La famille Galup

Revue N°314

En baie de Socoa, les trois Galup
En baie de Socoa, les trois Galup se suivent et se ressemblent… presque ! 
Dérive sabre centrée sur le Galup 2,80, longueur de timon réglable sur le Galup 3,40, dérive pivotante déportée sur le 4,50… 
Chacun a ses caractéristiques propres, 
très originales pour certaines. © Olatz Tarrega 

par Gwendal Jaffry – Le Galup conçu et proposé barre en main par Philippe Saint-Arroman existe aujourd’hui en trois versions. Des livrets permettent aussi à un amateur de construire son Galup de 2,50 mètres, 3,40 mètres ou 4,50 mètres… Avec succès, commenous avons pu le constater sur les rives de l’Adour puis en mer Cantabrique.

L’article publié dans la revue Le Chasse-Marée bénéficie d’une iconographie enrichie.

Faut-il commencer en disant le charme de la route qui mène à l’atelier de Philippe Saint-Arroman et de l’association les Escumayres-Talasta, longeant l’Adour vers l’aval depuis le château du Bec du Gave qui regarde le fleuve se scindant ? On pourrait aussi attaquer avec une fable luzienne, dont la morale serait qu’à trop attendre que le vent se calme, on finit par le perdre complètement… On en rêvait pourtant, la veille, de cette brise, tandis qu’on ramait sur le fleuve, en face du chantier, sous les frondaisons des platanes et des peupliers ! Mais peut-être faut-il attaquer par le dîner, le vendredi, à l’étage du local de l’association. Nous étions une dizaine à table, dégustant des chipirons dans leur encre avant une goûteuse piperade, tout en savourant les histoires de Pittu Aguirre comme cette fois où, un soir d’escale de la chaloupe Brokoa au Pays Basque Sud, après une rude journée de mer, il avait préparé à bord et pour tout l’équipage un marmitako – ragoût de thon, pour les moins familiers de la gastronomie basque – entré dans la légende… En fait, c’est un peu de tout cela qu’il faut pour appréhender en douceur l’univers de Philippe et de ses escumayres – « forbans », en gascon –, avant d’embarquer sur ces Galup que nous sommes venus découvrir. 

Philippe Saint-Arroman

Philippe Saint-Arroman dans son atelier de Guiche, sur les bords de l’Adour. © Olatz Tarrega

Une inspiration renouvelée par de vieux couralins de l’Adour

« Ses » Galup, devrais-je écrire. Car, si ce nom évoque bien une embarcation traditionnelles des lacs landais (lire encadré p. 94), ceux de notre architecte charpentier de Guiche ont leurs caractéristiques propres, qui témoignent de son style. Ces créations renvoient à un univers singulier où il est question de Gascogne, de traditions, mais également de simplicité et de légèreté, d’accessibilité et de partage…

Les lecteurs du Chasse-Marée connaissent déjà Philippe Saint-Arroman, qu’on avait rencontré sur le rassemblement Adour (CM 248), organisé tous les deux ans par les Escumayres, lors de l’essai de son Drôle (CM 266) ou encore avec les chasseurs de rias (CM 275). Mais en retraçant son parcours, on comprend mieux son univers et ses bateaux.

Initié à la voile au Pays Basque, c’est en rade de Brest qu’il tâte du patrimoine quand, à la fin des années 1970, scolarisé au collège Naval, il a l’occasion d’embarquer à bord de la Grande Hermine. C’est aussi là qu’il découvre la revue d’histoire nautique Le Petit Perroquet, qu’il dévore à la bibliothèque du collège… « Jusqu’au jour où il en a disparu, après la publication d’un article sur l’abandon du thonier Mimosa par la Marine, qui l’avait en sa garde au Musée de Lorient ! Alors je me suis abonné. »

