jamais encore de bateau. C’était pour moi l’occasion de découvrir un autre savoir-faire, à la fois proche et différent du mien. L’occasion, aussi, de sauver ce que d’autres avaient réalisé avant moi. Peut-être est-ce une façon de les respecter ou de donner un sens à ce que je fais ? Je ne le sais pas vraiment, mais j’ai toujours aimé cette idée… »

François Breton joue donc l’intermé­diaire avec le propriétaire du voilier, Didier Chrétien, et l’affaire est conclue pour 500 euros. Nicolas apprend, au passage, que ce bateau de 6,14 mètres de long, inspiré des petites unités de pêche de la baie de Quiberon, a été construit en 1941 par un ostréiculteur de La Trinité-sur-Mer nommé Paul Gentet . Ce dernier l’a gardé une vingtaine d’années, avant de le revendre au docteur Morvan, de Belle-Île, puis le bateau est revenu à La Trinité dans les années soixante-dix, après avoir été acquis par Jean Le Rouzic, un autre médecin.

Il passe peu après aux mains de deux amis de lycée, Didier Chrétien et Marc Buléon, qui consacrent près de deux mille heures à le restaurer en vue de participer aux fêtes de Douarnenez 88. Les travaux n’étant pas achevés à temps, ils devront attendre quatre­ ans pour honorer ce rendez-vous…

À cette époque, La Jeune Françoise est basée à l’Aber-Wrac’h, où Didier Chrétien crée une association pour l’exploiter en école de voile traditionnelle. Dix ans plus tard, le voilier est victime d’une voie d’eau et délaissé sur un parking, là où le découvre Nicolas…

L’ébéniste devient charpentier

La Jeune Françoise arrive donc à Kerhouarn, avec son jeu de voiles et quelques pièces d’accastillage. Le tout est stocké dans un appentis spécialement construit pour l’occasion. Avant de se lancer dans la restauration, Nicolas doit se documenter. « J’avais fait un peu d’Optimist et de Tabur 320 dans mon enfance, explique-t-il, mais je connaissais surtout la mer par le surf, que je pratique depuis l’adolescence. Il fallait donc que je me fasse une culture nautique. J’ai écumé les fêtes maritimes pour observer les bateaux. Je me suis plongé aussi dans l’ouvrage du Chasse-Marée Entretenir et restaurer les bateaux en bois. J’observais le mien avec ce bouquin à la main, en essayant de comprendre ce que je voyais. Violon, étambot, cabillot, margouillet, galbord et ribord : tous ces mots étaient nouveaux pour moi. »

La Jeune Françoise en baie de Quiberon. Ce jour-là, la drisse de pic ayant cédé, on avait établi la grand-voile à l’aide de la balancine. © Philippe Urvois

Soupçonnant l’étendue de la tâche, Nicolas décide prudemment de chercher des appuis. Il contacte ainsi, sans le connaître, François Gueudré, « meilleur ouvrier de France » et ancien charpentier du Guip dont il avait les coordonnées. Les deux hommes sympathisent et François se montre très pédagogue. Le chantier démarre dans la foulée, au printemps 2005.

La coque de La Jeune Françoise est d’abord surélevée afin de pouvoir travailler aisément sur les fonds : la partie avant est traversée par un madrier dont les extrémités sont fixées sur des piliers soutenant l’appentis, tandis que la partie arrière est accorée. À l’aide de gabarits en contre-plaqué, la quille, l’étambot et le massif arrière sont alors façonnés à la scie à ruban et à la toupie, dans des plateaux de chêne sec. « Je les avais trouvés dans une scierie de Liffré, près de Rennes, se rappelle Nicolas. Il y en avait une pleine remorque de tracteur, avec suffisamment de bois tors pour réaliser les membrures. Une chance, car de nos jours, on en fait plutôt du bois de chauffage. »

Les anciens éléments de la charpente axiale­ sont ensuite déposés en prenant des repères. Après avoir été montées à blanc, les pièces neuves sont assemblées par tenons et mortaises en atelier et l’étambot est percé avec un foret d’1,40 mètre de long. « La dureté du bois nous a fait légèrement dévier, note Nicolas dans le cahier où il consigne l’avancement de ses travaux. Mais ce n’est pas grave : ce sera rectifié lors du perçage au diamètre définitif, de 50 millimètres. »

Quille, étambot et massif sont ensuite fixés d’un bloc sur la coque. Les aplombs sont vérifiés, les liaisons avec les membrures d’origine étant provisoirement assurées par des tasseaux et la coque remise dans ses lignes. « Ce travail est délicat et nécessite l’œil d’un expert », indique le compte-rendu.

