Par Nathalie Couilloud – Fin mai, la seconde édition de Vilaine en fête a réuni cent cinq bateaux, du grand lougre Corentin au plus modeste voile-aviron. Ce succès conforte l’installation de cette randonnée bisannuelle dans le calendrier nautique, où elle s’impose comme un bel événement fluvial entre deux Semaines du golfe du Morbihan.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

Comme une flottille traditionnelle hors du Rodhoir natal/Fatigués du grand large et des embruns salés,/D’Arzal à Redon, capitaines et équipiers,/Partaient, ivres d’un rêve bucolique et fluvial !

Ces conquérants de la Vilaine – et non des nouveaux mondes comme ceux du poète Hérédia ci-dessus pastiché – se sont révélés très pacifiques et respectueux des coutumes indigènes. Ils ont ainsi accepté sans coup férir les verres de l’amitié que leur ont offerts les édiles locaux au gré du fleuve.

Le fleuve, c’est la Vilaine – Visnonia au temps de nos ancêtres les Gaulois. Elle s’écoule sur 225 kilomètres à travers des campagnes variées, depuis les collines de Juvigné en Mayenne, jusqu’au Morbihan où elle se jette dans l’océan. Au temps où la Bretagne s’appelait Armorique, elle séparait le pays des Vénètes (Vannes) de celui des Namnètes (Nantes). Elle symbo­lise toujours la ligne de partage entre deux régions, la Bretagne et les Pays de la Loire.

Pour emprunter la Vilaine maritime, de l’embouchure à Redon, les membres de la Flottille traditionnelle de basse Vilaine (ftbv)*, organisateurs de cette navigation « bucolique et déambulatoire », ont dû parlementer avec deux départements, onze communes, deux communautés de communes, une communauté d’agglomération et un syndicat du port. Et, pour ajouter un peu de sel à ce casse-tête, les élections municipales, malicieusement organisées un mois avant la manifestation, ont redistribué certaines cartes.

À cœur vaillant rien d’impossible. Il en aurait fallu plus pour dérouter les béné­voles, qui couvaient leur affaire depuis deux ans, date de la première édition. Celle-ci avait réuni une quarantaine de participants avec une météo qualifiée de « tonique » par les Bretons – c’est-à-dire qu’il a plu et venté outrancièrement. Cette fois, ils ont quand même senti un petit frisson leur parcourir l’échine lorsque le compteur a dépassé la barre des cent participants… Le site de la ftbv s’est promptement fendu d’un message d’alerte pour annoncer qu’une liste d’attente serait mise en place au-delà de cent vingt inscrits.

La semaine a finalement réuni cent cinq bateaux qui, après une mise en jambes dans l’estuaire de la Vilaine, à Tréhiguier, se sont retrouvés en amont du barrage d’Arzal le jeudi de l’Ascension.

Les hautes aiguilles des mâts annoncent La Roche-Bernard

À 8 heures, l’armada est sur le point de quitter le port d’Arzal pour remonter le fleuve jusqu’à Redon. Alors que les premiers commencent à se déhaler, apparaissent soudain de toute part des unités semblant appartenir à une flotte concurrente avec coques blanches et tauds majoritairement bleus. Ses éléments, d’abord épars, se regroupent et mettent résolument le cap sur l’écluse. Corentin, le grand lougre noir, qui venait de larguer une amarre, doit stopper sa ma­nœuvre au risque d’embrocher avec son bout-dehors quelques plaisanciers trop pressés de rejoindre l’élément salé. Le barbecue n’est pas prévu avant 13 heures.

Le lougre Corentin est représentatif des caboteurs qui remontaient la Vilaine avant la construction du barrage d’Arzal. Deux marées étaient nécessaires pour parcourir avec le courant de flot la trentaine de milles séparant l’embouchure du port de Redon.

Une fois les sardines blanches tassées dans le sas, la route est libre. Le Corentin a viré et tourne ostensiblement le dos au barrage et à la mer. Alors qu’il établit son taillevent, impossible de s’illusionner plus longtemps : le vent est dans la bonne direction, mais il est faible à très faible.

