Aurélien Velot, le fer-savoir

Revue N°315

Aurélien Velot, fils et petit-fils de forgeron
Aurélien Velot, fils et petit-fils de forgeron, est d’abord passé par l’infographie, la philosophie et la sculpture sur métal avant d’ouvrir sa forge à Rochefort, non loin du quai de L’Hermione. Ses confrères et lui y font revivre le métier 
de forgeron de marine. © Sandrine Pierrefeu

par Sandrine Pierrefeu  Par une série de hasards, de désirs et de nécessités, après des études de philosophie, Aurélien Velot s’est retrouvé forgeron de marine auprès de L’Hermione. Un métier presque disparu, que l’artisan pratique devant le public et avec lui, au sein des Ateliers partagés de l’estuaire, à Rochefort. Rencontre, sous le signe du feu.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

Ceinte de son tablier de cuir, la silhouette sombre se déplace sur fond de flammes contenues dans le carré de la forge. Dans la pince de l’homme, le métal endormi se réveille. Il rougeoie, abandonnant sa rigueur, à présent malléable sous le marteau. Les coups fusent, les étincelles résonnent. Le fer se tord, se forge, puis plonge dans l’eau qui le fige. Avec un grand-père forgeron installé en face de la maison familiale de la région d’Angoulême et qui le réveillait le matin, enfant, au son du fer des socs de charrues rebattu sur l’enclume, Aurélien Velot aurait pu devenir forgeron sans se poser de questions. D’autant plus que son père, reprenant la suite du sien, a continué jusqu’à presque soixante-dix ans à travailler le métal, en le forgeant d’abord, puis, avec l’évolution des temps, en le réparant.

Les petits garçons Velot jouent à courir dans les étincelles de la meuleuse quand leur père répare les machines, ils s’amusent en secret à le regarder souder, comptant, ensuite, le temps pendant lequel ils « voient blanc ». Ils lui prêtent aussi la main quand il leur fabrique des jouets, une bicyclette, ou qu’il arrange leur mobylette. Adolescent, Aurélien travaille chaque été à l’atelier pour gagner de l’argent de poche. Le métal et la forge, ses outils, ses techniques et ses précautions font donc partie de son environnement, comme la culture ouvrière où il a grandi. L’entreprise familiale a été reprise par plusieurs oncles et tantes, qui se sont spécialisés dans l’entretien et la mécanique agricole, mais la forge existe toujours.

Épris de football et de jeux vidéo, le petit-fils du forgeron de village ne suit pas la vocation familiale naturelle. Il hésite entre une carrière sportive et… le métier d’infographiste. « J’ai la chance d’avoir des parents ouverts, aidants et généreux, affirme-t-il. Quand j’ai parlé d’apprendre l’infographie, ils m’ont inscrit dans le lycée pilote innovant du Futuroscope, à Poitiers, où la seconde “Arts plastiques” venait d’ouvrir une section dans cette discipline. » Regard sûr et mains soignées – Aurélien porte toujours des gants quand il travaille – le ferronnier d’art retrace pour nous son parcours bourré d’ironies du sort et de voies buissonnières, à la faveur d’une pause à la forge de l’Arsenal des Mers, site de découverte du patrimoine maritime, à Rochefort, regroupant L’Hermione, le musée de la Marine, la Corderie royale ainsi que des ateliers comme celui d’Aurélien Velot.

Perçage à chaud de l’une des nombreuses chevilles à boucle de L’Hermione.

Perçage à chaud de l’une des nombreuses chevilles à boucle de L’Hermione. La cheville, envoyée à travers le pont, sera maintenue par une clavette passée dans le trou ainsi réalisé. © Nigel Pert

De la forge à la philo en passant par le foot

« À Poitiers, ce fut un choc : j’ai découvert d’un coup la grande ville et le monde culturel. Nous vivions à la campagne et n’avions pas l’habitude de fréquenter les théâtres et les lieux culturels en famille. À cette époque je ne lisais pas, je ne connaissais pas vraiment la musique ni la peinture. Ma mère m’avait proposé, à cinq ou six ans, de choisir entre le football et la danse. L’idée m’avait semblé hors sujet puisque j’étais un garçon ! J’ai adoré mes années de foot mais je regrette de ne pas m’être ouvert plus tôt aux arts. »

