Par Patrick Bertonèche – Utilisées en complément des filets, ou pour traquer une espèce particulière comme la girelle, les nasses ont longtemps fait partie du décor des quais provençaux. Aujourd’hui, ces splendides « paniers » ne sont pratiquement plus utilisés par les professionnels, mais les pêcheurs plaisanciers ont pris le relais. On trouve donc encore dans certains magasins spécialisés des nasses faites à la main avec les matériaux traditionnels. Robustes, légers, esthétiques, ils diffèrent radicalement des « casiers » du Ponant.

Les paniers provençaux peuvent se classer en deux grandes familles : 4 les horizontaux, qui s’allongent sur le fond, et dans lesquels le poisson entre en nageant horizontalement par l’une ou l’autre des extrémités, et les verticaux, dont l’entrée, à la partie supérieure, l’oblige à descendre dans le piège. Bien entendu, chaque type d’engin correspond à une ou plusieurs espèces, car il est conçu pour elles en fonction de leur mode de vie. Mais les poissons ne le comprennent pas toujours : il n’est pas rare qu’une murène délaisse l’emborgner qu’on lui réserve au profit du panier à girelle, ce qui se traduit toujours par des dommages et a le don d’irriter le pêcheur.

Les nasses provençales

Le gobier et l’emborgner (aussi appelé jambin, ou goumbin du côté de Marseille) constituent les deux paniers horizontaux les plus courants. De forme allongée, munis à une extrémité d’une goulotte (goulun) permettant l’entrée du poisson, et à l’autre d’une trappe en bois pour esquer (appâter) et sortir les prises, ils se différencient par leur taille et par des montages particuliers au niveau de la goulotte.

Le gobier ne dépasse pas les 50 cm de longueur pour 20 à 25 cm de diamètre. Il est destiné, comme son nom l’indique, à pêcher le gobi mais aussi les petits poissons de roche, si prisés dans la soupe et la bouillabaisse. Quant à l’emborgner, il peut atteindre jusqu’à 1,20 m, pour un diamètre de 50 à 60 cm. L’extrémité des brins de bois forme la goulotte d’entrée, de manière classique, pour la prise des poissons blancs tels que mulets ou loups; par contre, pour le congre et la murène — son utilisation la plus fréquente —, l’entrée est munie d’un morceau de filet se resserrant après le passage du poisson. C’est la fameuse pachole, terme auquel de mauvais esprits prêtent d’autres significations que la décence nous interdit de mentionner ici ! A Marseille, écrit Paul Gourret en 1894, ces engins étaient si appréciés des Napolitains qui exploitaient alors la rade, qu’ils en calaient jusqu’à deux cents pendant la nuit, avant de les reprendre à l’aube.

Dans les nasses à entrée verticale, entre le grand langoustier fabriqué en cannes refendues et le minuscule piadier, on placera le sardier et, notre préféré, le girellier. Le sardier, qui reprend les formes du girel-lier pour un gabarit et un échantillonnage trois à quatre fois plus fort (1,10 à 1,20 m de diamètre), est destiné à pêcher le sar, la daurade, le pageot et la saupe, toutes espèces qui se « travaillent » depuis longtemps au filet.

Petite curiosité régionale, le piadier, d’environ 25 cm de diamètre pour 15 à 20 cm de hauteur, avec une entrée relativement large à la partie supérieure, se cale en filières (un tous les 8 à 10 m). Il sert à pêcher la piade, nom local du bernard-l’ermite. Rassurons-nous tout de suite, les piades n’ont jamais été utilisées que comme appâts pour d’autres pêches ! Ces piadiers étaient fort appréciés des pêcheurs de l’Estaque à la fin du XIXe siècle.

Pour aguicher les demoiselles

Véritable ouvrage de vannerie, le girel-lier ne laisse pas d’évoquer ces superbes cages à oiseaux thaïlandaises, dont il a la finesse et la pureté de forme. Le comédien Louis de Funès avait été si séduit par cet objet que pour décorer un bar tropézien apparaissant dans l’un de ses fameux « Gendarmes », il acheta la totalité du stock que M. Lanza, fabricant à Six-Fours, venait de livrer !