À 9 heures, le hunier est hissé. Hervé Drouet, par ailleurs patron de Leenan Head (cm 251), seconde, avec sa fille Énora, le capitaine, Jean-Marc Le Forestier, dont pas un sourcil n’a moufté sous la casquette pendant l’opération. « Si le vent se lève, ça risque de semer une belle pagaille dans la flottille. Va falloir la jouer serré. » Autour de lui, des dizaines de voiliers et de canots voile-aviron papillonnent dans tous les sens, cherchant à se caler dans le filet d’air. Tandis que l’on double l’usine de traitement et de production d’eau potable de Férel, sur l’autre rive, verdoie la colline et paît un exemplaire unique de vache.

Qui n’accorde même pas un regard aux « gueux de la Rance ». C’est le surnom de Fifi et Claudine, qui viennent de Saint-Malo – chapeau de corsaire faisant foi – et qui rament sur leurs deux doris de type portugais, construits par Jean-Jacques Pont, au chantier Florance, à Plouër-sur-Rance. Tous deux remorquent l’annexe Chouchen, petit doris pliable, qui transporte le matériel de camping. Pour l’instant, ils ont le sourire. Mais 20 milles à la rame, ça risque d’être un peu long…

À 9 h 40, le moteur est coupé à bord du Corentin, qui double bientôt la bouée verte du Cochon. Les hautes aiguilles des mâts annoncent La Roche-Bernard, son port de plaisance, et l’ancien port du Rodhoir, où niche habituellement la flottille traditionnelle de basse Vilaine. « Faut-il sortir les avirons ? » s’enquiert un équipier. Le capitaine préfère envoyer les 300 chevaux mécaniques. Jean-Marc, qui était matelot à bord du lougre en 2001, y est revenu comme chef de bord il y a quatre ans. « C’est un bateau qui demande du muscle, il a un gréement puissant, on peut vite se retrouver à la rue. Du coup, j’organise des sorties spécifiques avec les bénévoles pour les former à la manœuvre, afin de ne pas manquer de bras. » Sur cette navigation en eau calme, aucun danger n’est à redouter, à condition de rester bien au milieu du fleuve – et d’éviter les périodes de crue, bien entendu.

À fleur d’eau sur le Moorskool Fleur de Pénerf

Vue d’un Moorskool, 5,10 mètres de long, la Vilaine paraît bien large. Bruno Noguès navigue à fleur d’eau sur Fleur de Pénerf, un exemplaire d’une petite série en polyester, construite dans les années quatre-vingt par le chantier Leclercq de Saint-Malo. Le président de l’association des Amis du musée de la Vilaine maritime barre avec le bob sur la tête, l’écoute à la main et n’a que le fleuve à la bouche.

Bateaux traditionnels, yachts classiques, séries anciennes – on voit ici plusieurs Bélouga –, canots voile-aviron, la flottille de Vilaine en fête est très diversifiée. © Nathalie Couilloud

« Avant les ponts, il y avait les bacs et les passeurs pour traverser la Vilaine. C’était un peu à la tête du client, on monnayait le passage des poules et des poulets aussi. » Les passeurs n’avaient pas toujours bonne réputation. Une dizaine de passages, installés aux endroits les plus étroits du fleuve, ont fonctionné jusque dans les années cinquante. Émile Souvestre a évoqué celui de La Roche-Bernard dans son roman Le Passeur de la Vilaine: « La violence du courant, la largeur de la rivière sur ce point et l’action de la marée, qui en faisait, à certaines heures, un véritable bras de mer, rendaient souvent la traversée difficile. Là, […] les chalands, surchargés par les fermiers qui ramenaient leurs troupeaux des foires ou par les femmes qui revenaient des pèlerinages, avaient plus d’une fois sombré, léguant aux conteurs de veillées et aux poètes des paroisses un éternel sujet de ré­cits ou de complaintes. » Les archives gardent­ ainsi en mémoire le naufrage du bac de l’Isle, en Marzan, qui causa la mort de soixante-dix pèlerins en 1709.

Le premier pont suspendu, dont on peut encore voir les piles, a été construit en 1839 près de La Roche-Bernard. En 1911, un ouvrage métallique l’a remplacé. Miné par les Allemands, c’est un orage qui l’a fait sauter en 1944. Après la guerre, une passerelle flottante a été installée sur le fleuve, avant la construction du pont actuel, qui date de 1960.

Le minuscule Moorskool passe maintenant sous le gigantesque pont en arc du Morbihan. Son ouverture, en 1996, a mis fin aux mémorables bouchons de La Roche-Bernard, alors traversée par des milliers de véhicules qui empruntaient cet axe Nord-Sud, surtout lors des grandes migrations estivales.

