Six cent quatre-vingt-seize ! Tel était, à la mi-mai, le nombre exact de dossiers d’inscription au concours « Patrimoine des côtes et fleuves de France » lancé au lendemain de Brest 92 par Le Chasse-Marée et ses partenaires, les Fédérations régionales pour la culture maritime, le quotidien Ouest-France, le Crédit Agricole et le ministère de la Culture. Parmi ces dossiers, 184 entrent dans la catégorie des inventaires, 177 dans celle des monographies, 164 dans celle des sites et monuments, et 82 dans celle des documents privés. Restent 89 projets inscrits dont le propos est encore trop large pour qu’ils puissent être classés.

Voilà pour les chiffres. Ils donnent la mesure de l’intérêt suscité dans notre pays par le patrimoine maritime et fluvial. Engouement qui se peut observer sur tout le territoire, mais à des degrés divers. La répartition géographique de tous ces projets fait en effet apparaître une certaine hiérarchie, qui correspond tout à fait — et cela n’a rien d’étonnant — à celle qui s’était dessinée à l’occasion du concours « Bateaux des côtes de France ». Ici encore, la Bretagne se taille la part du lion, qui concentre la moitié des projets. Vient ensuite le littoral du Nord et de la Normandie, puis la côte atlantique et la Méditerranée. A noter enfin que les dossiers inspirés par le patrimoine fluvial et lacustre représentent environ un sixième de l’ensemble.

Qui sont les défenseurs de ces projets ? On y distingue d’abord deux grands ensembles : celui des individus et celui des groupes, ces derniers étant essentiellement des associations. Contrairement à ce que nous avions imaginé, les collectivités publiques n’ont pas été très nombreuses à s’intéresser au concours. Faute d’information peut-être, nombre de communes ayant engagé des travaux de sauvegarde ou d’embellissement de leur patrimoine bâti ou paysager, ont négligé d’entrer en lice. On notera cependant que, faute d’y participer directement, certaines assemblées territoriales envisagent de s’impliquer dans le concours en épaulant les projets relevant de leur administration. Elles avaient été très nombreuses à soutenir les bateaux du précédent concours; pourquoi n’en irait-il pas de même avec tous ces projets qui en découlent directement ?

Bien sûr, nombre d’associations maritimes qui ont construit ou restauré un bateau traditionnel, ont transformé l’essai et se sont inscrites au concours Patrimoine dont elles ont bien compris qu’il était le prolongement naturel du précédent. De Camaret, la Belle Etoile est allée à Belle-Ile rechercher une exposition sur les fortifications pour l’accrocher dans la tour Vauban que l’association se propose de mettre en valeur. Au Havre, après avoir restauré Marie-Fernand, les pilotes œuvrent à la reconstitution d’un vitrail évoquant une procession de lamaneurs et de marins. En Charente-Maritime, Flottille en Pertuis ouvre un écomusée à la maison du Platin. En rivière d’Auray, l’équipage du Forban s’intéresse à l’ostréiculture, au point d’avoir restauré un chaland et réhabilité un ancien chantier. A Fréjus, ce-lui du Saint-Aygulf dresse à présent l’inventaire du patrimoine maritime local, avec l’aide du club photo de la ville. Quant aux amis d’Itsas Begia, ils préparent activement leur conservatoire du patrimoine maritime basque et réalisent pour le concours une exposition résumant quatorze années de collectage.

Désormais, le concours est lancé et bien lancé. Pour preuve, les différentes réunions organisées aux quatre coins de l’hexagone. A Fécamp, à Palavas-les-Flots, à Blaye, à Chatou — d’autres sont à venir —, ces rencontres ont été l’occasion d’échanges fructueux : à chaque fois, plus de cinquante projets ont été présentés. Préfigurant de vraies assises populaires du patrimoine maritime, ces réunions ont forgé des chaînes de solidarité, fortifiant le véritable réseau de passionnés qui s’est mis en place à l’occasion du concours. Il fallait voir la fébrilité des Méditerranéens relevant l’adresse de l’auteur, jusque-là anonyme, d’une étude sur la pêche aux globes à Aigues-Mortes ! Il fallait entendre l’ovation faite à l’érudit venu à Blaye présenter son travail sur les chemins de mâture en Béarn !