Il n’est pas un pointu de Martigues à Cannes qui ne possède au minimum les deux girelliers que l’administration accorde aux plaisanciers. Et chaque pêcheur professionnel, même s’il ne les utilise que rarement, conserve précieusement ceux de son père ou grand-père. Figée depuis des générations, la forme de cet engin, tout comme sa finesse, semble avoir été dictée par la délicatesse et le caractère fantasque de la girelle qui, ne l’oublions pas, est le plus souvent appelée « demoiselle » — et même signora à Bastia ! Ce poisson côtier sédentaire aime les éboulis rocheux parsemés de petits herbiers, mais aussi les prairies de posidonies et zostères; il vit normalement à une profondeur de moins de 50 mètres.

Large de 15 cm à sa base, le girellier s’évase progressivement pour atteindre 35 à 45 cm à son plus grand diamètre (soit 15 à 20 cm de hauteur), puis se resserre ensuite progressivement, tout en gagnant encore 7 à 8 cm sur la hauteur, et replonge vers l’intérieur pour donner naissance à la goulotte. C’est là le plus important. Comme l’expliquent souvent les pêcheurs en caressant de la main la goulotte de leur panier, « la girelle, il faut qu’elle glisse toute seule vers l’entrée; le panier doit l’aider à tourner, là, juste au-dessus, et quand elle tourne comme ça, elle descend sans s’en apercevoir dans le goulun et là… pfutt ! »

Une plaque de plomb constitue le fond, ou semelle (1). Elle remplit la triple fonction de trappe de visite, pour mettre l’appât et extraire les prises, de lest, et enfin de stabilisateur garantissant la pose verticale du panier. Car pas une girelle digne de ce nom ne rentrera dans un panier qui vibre (qui bouge). Cet impératif conduit à réaliser les girelliers avec les brins les plus fins qui soient, afin de diminuer au maximum la prise au courant.

C’est encore « demoiselle girelle » qui a interdit l’utilisation de matériaux autres que le bois. « Il y a quelques années, rappelle un fabricant de girelliers, un type du côté de La Ciotat s’était mis à fabriquer des paniers en fil de fer galvanisé. Au début, ça avait bien pris, mais très rapidement ils n’étaient plus pêchants. Forcément : dans l’eau de mer, avec le sodium, le galvanisé fait une réaction chimique et ça dégage des ions; c’est un effet électrolytique. Les girelles le sentent et elles ne rentrent plus. Ses girelliers en fil de fer, il a pu se les garder après ! » Nous ignorons tout, pour notre part, du goût ou de la répulsion des girelles pour « les ions », mais il est acquis qu’un panier qui a pris le gasoil près d’un moteur ne vaut plus tripette !

Albert Laure présente les girelliers qu’il a réalisés pour son usage personnel. A gauche, deux engins en fil de nylon, dont l’un à trois goulots d’entrée; à droite, un girellier classique en bruyère. © Patrick Bertonèche
Le Brusc avant 1920. Au premier plan, à gauche, des girelliers et une torpille, vivier en bois remorqué par le bateau lors de la pêche, dont la conception permet aux girelles d’être conservées vivantes. A noter sur les girelliers la ceinture de billes de plomb servant de lest, et les signaou en liège. © Photo Marius Bar, Toulon

Il existe pourtant nombre d’imitations ou adaptations de girelliers, plus ou moins heureuses. Et elles ne datent pas d’aujourd’hui ! On trouve ainsi dans le catalogue Manufrance de 1921 un « girellier en grillage galvanisé, goulet à pointes flexibles plombées lestant l’appareil, que l’on suspend dans les anfractuosités des rochers ». Vendu 1 450 francs, cet engin, qui était sensé pêcher la girelle mais aussi les crustacés, avait 45 cm de diamètre et pesait 1 200 grammes. Inutile de préciser que la lecture de ce catalogue, à l’heure du pastis, a suscité de la part des gens du cru des réflexions dignes de figurer dans un roman de Pagnol !

Il existe tout de même des variantes réussies, comme celle d’Albert Laure, le président de l’association Lou peilou du Brusc à laquelle on doit le superbe musée de la pêche de Six-Fours. Pour son plaisir et son usage personnel, celui-ci a réalisé un girellier de plus d’un mètre de diamètre, en fil de Nylon de 300/100, doté de trois goulottes. Une réussite technique et esthétique, respectant les règles de base (courbes d’entrée, diamètre des goulottes), d’autant plus intéressante que l’engin serait pêchant.

