Le Challenge Naviguer léger

Revue N°280

Gréés et chargés du nécessaire pour quatre jours de navigation en totale autonomie, les voile-aviron on d'abord bénéficié de conditions clémentes. De gauche à droite : Plénitude, le sharpie de Jean-Bernard Forie ; Gandalf, le grand Skerry à Emmanuel Conrath, et le Minahouet Pinocchio à Patrick Lacombe. © Jean-Yves Poirier

Par Gwendal Jaffry. La seconde édition du Challenge naviguer léger – cent milles en autonomie dans les pertuis charentais –  a regroupé quinze bateaux entre la Sèvre niortaise et la Seudre fin juin. Ce parcours, renouvelé et intéressant, s’est déroulé dans des conditions de navigation variées… et parfois musclées comme lors du bord final vers La Rochelle.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie et d’encadrés supplémentaires.

Lors du premier Challenge, en 2015, tout ne s’était pas passé exactement comme prévu… mais presque quand même (cm 271). Cette édition avait en fait révélé que si l’idée initiale était pertinente, l’organisation devait être plus légère et se présenter comme un rassemblement informel. L’esprit de compétition devait aussi être abandonné, le « chacun pour soi » permettant certes un clas­­­sement, mais n’apportant rien au propos. Sur une telle épreuve, il n’y a rien à démontrer… mais beaucoup à montrer. Montrer aux autres équipages pour qu’ils progressent, montrer au public pour le séduire.

Le 22 juin au soir, tous les inscrits – à l’exception des Jurassiens du Biraou qui arriveront pendant la nuit – se sont retrouvés à la guinguette du Corps-de-Garde à Charron (Charente-Maritime), lieu du départ fixé au lendemain par Gilles Montaubin et Jean-Yves Poirier, grands prêtres de ce Challenge.

Au petit matin, tandis que chacun se prépare, on associe peu à peu les visages à la monture. Dans l’ensemble, les bateaux sont plutôt calibrés. Point de multicoques ni de paddle doté d’une voile de kitesurf ; la réunion est bien celle de la grande famille des voile-aviron, avec beaucoup de variété.

Deux heures après la pleine mer, les bateaux gréés et chargés du nécessaire pour quatre jours de navigation en totale autonomie, et les vhf en veille sur le canal 77, la flottille appareille gentiment sous voiles dans des conditions très clémentes. Rapidement, et comme l’an passé, Emjo II, le monotype des pertuis d’Alain Goetz qui navigue en double, prend les devants, poursuivi sans peine par trois bateaux, Whimbrel, le Wayfarer de Stéphane Blanc (en double), Foxy Lady, la nouvelle monture de Gilles Montaubin (en double) et le Lili 6.10 d’Alain Largeaud (en double). Un peu derrière, le peloton est constitué des trois bateaux d’Arwen marine (le grand Skerry Gandalf mené par Emmanuel Conrath, le Skerry La Marie-Pupuce à Gérard Delorme et Pierre Mucherie sur sa yole de Chester Atipik), du Minahouet de Patrick Lacombe, du Youkou-Lili Hagar-Dunor à Jean-Michel Delcourt (en double) et, enfin, de mon Creizic, un plan que François Vivier a spécialement conçu pour ce type d’épreuves (cm 237).

Les bateaux qui étaient à la peine recollent au peloton

Derrière, on retrouve le Skerry de Jean-David Benamou, le doris de Francis Giraud (en double), l’Ilur Tournepierre à Emmanuel Mailly, le Biraou de Benoît Jaillet (en double) et, enfin, le Sharpie Plénitude à Jean-Bernard Forie. Régulièrement, les plus rapides ralentissent ou reviennent sur leur sillage pour que les écarts ne se creusent pas trop. Le vent, toujours portant, mollit alors que nous nous trouvons entre la pointe de l’Aiguillon et la tourelle des Islattes, qu’on doit virer. Gilles signale donc bientôt par vfh à la flottille de se diriger vers La Flotte. Et tout le monde de mettre du Sud dans sa route, sauf Emjo II qui va respecter le parcours initialement prévu.