Le concours sera ainsi l’occasion de mettre en contact des gens qui jusque-là s’ignoraient. Car outre les associations maritimes, beaucoup d’autres petites structures sans aucun lien particulier avec la matière littorale ou fluviale se sont associées à cette vaste quête de mémoire : philatélistes, cartophiles, historiens locaux, défenseurs de l’environnement…

Contrairement au précédent concours dont les participants devaient disposer d’un minimum de moyens — la restauration ou la construction d’un bateau, si modeste soit-il, suppose un certain budget —, celui-ci est vraiment ouvert à tous. Chacun ici peut s’engager dans les limites qu’il s’est fixées. Un peu de temps et beaucoup de cœur suffiront bien souvent à bâtir un très beau dossier, à boucler une étude très pointue. Il n’est donc pas étonnant que ce concours ait emporté l’adhésion de très nombreux particuliers.

La plupart d’entre eux se sont inscrits dans la catégorie des monographies, qui se prête particulièrement bien au travail individuel. Il s’agit le plus souvent d’historiens amateurs ou professionnels dont les travaux trouveront à cette occasion une audience qu’ils n’auraient pu espérer sans cette opportunité. Tel érudit local retrace ainsi l’histoire du port du Tréport aux XVIIe et XVIIIe siècles. Tel autre fait une enquête sur les Bretons dans la vie maritime bordelaise. Tel universitaire prépare une version remaniée de sa thèse consacrée à la mutualité de secours de l’île de Ré. Tel autre travaille sur les pêches en Loire. Tel autre encore sur les liaisons maritimes entre l’île de Groix et le continent… Toutes ces recherches jusque-là confidentielles en raison de leur éparpillement et du cadre dans lequel elles ont été menées — combien de mémoires passionnants dorment ainsi dans les archives de nos facultés ? — vont constituer un fonds de connaissances qui donnera du grain à moudre à des générations de chercheurs.

L’apport des particuliers ne se limite pourtant pas à ces monographies. Comme nous l’avions ardemment souhaité, plusieurs dizaines d’entre eux ont aussi ouvert leur domaine privé. Les uns nous donnent à contempler pour la première fois de superbes portraits de bateaux, souvent dus à des artistes locaux encore méconnus, parfois signés de célèbres peintres de marine comme Charles Leduc ou Paul-Emile Pajot. D’autres sortent de leur tiroir leurs albums de cartes postales. D’autres nous montrent leurs maquettes anciennes, voire les outils pieusement conservés de leurs ancêtres : fers de calfat, coffre de marin, compas, loch, octant… Mais le plus émouvant peut-être, ce sont les documents d’archives familiales. Nous avons ainsi reçu en fac-similé des journaux de bord, des cahiers de chants illustrés, des liasses de documents administratifs permettant de retracer la carrière d’un bateau ou la vie d’un marin, des lettres d’armateurs, des manuscrits retraçant la vie de tel ou tel matelot au temps de la voile au travail. Et que dire de la communication de ce manuscrit de 1688, intitulé Le grand flambeau de la mer, traduction d’instructions nautiques hollandaises de cette époque ?

Tout cela représente un formidable « trésor de guerre » dans lequel le jury aura sans doute bien du mal à distinguer les plus belle pépites. Quoi qu’il en soit, il n’y aura aucun perdant, car rien ne sera négligé. Au-delà des expositions locales (voir liste page 19), ces multiples témoignages d’une recherche sans précédent seront rassemblés et présentés ensemble, avec tout le panache qu’ils méritent, dans le cadre prestigieux de Brest 96. Certes, dès aujourd’hui l’on peut affirmer que les trois mille mètres carrés du chapiteau qui sera dressé sur le port de commerce ne pourront héberger toutes ces réalisations comme elles l’auraient mérité. Chacune sera néanmoins évoquée. Le public verra ainsi la quintessence de ce vaste mouvement, grâce à des expositions thématiques ou régionales, quelques projets sélectionnés étant plus longuement développés.

En attendant que ces travaux soient aboutis et portés à la connaissance de tous, en attendant les articles et les livres qu’ils ne manqueront sûrement pas d’inspirer, voici déjà plusieurs projets représentatifs, quelques fusées lancées avant le feu d’artifice.