Un mois pour remplacer les membrures

Commence alors « l’opération membrures ». « François est arrivé en début d’après-midi et m’a expliqué les grands principes pour les réaliser, rapporte Nicolas. J’ai été très attentif car j’allais devoir être autonome sur ce chantier. »

Une fois remplacée la charpente axiale, la coque, auparavant suspendue,
peut reposer sur sa quille. © coll. Nicolas Le Scouarnec

Le maître-couple est posé le 1er juillet avec l’aide de François Gueudré, puis ce dernier remplace seul l’étrave et le tableau arrière. Ensuite, Nicolas va passer plus d’un mois à restaurer l’ensemble des couples. Il commence par en remplacer un sur deux, en partant du milieu vers l’arrière du bateau. À chaque fois, les équerrages sont relevés tous les 20 centimètres, après démontage, puis des gabarits sont réalisés pour chaque élément du couple : varangue, genou, allonge et jambette. Ces pièces débitées seront ajustées au rabot, à l’emplacement de celles qu’elles viennent remplacer.

Lorsque Nicolas attaque la partie avant, la traverse qui maintenait la coque en l’air est enlevée, le bateau reposant désormais sur des tins. La partie crevée du bouchain est provisoirement reconstituée pour relever les équerrages.

Le journal de bord, maintenant tenu par Réjane, la compagne de Nicolas, indique qu’il fait de plus en plus chaud et que l’apprenti charpentier commence à avoir mal au dos. À la fin du mois de juillet, le bateau a pourtant retrouvé une solide ossature et la carlingue est boulonnée sur la quille à travers les varangues. Nicolas a aussi reçu un stock de pin d’Oregon destiné au remplacement du bordé. L’essentiel de celui-ci est alors enlevé, laissant apparaître le squelette du voilier.

La coque du bateau glisse sur ses cales

Tandis que Réjane passe plusieurs couches de minium sur les membrures, Nicolas s’occupe du lest en fonte. Ce dernier a été sablé et recouvert de trois couches d’époxy par une entreprise locale. En revanche, ses boulons se sont oxydés dans leurs logements et Nicolas doit percer d’autres trous dans le saumon et la quille. À cette fin, le bateau est légèrement surélevé pour glisser le lest sous la quille. En traversant cette dernière, le foret viendra marquer la pièce de métal aux endroits où il faudra la percer. Hélas ! le bateau glisse sur ses cales. « Un gros moment de stress », rapporte le journal de Nicolas. Quelques jours plus tard, La Jeune Françoise se retrouve malgré tout posée sur un saumon solidement fixé.

Le bordage s’effectue simultanément d’un bord et de l’autre. © coll. Nicolas Le Scouarnec

Au début du mois d’août 2005, le chantier est donc bien engagé, mais au prix d’efforts soutenus et de quelques émotions. « Un peu de repos et beaucoup de sommeil s’imposent pour Nicolas », prescrit Réjane dans le journal de bord. Après quinze jours d’interruption marqués par un week-end à Hoëdic à bord du Krog e Barz de Xavier Buhot-Launay, les travaux reprennent de plus belle. François Gueudré, à nouveau sur le chantier pour le remplacement des bordages, décide d’en repenser la répartition, celle d’origine ne lui convenant pas. « Un travail de spécialiste qui me dépassait », reconnaît aujourd’hui Nicolas.

Les deux hommes déposent d’abord les préceintes et sous-préceintes, qui avaient été laissées en place. Une latte est ensuite fixée au niveau du livet pour matérialiser la tonture « qui doit être belle sous tous les angles ». Puis Nicolas s’attaque au lissage des membrures, au rabot et à la ponceuse. Le bordage devra, en effet, épouser parfaitement les couples, ce qui est périodiquement contrôlé à l’aide d’une latte de pin d’Oregon. « Il faut juger à l’œil si la courbe est harmonieuse », indique ici Nicolas.

En septembre, les nouvelles préceintes et sous-préceintes sont en place. Elles ont été façonnées dans du chêne, comme les galbords et ribords. Ceux-ci sont insérés dans les râblures creusées par François à l’herminette et au guillaume. Les galbords sont un peu plus épais (30 millimètres) que le reste du bordé. Ces virures sont mises en place après avoir été étuvées. « Je n’avais encore jamais fait cela, précise Nicolas, à la sortie de l’étuve, il faut les positionner rapidement à l’aide de cales et de serre-joints. Cela demande beaucoup de savoir-faire et d’ingéniosité, mais, au final, l’ajustement de ces pièces est merveilleux. »

Le reste du bordé est constitué de lames de pin d’Oregon d’un seul tenant. Leur pose, qui s’effectue de façon symétrique de chaque côté de la coque, semble moins délicate que celle des galbords et ribords. Elle va pourtant réserver quelques surprises à Nicolas. Travaillant en même temps des deux côtés de la coque, il prépare simultanément chaque couple de virures bâbord et tribord, en oubliant parfois qu’elles ne doivent pas être identiques. Et son erreur saute aux yeux, car une fois posée la virure fautive, l’équerrage des chants apparaît. « L’ajustage des virures est un casse-tête en trois dimensions », reconnaît-il sobrement. Mais son journal de bord est parfois moins policé : « Journée de m… », indique-t-il à la date du 20 septembre.