Les embouteillages étaient moins nombreux sur l’eau, même si la Vilaine était bien fréquentée par le passé. « De gros bateaux remontaient le fleuve jusqu’à Redon, précise Bruno Noguès. Il leur fallait deux marées et ils mouillaient en attendant la renverse. Ils transportaient des poteaux de mine, du vin, des châtaignes, des pommes, de la chaux, des matériaux de construction. En 1917, un chasse-marée, parti de La Roche-Bernard pour le pays de Galles avec des poteaux de mine, a été coulé aux Glénan par un U-Boot. Cet épisode marque la fin de ce fret qui a été très important ici. »

« Parfois, tu vois une biche ou un sanglier à travers les roseaux… »

À 11 h 20, le port de Foleux-Béganne est en vue. « Quand j’étais jeune, il n’y avait rien ici, c’était la sortie pique-nique du dimanche », note Bruno Noguès. Cet amoureux du fleuve se rend régulièrement avec son voile-aviron dans les petits étiers que son faible tirant d’eau lui permet de fréquenter. « Tu dînes là avec des amis, tu reviens avec une petite brise, c’est le bonheur. Parfois, tu vois une biche ou un sanglier à travers les roseaux, tu croises une oie sauvage. » Bucolique à souhait. Historique aussi : « Dans l’étier de Foleux, il y a la maison des Blanchard, les derniers poulieurs de Nantes, une activité que la famille a maintenue pendant trois générations. Elle avait un contrat avec la Marine nationale et a notamment fabriqué les poulies du Belem. »

Bruno espère que la Vilaine restera un espace protégé et que ses rives, en grande partie inondables, garderont leur cachet champêtre. Le barrage d’Arzal, mis en ser­vice en 1970, a pourtant déjà changé bien des choses : l’envasement s’est accru en aval et, en amont, les coques des bateaux en bois souffrent davantage avec l’eau, passée de saumâtre à douce. La navigation, en revanche, a été facilitée, puisqu’il n’y a presque plus de courant, ce qui explique aussi le développement des ports de plaisance. Côté commerce, le dernier sablier, le Saint-Germain a cessé son activité en 2013 ; aujourd’hui, seules les Vedettes jaunes assurent un trafic commercial et touristique sur le fleuve.

Le ciel se couvre et l’armada passe sous la ligne à haute tension qui annonce le havre de Saint-Dolay et son unique ponton. Les verres de rosé-pamplemousse ou de sauvignon-poire attendent depuis une bonne heure la flottille, retardée par le manque de vent. La Mary, le « guichet unique » de la ftbv, est déjà rangée le long de la rive.

Jeanne J, réplique d’une chaloupe de la baie de Bourgneuf, est venue de Noirmoutier, où le chantier des Ileaux l’a construite en 2008. © André Linaud

Construite et pilotée par Jean-Claude Marest, dit « le Druide », cette toue cabanée est équipée de tout le confort moderne. « On est rentré du Portugal en voilier par Sète et le canal du Midi, et on s’est dit que ce serait chouette d’avoir un bateau pour les canaux. » Mise à l’eau en 2012, La Mary est équipée d’un moteur de 44 chevaux et grée une voile carrée qui lui a déjà permis d’atteindre 5 nœuds au portant. Sur la Vilaine, elle navigue de conserve avec Zoé, un plan de l’architecte naval Patrick Balta de 9,20 mètres, également construit par Jean-Claude, en petites lattes.

Parmi les membres actifs de la ftbv, le vice-président, Paul Martel, navigue, lui, sur un lougre de 9 mètres, réplique en polyester d’un voilier de pêche de Boulogne, le Saint-Antoine, où gambade aussi Élou, la petite chienne, vêtue de son gilet de sauvetage. Construit en 1989 au chantier naval de Saint-Valery-sur-Somme par Michel Fallet, sur les plans de l’architecte Michel Briand, ce lougre a été conçu pour la plaisance, mais avec les forts échantillonnages d’un bateau de pêche, ce qui lui confère l’allure d’un baroudeur des mers dures.