Aurélien lâche vite l’infographie, mais se laisse guider par des professeurs dont l’ouverture d’esprit pique sa curiosité et aiguise son sens critique. « Mon professeur d’arts plastiques, Denis Fontaine, par exemple, nous enseignait le côté conceptuel de l’art. Il nous apprenait à nous jouer des consignes, à oser la liberté jusqu’à l’impertinence. Il appliquait vraiment ce qu’il disait. Un jour, il a proposé, comme sujet : “Vous avez perdu quelque chose sur le quai de la gare, expliquez quoi et comment.” Je dessinais mal, alors je suis allé chercher auprès des surveillants un mot d’excuse indiquant ce que j’avais perdu : le dessin que je devais lui rendre. Il m’a très bien noté et en a profité pour faire un cours sur l’art abstrait ! Nous sommes restés amis. » Denis Fontaine, puis celui qu’Aurélien, bien que quarantenaire, appelle toujours « Monsieur Blanchard », son premier professeur de philosophie, en terminale, lui enseignent à « penser par lui-même ».

Le jeune homme, qui a aussi découvert la musique au lycée, décide de devenir ingénieur du son : « Pour intégrer un BTS d’ingénieur du son, il fallait un Bac scientifique, or je venais de passer un Bac littéraire. En attendant de me présenter l’année suivante en candidat libre pour passer le diplôme demandé, je me suis inscrit en fac de philosophie. Un choix par défaut. » Sauf qu’Aurélien se prend au jeu. Il s’attaque aux notions de l’art, de la pensée, de l’identité, de la folie… « Entreprendre des études de philosophie n’est pas anecdotique. Elles te rendent un peu abstrait à toi-même. » Jean-Christophe Godard, son nouveau professeur, lui fait découvrir les écrivains Fernando Pessoa et Georges Bataille, pour lesquels il se passionne.

Entre-temps, Aurélien s’est également mis à la sculpture, « sur métal naturellement ». Il esquive une seconde voie possible, celle de professeur de philosophie, et décide de se former au travail du fer. « Grâce aux petits boulots que j’avais faits pendant ma scolarité, j’avais droit à une formation complémentaire : je suis entré en cours de ferronnerie d’art, dans le Jura, pour évoluer dans la sculpture. » Dans ce cursus pour adultes permettant de décrocher un cap en un an, il rencontre des gens de tous horizons, de tous âges et de parcours très variés. Son diplôme en poche, Aurélien, qui a besoin de gagner sa vie, enchaîne les postes dans des ateliers de ferronnerie d’art, tout en se jurant de revenir à la sculpture plus tard.

brasure au laiton d’une ferrure en cuivre qui fera office de dalot,

Brasure au laiton d’une ferrure en cuivre qui fera office de dalot, réalisée avec la gabière de L’Hermione Héloïse Chaigne. © Nigel Pert

L’art le ramène donc à la forge après être passé par la philosophie ! Pour Aurélien, il est tout naturel de revenir vers le métier de son père : « En fouillant la terre et en trouvant le fer, ce n’est pas une matière que nous avons déterrée mais un outil, une cité, une civilisation ; une pensée, une culture de la terre par le fer. Le fer est une “matière humaine”, elle n’existe que par le fait de l’homme, explique-t-il. C’est à elle que nous devons toute notre technicité, c’est-à-dire aujourd’hui la quasi-totalité de notre pensée. »

Casser l’image de la brute qui cogne comme un sourd

La boucle est tout à fait bouclée en 2006 quand deux compagnons de formation du Jura lui proposent de les rejoindre sur le site de Rochefort où se construit L’Hermione. L’entreprise de ferronnerie Métalnéo, qui a obtenu le marché pour la partie métal du chantier, recrute une troisième personne. « Ils fabriquaient alors beaucoup de crochets, de pièces mécaniques, se souvient-il. Je n’étais pas emballé par le travail lui-même, mais le projet m’intriguait. »

Avec la voilière Anne Renault (CM 269), les charpentiers qui travaillent sur les chaloupes et les visiteurs, l’ambiance de ruche qui règne autour de la vieille forme de radoub lui plaît. Il accepte donc d’y travailler deux mois. « Si nous avions construit un château fort, ç’aurait été pareil pour moi. J’étais tout à fait étranger aux bateaux. Même le vocabulaire m’était inconnu : jottereau, guirlande, chouquet, baux… C’était tout un poème ! Mais le projet m’a gagné peu à peu, le côté collectif m’a séduit et j’ai noué de belles amitiés dans les différents corps de métier. J’y suis finalement resté dix mois. »

Il repart ensuite suivre un cours de ferronnerie de restauration du patrimoine à Périgueux, en alternance avec des périodes à la forge de Jean-Pierre Thervais, en Auvergne. Dans cet atelier de haut vol, Aurélien renoue avec la « belle ouvrage » qu’il affectionne tout en gardant contact avec Rochefort, où il repasse régulièrement.