Un travail d’artiste

Qui fabrique des girelliers ? Généralement un pêcheur, qui a commencé par faire les siens, puis ceux d’un frère ou d’un voisin, et a découvert là une activité annexe propre à occuper les mois d’hiver, ou une retraite pour laquelle il se sentait un peu jeune.

C’est un travail d’artiste. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les mains courir sur l’ouvrage et de contempler l’objet lui-même une fois fini. Mais c’est aussi l’œuvre d’un artisan, qui doit savoir choisir les bois et les essences appropriées, connaître les périodes de coupe, sélectionner les blettes (rameaux, ou jeunes branches) en fonction de leur souplesse, de leur longueur et de leur diamètre. Chaque fabricant sait également tout de la girelle, de son mode de vie, de ses réactions. Il n’en est pas un seul qui ne soit lui-même pêcheur de girelles, et qui ne passe plus de temps à parler d’elles que de la technique de fabrication du panier.

Cet ensemble de contraintes, aux limites mal définies et aux règles non écrites, fait que chaque fabricant a son style, sa technique, ses vérités, ses secrets, sa signature et… ses clients. Car les pêcheurs de girelles, particulièrement les anciens, ne s’embarrassent pas de précautions oratoires lorsqu’il s’agit de juger un panier. « Moi un panier, du premier coup d’œil je sais s’il est bon ou non, affirme Mathilde, patron pêcheur au port de Saint-Elme, aujourd’hui en retraite. Té ! y’avait ceux de Dédé dans le temps, ils étaient minables, mais fins, et ils prenaient pas le courant; c’étaient des bons paniers ça ! »

Plus un panier est fin et harmonieux, plus il sera pêchant, mais aussi fragile. Plus le bois est vert, plus il sera facile à plier, mais plus il risquera de travailler : le bois pourra « s’étrangler » — en gonflant il casse les fils —, ou a contrario, se « lâcher ». Il est aussi des paniers qui « chantent » — le bois gonflé ferait du bruit dans l’eau ! —, phénomène que la girelle semble ne pas plus apprécier que les paniers qui vibrent ou ceux qui sentent le gasoil. Ainsi existe-t-il des nasses qui durent des années — même « en les laissant à l’eau toute la saison, qu’ils en sont pleins de coquillages quand on les remonte ! » — et d’autres qui ne passent pas la saison.

« Un girellier, explique Henri Suquet, peut se faire avec toutes sortes de bois, pourvu qu’ils soient costauds, qu’ils ne cassent pas quand on les plie et qu’ils ne craignent pas l’eau de mer. » Ajoutons que les blettes, assez fines (3 mm), ne doivent pas gonfler à l’eau, ni se lâcher en séchant. Malgré ces contraintes, on trouve cinq espèces d’arbres ou d’arbustes dont les rameaux peuvent entrer dans la confection des girelliers. Bien entendu, chaque artisan a ses préférences, qui tiennent autant à la tradition qu’à la facilité d’approvisionnement.

L’essence la plus utilisée par les pêcheurs, et de longue date, est sans conteste le myrte, ce petit arbuste ornemental méditerranéen à feuilles persistantes coriaces, à fleurs blanches odorantes et à baies bleu-noir. La bruyère, qui abonde, est elle aussi d’usage ancien et fréquent, sous sa forme arborescente. Vient ensuite l’osier, nom courant de divers saules, dont certains servent en vannerie. La variété de couleurs offerte par cette famille — rouge, marron, vert ou jaune — entraîne souvent des confusions avec d’autres essences. Les fabricants de girelliers s’approvisionnent en osier auprès des mêmes fournisseurs que les vanniers, mais en ne choisissant que les « fonds de tonneaux » (2). On emploie également le nerprun et la bourdaine, deux petits arbustes à feuilles caduques et à petites fleurs verdâtres, dont les jeunes rameaux sont aussi utilisés en vannerie. Enfin, certaines nasses sont faites en rouvre, localement nommé couvé, un chêne courant en France, dont il existe deux sous-espèces.

M. Suquet présente une torpille ancienne (vivier) de sa fabrication. © Patrick Bertonèche

La confection du panier

Le girellier est un panier « cousu » et non tressé : fils et nœuds lient les brins et l’armature. Son montage peut se faire sur une forme, qui permet d’obtenir des paniers très réguliers et tous de même taille, ou sur le genou, sans le moindre gabarit*.