De retour dans son Sud-Ouest, Philippe navigue au sein du Yacht-club basque, en Moth Europe notamment. Mais la compétition, qu’il va pratiquer au niveau régional, ne lui plaît guère, surtout quand il constate que les performances de chacun sont aussi très liées à leurs capacités financières… « Puis je me suis éloigné du bateau, petit à petit, tout en sachant que j’avais ça au corps. J’ai eu des enfants, j’ai construit ma maison, je suis devenu artisan dans le travail du bois. J’étais passé à autre chose. »

Le galup des lacs

Il ne faut pas confondre le galup, plate des lacs landais, et la galupe, bateau de charge de l’Adour qui pouvait mesurer jusqu’à 20 mètres de long même s’ils ont quelques points commun, explique Philippe, comme une belle tonture et une levée qui se termine en pointe à l’avant. »
Le galup, propulsé à la rame ou au palot, aviron ferré servant aussi bien de godille que de perche, servait à la pêche et à divers usages, comme la chasse aux canards. « À l’origine, poursuit Philippe, sa structure était faite de courbats, un mot gascon qu’on utilise pour qualifier les courbes naturelles qu’on prélève dans les arbres. Ici, on se sert des pins des Landes qu’on trouve juste derrière la dune, ces arbres qui la protègent et qui sont tordus par le vent. Cette structure réunit la sole au bordé, qui en recouvre le chant au bouchain. » Le galup se caractérise aussi par la structure de son étrave, avec un profil triangulaire sur laquelle vient s’appuyer le bordé. « Il n’y a pas de râblure. On pose un bordage contre l’étrave, puis on l’arase et on vient poser l’autre bordage. C’est simple à faire et ça ne nécessite que des outils de base. Et puis c’est très solide car l’arête finale, souvent protégée par un bout de zinc, est très épaisse. »
Philippe a relevé plusieurs galups au cours de ses balades. « Certains étaient “originaux”, dont un pointu aux deux extrémités. Mais je suis aussi tombé sur un galup à marotte, très effilé, très élégant. Un ancien m’avait appris qu’il servait à pêcher la pibale [ou civelle, alevin d’anguille] : le tamis étant à l’avant du bateau, ils avaient besoin de portance et de stabilité à cet endroit. »
Jean-Jacques Lahouze est aujourd’hui le dernier constructeur de galups. Depuis 1982, malheureusement sans avoir pu recueillir le savoir des anciens charpentiers, ses prédécesseurs, il en fabrique chaque année plusieurs exemplaires, essentiellement pour les chasseurs de canard. « Ces derniers n’aiment pas les bateaux en plastique, trop volages. La saison terminée, ils coulent leurs bateaux, qu’ils ressortent au retour des beaux jours pour les passer au coaltar. Et c’est reparti. »

galup

Le week-end, tandis que certains cherchent des champignons ou des châtaignes ; Philippe traque les galups ! Pour documenter 
ce bateau traditionnel méconnu des lacs landais, il en a relevé plusieurs exemplaires comme celui ci-dessous, étudié à Léon (Landes) en 2011. © coll. Philippe Saint-Arroman

 

À la quarantaine, bien que son métier l’amène à travailler sur de beaux chantiers, Philippe sent qu’il est temps de changer de voie. « Je n’apprenais plus grand-chose, tandis que, dans le même temps, j’étais attiré par le collectif, le partage, la transmission. » C’est aussi à cette époque que le bateau refait surface dans sa vie. « En me promenant le long de l’Adour, j’ai vu de vieux couralins. Je sentais que ces petits bateaux traditionnels à fond plat étaient intéressants et, bien que ne pratiquant pas le voile-aviron, je voyais qu’ils pouvaient être ainsi déclinés. Cette idée m’intéressait car il était question de patrimoine et d’un type de navigation pertinent, notamment en fluvial. » Philippe s’attelle également à la restauration d’un Estuaire 9 mètres qu’il revend dès la fin du chantier. « C’était une manière de me vider la tête alors que je me lassais de plus en plus de mon travail d’artisan. C’est aussi là que j’ai ressorti le Manuel de construction des bateaux en bois de Robert M. Steward, un des meilleurs de mon point de vue, que j’avais acheté à Bayonne quand j’avais une quinzaine d’années, à l’époque où, sans le savoir, j’ai appris à résoudre les formes non développables en construisant des maquettes… »

