Après les articles de Marc Pointud et Jean-Christophe Fichou sur le problème de l’entretien des phares, voici, pour conclure, le point de vue du directeur des Affaires maritimes, dont dépend le Bureau des phares et balises.

Suite à la parution de deux articles sur les phares dans les numéros de mars et d’avril 2008, signés respectivement de Marc Pointud, président de la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises, et de Jean-Christophe Fichou, historien, le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT), en charge des Phares et Balises, souhaite diffuser une information objective et équilibrée sur la situation de nos phares et sur la politique de gestion de ce patrimoine.

A cet effet, le ministère, conscient des difficultés de conservation des phares, met en oeuvre une politique de sauvegarde, d’entretien et de valorisation de ce patrimoine. Si une présence humaine permanente n’est plus nécessaire dans les phares pour répondre aux besoins des navigateurs, compte tenu du progrès technique, la remise à niveau et la maintenance de chacune des structures et des équipements se poursuivent grâce à un ambitieux plan de modernisation dans le domaine des phares et balises, lancé en 1998.

L’article de Marc Pointud passe sous silence les actions engagées par le ministère et entretient une regrettable confusion entre la valorisation des phares à terre et le difficile sujet de la conservation des phares en mer, automatisés et non habités, pour lesquels aucune solution d’usage alternatif n’est envisageable.
En 2007, l’Etat a dépensé un montant total de 5,7 millions d’euros, soit 12 pour cent de l’ensemble des moyens humains et financiers du domaine, pour la maintenance et l’entretien des cent cinquante-neuf phares implantés sur le littoral français, phares qui ne représentent que 2,5 pour cent du nombre total des aides à la navigation. En matière de génie civil, une méthode dite de « vérification simplifiée comparée » a été mise en place avec l’appui du réseau scientifique et technique du ministère afin d’en garantir l’efficience. Un certain nombre d’opérations ont déjà été réalisées. Il s’agit, outre des interventions extrêmement importantes comme la reconstitution de la cuirasse du phare de Cordouan (financement de travaux à hauteur de 1,2 million d’euros par le MEDAD sur un coût total de 4,575 millions d’euros en 2005), d’opérations de grosse réparation, de rénovation, de ravalement et de peinture, pour un montant de 2 millions d’euros en 2006. A titre d’exemple, des travaux importants ont ainsi été lancés sur les phares de Dunkerque (59), de Brighton (80), d’Ault (80) et du Créac’h (29). Des travaux de réfection sont également réalisés sur les phares du Grand Jardin (35), du Herpin (35), du Haut-Banc du Nord (17), de Saint-Nicolas (33), de Camarat (83), de Vallauris (83), de la Giraglia (2A) et de la Revellata (2A).

Pour la sauvegarde et l’entretien des phares en mer, le ministère est particulièrement actif au niveau international sur ce dossier techniquement complexe. Des représentants du service français des Phares et Balises participent en effet au comité pour la sauvegarde des phares historiques de l’Association internationale de signalisation maritime (AISM/IALA), avec en particulier leurs homologues anglo-saxons (Trinity House en Grande-Bretagne, Northem Ligh-thouse Board en Ecosse, Commissioners of Irish Lights en Irlande) qui sont confrontés aux mêmes problèmes. Les travaux de ce comité débouchent sur la production de documents de méthodologie relatifs à la maintenance du génie civil des phares. La diffusion de la traduction en français du Manuel sur la conservation des phares historiques a été assurée par le ministère pour les pays francophones. Par ailleurs, un important travail a été mené depuis 2000 avec le ministère de la Culture. On peut citer notamment: la réalisation d’un inventaire des phares, sous les aspects technique, historique et architectural, du mobilier et des équipements intéressants; un rapport de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, en 2002, proposant des orientations sur l’organisation des visites dans les phares ouverts au public et dont l’application est en cours; à partir de l’inventaire national, un travail de sélection des phares et des feux les plus remarquables, engagé en 2007, en vue de leur inscription ou de leur classement au titre des Monuments historiques; cette protection vise à favoriser leur conservation à long terme dans des conditions compatibles avec leur fonction première qui est d’assurer la sécurité de la navigation.

Quant à l’idée de dissocier patrimoine et signalisation maritime, elle est déjà mise en oeuvre sur de nombreux sites, par le biais soit de délégations de service public, comme aux
phares des Baleines ou de Chassiron, soit d’autorisations d’occupation temporaire, accordées à des collectivités ou des associations pour une petite vingtaine de phares. En 2008, en sus de l’important travail déjà lancé sur le sujet dans certains départements (acquisition, réhabilitation et gestion de phares, de bâtiments annexes et d’anciennes maisons de gardiens de phare), la recherche d’une solution pérenne de gestion de l’immobilier du secteur Phares et Balises est actuellement en cours avec le Conservatoire du littoral qui pourrait, sur la base d’une convention d’envergure, se voir confier une mission de sauvegarde, d’entretien et de valorisation d’une grande partie de ce patrimoine.

Par ailleurs, je partage pleinement le souci d’une préservation patrimoniale raisonnée, à l’instar de celle décrite par Jean-Christophe Fichou, docteur en histoire, dans votre numéro d’avril 2008, et qui tend à démontrer que toutes les opinions ne convergent pas dans le même sens que celle de monsieur Pointud. J’ai noté que ce dernier a, par ailleurs, été convié à différentes reprises par l’Administration pour qu’il puisse présenter les projets de son association, mais que ces offres sont demeurées aujourd’hui sans suite. En effet, dans le cadre de sa politique de gestion du patrimoine dans le secteur des Phares et Balises, l’Etat étudie, avec la même bienveillance et dans le sens de l’intérêt général, les propositions émanant aussi bien de partenaires publics, comme les collectivités locales, que privés comme les associations.