Vers l’heure du déjeuner, une fois franchi le pont de l’île de Ré, tous les bateaux profitent d’une halte sur la plage de Sablanceaux pour se regrouper. Mais cette louable intention va s’avérer une fausse bonne idée pour certains. Au moment de repartir, un petit clapot s’est en effet levé, compliquant les appareillages. Whimbrel et Tournepierre sont incapables de descendre leur dérive, coincée par le sable… Le Wayfarer sera contraint de rejoindre Oléron en remorque du bateau d’assistance. Quant à l’Ilur… il y arrivera très, très tard.

Le port du Douhet est à 10 milles de Sablanceaux. La brise s’étant renforcée, la plupart des bateaux sont contraints de réduire la toile pour ce parcours au bon plein, cap au 195. Une fois dégagé de la pointe de Chauveau, la mer se forme mais demeure très praticable. Dans ces conditions, les bateaux qui étaient à la peine ce matin recollent au peloton, comme le Skerry à voile de jonque, un peu sous-toilé, ou le sharpie Plénitude de l’endurant et philosophe Forie.

Si le vent mollit après la cardinale Longe Boyard Nord, l’arrivée au Douhet ne manque pas de surprendre pour qui ne connaît pas les lieux. Le chenal, balisé de marque latérales flottantes, tourne brutalement sur tribord tout en se rétrécissant au niveau de la passe. Désormais bout au vent et sans pouvoir louvoyer, tout le monde est contraint de passer précipitamment de la voile aux avirons pour ne pas terminer sur les épis en roche balayés par la houle. La plage prévue pour la nuit étant d’ailleurs soumise à du ressac, les bateaux resteront au ponton, à l’exception du Skerry de Jean-David qui va cabaner sur une autre plage.

Les bords rangés, les gosiers hydratés et les corps douchés, il est temps de dresser les tentes au pied de l’étonnante villa Durandière. C’est aussi là que nous pique-niquerons en commun ce soir… où personne ne fera de vieux os.

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Conçu comme un rassemblement informel et sportif, le Challenge ne privilégie pas l’esprit de compétition. De gauche à droite : le Minahouet Pinocchio, la yole de Chester Atipik, le Wayfarer Wimbrel et le Biraou Carpe Diem.
© Jean-Yves Poirier

En deux longueurs, le vent tombe et l’eau se lisse

Le vendredi, nous appareillons à 8 heures. Pour gagner la pointe des Saumonards, il faut traverser l’anse de la Maleconche sans trop prendre de rond pour éviter le courant de Suet, d’autant que la brise portante reste légère. Par le travers de Fort Boyard, le jusant se fait clairement sentir. C’est d’ailleurs ici qu’on croise quantité de pêcheurs de bars. La flottille, très étalée, longe les parcs en suivant les cardinales Sablière d’Arceau, Lamouroux, la Casse, Juliar… Au banc de la Mortane, Gilles propose de mouiller pour attendre la renverse. Ce temps est mis à profit pour déjeuner, faire une sieste, lire ou suivre le travail des ostréiculteurs qui retournent les poches et changent les tables. Le va-et-vient des barges est incessant. Sur certaines, les dames des ostréiculteurs sont installées sur des chaises de jardin à l’ombre d’un parasol…

À l’étale, Gilles réveille tout son monde. En deux heures de temps, la brise a bien fraîchi. Devant moi, je vois Emmanuel Conrath prendre un ris, en à peine dix secondes grâce à des manœuvres très bien pensées. Nos bateaux ayant un gréement similaire et une marche proche, peut-être devrais-je faire de même ? Mais le vent porte, il fait beau, il fait chaud… Reste que les deux heures qui vont suivre, à naviguer tout dessus plein vent arrière dans un petit force 5, régulièrement frôlé de barges ostréicoles lancées à plein gaz et cerné par les piquets des parcs, puis par les rives envasées, ne seront pas vraiment une navigation sereine.