Sites et monuments

Sensible au charme du quartier de la marine de Boulogne, Charles Dickens écrivait : « Il ressemble à une collection de toiles d’araignées, tapissé qu’il est, dans tous les sens, par de grands filets tendus pour y sécher, au-dessus d’étroites et rapides ruelles qui grimpent la colline, maison sur maison, terrasse sur terrasse. » A présent, les odeurs de poisson, de saumure et de goudron se sont évaporées et avec elles les volées de margats qui animaient escaliers et venelles. De ce quartier de la Beurière, il ne reste que quatre rues, rescapées des bombardements. Mais l’Atelier de maintien des traditions populaires boulonnaises s’emploie aujourd’hui à redonner une âme marine à ces vestiges. Les venelles vont être rénovées, ainsi que les maisons particulières dont les propriétaires devront satisfaire à un certain cahier des charges. Une « fête de la Beurière » vient d’avoir lieu, qui a inauguré un circuit piétonnier allant du plateau d’Odre aux jardins du centre Nausicaa. Et ce parcours comprendra bientôt la visite du calvaire des marins — détruit en janvier dernier par un éboulement, mais dont la reconstruction est en projet — et celle d’une maison typique de la Beurière dont l’extérieur et l’intérieur seront reconstitués à la manière des demeures des marins d’avant-guerre.

La rue des machicoulis, à Boulogne. © Laboratoires photographiques Devos, Boulogne

En Normandie, Harfleur s’est souvenue de son port médiéval. Présentant la synthèse de l’étude menée sur ce thème, Bérangère Le Cain et Bruno Duvernois écrivent : « Ce port était un lieu de mouillage, dont l’entrée était marquée par deux tours entre lesquelles passait l’eau. Une chaîne était tendue entre ces deux tours afin d’éviter le passage des navires non autorisés. Le flot remontait par la rivière de la Lézarde, emplissait un espace dos (le Clos aux Galées), puis gonflait le cours aménagé de la Lézarde situé dans la partie occidentale de la ville (le port de commerce) avant de cheminer plus au Nord. Au reflux, des écluses de chasse, placées en amont des structures portuaires, lâchaient l’eau qu’elles avaient retenue afin de pousser les vases accumulées durant la marée. » Suite à la recherche et à l’exposition consacrées à ce port médiéval, une fouille archéologique a été entreprise sur les anciennes fortifications désormais noyées dans le tissu urbain. Et c’est ainsi qu’une portion méconnue du Clos aux Galées a été mise à jour. La ville entend désormais restaurer cette porte fortifiée et y organiser un « parcours du patrimoine ».

Le pont-canal de Briare aura cent ans en 1996. Une exposition retraçant son histoire sera bientôt installée à proximité dans une péniche Freycinet. © coll Chasse-Marée

En baie de Lannion, la lieue de grève étend son arc de sable entre Saint-Efflam et Saint-Michel-en-Grève. Jadis, pour aller d’une commune à l’autre, on coupait évidemment au plus court : quatre kilomètres d’une route semée d’embûches, car il fallait compter avec la brume qui vous déboussolait, avec le flot qui vous talonnait, avec les eaux mêlées de deux rivières que l’on devait traverser… sans compter les coupe-jarrets ! C’est pour aider le voyageur qu’une croix de granit fut érigée à mi-lieue— Kroaz hanter lew —, comme un amer. Quand le flot venait en lécher le pied, il était trop tard pour passer, il fallait rebrousser chemin. Cet édifice presque millénaire avait disparu en 1945, victime des hommes ou de la mer. Son socle a été mis à jour en 1993 et le centre culturel de Plestin-les-Grèves y a érigé une nouvelle croix, sans doute le seul calvaire au monde qui soit planté au beau milieu d’une plage et submergé à chaque marée. Cette belle histoire nous est contée par le vidéaste Bernard Guiné, qui a inscrit son film au concours.

Sur la Loire, en amont d’Orléans, Briare est renommée pour son pont-canal, une réalisation à laquelle a participé Gustave Eiffel et dont on fêtera le centenaire au printemps 1996. Autour de cet édifice et de l’ensemble hydraulique que constitue le canal à point de partage joignant les deux bassins versants de la Loire et de la Seine et commencé dès 1604, l’association de la Maison des deux marines prépare une exposition d’objets et de documents ayant trait à la batellerie ligérienne. Cette collection sera présentée dans une péniche Freycinet de 38,50 mètres de long qui pourrait être échouée dans une fosse en bordure du canal.