Un cylindre de bois, sorte de mandrin de la taille de la goulotte dans lequel est emmanchée une tige de bois d’environ un mètre de longueur, matérialise la forme. Sur cette tige seront successivement placés des cercles métalliques, qui serviront à plier les brins et les retenir au diamètre souhaité, le temps de coudre l’armature (les tours) dessus. Le reste de l’outillage se résume à un bon couteau accompagné de sa pierre à aiguiser, et à une sorte de navette (l’aiguille) identique à celles utilisées pour ramender les filets.

La technique est beaucoup plus facile à décrire qu’à réaliser. Il y faut de l’expérience, une forte dose de patience et des doigts de fer. Voici la manière de procéder :

Confectionner un cercle de 7 cm de diamètre en pliant un bois de 5 à 7 mm. La surliure est faite au fil grâce à une succession de demi-clefs. Fixer par paire, toujours par surliure, 60 à 70 baguettes fines, de manière à ce que la partie la moins épaisse dépasse du cercle de 7 à 8 cm. Prendre de nouveau un bois plus épais (environ 5mm) et aussi long que possible, l’entourer autour des brins à 2 cm au-dessus du premier cercle. Le lier sur eux de manière à former un cercle à peine plus grand que le premier. A noter qu’à ce niveau-là les brins sont toujours liés par paires. En tournant en spirale, réaliser ainsi trois tours espacés de 2 cm les uns des autres, et chacun d’un diamètre supérieur de 2 à 3 cm par rapport au précédent. Les brins restent toujours liés par paires. Sur le quatrième tour, croiser et lier séparément les brins. Pour chaque paire, un brin sera envoyé à gauche, l’autre à droite, ceux de droite passant par-dessus ceux de gauche. Effectuer encore deux ou trois tours suivant cette méthode. Lorsque nécessaire, rabouter le bois utilisé pour réaliser les tours avec un nouveau bois et par surliure, de façon à obtenir une spirale ininterrompue. Il en sera ainsi jusqu’à la réalisation complète du panier. Retourner l’ensemble, faire sortir le bois des tours entre deux brins, puis continuer les cercles en attachant les brins à l’intérieur. Au bout de cinq ou six tours, continuer en réduisant le diamètre de chaque tour pour finir par un cercle d’environ 15 cm de diamètre qui servira à fixer la porte.

Louis Darco récolte des brins de myrte pour la confection d’un girellier. © Patrick Bertonèche

Confection d’un girellier sur forme par M. Lanza, fabricant à Six-Fours. Ce nonagénaire a décidé de transmettre sa technique « afin que ça ne se perde pas ». Grâce à lui, de futurs artisans girelliers passent des week-ends studieux à se martyriser les mains en pliant et en cousant les blettes.© Patrick Bertonèche

Les bois de lune

Un panier est d’abord apprécié pour ses qualités de « pêcheur », mais ensuite pour sa durée de vie. Un girellier se vend actuellement 350 francs, sans la semelle de plomb, d’où l’intérêt de le conserver longtemps. Outre la nature du bois, la période de coupe semble être primordiale dans sa conservation. L’automne et l’hi-ver sont les meilleures saisons, du fait du retrait de la sève et, pour certaines essences, de la chute des feuilles. Mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte. « Je ramasse toujours mes bois « de lune », affirme M. Suquet, sinon les vers s’y mettent. C’est juste après la lune noire, quand elle va descendante. Quand la lune descend, la sève descend, les anciens bûcherons le savaient bien. Moi, certains de mes paniers, je les ai depuis plus de trente ans, et ils sont toujours aussi solides, durs comme fer ! »

Devant l’île du Grand-Rouveau, à bord de son pointu de 5,50 m Vincent, Louis Darco récupère le signaou, la bouée de l’orin du panier. © Patrick Bertonèche

Le choix des brins s’effectue en fonction de leur souplesse, de leur longueur et de leur diamètre. Pour un girellier, il faut entre 130 et 150 brins de 60 cm de longueur et de 2 à 3 mm de diamètre. S’y ajoutent des bois plus forts (5mm) choisis parmi les repousses de deux ans, constituant les 24 ou 25 tours de l’armature. La réalisation d’un seul girellier nécessite entre 70 et 80 mètres de bois, et 30 à 35 mètres de fil.