Certes, Creizic va vite, très vite même, mais la prudence n’aurait pas été superflue. Plus tard, Jean-Bernard Forie m’expliquera tout l’intérêt du gréement à livarde de son sharpie dans ces conditions. « Quand ça forcit, j’amène les deux balestrons, ce qui divise la surface de voilure par deux, la partie supérieure de chaque voile se repliant sous le vent. » La Seudre est donc avalée rapidement, portés que nous sommes par la brise, mais aussi par le courant. Passé le chenal de Chaillevette, il faut être vigilant pour ne pas manquer celui de Mornac, et surtout ne se poser aucune question au moment de foncer vers le panneau de circulation routière qui le signale ! Et la magie opère. En deux longueurs, le vent tombe et l’eau se lisse. Le bateau file sur son erre. Il est bientôt temps de mettre aux avirons, dont les pelles touchent parfois les rives de vase, jusqu’au havre charmant où chacun trouvera une place à quai ou sur une cale.

Ce soir, nous dînons au restaurant (malgré l’autonomie…), avant de regagner nos tentes dressées dans un champ fraîchement tondu pour nous.

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Dès que le vent forcit, Emjo II, le monotype des pertuis à Alain Goetz, et Foxy Lady, à Gilles Montaubin, s’envolent. © Jean-Yves Poirier

Le courant forcit et nous embarque sur son tapis roulant

Le samedi, Gilles Montaubin a prévu le départ vers 9 heures, soit à la pleine mer pour profiter du jusant. Cela nous laisse le temps de visiter la jolie Mornac. Comme la veille, c’est à l’aviron qu’on emprunte le chenal, le vent de force 4 avec rafales ne se faisant sentir qu’une fois en Seudre. Voiles bien arisées, nous voilà partis pour 10 milles de louvoyage sur un plan d’eau ne dépassant pas les 100 mètres de large, veine liquide parcourue de mulets volants, dont un intrépide représentant n’hésite pas à s’inviter à bord de Gandalf.

Heureusement, au fur et à mesure de la descente, le courant forcit et nous embarque sur son tapis roulant. Dans ces conditions, le sharpie Plénitude souffre. « La coque, en contre-plaqué époxy de 10 millimètres d’épaisseur, est lente, m’expliquera Jean-Bernard Forie qui a conçu et construit ce bateau il y a vingt ans. Surtout, elle tape abominablement au près dès que le clapot est un peu formé. En revanche, son tirant d’eau dérisoire, sa grande stabilité initiale et son grand volume intérieur sont d’indéniables atouts quand il s’agit de vivre à bord. »

À cette allure, c’est aussi le Biraou qui peine avec sa voile non bômée et dotée d’une unique bande de ris. En fait, tous les bateaux lourds – comme l’Ilur ou le Doris – sont pénalisés. Devant, le Wayfarer, Foxy Lady, le Lili 6.10, ou encore Emjo II se sont envolés, suivis du Creizic, du grand Skerry ou encore du Minahouet. Et s’il est un couple qui surprend, c’est Pierre Mucherie et son Atipik. Pierre, déjà propriétaire d’un Pirmil, était à la recherche d’un bateau plus léger et facile à mettre à l’eau en n’importe quel lieu. Son choix s’est porté sur une yole de Chester – un plan Chesapeake Light Craft importé par Arwen marine – qu’il a modifié : ajout de coffres aux extrémités afin d’augmenter la flottabilité et les rangements pour la randonnée, installation d’outriggers rabattables et d’un siège à coulisses.

Il en a surtout fait un voilier. « Je l’ai doté d’une voile de Laser Pico (5,10 mètres carrés), enfilée sur un mât en carbone de planche à voile, explique-t-il. La réduction, jusqu’à l’effacement, se fait par enroulement, pour un fardage raisonnable. Le safran est à tire-veille, ce qui permet de l’utiliser depuis n’importe quel endroit du bateau. Des sièges latéraux, à trois positions, apportent du confort au rappel. Le vide-vite, indispensable, car le bateau est bas sur l’eau, fonctionne dès 4 nœuds au près ou au portant. Il n’y a pas de dérive, mais deux quilles latérales longues et peu profondes (20 centimètres de tirant d’eau). Ainsi, le fond est protégé et je passe partout… même si j’ai quelques regrets au près serré et au louvoyage ! » Pourtant, au plus près sur la Seudre, Pierre, très endurant, joue dans la bonne moitié de la flotte.