Quelques mois plus tard, Métalnéo le réembauche sur le site de L’Hermione. « J’aimais travailler devant des gens pour casser l’image d’Épinal du forgeron, ajoute-t-il. Non, le métier n’a pas tout à fait disparu ! Non, il ne s’agit pas seulement d’employer de la force brute et de frapper comme un sourd ! Oui, des filles travaillent aussi dans ce métier ! Nous étions heureux de montrer ce que nous faisions et de l’expliquer. Surtout quand la coque a avancé, que le gréement a été lancé et que le travail s’est complexifié. » À ce moment, Aurélien devient chef de forge sur le site.

pour le cerclage des mâts de L’Hermione, les forgerons ont réalisé des demi-cercles maintenus autour des mâts par des clavettes.

Pour le cerclage des mâts de L’Hermione, les forgerons ont réalisé des demi-cercles maintenus autour des mâts par des clavettes. Une technique usitée au XVIIIe siècle, même si elle n’a pas servi pour le gréement de la frégate originale, cerclé à chaud. © Mélanie Joubert

« Je participais aux réunions avec les historiens et les architectes, nous avions le sentiment de vraiment faire partie de ce projet dont je sentais qu’il était rare, voire exceptionnel. On commençait à nous demander notre avis sur des questions techniques et nous fabriquions des pièces plus intéressantes, comme les chaînes de haubans, dont le quatrième maillon épouse la forme de la coque, ou les cerclages de mâts, poursuit le forgeron en désignant, sur la frégate en attente dans le bassin voisin de la forge, les pièces dont il parle.

« Les mâts étaient constitués au XVIIIe siècle de plusieurs sections assemblées en clefs et retenues par des cerclages posés à chaud, comme pour des roues de charrettes. Sur la réplique, les mâts sont en lamellé-collé. Les architectes et les historiens souhaitaient conserver les cerclages par souci d’authenticité, même s’ils n’avaient plus d’utilité technique. Nous leur avons proposé de ne pas cercler à chaud, car ce procédé aurait endommagé le bois et compliqué l’entretien des mâts. Nous avons préféré réaliser des demi-cercles maintenus autour des mâts par des clavettes, une technique historique, contemporaine de la construction du navire et que l’on retrouve un peu partout sur le bateau.

« Par ailleurs, L’Hermione a été construite à une époque de transition technologique où l’acier commençait à être disponible. La plupart des pièces du bord étaient forgées en fer pur, mais certaines pièces ont pu être réalisées en acier. C’est pourquoi nous avons proposé de réaliser ces cerclages en acier. Ce métal est aujourd’hui sept fois moins coûteux que le fer brut, et il est plus résistant. Il est un peu plus sujet à la corrosion mais comme ces pièces devaient être peintes par la suite, ce choix ne porterait pas à conséquence et resterait invisible. »

Le fanal de poupe, point d’orgue du chantier

Le chantier gagne en intérêt, en technicité. Aurélien et ses compagnons se piquent au jeu. Point d’orgue de l’aventure, on leur confie la réalisation du fanal de poupe. « Depuis le début du chantier, nous en entendions parler et nous voyions passer des dessins. C’était la seule pièce métallique à vocation esthétique du bateau. Nous rêvions de la réaliser, poursuit Aurélien en souriant. Les historiens, à commencer par Bernard Moreau – dit “Biniou” – avaient planché sur le sujet, mais les plans de cette grande lanterne avaient disparu. Même dans les musées, il reste aujourd’hui très peu de ces pièces fragiles, dont les premiers boulets de canons avaient raison pendant les batailles. Biniou en a retrouvé une peinture suffisamment précise pour que les architectes en tirent des plans en trois dimensions. Nous avons ensuite beaucoup réfléchi ensemble pour convenir d’une réalisation respectueuse de l’esthétique et de l’histoire de cette pièce.

Aurélien Velot arase les soudures des arêtes du support du fanal à la meuleuse.

