Naissance d’un plan Maho

Revue N°265

@ Mélanie joubert

Par Dominique Castagnet – À partir d’un plan dessiné par Claude Maho, un maquettiste professionnel nous explique, étape par étape, la réalisation d’un modèle de cotre du Dourduff à l’échelle 1/15.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie et d’encadrés supplémentaires.

En janvier 2010, Claude Maho publiait dans Le Chasse-Marée son premier plan de modélisme, celui de Quatorze Août, un forban du Bono (CM 220). Une cinquantaine de plans ont depuis été proposés aux lecteurs, illustrant toute la richesse de notre patrimoine maritime. Gabare d’Iroise, barque catalane, Dragon, nordier de Gravelines, barquette marseillaise ou cotre-pilote du Havre, ces plans ont fait le bonheur des modélistes qui adressent régulièrement à la rédaction les photographies des maquettes qu’ils ont construites à partir de ces documents. Lisibles et très détaillés, ils comportent toutes les informations dont un maquettiste a besoin, ce qui est assez rare pour être souligné.

La plupart des plans de Claude portent sur des unités de taille modeste, mais à une échelle suffisamment importante pour en faire ressortir tous les détails. Je vous propose de suivre les principales étapes de la construction du modèle de Triple Entente, un cotre du Dourduff de 7 m de long (CM 226). Ce dernier fut construit en 1941 pour Vincent Féat et correspond à une évolution des sloups creux des ligneurs locaux, influencés par les façons des yachts sur lesquels ils étaient parfois embauchés.

La réalisation de cette maquette ne présente pas de difficultés particulières en dehors de la forme de la quille et de l’hiloire, qui comporte des décrochements tout en étant fortement ployée. Pour un maquettiste confirmé cela demande environ deux cents heures de travail. Je conseillerai cependant à un débutant de commencer par une unité plus simple – un canot à misaine, par exemple – et de se faire accompagner par un modéliste averti qui l’aidera à se familiariser avec la lecture des plans puis à fabriquer sa maquette.

Je n’utilise qu’un outillage réduit et peu onéreux : quelques pinces, des serre-joints de différentes tailles, des perceuses miniatures et une scie à chantourner. Certains maquettistes emploient également une table à poncer. Pour ma part, je me contente d’une ponceuse à bande que j’ai bloquée à l’envers sur un support.

Le budget nécessaire à la fabrication de ce cotre ne dépasse pas 200 e, ventilés entre le bois (quelques plaques de samba et des baguettes de différentes sections), le tissu, les colles et la peinture.

Pour réussir sa maquette il faut se rapprocher le plus possible des méthodes de construction traditionnelles – quitte à lire quelques ouvrages sur le sujet – et constamment penser aux étapes suivantes, comme au jeu d’échecs. Cette activité devient donc rapidement assez prenante, d’autant qu’elle vous amène aussi à vous intéresser à l’histoire de votre bateau et à celle de ceux qui l’utilisaient. Je la pratique depuis de nombreuses années avec toujours le même plaisir.

RÉALISATION DU MOULE

1) Nous démarrons par la réalisation du moule sur lequel va être construite la coque du bateau. Le soin apporté à sa fabrication conditionne la réussite de la maquette. Dans une copie du plan, on commence par découper les couples qui le constituent. Leurs formes sont ensuite reportées sur une bande de contre-plaqué de 10 mm d’épaisseur, sur laquelle on a fait figurer la ligne de flottaison à 10 cm du bord inférieur de la bande. Le plan étant dessiné « hors bordé », il faut alors enlever l’épaisseur des virures (2 mm) sur chaque couple. C’est ce qui explique le tracé d’un second trait, dit « de découpe », à l’intérieur du tracé initial. Sur chaque couple figurent aussi, outre la ligne de flottaison, leur axe médian, le chant supérieur de la préceinte ainsi que l’encoche de la quille.

 

2) Les couples sont débités en veillant à respecter l’équerrage de leur chant, conformément au plan de formes. Un socle plus long et plus large que la maquette est aussi préparé. L’axe du bateau et la place des couples y sont tracés conformément au plan de formes. Attention : devant le maître-bau, les lignes matérialisent les faces arrière des couples que l’on vient de débiter ; derrière le maître-bau, elles indiquent les faces avant des couples-.