Dans le Morbihan, la Fédération régionale pour la culture maritime envisage la création d’un circuit d’interprétation du patrimoine maritime du Golfe. La « petite mer » est déjà riche d’un musée des sinagos à Séné et d’une belle flottille de bateaux traditionnels : cinq sinagos, le forban du Bono, le langoustier Corbeau des mers, la chaloupe de l’île d’Arz et le petit yacht Maïta. En outre, plusieurs projets fleurissent dans les petites communes riveraines : réhabilitation du moulin à marée de Noyalo, restauration des ruines du moulin à marée de l’île d’Arz, écomusée de l’ostréiculture à Saint-Armel, création d’une zone artisanale maritime et reconstitution d’un chantier ostréicole au Bono, étude sur les marais salants en presqu’île de Rhuys, exposition sur l’archéologie sous-marine à Arzon… Il s’agit donc de fédérer toutes ces initiatives, de construire un grand fleuve culturel avec toutes ces rivières et de permettre au visiteur de décliner l’ensemble du patrimoine maritime du golfe. Bref de valoriser un site par le biais de ses activités passées et présentes.

Restauration d’une écluse à poisson à l’île d’Oléron. © Jean-Marie Chauvet d’Arcizas
la croix de Saint-Michel-en-Grève en baie de Lannion. © Silvie Friedman
Réfection de la roue à aubes du Moulin-Neuf de Plougasnou. Il suffit parfois de se retrousser les manches pour réhabiliter notre environnement. © Jean Quinquis
© coll Yvon Bulot

A La Tremblade, il était un délicieux village ostréicole composé d’une quarantaine de cabanes en bois dont les toits de tuiles rouges se reflétaient dans le miroir de l’eau. Etablies sur le domaine maritime, ces frêles constructions étaient souvent délaissées par les anciens ostréiculteurs qui en avaient la concession. Le village menaçait de disparaître sous les affres du temps, ou de perdre son cachet par la faute de restaurations fantaisistes. C’est pourquoi la mairie a décidé de prendre les choses en main : elle a réuni architectes, charpentiers et ostréiculteurs pour définir un draconien cahier des charges qui allait être imposé aux repreneurs des concessions. En dépit de cette contrainte, les candidats se sont présentés en masse. Il s’agit surtout de pêcheurs et de plaisanciers qui vont ainsi savourer le plaisir de mouiller leur bateau – des embarcations traditionnelles de préférence — devant une coquette cabane où ils pourront entreposer leur matériel. Les quelques maisonnettes déjà restaurées, dont le coaltar des murs est rehaussé par les pimpants pastels des huisseries et des frises de toiture, devraient faire rougir ceux qui, au nom de la sécurité publique, n’ont su régler ce genre de problème qu’à coups de bulldozer.

Les enfants du vieux Tréport » ont recueilli ce sac de marin peint. Sous l’inscription « Vive la classe 1892 », le matelot s’est représenté buvant le verre de l’amitié en compagnie d’un zouave. © Dany Laurent/coll. Les enfants du vieux Tréport

Inventaires

A l’île d’Arz, la population n’a pas attendu le concours pour recenser son patrimoine maritime. Depuis une vingtaine d’années, sous l’impulsion de Yvon Bulot — le cousin germain de Jean, auteur de L’île des capitaines —, elle a ouvert ses malles et ses tiroirs pour reconstituer une mémoire dont elle a tout lieu de s’enorgueillir. Car cette petite île du golfe du Morbihan a donné beaucoup de marins à la « marmar ». Les capitaines au long cours ou au cabotage y ont de tous temps été légion, qui ont légué à leur famille nombre de souvenirs : portraits de navires, photos d’équipages, papiers de bord qui ont permis notamment de dresser la liste des trente-quatre caboteurs armés à l’île d’Arz au milieu du siècle dernier. Cet inventaire était déjà remarquable, mais le concours en a relancé la dynamique : de nouveaux greniers se sont ouverts, qui ont révélé d’autres objets et d’autres informations, le résultat de ce collectage exemplaire dans lequel toute la communauté s’est investie, va faire l’objet d’une exposition cet été. A imiter d’urgence, sur toute la côte !