Aurélien Velot arase les soudures des arêtes du support du fanal à la meuleuse. © Nigel Pert

« Les lanternes d’époque étaient en fer-blanc – du fer doux couvert d’étain, comme les boîtes de conserve d’aujourd’hui. Or ce matériau se corrode très rapidement. À l’époque, les fanaux duraient si peu que ce n’était pas grave mais pour la réplique, des batailles navales n’étant pas prévues pour tout de suite, nous avions envie qu’il tienne quelques années ! De plus, les soudures qui permettent d’assembler ce matériau sont assez grossières, ce qui nuit à l’esthétique de l’ensemble et à sa durabilité. Nous avons donc réalisé le fanal en fer pur. Ce matériau rouille moins et il tolère des soudures plus fines et plus étanches. Par ailleurs, Yacht Concept, le cabinet d’architecture, nous a convaincus de construire la pièce sur un “squelette” qui la rendrait plus rigide. »

Le chef-d’œuvre confié aux forges du site, sous la responsabilité d’Aurélien, nécessitera près de cinq cents heures de travail. L’originalité de cette pièce magistrale tient notamment à son axe longitudinal incliné, qui poursuit le bouge du navire. Pour en venir à bout, le forgeron coopère avec le maître verrier Olivier Juteau.

De 2013 à 2014, tout en planchant sur le précieux fanal, Aurélien – passé à son compte après que l’entreprise Métalnéo a cessé de travailler pour L’Hermione – et ses compagnons de forge achèvent l’armement de la frégate : au total, 35 tonnes de pièces métalliques, « de la plus petite à la plus grosse, sauf les ancres ! »

Tandis que la forge de marine, son vocabulaire et son histoire sont déjà devenus le quotidien du jeune artisan, le destin va ajouter un grain de sel à son parcours. « En intégrant le projet, jamais je n’aurais imaginé naviguer. Parce qu’il n’était pas vraiment question, en 2006, de faire prendre le large au bateau : nous avions plutôt planché sur des ustensiles pour la cuisine historique… Je pensais aussi que partir en mer à bord de L’Hermione resterait une affaire de professionnels, de marins ou de militaires. Ça avait l’air compliqué quand même ! » Embarquer comme gabier semble alors une farce à ce forgeron qui n’a pratiquement jamais posé le pied sur un autre bateau que le bac de l’île de Ré. Mais quand Yann Cariou, le futur commandant, lance un appel pour recruter des gabiers, il s’adresse « à tous », néophytes compris. Et lorsque le premier groupe de volontaires se présente à Rochefort pour être formés, fin 2013, Aurélien comprend que lui aussi pourrait en être. « Après dix années de travail sur ce projet, embarquer serait une belle manière de le terminer. »

assemblage du corps principal ; il recevra ensuite les cives fabriquées par le maître verrier Olivier Juteau.

Assemblage du corps principal ; il recevra ensuite les cives fabriquées par le maître verrier Olivier Juteau. Le fanal est réalisé en tôle de fer pur d’un millimètre d’épaisseur, formée à froid. © Association Hermione-La Fayette

Quand le forgeron se fait gabier

Retenu par son futur commandant et dûment formé, il pose son sac à bord à l’automne 2014. Les essais en mer ne sont pas une révélation. « La promiscuité à quatre-vingts sur ce bateau me posait question. Sur le pont, je ne comprenais pas tout et… faire des ronds dans l’eau entre Rochefort et Brest ne me passionnait pas ! Mais je me suis quand même inscrit comme gabier volontaire pour le voyage en Amérique. »

Il se voit, alors, proposer de participer à la totalité de la virée, un privilège qu’avaient brigué, sans l’obtenir, bien d’autres bénévoles. « Quatre mois, ça me paraissait vraiment long, mais j’ai pensé que je le regretterais si je ne saisissais pas cette opportunité. J’ai donc accepté et nous sommes partis. » Avec la saison plus propice et la perspective d’atteindre des destinations plus lointaines, Aurélien prend plus de plaisir à l’expérience. Il gagne progressivement en aisance sur le pont et dans la mâture. Cette fois, l’expérience lui plaît vraiment, d’autant qu’elle lui permet de rompre avec le rythme exigeant de son quotidien de chef d’entreprise. « Je me suis fait de vrais amis à bord et j’y ai retrouvé le temps de lire, de réfléchir, confie-t-il. J’ai même animé un atelier de philosophie pendant la transat, sur le pont. Je suis revenu changé ! »

Au retour, fin 2015, le chantier ne ressemble plus à la ruche des temps de la construction. Les artisans sont moins nombreux sur le site et les commandes de métal pour le compte de L’Hermione ont beaucoup baissé. Aurélien, qui œuvrait à 80 pour cent en forge de marine et à 20 pour cent en ferronnerie d’art « terrestre » avant le lancement de la frégate, voit les proportions de ses commandes s’inverser. Il s’interroge alors sur l’avenir de son métier.