Rien à voir avec le cotre de Carantec de Jean-Pierre Boyer, chargé des relations internationales à la ftbv, qui parle plusieurs langues, dont le français avec l’accent ensoleillé de Marseille. Il a eu son premier plan Cornu à Bandol en 1977 et possède aujourd’hui Lili Flor. « Je suis allé voir les gens de la ftbv quand j’ai eu mon cotre et ils m’ont accueilli tout de suite. Le bateau a eu sa maison avant qu’on trouve la nôtre et l’association a été un facteur d’intégration pour nous. » Séduit par la région, Jean-Pierre s’est installé à Questembert avec Virginie. Ils ont aussi pour projet avec quelques amis, dont John, le patron du magnifique Cariad, un cotre pilote de Bristol de 1904, également adhérent de la ftbv, de se lancer dans la construction d’un skiff de 6 mètres pour naviguer sur le canal de Nantes à Brest. « Le canal est un endroit superbe, mais il manque un peu de vie. On aimerait bien fédérer quelques communes riveraines pour monter une petite flottille d’aviron. »

Un coup de canon déchire le silence de la sieste. C’est le signal du départ, tiré depuis La Mary. Les équipages se remettent en selle. Une douzaine d’Olonnois effeuillent la marguerite qu’ils avaient formée et s’é­parpillent dans un nuage de couleurs vives, pris en chasse par une meute d’autant de Bélouga. Les grosses unités, l’ancien baliseur de Noirmoutier Martroger, la chaloupe de la baie de Bourgneuf Jeanne J, l’ancien thonier Arawak, le pilote de Gironde Minahouët ii encadrent la marche.

Il faut rester groupés, car la flottille doit passer le pont tournant de Cran en un mini­mum de temps, pour ne pas couper trop longtemps la circulation sur la départementale. Il est 15 h 30, les moteurs ronronnent et le feu indique que la travée mobile est ouverte. En un quart d’heure, la flottille disciplinée a vaincu l’obstacle, alors que les organisateurs avaient prévu une demi-heure.

Les hirondelles s’offrent une flopée de moucherons pour le goûter

Jean-Pierre Borel, le « bibelot d’étagère », et son acolyte Guy, le « bouchon gras », n’ont jamais navigué ensemble pendant leur carrière dans la marine marchande, mais ils partagent le plaisir de la balade sur Francesca, une annexe de langoustier de 1956. « C’était le canot du mauritanien Farandole, basé à Douarnenez, précise Jean-Pierre, cigarillo vissé aux lèvres. À l’époque, chaque annexe avait son nom à elle, même si elle portait l’immatriculation de son langoustier. Je l’aime beaucoup, ce bateau, il est bien marin et tout, mais il est un peu exigu pour loger à bord. » Quoique, en rangeant un peu… Jean-Pierre, qui a refait le barrotage, le pont, le tableau arrière, etc. avoue avoir « un peu négligé l’intérieur ». Pour ce marin, qui a travaillé à la pêche et au commerce, et qui a aussi été second du Belem, l’important, c’est de naviguer. D’ailleurs, Francesca est en train de passer le Corentin et Jean-Pierre rigole en regardant d’en bas le haut pavois du lougre : « Tu as vu ? On l’a déventé ! »

Arrivés à Redon, les bateaux légers ont posé le nez dans l’herbe de la berge, tandis que les grosses unités sont restées au mouillage. Plusieurs centaines de spectateurs, venus assister au spectacle ont été dispersés par un grain, qui a bientôt laissé filtrer une belle lumière vespérale. © Jean-Pierre Gaillard

Sur les berges de la Vilaine, dont le cours s’élargit et se rétrécit au gré de caprices géologiques qu’il ne nous appartient pas de juger, les pêcheurs sont presque aussi nombreux que les vaches dans les prairies. Les espèces locales, sandres, brochets, perches, silures, gardons, brèmes, ablettes ou carpes voisinent avec les migrateurs qu’une passe à poissons, aménagée en 1996 dans le barrage d’Arzal, a permis de maintenir dans le fleuve : anguilles, lamproies marines, aloses, saumons, truites de mer et mulets.

À 16 h 20, il crachine sur Rieux. Les hirondelles font du rase-mottes et s’offrent une flopée de moucherons pour le goûter. À 16 h 40, il pleut franchement. Sur le canal 72, on demande à ceux qui ne sont pas encore au moteur d’accélérer un peu, car il est prévu que la flottille arrive groupée à Redon. Le Nanni de 23 chevaux de Francesca donne toute sa puissance et remonte toute la flotte. Sur Le Traict, la yole de Bantry, l’équipage a rangé les voiles, sorti les avirons et suit la cadence imposée par le chef de nage.