Pour sa nouvelle vie, qu’il verrait bien sur l’Adour, à la manière des chantiers Tramasset qu’il est allé découvrir sur les rives de la Garonne, Philippe doit se former. L’AFPA d’Auray, trouvant son niveau bien trop élevé, lui conseille de postuler aux Ateliers de l’Enfer… dont il n’aura plus de nouvelle après les épreuves de sélection. C’est finalement une formation du GRETA au Lycée de la mer de Gujan-Mestras qu’il va intégrer pour huit mois. « On a travaillé autour de la charpente navale, du bois moderne, des composites. Le jeudi, journée sans cours, je me rendais sur le chantier du bac sardinier Argo, pour donner la main à Gérard Carrère qui menait la construction avec Jacques Lapeyre et Jean-Pierre Dubourdieu, deux autres figures de la construction navale locale. J’engrangeais ! C’est en les regardant travailler que j’ai appris à appréhender la difficulté. » À l’école, il se souvient aussi de certains formateurs très compétents comme Gérard Landelle, régatier et ingénieur de formation. « Il était censé nous faire un cours sur l’accastillage mais, comme il trouvait ça nul, il nous a initiés à l’architecture navale, à raison d’une à deux heures par semaine, de manière très accessible. C’est ainsi que j’ai appris le nécessaire pour concevoir de petites unités. »

galup

© coll. Philippe Saint-Arroman

« Obtenir un bateau économique et simple à construire »

Si Philippe a toujours dessiné des bateaux, ceux qu’il trace désormais, il va les construire. En 2004, au lendemain de sa formation et avec quelques amis, il crée l’association les Escumayres-Talasta, dont l’objet est la construction de petites unités en bois moderne. Un chantier naval associatif – dont il sera longtemps le salarié – afin que le plus grand nombre puisse goûter aux joies de la navigation sur des embarcations construites sur place et qui s’intègrent à l’environnement. Le couralin Kural est son premier plan mis sur cale.

Aujourd’hui, alors qu’il a retrouvé son indépendance, tout en partageant un bâtiment avec l’association, le catalogue de Philippe propose neuf plans, dont les trois Galup qui nous ont amenés ici. Tous sont destinés à être construits en contreplaqué « moderne », selon une technique que Philippe distingue du contreplaqué « classique », c’est-à-dire sans époxy et sans tissus. « Le contreplaqué classique est intéressant pour les gens allergiques à l’époxy, par exemple, puisque la colle polyuréthane suffit. En revanche, il nécessite d’avoir quelques connaissances en menuiserie et les coques sont plus lourdes qu’en contreplaqué époxy. Enfin, comme elles sont plus longues à construire, elles sont plus chères, barre en main. Du coup, il n’y a guère de demande… »

La conception du premier Galup, le 2,80, est arrivée un peu par hasard, dans le contexte d’une animation autour du chantier de la pinasse de côte de Vieux-Boucau, que Philippe dirigeait. Il s’agissait alors d’obtenir un bateau économique et simple à construire, pour des stages d’initiation à ce type de construction.

Plus tard, il donnera naissance au Galup 3,40, qui s’inspire davantage d’un vrai galup traditionnel, dans ses formes comme dans ses proportions. « Pour que son coût reste raisonnable, j’ai fait en sorte que les virures du bordé tiennent en longueur dans une feuille et demie de contreplaqué, l’aboutage des deux parties se faisant avec un système d’entures multiples que j’ai créé. » Sur le Galup 3,40, Philippe dispose des bancs latéraux tandis que la dérive est décentrée pour dégager l’intérieur.