 

 

 

3) Les couples sont collés sur le socle. Quille, étrave et étambot ont été découpés dans une planchette de pin en se référant au plan de charpente. Puis ils ont été assemblés et collés à l’époxy.

 

4) La râblure a été creusée au Cutter et au ciseau à bois. La quille ayant une forme en fuseau, vue en plan, une surépaisseur de bois a donc été ajoutée sur la charpente axiale. Noter qu’un espace a été laissé entre l’étambot et la voûte, pour la jaumière. Deux joues triangulaires les maintiennent ensemble. Une fois les couples et la charpente axiale assemblés et collés sur le socle, on procède au lissage en s’aidant d’une baguette souple que l’on déplace sur les couples-. Celle-ci doit filer harmonieusement, sans former de creux ou de bosses. On rectifie éventuellement les défauts par ponçage.

 

5) Le tableau est découpé en prenant de la marge dans une plaque de samba de 3 mm d’épaisseur. Il est trempé dans de l’eau chaude pendant plusieurs heures puis mis à sécher, bloqué avec des serre-joints, sur un gabarit en contre-plaqué présentant une courbe un peu plus accentuée que nécessaire. Au bout de vingt-quatre- heures, le tableau peut être fixé sur le moule avec des pointes et un peu de colle sur la voûte. Attention, seule la partie basse du tableau doit être collée car le prolongement de la charpente axiale sera supprimé plus tard. On procède ensuite au lissage du bord du tableau à l’aide d’une baguette.

 

 

 

 

FABRICATION DE LA COQUE

 

6) Nous allons maintenant procéder au brochetage de la préceinte. Une baguette souple (2 x 3 mm) est pointée provisoirement sur le moule en suivant le niveau supérieur de la préceinte, déjà repéré sur chaque couple. La baguette doit bien filer. On fabrique alors une bande en carton. Elle est constituée de plusieurs morceaux qui sont collés de façon à épouser au plus près la tonture. À l’aide d’une pige on reporte ensuite des repères assez rapprochés sur cette bande.

 

7) En replaçant l’encoche de la pige sur ces repères, on peut tracer en pointillé le bord supérieur de la préceinte sur une feuille de carton. Le trait sera ensuite réalisé à l’aide d’aiguilles et d’une règle souple. Puis le bord inférieur de cette virure est dessiné en laissant une largeur de 10 mm sur un tiers environ de la longueur, au centre, et de 8 mm aux extrémités. Le trait doit bien filer. On découpe alors ce gabarit.

 

8) Une fois vérifié que la préceinte en carton s’applique bien le long de la petite baguette qui matérialise la tonture, on débite deux virures identiques dans une plaque de samba de 3 mm d’épaisseur. Elles sont fixées dans la râblure avec de la colle « cyano » en gel. Après séchage, ces points d’assemblages sont consolidés avec de la colle de menuisier à prise rapide. Les préceintes sont ensuite clouées provisoirement sur les couples du moule avec des petites pointes traversant des cales. Au niveau du tableau, leurs extrémités sont également collées et temporairement pointées.

Astuce : par précaution, avant de procéder à la fixation des virures, du scotch est placé sur le chant des couples. Cela évitera de coller la coque sur le moule.

 

9) Les quatre premiers bordages sous la préceinte sont brochetés d’une façon simplifiée. Le gabarit de la préceinte est d’abord posé sur une plaque de samba de 2 mm d’épaisseur. Son bord inférieur sert à dessiner le bord supérieur du bordage situé juste en dessous. On procédera de même pour les trois bordages suivants. Il faut donc penser à relever ces tracés avant de fixer définitivement la pièce servant de guide. Ces quatre bordages ont une forme en fuseau. Ils mesurent 9 mm de large au milieu (sur un petit tiers central), 4 mm à l’étrave et 5 mm au tableau. Ils sont découpés par paires et cloués provisoirement sur les couples du moule avec des petites pointes traversant des cales, ce qui permet de les enfoncer à fond et de les retirer plus facilement lors du démoulage de la coque. Les bordages sont collés entre eux à la colle blanche sans en mettre sur le moule, protégé par le scotch.