Le 13 octobre paraît placé sous de meilleurs auspices : « François a posé les deux clores, il va encore falloir poncer la coque, mais elle est achevée ». Trois traits soulignent joyeusement ces derniers mots. « À ce moment-là, se souvient Nicolas, je me suis dit qu’on avait réussi ; j’ai ressenti une satisfaction énorme et, en même temps, j’ai mesuré tous nos efforts. » Après vérification de toutes les vis de bordage, le bateau est nettoyé et peint d’une couche d’apprêt. Nicolas s’accorde alors six mois de pause.

«Tout est long, sauf les nuits »

Nicolas reprend les travaux en avril 2006 avec la réalisation du gouvernail et des espars. Le mât est issu d’un ancien poteau électrique de 8 mètres de long ; la bôme de 4 mètres est en pin rouge ; la corne, creuse, de 3 mètres, est en pin d’Oregon. Pendant ce temps, Réjane mastique et peint en blanc l’intérieur et l’extérieur de la coque. Jean-Pierre Rigoudy – encore un transfuge du Guip – vient à cette époque donner un coup de main au jeune couple pour les emménagements. En deux mois ils vont façonner dans du chêne puis poser l’étambrai, les serres­ de bancs et de plats-bords, les bancs latéraux et leurs violons. Les pontages avant et arrière avec leur coffre ainsi que le plancher sont également réalisés, mais cette fois en sapin.

Début juillet, du brai est coulé dans les fonds et les coutures sont calfatées au bitord et au coton. Nicolas cherche désormais un moteur d’occasion. Il jongle avec une foule de détails et de menus travaux : « Tout est long, sauf les nuits », indique-t-il dans son journal de bord. À la mi-août, la restauration touche tout de même à sa fin. La coque reçoit sa dernière couche de peinture blanche, les ponts sont jointoyés au mastic acrylique et lasurés, les cadènes et les taquets boulonnés. « Il ne reste qu’à reporter l’immatriculation du bateau sur sa coque à l’aide d’un pochoir », conclut le journal de bord, le 18 août 2006.

La Jeune Françoise retourne à la mer

La mise à l’eau à lieu à Saint-Goustan, le 21 avril 2007. Nicolas a profité de l’hiver pour concevoir une impressionnante remorque lui permettant d’effectuer seul l’opération. Il n’en est cependant pas question ce jour-là ; tous les amis sont venus assister à la renaissance de La Jeune Françoise. Ceux qui ont aidé à restaurer le bateau, plusieurs anciens propriétaires et les enfants de Gino Costantini – ami de Paul Gentet – sont également présents. « Il y avait beaucoup de monde, le temps était superbe et j’étais très ému », résume sobrement Nicolas.

La restauration achevée, La Jeune Françoise quitte son lieu de renaissance pour être mise à l’eau à Saint-Goustan. © coll. Nicolas Le Scouarnec

Claude Maho – l’auteur des plans de modélisme du Chasse-Marée – est aussi de la fête. Il a rencontré Nicolas quelques mois plus tôt et les deux hommes conviennent de se retrouver dès le lendemain pour une première navigation. La Jeune Françoise reprend donc la mer le 22 avril 2007, prome­nant à l’extrémité de son bout-dehors le bouquet d’hortensias qui y avait été noué la veille. Cette première sortie en baie de Quiberon se passe bien, même si le petit temps permet de constater que le bateau, qui a conservé ses voiles d’origine, est nettement sous-toilé. Claude Maho y remédiera en dessinant un plan de voilure plus important, inspiré de celui des sloups sauzonnais…

Nicolas a prévu de participer à la Semaine du golfe, qui commence le 18 mai. Pour se familiariser avec son bateau avant ce rendez-vous, il enchaîne les sorties à partir du port du Bono. Le 1er mai, il décide de rallier Houat sur un coup de tête, sans vraiment estimer les distances à parcourir. Au retour, il ne reconnaît plus la côte, perd du temps, tombe en panne de moteur et ne regagne le port que tard dans la nuit… Qu’importe ! il aborde le rassemblement de voiliers traditionnels avec un moral au beau fixe. D’autant qu’Eugène Riguidel lui fait l’honneur de s’inviter à bord de La Jeune Françoise. Nicolas est aux anges.

Il a, depuis, apprivoisé son bateau, mais n’a pas changé de philosophie : la navigation reste pour lui un bonheur à partager. Nous acceptons donc volontiers son invitation, pour une petite virée en compagnie de Claude Maho.