Quant au Galup 4,50, troisième et dernier modèle, il sera créé suite à la demande de Thomas Guérard, un adhérent de l’association qui, trente ans après ses premiers bords en Bretagne, a redécouvert la navigation avec les Escumayres tout en tombant amoureux de l’Adour. « Quand je me suis mis en tête d’avoir mon voile-aviron, explique-t-il, je souhaitais que ce soit une unité d’un coût raisonnable et aussi adaptée aux navigations fluviales que maritimes. » Thomas apprécie beaucoup le couralin Mesclagne, œuvre de Philippe, mais il souhaite un canot plus léger, avec une dérive déportée comme le Galup 3,40, et un coffre. « Le Galup 4,50 est né ainsi, poursuit Philippe. C’est une déclinaison logique, car 4,50 mètres, c’est pour moi la longueur standard du voile-aviron. On peut gérer seul un bateau de cette taille, mais aussi embarquer un ou deux équipiers. Et ça rentre dans un garage… » Outre les souhaits de Thomas, le Galup 4,50 se distinguera aussi du 3,40 par sa dérive pivotante et son étrave en bois massif, quand son petit frère n’a un simple joint congé renforcé à la proue.

construction Galup

Pour la construction – ici, celle d’un Galup 2,80 –, Philippe Saint-Arroman fournit au charpentier amateur un livret comprenant une liasse de planches, le plan de voilure, un texte explicatif et des photos. Les trois modèles sont construits selon le même procédé, en commençant par la fabrication d’un moule femelle (1) dans lequel sont rapportés les bordés (2), puis la sole et le tableau. Toutes ces pièces sont solidarisées par un joint congé (6) stratifié (3). Les cloisons du banc central et le puits de dérive sont installés (4), comme les membrures et le liston (5) qu’on laisse dépasser avant de les araser (7). Le haut du tableau est doublé tandis que l’étambrai cintré est constitué de trois épaisseurs de contreplaqué de 5 millimètres collées en forme afin de lui donner son bouge. La sole et le bouchain sont stratifiés (9) avant la pose de quilles d’échouage (10). « Reste » à peindre (11), façonner appendices, espars et avirons… À noter que livret du Galup 2,80 est en téléchargement libre sur . © coll. Philippe Saint-Arroman

Comme à son habitude, Philippe a tracé ces trois plans à la main. « J’ai du plaisir à dessiner avec mes baleines. Sur un ordinateur, ça deviendrait un vrai travail ! À la main, avant de faire un trait, tu observes, tu réfléchis… Car d’un trait découlent les autres. » Les grandes lignes posées, il calcule rapidement le volume de carène pour le comparer au déplacement prévu dans le cahier des charges. « Si c’est cohérent, j’avance. Sinon, je revois tout. » Philippe utilise la méthode du quart de nonante pour tracer toutes les courbes des Galup – rond de sole, tonture… « Par jeu, j’avais utilisé cette technique pour Mesclagne. Comme le bateau est élégant dans sa simplicité et performant, j’ai remis le couvert. Les courbes sont ainsi des arcs de cercle, dont l’aboutissement, selon la hauteur du franc-bord, détermine la quête de l’étrave. »

Comme tous les plans de Philippe, les Galup sont proposés barre en main (moyennant 3 100 euros pour le Galup 2,80, 3 900 euros pour le Galup 3,40 et 5 400 euros pour le Galup 4,50), mais également sous la forme d’un livret de construction. Celui du Galup 2,80 est disponible en téléchargement libre sur son site, <kanota.info>. Le livret comprend une liasse de planches, le plan de voilure ainsi qu’un texte explicatif. Sur le site Internet, on trouve également des photos qui peuvent aider tout au long du chantier. Et Philippe reste disponible au téléphone. Riche de tout ça, on risque peu de se perdre !

Les coques des trois modèles sont construites en contreplaqué époxy dans un mannequin femelle. L’outillage nécessaire est basique et les matériaux faciles à trouver, quitte à demander à un menuisier de déligner et raboter le peu de « bois d’arbre » massif qu’il faut pour les listons et les espars, par exemple. Car point de découpe numérique proposée ici. « Mes plans sont cotés et je propose un calepinage. Si quelqu’un n’est pas capable de lire un tel document, je doute qu’il soit en mesure de construire un bateau… Prendre une feuille de contreplaqué, y reporter des cotes et découper, ça fait partie du travail. Et, surtout, ce n’est pas très compliqué, en plus de faire économiser de l’argent. Par ailleurs, la résine époxy a l’avantage de pouvoir remplir un trait de scie sauteuse un peu imparfait… »

les avirons du Galup

Quand ils ne servent pas, les avirons du 4,50 sont engagés dans une découpe prévue à cet effet dans le coffre avant, puis clipsés sur la cloison de banc. Ainsi, ils ne gênent pas et demeurent faciles d’accès. © coll. Philippe Saint-Arroman