C’est dans ce même esprit que travaille l’association Les voiles latines de Saint-Aygulf, à qui l’on doit déjà la reconstruction de deux pointus. Catalysant l’énergie de plusieurs associations locales et de quelques particuliers férus d’histoire, elle a entrepris un inventaire systématique des éléments du patrimoine côtier de la baie de Fréjus-Saint-Raphaël : pêche en mer et dans les étangs de Villepey, toponymie du littoral, joutes, base aéro-navale, port antique de Fréjus relié à la mer par un canal artificiel et dont on peut encore voir la fameuse « lanterne d’Auguste », architecture balnéaire comprenant un recensement des romantiques « kiosques d’amour » érigés dans les parcs des belles villas de la côte.

Monographies

Au Conquet, les propriétaires d’une belle demeure à tourelles du XVe siècle construite sur la grève et appelée par la vox populi « la maison des seigneurs » – bien qu’il n’y eut jamais de seigneurs dans ce port —, ont rédigé une remarquable monographie retraçant l’histoire de ce manoir. En 1540, c’était la « maison noble » de Jéhan Poncelin dont les ancêtres étaient seigneurs en Plouzané. En 1656, ayant été amputée de ses terres et annexes, suite au percement d’une rue, elle devient maison roturière des Kersulguen, seigneurs du Bislou. En 1880, l’édifice que l’on définit alors comme « une sorte de petit château » est probablement inhabitable car l’armateur Rigollet l’acquiert comme magasin de charbon de la Louise, le premier bateau d’Ouessant. Seize ans plus tard, les grands-parents de la propriétaire actuelle qui en héritent la baptisent « Castel-Roc’h », selon la mode de l’époque.

Aux Sables-d’Olonne, Roland Mornet, à qui l’on doit déjà un savoureux Glossaire du parler chaumois, prépare une monographie sur le plateau de Rochebonne, et une autre sur l’histoire de la fête de la mer des Sables-d’Olonne. Dans la première, il raconte les nombreux naufrages survenus sur ce dangereux haut-fond convoité par les pêcheurs, mais aussi l’erreur cartographique dont il a été l’objet et qui n’a été corrigée que tout récemment. Dans la seconde, il relate les circonstances de la création, en 1929, de la « bénédiction de la mer » et les différentes formes qu’elle adoptera au cours des ans sous plusieurs appellations successives témoignant de l’évolution des pêches et des mentalités : « bénédiction des thoniers », « fêtes des thoniers », « fête de la mer et bénédiction des thoniers et sardiniers », et enfin « fête de la mer ».

Une cabane ostréicole restaurée à La Tremblade. © M. Buraud

A Corsept, en Loire-Atlantique, une classe de primaire s’est associée à un groupe d’historiens locaux pour préparer une monographie et une exposition sur l’île Saint-Nicolas. Emergeant quatre kilomètres en aval de Paimbœuf, ce plateau de 70 mètres de long sur 14 de large est la dernière île du fleuve avant la mer. L’histoire de ce territoire remonte à la nuit des temps. On y a découvert des mégalithes dont la légende rapporte qu’ils auraient été plantés là par une pécheresse expiant ses fautes dans le suicide. Au temps des Gaulois, l’île aurait été le domaine exclusivement féminin de prêtresses namnètes. Christianisée au XIe siècle, on y célèbre le culte de saint Nicolas dans une petite chapelle. Au siècle suivant, l’île est cédée par le seigneur de Corsept aux moines de l’abbaye de Tiron, qui y accueillent les malades des bateaux auxquels est refusé l’accès de Nantes ou celui de Paimbœuf, son avant-port. Cette vocation va perdurer au fil des siècles, au point que l’île s’appelle désormais Saint-Nicolas-des-Défunts. Chaque grande épidémie entraîne une floraison de tentes destinées à accueillir les équipages des navires en quarantaine. En 1824, on y entame même la construction d’un lazaret, projet abandonné faute de crédits; l’établissement sera finalement érigé à Mindin. L’île est alors vendue aux enchères. Elle est toujours aujourd’hui propriété privée mais n’est plus habitée que par les busards, tadornes, colverts, pipits maritimes et autres bergeronnettes, derniers gardiens d’une île saturée de cadavres.