« Repousser le moment où une bonne brise devient du mauvais temps »

Parvenus à la Cayenne, les premiers attendent les derniers, certains posés sur la cale. Le temps de manger un bout et de revoir les configurations de voiles – le vent a légèrement faibli –, c’est reparti, cette fois à destination du banc de Gatseau. Passé le pont de la Seudre, le plan d’eau a l’air de s’élargir, mais les parcs signalés de piquets demeurent. On louvoie, attentifs, tout en veillant aux risées et en mémorisant la trace d’Emjo II, le local de l’étape. Comme il en a l’habitude, Emmanuel Conrath quitte bientôt notre groupe de quatre –  avec Hagar-Dunor et le Minahouet – pour rejoindre les plus lents. Venu l’an dernier avec un Skerry raid, Emmanuel a choisi cette année son grand Skerry. « Je voulais repousser le moment où une mer belle et une bonne brise deviennent du mauvais temps, indique-t-il. Gandalf fait 5,49 mètres de long (4,49 mètres à la flottaison et 1,65 mètre au maître-bau). La misaine fait 11,80 mètres carrés avec deux grandes bandes de ris très faciles à prendre qui la réduisent à 9,10 mètres carrés et 6,40 mè­tres carrés. À l’aviron, je dispose d’un siège à coulisses qui donne de la puissance et économise les efforts. Armé pour le Challenge, Gandalf pèse environ 230 kilos. On est donc limite hors sujet pour ce qui est du “naviguer léger”, même si j’ai à bord quatre rouleaux gonflables qui me permettraient de bouger le bateau seul si nécessaire. Par contre, je navigue depuis la Sèvre sans les ballasts – deux réserves de 66 litres de part et d’autre du puits, destinées à apporter de la stabilité et donner de la puissance dans le clapot –, et je me suis aperçu que le bateau se comporte finalement aussi bien. »

Parvenus au banc de la Palette, cap est mis au Sud-Ouest, vent de travers, pour gagner l’extrémité d’Oléron où chacun vient échouer sur la plage le temps de déjeuner. Une bonne heure plus tard, on s’apprête à reprendre la mer, tandis que Plénitude n’est plus qu’à une encablure du but. En route vers Brouage, à une douzaine de milles, la brise est encore vive mais plus régulière, la mer clapoteuse. Gilles a beau nous avoir prévenus – « une fois parvenus à la rouge, vous longez les piquets au plus près » –, l’arrivée sur le chenal qui mène à la place forte ne manque pas de surprendre. C’est en effet au dernier moment qu’on découvre ce « sentier » balisé de perches, ligne ondulante perdue au milieu d’une immensité liquide couleur de boue.

Plein vent arrière, avec le courant déjà fort dans le même sens que le vent, et sachant que le moindre écart conduit à l’échouement, la concentration est maximale. Dès les premières cabanes atteintes, nous sommes d’ailleurs quelques-uns à préférer poursuivre à sec de toile, voire aux avirons, comme en lévitation sur des volutes marron. Paisibles et contemplatifs.

Le port de Brouage est en fait un plan incliné sur lequel nous venons nous échouer côte à côte. Ce soir encore, ce sera restaurant, avant de dormir dans un champ préparé par la mairie.

Le lendemain, dernier jour du Challenge, nous profitons de la marée qui se décale pour visiter l’étonnante citadelle. C’est qu’on devient vite matinal quand la fatigue vous fait tomber en même temps que la nuit… Aujourd’hui, Gilles Montaubin et Jean-Michel Delcourt navigueront en solitaire. Quant au Biraou, on le charge sur sa remorque direction le Jura. La route est longue pour certains.

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Durant ce Challenge, les participants ont affronté des conditions de navigation très variées. Une partie de plaisir et quelques brusques montées d’adrénaline. © Jean-Yves Poirier

Les conditions se sont dégradées à l’arrière de la flotte

Pour ces derniers milles, la consigne est claire : route directe, on ne s’attend pas. Au terme d’un bon quart d’heure passé à débarrasser pieds et cockpits d’une abominable vase collante et glissante, c’est l’appareillage, pour les deux tiers à l’aviron et pour certains en remorque des « motorisés ». Dès la fin du marais, quelques-uns choisissent de mettre à la voile, coupant à travers « bancs ». Devant, Jean-David fait enfin valoir le potentiel de son Skerry à l’aviron, Pierre Mucherie le talonnant sur Atipik. Je les suis, de loin jusqu’à la fin du chenal, bout au vent, avant de mettre à la voile à mon tour. Dès lors, c’est au louvoyage que nous progressons dans de très agréables conditions. À mesure que le vent forcit, Whimbrel et Foxy Lady s’envolent, suivis d’Emjo II. Juste avant les Palles, Gandalf me double.