Lors de la récolte, on prépare celle de l’année suivante par une taille appropriée. Les repousses torses sont éliminées, tandis que sont conservées celles de l’année en prévision des besoins en bois pour confectionner les tours des futurs girelliers.

La capture de la girelle

Aujourd’hui, la pêche aux paniers n’est plus pratiquée que par les retraités et quelques plaisanciers avertis. Les professionnels, qui préfèrent utiliser des techniques plus efficaces, l’ont abandonnée. Ce que regrettent les consommateurs, qui ne trouvent presque plus de girelles sur les étals où elles se mêlent aux poissons de roches, sous l’appellation « soupe de roches ». Les anciens aussi le déplorent : « Un panier perdu ne pêche plus dès qu’il n’y a plus rien dedans, disent-ils, alors qu’un filet continue à pêcher tout seul, et avec le nylon utilisé maintenant, ça pêche longtemps ! »

Autrefois, les professionnels des paniers faisaient la girelle en été et les oursins en hiver. Ce type de métier avait l’avantage de pouvoir se pratiquer seul, alors que les filets ou le gangui (petit chalut) nécessitent un matelot. « On calait ses huit ou dix paniers, se souvient un pêcheur, puis on revenait lever le premier et on faisait le tour. Chaque panier était levé environ tous les quarts d’heure, alors, quand ils étaient sur la bronde, là où l’algue ne pousse plus, par quarante mètres de fond, fallait pas mollir ! On restait comme ça des heures à tomber, lever et esquer. Et il faut lever vite pour plaquer les girelles au fond du panier, sinon elles ressortent. Les jeunes maintenant ne veulent plus le faire, c’est trop dur et ça oblige à rester trop longtemps en mer. La girelle, on la ramenait vivante dans la torpille (le vivier), sans ça on l’aurait jamais vendue. Quand ça voulait donner, c’était rentable : on ramenait de dix à douze kilos dans une journée. »

Louis Darco vide son panier. Remarquer la semelle de plomb servant de lest posée sur le pont. © Patrick Bertonèche

La torpille doit son nom à sa forme. Ce vivier en bois que l’on remorquait derrière le bateau était doté d’une quille, de deux ailerons, d’un émerillon à l’avant et d’une porte sur le dessus. Ainsi les girelles ne subissaient pas la pression due à la vitesse de l’embarcation et évitaient de se noyer. Ce poisson délicat « tourne » si vite qu’il faut absolument le conserver vivant et le cuisiner au plus tôt.

Quant à la technique de pêche, elle tient compte de tout ce que nous avons déjà évoqué. Le panier doit être propre et ne doit pas vibrer — on évite ce défaut en lestant l’orin d’une pierre, amarrée à une ou deux brasses en amont, qui servira d’amortisseur. Pour appâter, quelques kilos de moules ou, pour les courageux ne craignant pas les piquants, des oursins, feront l’affaire.

Gros plan sur la pêche du jour du Vincent. Les frêles « demoiselles » jouent les arcs-en-ciel. © Patrick Bertonèche

Mais il faut encore savoir que la girelle a ses heures. Question de chaleur pour les uns, de luminosité pour les autres. Quoi qu’il en soit, tous s’accordent à dire qu’au printemps, le meilleur moment se situe entre 10 h et 13 h, alors qu’en août ou septembre, mieux vaut caler au lever du jour et au coucher du soleil.

La pêche à la girelle n’est soumise à aucune réglementation particulière. Par contre, s’il n’est pas interdit d’esquer ses paniers avec des oursins, ces derniers ne peuvent être pêchés par les professionnels que du début mai à la fin août, et jusqu’à la fin septembre par les plaisanciers. Qu’on se rassure, comme elle se fait de plus en plus rare chez les poissonniers, la girelle, ce poisson méditerranéen par excellence, est aujourd’hui largement sauvegardée. Les couleurs chatoyantes de cette demoiselle au sexe indéterminé -tantôt mâle, tantôt femelle — n’ont donc pas fini d’émerveiller les plongeurs.

Remerciements : à Messieurs Lanza, Suquet, Albert Laure, Louis Darco, et à l’institut océanographique Paul Ricard de Pile des Embiez.