© Hélène Desparmet

Documents privés

Les paroles passent, les écrits demeurent. Béni soit le temps d’avant le téléphone où la communication passait obligatoirement par l’écrit. Qu’elle soit amoureuse ou commerciale, la correspondance témoigne toujours d’une aventure humaine, si modeste soit-elle. Un participant au concours a ainsi recueilli toutes les missives envoyées depuis Saint-Pierre et Miquelon à son employeur par P. Baradiu, un Béarnais recruté comme agent des armements morutiers Lahirigoyen de Bayonne. Cette relation épistolaire, covrant cinq années de campagnes (de 1829 à 1833), permet de reconstituer avec un rare luxe de détails l’activité de cette petite compagnie basque qui armait deux « brigs » morutiers — le Mademoiselle de France et le Duc de Bordeaux — et un brig chasseur assurant à l’aller le transport du sel et au retour celui du poisson séché. Grâce à ces lettres, on connaît aussi les conditions de travail des pêcheurs et des graviers chargés de faire sécher la morue sur les grèves de Saint-Pierre. L’examen des comptes permet même de savoir ce que mangeaient ces hommes et ce qu’ils portaient sur le dos. Enfin, au fil de la plume, l’épistolier nous livre quantité d’informations sur la vie quotidienne dans l’archipel ainsi que sur l’ordinaire de la compagnie. Ses épîtres laissent en effet deviner la rivalité entre les capitaines, l’avarice de l’armateur, la misère des graviers : « Ils travaillent quelquefois depuis trois heures du matin jusqu’à neuf heures du soir et toujours dans l’eau lorsqu’ils lavent la morue, alors ils devraient être bien nourris… »

Nous avons reçu aussi un gros manuscrit d’une exceptionnelle valeur documentaire, qui aurait fait un remarquable roman d’aventures maritimes s’il n’avait été beaucoup plus que cela : le témoignage authentique d’un novice embarqué au Havre en 1885 sur le trois-mâts en bois Normandie en partance pour l’Extrême-Orient. Voilà une histoire fabuleuse, avec un héros romanesque à souhait, en la personne d’un gabier de misaine dont l’auteur du manuscrit, son compagnon de voyage, résume ainsi la tumultueuse jeunesse : « Né trente ans plus tôt dans un village de Bretagne, il était à treize ans inscrit à Paimpol, embarqué comme mousse pour la pêche en Islande, comme novice et matelot à Terre-Neuve, et enfin comme long-courrier. Il avait bourlingué du haut en bas de l’Atlantique et du Pacifique, laissant au cours de rixes avec des hommes de toutes races et de toutes couleurs, un peu de son sang dans nombre de bouges du Brésil, de l’Argentine, du Chili, du Pérou, de l’Equateur, de la Colombie, du Mexique et des Etats-Unis. Enfin, cueilli par la gendarmerie maritime de Marseille au retour d’une de ses longues randonnées, il était expédié à Brest, affublé d’un costume à col bleu, d’un béret et de godillots trop petits pour sa tête et ses pieds de géant, et sacré marin de l’Etat sous le matricule P. 641… » Miraculeusement exhumé des archives d’une famille cauchoise, ce document de première main sur la voile au long cours de la fin du siècle dernier, véritable document ethnographique « à la Dana », justifierait à lui seul l’organisation du concours.

Extrait du carnet de chansons d’Emmanuel Franger. Ce pêcheur d’Etel a noté la plupart des chants, en breton, pendant son service sur la Jeanne d’Arc, du 20 octobre 1921 au 21 septembre 1922. Il naviguera ensuite au commerce et finira sa carrière comme capitaine au cabotage. © coll Henri Girard
A Saint-Tropez, moment de détente à bord de la Marguerite, patron Jean-Baptiste Toscano. Cette tartane faisait le cabotage des denrées agricoles et vinicoles entre Menton et Saint-Tropez. La petite-fille de Félix Toscano, qui a navigué sur ce bateau, présente une monographie sur ce sujet. Par ailleurs, le descendant d’une lignée de patrons de tartanes tropéziennes travaille à rassembler ses archives familiales. © coll Marie-Christine Toscano

 

Les expositions en juillet

Harfleur (76). Au Musée du Prieuré, du 1er juillet au 31 octobre, « Histoire du port d’Harfleur du XIe au XVIe siècle ».