« Si on prenait l’ensemble des travaux de forge de marine à réaliser en France, aujourd’hui, on n’obtiendrait pas de quoi constituer un travail à temps plein. Sauf lorsqu’ils restaurent des navires monuments historiques, en restant fidèles aux matériaux d’origine – fer ou acier – les gens achètent « tout fait » ou font fabriquer des pièces en Inox dans les ateliers de chaudronnerie. » Comme le métier de forgeron agricole qu’exerçait son grand-père, et qui a presque disparu, celui de forgeron de marine seul ne suffira pas à occuper l’artisan.

Plutôt que de revenir à la ferronnerie d’art à temps – presque – plein, Aurélien décide de se remettre sérieusement à la sculpture sur métal. Il ferme son entreprise et intègre l’atelier forge de l’école des Beaux-Arts de Paris en troisième année. Mais on lui demande, aux Beaux-Arts, de mettre des mots sur son travail, de le conceptualiser. À lui, qui considère, avec Georges Bataille que « là où la pensée s’arrête, l’art prend le relais » !

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(au premier plan) participe à la première traversée de l’Atlantique à bord de L’Hermione en tant que gabier.

Le forgeron (au premier plan) participe à la première traversée de l’Atlantique à bord de L’Hermione en tant que gabier. © Nigel Pert

Une forge au paradis

Aurélien se cabre, remballe ses outils – dont certains lui viennent de son grand-père – et retourne à Rochefort. Animé d’un nouveau souffle, il y monte une nouvelle entreprise, les Forges de l’Arsenal. Avec le charpentier de marine Camille Leret, le forgeron Benoît Parnet, et d’autres anciens charpentiers ayant travaillé sur le chantier de L’Hermione, ils lancent l’association des Ateliers partagés de l’Estuaire, qu’ils installent dans l’enceinte de l’Arsenal des Mers. Son entreprise et celles des deux autres y gèrent les ateliers de charpente et de forge, désormais ouverts aux individuels et aux amateurs. Ils entendent y recréer un peu de cette émulation collective si fertile des temps de la construction de la frégate, tout en continuant à travailler devant le public. « À la différence d’un musée où l’on “fait pour montrer”, nous montrons ce que nous faisons, explique Aurélien. Nous témoignons de ce que nos vieux métiers sont encore vivants. »

Dans le même hangar, Camille Leret répare ou restaure des bateaux comme le 6 mètres JI Cupidon Fou, des bénévoles entretiennent les espars de la frégate, Georges, un jeune ostéopathe, répare son Folkboat, tandis qu’un autre adhérent des Ateliers partagés fabrique la structure métallique de sa future maison en bois. Tout cela en répondant aux questions des visiteurs de l’Arsenal des Mers.

Aurélien gère les commandes de son entreprise et fabrique des pièces de fer forgé ou des éléments d’accastillage, en prenant ici et là le temps de montrer à des gabiers comment forger leur épissoir pour l’entretien de L’Hermione, ou de guider un amateur venu fabriquer une pièce de métal. Un week-end par mois, avec les autres adhérents des « AP », il participe à la restauration du Collecteur II, un bateau ostréicole de 1965 que l’association a acheté pour le restaurer.

Tout en répondant à des appels d’offres de plus en plus complexes, notamment pour des monuments historiques, Aurélien s’implique aussi dans des projets artistiques et culturels comme le collectif d’artistes À pied d’œuvre. Sans cesser de s’interroger sur ce drôle de monde dont les penseurs, lui semble-t-il, sont de plus en plus éloignés du pouvoir, le forgeron rêve de s’isoler un jour dans un hameau retapé avec des amis où il vivrait avec moins et consommerait peu. Il y aura une forge dans ton paradis, Aurélien ? « Un atelier de ferronnerie, je ne sais pas, mais une forge, oui ! », répond-il sans hésiter.

dans sa forge de l’Arsenal des Mers, Aurélien travaille devant et avec le public.

Dans sa forge de l’Arsenal des Mers, Aurélien travaille devant et avec le public. © Nigel Pert

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