 

10) Le galbord est découpé dans une plaque de 2 mm d’épaisseur et de 9 mm de large sur toute sa longueur. Celui-ci doit cependant s’affiner au brion pour épouser la courbe de la râblure. On réalise donc un gabarit en carton de l’extrémité avant du galbord afin de le tailler précisément. L’arrière du galbord sera ensuite coupé en biseau pour s’encastrer dans l’étambot, ce bateau possédant une râblure carrée.

Le ribord est large de 8 mm, à l’exception de sa partie avant, réduite à 4 mm. À l’arrière, il doit venir juste en dessous de la voûte dans la râblure, en haut de l’étambot. Il s’écarte donc du galbord : ce vide en forme de triangle sera comblé par des adents.

Au bouchain, pas de brochetage. On utilise des baguettes du commerce de 2 mm d’épaisseur et de 6 mm de largeur qu’on affine à 3 mm à l’avant et à 4 mm à l’arrière. Elles sont trempées dans de l’eau bouillante pendant dix minutes pour éviter qu’elles ne se cassent- lors de la pose.

11) On peut alors enlever pointes et cales pour un premier ponçage de la coque. Les défauts sont ensuite mastiqués avec de l’enduit Toupret ou un autre mastic, puis la coque est à nouveau poncée et peinte. Cette première couche de peinture révèle des défauts oubliés qui sont à nouveau corrigés. Une seconde couche de peinture est appliquée et la ligne de flottaison est tracée, à 10 cm du bord supérieur du socle.

 

MEMBRURES, LEST ET PLANCHER

 

12) Des barres d’écartement provisoires sont placées pour maintenir la coque en forme, juste avant qu’elle ne soit démoulée. Puis les prolongements de la charpente axiale sont sciés au ras du socle- et le bateau est sorti précautionneusement de son gabarit.

 

 

13) La coque est renforcée par des segments de membrures correspondant à leur partie visible au-dessus du plancher. Ceux-ci sont réalisés avec des baguettes de samba de 3 mm de section. Après avoir été trempées quinze minutes dans de l’eau bouillante, ces membrures sont courbées à la main puis collées et maintenues en force par des pinces ou des serre-joints. Pour un écartement régulier des membrures, il convient de réaliser une petite cale en bois à la taille de la maille. Les fonds sont renforcés avec quelques baguettes supplémentaires.

 

14) Pour assurer sa stabilité, on leste la maquette avec du plomb disposé dans les fonds. Si elle avait été navigante, on aurait réalisé un lest de quille, comme sur le bateau original. Ici, toute la quille est en bois. Les plombs sont collés à l’époxy et noyés dans de l’enduit. À ce stade, on a tout intérêt à peindre- l’intérieur de la coque : les fonds en noir et les pavois en blanc.

 

15) Le plancher est d’abord barroté avec trois baguettes de samba de 8 x 2 mm. Les lames sont en pin de 2 mm d’épaisseur et 10 mm de largeur. Les tranches de chaque planche seront passées à la mine de plomb pour souligner leurs contours.

 

16) Une petite partie de la planche centrale doit rester amovible pour pouvoir ultérieurement fixer le mât. Quelques renforts supplémentaires sont alors glissés sous le plancher. Ils serviront à soutenir une lisse de 2 x 2 mm qui épouse la courbe intérieure de la coque et permettra de délimiter harmonieusement le plancher. On fera enfin figurer sur celui-ci des traces de clous réalisées avec la pointe d’une alène puis on le teintera (nuance « merisier doré », très diluée).

 

 

SERRES, PONT, TABLEAU ET SAFRAN

 

17) Les serres sont fabriquées et posées. Dans une plaque de samba de 3 mm, on débite alors les barrots, selon les cotes du plan de charpente. Ils sont positionnés entre- les deux serres sur lesquelles ils sont collés.

Les bancs et la fougère (en pin) sont débités et collés. À l’arrière, la fougère est percée dans l’axe de la jaumière pour laisser passer la mèche du safran. Un demi-trou de mât est réalisé dans le banc d’étambrai.