Pour l’escale à Redon, l’organisation a souhaité un accostage le nez dans les roseaux, dit « à la morbihannaise ». Les coques sont exposées comme un bouquet de fleurs sur la verte prairie de la Croix des Marins et le spectacle est splendide, sous le soleil venu redonner des couleurs au tableau. Un haut-parleur annonce que le musée de la Batellerie est resté ouvert en nocturne pour ceux qui souhaitent le visiter­.

Le lendemain, la flottille repart après le briefing matinal de Paul Martel : « Petite brise de Nord-Nord-Ouest pour aujourd’hui, temps couvert avec risque d’averses dans l’après-midi. Demain, c’est tempête de ciel bleu. »

Gilles Berranger est venu avec Limilo, basé à Jard-sur-Mer. Ce bateau rare, construit à l’unité, est une Miss Simplette, un plan de Daniel Bombigher, l’architecte des goélettes Schpountz­. « Il a été dessiné à la demande d’un chef d’atelier du musée de la Baie de Chesapeake qui voulait s’en servir pour former des charpentiers. Limilo est en contre-plaqué-époxy et a été construit en 2002 par un amateur estonien. »

Gwened a passé la nuit derrière Martroger, le long de la rive, amarré sur deux piquets. Tandis que Patrick et son fils Romain établissent la grand-voile avec deux ris, car le mât donne des signes de faiblesse, Hélène prépare le petit déjeuner dans l’agréable carré de ce sinago de 10 mètres. Conçu pour la plaisance et construit en 1954 au chantier Orjubin de La Trinité, le bateau a connu plusieurs propriétaires et a navigué en Méditerranée, où il amenait des grimpeurs dans les calanques. Il a subi une grande restauration dans les Cévennes, avant de revenir à La Rochelle, puis à La Roche-Bernard, où Patrick l’a acheté l’été dernier.

Si la famille vit à Paris, elle a toujours eu un bateau : d’abord un Corsaire, puis un Bélouga et un Chassiron. En 2011, ce dernier a talonné, puis s’est ouvert dans la vase de l’estuaire de la Vilaine. Il a été renfloué, mais les dégâts étaient trop importants et ses propriétaires l’ont cédé à un chantier de Saint-Malo. « On voulait bien sûr un bateau en bois pour le remplacer. La coque de Gwened était saine et on a été séduit par son originalité. Il a un gréement divisé, pas trop lourd. » Patrick a appris à naviguer à ses deux garçons, l’aîné, Romain, vingt et un ans, a même passé ses brevets de capitaine 200 et 500. « À deux mois, il naviguait déjà sur le Corsaire », précise sa mère, qui s’amuse de voir maintenant Patrick prendre parfois conseil auprès de son fils, qui est, en outre, un remarquable modéliste naval.

La halte de Rieux approche déjà. La troupe de marins rejoint le guide qui les attend pour leur faire découvrir les ruines du château médiéval. La leçon d’histoire de Bretagne, sous de grands arbres tutélaires, est inattendue, mais elle a le mérite d’offrir une vue imprenable sur la Vilaine.

Mêlant leurs gréements, animés gentiment par un souffle de vent, sur les eaux étales du fleuve assoupi, tous descendent maintenant vers Foleux, la prochaine escale, où ils passeront la nuit. Vues du pont de Cran, toutes ces voiles offrent un spectacle réellement inédit, ponctué de coups de corne de brume à l’intention des spectateurs massés sur les berges.

Si le fleuve sépare parfois, tout au long de cette semaine, il a montré qu’il pouvait aussi réunir. « Fédérer la Vilaine maritime et faire quelque chose de majeur courait dans les esprits depuis longtemps, explique Paul Martel. Mais ce n’est pas simple, car les gens se sentent de la rive Nord ou de la rive Sud ; il y a les Gallos et les Bretons. » Le pari a pourtant été gagné haut la main. L’idée de pérenniser l’événement tous les deux ans, en alternance avec la Semaine du golfe, semble donc acquise. Moins prestigieux que « le fabuleux métal que Cipango mûrit dans ses mines lointaines » (Hérédia), les équipages ont néanmoins découvert le trésor d’une grande balade à partager en toute amitié sur un fleuve discret.

 

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