Méaban ou la Teignouse ?

Le jour dit, Nicolas nous accueille sur La Jeune Françoise en compagnie de ses deux fils, Pol, bientôt six ans et demi, et Théodore, quatre ans et demi. Le cotre est au mouillage dans la rivière de Crac’h, juste à côté du sinago Ma Préférée; il fait un temps magnifique et midi sonne au clocher de La Trinité-sur-Mer. L’équipage décide donc de différer l’appareillage, le temps de se restaurer – jambon sec ou saumon fumé – et de définir un plan de navigation : Méaban ou la Teignouse ? Il est des choix plus difficiles…

Les voiles sont établies à la sortie du port, après la descente au moteur de l’étroit chenal bordé de parcs à huîtres et de bateaux au mouillage. Foc, trinquette et grand-voile établis, La Jeune Françoise gîte sur bâbord et met le cap au 160, vers le phare de la Teignouse. Toutes les drisses sont tournées sur des cabillots métalliques fixés sur le mât, l’écoute de grand-voile est tenue à la main. Celles de foc et de trinquette passent dans des filoirs et aboutissent à des taquets vissés sur la serre de plat-bord.

À la barre de son cotre, Nicolas savoure désormais les délices de la navigation.
Il était accompagné ce jour-là de son ami Claude Maho, ainsi que de ses deux gamins, douillettement installés sous le gaillard d’avant. © Gwendal Jaffry

« On marche bien », estime Claude, qui a pris la barre. Le cotre file à 4 ou 5 nœuds dans le clapot et les deux enfants vont rapidement se nicher sous le pontage avant. Ils y resteront une bonne partie de l’après-midi, douillettement calés dans cet espace réduit. Sous un bon force 4 orienté Sud-Est, nous laissons bientôt sur tribord l’ancienne maison des douaniers de Ty Guard, sur la pointe de Ker Bihan. Du haut de sa che­minée, les gabelous surveillaient autrefois la navigation et le commerce du sel produit dans les salines de Kervillen.

Puis, tribord amures, nous remontons au près, parallèlement à la presqu’île de Quiberon. Nous distinguons l’entrée du golfe du Morbihan, à 4 ou 5 milles de là, et les deux bosses de l’île de Méaban. Le plan d’eau est émaillé de nombreux voiliers, les plus gros cinglant vers Belle-Île, Houat ou Hoëdic, la destination préférée des plaisanciers locaux.

« Le bateau est doux à la barre, équilibré », juge Claude. « Légèrement ardent, juste ce qu’il faut pour virer correctement », lui répond Nicolas. Indifférent au clapot qui grossit sous l’effet opposé du vent et du jusant, il nous explique avoir parfois confié­ la barre à un « éléphant » dans ces cir­cons­tances. « Le bateau s’est couché sous une grosse rafale, on a embarqué beaucoup d’eau et j’ai bien cru qu’on allait couler. »

Nicolas évoque aussi les pannes de moteur à répétition qui ponctuaient ses premières sorties : « J’ai fini par comprendre qu’il fallait une prise d’air sur le réservoir… » Claude rit et les deux hommes continuent tranquillement à deviser tandis que nous sortons de la protection de la pointe de Quiberon. Le profil des côtes de Belle-Île se précise et le phare de la Teignouse est maintenant tout proche. « À virer ! », lance Claude.

Nous faisons maintenant cap au 330 et la conversation change, elle aussi, de direction : elle porte désormais sur La Jeune Françoise, sur son « avant bien défendu » et son « franc-bord généreux ». Nous progressons sur le dos des vagues, tous assis du même bord. Seuls les enfants ne bougent pas, toujours à l’abri du gaillard d’avant.

Le retour s’effectue bâbord amures jusqu’au passage d’une cardinale Nord. « Ouvre un peu le foc et la trinquette », conseille­ alors Nicolas et nous voilà au grand largue. « 5 ou 6 nœuds », annonce Claude, qui cherche désormais la balise rouge marquant l’entrée du chenal. La Jeune Françoise passe sur des hauts-fonds tandis que le soleil décline, éclairant les voiles d’une lumière plus chaude. Pol a rejoint son père, qui tient désormais la barre. Nous partageons un moment de silence…

Nous croisons un élégant Requin à coque noire. Il est presque 18 heures et la plupart des voiliers convergent désormais vers La Trinité. Le trafic se concentre dans l’entonnoir de la ria et c’est déjà la queue sur la cale du port à sec, tandis que, vent arrière, nous remontons le chenal jusqu’au pont de Kerisper. « Vous ai-je dit que j’ai récupéré une charpente de hangar ? nous demande soudain Nicolas. C’est une pièce ma­gni­fique, très ancienne et entièrement taillée à la main. Je vais voir ce que je peux en faire… »

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