 

18) Des baguettes de pin de 3 mm de large par 2 mm d’épaisseur servent pour les lattes de pont. On noircit leurs tranches à la mine de plomb pour imiter le calfatage. Elles sont éventuellement trempées dans de l’eau bouillante, posées et collées une à une à plat sur les barrots, en commençant au ras des membrures.

Quand toutes les lattes sont posées, le pont est poncé. Puis on scie les barrots de la baignoire et on colle des semblants d’élongis entre les barrots. Le pont est ensuite légèrement teinté (couleur « merisier doré », très diluée).

 

19) Le tableau définitif – qui dépasse du bordé sur les côtés – est réalisé dans une plaque de samba de 2 mm d’épaisseur puis collé sur le tableau déjà en place.

 

20), 21) et 22) Le safran est découpé dans une plaque de l’épaisseur de la mèche. Son bord de fuite est plus mince. Les aiguillots et les fémelots sont réalisés avec du fil de laiton. Les ferrures sont découpées dans une plaque d’aluminium 8/10.

 

 

 

HILOIRES, LISSE, ESPARS ET GRÉEMENT

 

23) Les hiloires en samba, qui font 2 mm d’épaisseur, doivent être brochetées (on peut les réaliser au préalable en carton). Étant donné qu’elles présentent des décrochements et qu’elles sont très courbées à l’avant, les découpes doivent se faire en arrondi et non à angle droit, afin d’éviter que le bois se fende. Après avoir été trempées une vingtaine de minutes dans l’eau bouillante, elles sont séchées pendant quelques heures au-dessus d’un radiateur sur un gabarit plus cintré qu’elles ne le seront une fois posées. Puis elles sont mises en place.

 

24) Les lisses de pavois reposent sur les têtes de membrures et sur les préceintes. Leur largeur dépasse à peine la préceinte et les têtes de membrures. Elles sont découpées dans une plaque de 2 mm d’épaisseur à partir d’un gabarit en carton. Chacune est en deux morceaux, leur courbure ne permettant pas de les faire d’un seul tenant (elles casseraient à cause du fil du bois qui est droit en général).

 

25) et 26) Le mât et les espars sont taillés dans des baguettes carrées de pitchpin ou de red cedar. On leur donne d’abord une forme octogonale puis on les ponce jusqu’à obtenir un joli fût, bien cylindrique. La fusée du mât ira en s’amincissant. Quant au bout-dehors, il a une section carrée au départ et ronde ensuite.

Les encornats, réalisés dans les mêmes essences, sont collés et cloués avec des petites aiguilles enfoncées dans un avant-trou percé à la miniperceuse équipée d’une aiguille en guise de mèche.

 

27) Les filoirs et les taquets sont découpés dans une baguette de samba. On dessine les pièces puis on perce les trous de fixation à la miniperceuse avant de les découper et de les poncer.

 

28) Les poulies en buis sont achetées toutes faites et sont adaptées au bateau : reprise des encoches d’estropes, élargissement du passage des drisses et écoutes, teintes, etc.

 

29) et 30) Les ferrures d’étambrai sont découpées dans une plaque d’alu 8/10 percée avec une minimèche à métal. On les peint puis on les colle avec une petite perle de colle « cyano » en gel avant de les clouer avec des petites aiguilles. Le rocambeau du bout-dehors est réalisé dans du fil de laiton.

 

 

31) et 32) Les patrons des voiles sont découpés dans une copie du plan de voilure. Une fois trouvée la teinte de chacune des voiles – ici un mélange de cachou et de différentes teintures –, on découpe chaque pièce dans la toile de coton. Comme il s’agit d’une maquette statique, les ourlets peuvent être réalisés en thermocollant, le résultat étant plus discret que la couture pour des petites échelles. Attention, il faut toujours interposer du papier de cuisson sulfurisé entre le fer à repasser et le ruban thermocollant.

 

33) Les voiles et le gréement sont enfin mis en place. Il ne reste plus qu’à faire un joli ber et un socle- en noyer ou en chêne.

 

 

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