Une vingtaine de Galup déjà construits par des amateurs

À ce jour, une douzaine de Galup 2,80 auraient vu le jour – le livret étant en téléchargement libre, il est impossible de connaître précisément le nombre –, de même que cinq Galup 3,40 et deux 4,50. Loi du genre, tous ne sont pas identiques. Un constructeur amateur a par exemple ponté l’avant de son 3,40, qui dispose ainsi d’un coffre de l’étrave jusqu’à l’étambrai. « Il a aussi rehaussé le franc-bord, ce qui n’est pas très heureux. En revanche, sur une unité actuellement en construction, le propriétaire a eu la bonne idée de mettre le puits de dérive à l’extérieur du compartiment étanche longitudinal plutôt qu’à travers celui-ci comme c’est prévu, pour éviter des conséquences d’infiltrations, sachant que c’est une zone ensuite inaccessible. »

La plupart des Galup 3,40 et 4,50 ont été construits au sein de l’association qui dispose d’un espace dédié aux chantiers, Philippe étant présent pour donner conseils ou coups de main. « Cela dit, avant cela, ma première tâche auprès d’un amateur qui souhaite se lancer consiste à définir son programme pour trouver le meilleur plan. Car il est très fréquent que leur choix initial ne corresponde pas à leur cahier des charges. » Philippe peut ainsi accompagner tous types de projets, quel que soit l’architecte.

Bigarrena

Le Galup 4,50 Bigarrena et un Galup 3,40 sur l’Adour. © Olatz Tarrega

Patrick Joyeux s’est ainsi retrouvé à construire un Galup 4,50. « J’ai découvert l’association il y a trois ans grâce à Dominique Roger, ami et collègue de travail qui a construit pour sa part Tipiak, un Galup 3,40. J’ai par ailleurs un croiseur de 11 mètres, mais le voile-aviron me permettrait notamment de naviguer au fond du bassin d’Arcachon où j’ai de la famille, en embarquant une ou deux personnes. Et puis l’idée de créer quelque chose de mes mains me plaisait, même si je ne connais rien au travail du bois. »

Dix-huit mois, à raison d’une demi-journée par semaine, lui auront été nécessaires pour mener à bien la construction d’Alaia (« Joyeux », en basque), mis à l’eau à la fin de l’été dernier. « J’ai tout fait moi-même, sauf les coupes à la scie à ruban dont Philippe s’est chargé. Comme la construction d’une maison, ça va vite au début, mais la fin semble un peu longuette, notamment quand on en est au ponçage à la main et même si on a la chance d’être accaparé par une émission de France Culture, que Philippe écoute toute la journée ! À chaque étape du chantier, il était là pour me conseiller, tout en se montrant aussi exigeant qu’il l’est avec lui-même. Avec lui par exemple, on apprend à couper au plus juste, car il s’agit de ne rien gaspiller. » – « Il faut qu’ils soient fiers de ce qu’ils ont fait, précise Philippe, et que leur bateau représente bien l’association. »

Dans la famille Galup, je voudrais…

Éole n’aura pas été très conciliant pour notre découverte des Galup en navigation. Le vendredi, alors qu’une dizaine de bateaux sont mis à l’eau sur le fleuve depuis la cale de l’association, dont plusieurs exemplaires des trois modèles de Galup, le vent fera complètement défaut, rendant seule possible une balade à l’aviron, très agréable au demeurant. Le lendemain, à Socoa, nous serons contraints d’attendre que le vent faiblisse pour nous lancer, et la brise disparaîtra dès l’appareillage…

Philippe Saint-Arroman et Pittu Aguirre.