Passé la pointe de Coudepont, le vent forcit comme chaque après-midi et c’est sous un ris que je traverse la rade des Basques au bon plein avec une mer qui se forme. Dès la Ouest des Minimes, le retour à la civilisation est brutal : adieu chenaux, vases et piquets, bonjour l’autoroute des vacances ! Des coques blanches étincelantes de 8 à 16 mètres de long se suivent en file indienne sur près d’un mille pour gagner le port. À 6 nœuds, je slalome entre elles jusqu’à atteindre la cale où sont arrivés quarante minutes plus tôt le Wayfarer et Gilles au terme d’une « régate » qui les a visiblement enthousiasmés.

« Malgré les apparences, Foxy Lady n’est pas si extrême, précise Gilles. Il est marin et assez sécurisant. Là, par exemple, je n’ai pas réduit la voilure. Son principal atout est en fait son efficacité au près. Et tout le monde connaît le dicton quant à cette allure : “Deux fois la route, trois fois la peine” ! » Bientôt, c’est au tour du Minahouet d’arriver, suivi d’Atipik, Gandalf, etc. Pourtant, ce final qui aurait dû être une fête connaît un rebondissement quand Jean-Michel Delcourt arrive sans son bateau : il a chaviré à quelques milles du port (lire encadré p. 77). Ce qu’on ne pouvait soupçonner, c’est que les conditions de mer se sont sévèrement dégradées pour l’arrière de la flottille. « J’ai embarqué à tel point que je n’arrivais même plus à vider », nous lance Jean-David en arrivant à son tour. Plus tard, c’est Jean-Bernard Forie qui téléphone pour signaler qu’il a fait terre au pied du fort Saint-Jean. Son balestron de fortune ayant cassé – il avait perdu sa livarde la veille –, Plénitude dérivait vers les plateaux rocheux. « Sitôt quitté l’abri de l’île d’Aix, sous un ris, le clapot est devenu épouvantable, nous racontera-t-il. Il fallait négocier chaque vague qui se dressait comme un mur. Inquiet pour mon gréement, la priorité restait de sortir coûte que coûte de ce chaudron bouillonnant. Et mon balestron a lâché. La côte sous le vent était hostile, avec peu d’abris accessibles. Identifier les amers était quasi impossible, occupé que j’étais à parer les plus grosses vagues. J’ai visé la jetée du petit port d’Angoulins, mais le vent et le courant m’en ont écarté. J’ai longé un plateau rocheux à fleur d’eau. À sec de toile et aux avirons, je forçais le sharpie à faire tête aux petites déferlantes. J’ai alors pu mouiller dans très peu d’eau, là où les vagues étaient plus petites. Quand le flot a recouvert les roches, j’ai pu venir m’échouer au pied du fort Saint-Jean. »

Ces derniers soubresauts seront finalement vite oubliés, notamment après que Jean-Michel aura récupéré son bateau. Le soir même, chacun évoque le plaisir qu’il a eu sur cette épreuve. On parle déjà de l’édition 2017, plusieurs voix, y compris locales, envisageant la possibilité de changer de plan d’eau pour ne pas se lasser. Le Finistère Sud ? La région malouine ? C’est aussi le temps des constats – on remarque qu’on a très peu nagé –, l’importance de la sécurité et de l’arrimage du matériel, la nécessité d’une vhf étanche et reliée aux hommes…

On émet aussi le souhait de voir la notion d’autonomie renforcée, qu’il s’agisse de la nourriture ou de la propulsion, pour ne pas perdre de vue les fondamentaux de ce rendez-vous. Ne compter que sur soi-même change tout. Dans un an, nous devrons être encore plus solidaires…

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