Trouville (14). A l’Hôtel de ville, du 1er au 30 juillet, de 14h30 à 19h, « Trouville au temps des barques ».

Saint-Fromond (50). A la salle des fêtes, les 29 et 30 juillet, « Le canal de Vire et Taute ».

Omonville-la-Rogue (50). Au Centre d’accueil des gîtes de mer, du 29 juillet au 12 août, inventaire du patrimoine du port.

Cancale (35). Au Musée des arts et traditions populaires du pays de Cancale, du 15 juillet au 15 septembre, « La cale de l’Epi ».

Saint-Malo (35). A la Halle au blé, du 8 juillet au 8 octobre, « Cap sur Moka, l’odyssée des corsaires de Saint-Malo au Yémen (1708-1710) ».

Saint-Briac (35). Le 9 juillet, rallye découverte du patrimoine maritime local.

Fréhel (22). Au phare du cap Fréhel, du 1er au 31 juillet, « Les défenses militaires aux XVIIIe et XIXe siècles dans les Côtes-d’Armor ».

Saint-Pol-de-Léon (29). A la Maison Prébendale, durant l’été, photographies de la base aéronavale de la Penzé construite en 1917.

Le Conquet (29). A la Maison des seigneurs, les 15 et 16 juillet, l’histoire de cet édifice (conférences à 14h et 17h).

Camaret (29). A la tour Vauban, durant l’été, exposition « Vauban ».

Bénodet (29). Au camping du Letty, les 22 et 23 juillet, présentation de la mise en valeur de l’anse de Chistillic.

Quimperlé (29). A la Maison des Archers, de juillet à septembre, « Quimperlé port de cabotage ».

Riec-sur-Bélon (29). A l’espace Mélanie, à partir du 8 juillet, « L’huître de Bélon de la tuile à la table ».

Groix (56). A l’Ecomusée, de juin à octobre, « Du petit vapeur à la CMN », les liaisons maritimes entre l’île et le continent.

Ife d’Arz (56). A la mairie, du 26 juillet au 10 août, « Le patrimoine maritime de l’île ».

Corsept (44). Au restaurant scolaire, du ter au 15 juillet, « Histoire, géographie et faune de l’île Saint-Nicolas ».

La Bernerie-en-Retz (44). A la Maison Magrès, du 22 juillet au 6 août, « Poséidon, le monde de la mer ».

Les Moustiers-en-Retz (44). Au port du Collet, dans le cadre de la fête de la mer du 14 juillet, « Histoire du port du Collet et de la chatte de la baie de Bourgneuf. »

Les Sables-d’Olonne (85). A l’île d’Olonne, dans le cadre de la Fête des vieux métiers du 16 juillet, l’estran et la pêcherie de la « Paracou ». A la tour d’Arundel, du 18 juillet au 18 août, « Le plateau de Rochebonne ».

Port-des-Barques (17). A l’écomusée, du 2 juillet au 15 septembre, expo photos sur le patrimoine maritime de la presqu’île.

Talmont-sur-Gironde (17). Au Musée des amis de Talmont, du 15 juin au 15 septembre, « Pêches traditionnelles dans le bas estuaire de la Gironde (1850-1950) ».

Blaye (33). Dans l’ancienne chapelle du cloître des Minimes, du ter juillet au 15 août, « Le XIXe siècle à Bordeaux et dans l’estuaire ».

Saint-Jean-de-Luz (64). Dans le gymnase d’Urdazuri, du 8 juillet au 27 août, « Euskaldunen Itsasoa – La mer des Basques ».

La Ciotat (13). A la chapelle des Pénitents bleus, du 1er juillet au 31 août, « Aspects du patrimoine maritime méditerranéen ».

Rennes (35). Au Musée de Bretagne, de juillet à novembre, « L’aventure intérieure des canaux bretons ».

Redon (35). Sur la péniche Pacifique, du 15 juillet au 31 août, « L’aventure intérieure des canaux bretons ».

Pontchâteau (44). Salle de la Boule d’or, du 8 au 16 juillet, de 14h à 19h, « Le Brivet au fil des siècles ».

Chatou (78). Au musée Fournaise, du 21 juin au 21 septembre, présentation du projet de reconstruction d’une gare d’eau.