Philippe Saint-Arroman et Pittu Aguirre à bord du Galup 3,40. © Olatz Tarrega

Pourtant, à l’aviron et sur eau plate, les Galup auront chacun montré un joli comportement, tant en stabilité de formes que de route, en confort et en aisance. En mer et sous voiles, en l’absence totale de clapot, le Galup 2,80 sur lequel j’embarque au départ de Socoa, se trouve favorisé par son poids plume. Confortablement allongé dans le fond, un coude sur le banc central et mon poids sous le vent pour diminuer la surface mouillée, je le vois progresser sur une mer aussi lisse qu’un miroir, « s’envolant » dans les rares risées, aussi évolutif qu’un Optimist léger. Petit voilier adapté à l’apprentissage, ce canot ferait assurément aussi une excellente annexe à l’aviron ou à la godille. Un constructeur a d’ailleurs coupé le sien en deux parties gigognes pour le rendre « démontable » et le stocker emboîté sur le pont de son voilier de croisière…

En plein milieu de la baie, je passe ensuite à la version « XL » en embarquant à bord de Bigarrena (« Deuxième », en basque), le Galup 4,50 de Thomas Guérard, que Philippe a terminé en avril 2019. Quelques minutes plus tard, tandis que nous sommes devant la plage de Saint-Jean-de-Luz, le vent monte subitement et sans s’annoncer. « Ici, le vent du Sud ça rend dingue, m’avait prévenu Pittu. Dans le temps, c’était d’ailleurs une circonstance atténuante dans les homicides ! » Cette fois, point de morts mais un logique vainqueur : la longueur du Galup 4,50, ses 100 kilogrammes et les quelque 3 quintaux qu’y ajoutent ses trois équipiers lui permettent de distancer rapidement les deux autres Galup. Mais la « brafougne « ne durera guère. Juste le temps de craindre que 10 mètres carrés de toile soient de trop, d’autant que le dispositif de prise de ris suppose une manœuvre un peu longue, car toute la voile doit être amenée…

Au-delà de ce défaut facile à corriger – de même que l’emplacement du trou de godille, placé dans l’axe –, le Galup 4,50 recèle de beaux atouts. Grâce à la dérive déportée, chacun trouve facilement sa place à bord, assis sur les bancs remplis de réserves de flottabilité. Le banc de nage est amovible. Il serait facile de passer une nuit cabanée à bord. Pour qui navigue seul, toutes les manœuvres sont à portée de main – sauf la drisse, au mât –, qu’il s’agisse des réglages de la dérive pivotante amovible, de l’amure, ou encore de l’écoute. Celle-ci est saisie sur un rocambeau qui circule sur la bôme, sur lequel sont aussi saisis le point d’écoute et le réglage de bordure, qui revient sur un taquet coinceur fixé sur l’espar au niveau du barreur. Parmi les autres atouts, on remarque également la présence de deux coffres, ou encore la possibilité de ranger les avirons le long d’un caisson en engageant les fûts dans le compartiment avant puis en clipsant leur manche sur la cloison.

Il serait assez présomptueux de faire passer cette découverte des Galup et ces quelques bords pour un « essai », car un bateau doit être vécu au long cours pour qu’on puisse en parler sérieusement. Pour autant, des trois Galup c’est peut-être le 3,40 qui nous aura le plus convaincu, y compris dans le rapport entre ses formes et ses caractéristiques. La dérive sabre déportée est intéressante, la barre franche à plusieurs positions longitudinales également. On y est à l’aise grâce aux longs bancs latéraux. Surtout, le 3,40 a marché dans toutes les conditions, agile dans les très petits airs, à l’aise dans les risées, et facile à l’aviron…

En fin d’après-midi, les trois Galup gagnent le port de Socoa que domine le fort du même nom. Imaginé sous Henri IV afin de protéger Saint-Jean-de-Luz, finalement édifié sous le règne de Louis XIII, il sera enfin renforcé sur ordre de Vauban en 1686. © Olatz Tarrega

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