L’énigme de Vanikoro

Revue N°147

Lorsqu'en 1785 le comte de La Pérouse entreprend, à l'initiative du roi Louis XVI, un voyage d'exploration du Pacifique (CM 14), son tragique destin est déjà scellé. Ses deux frégates, l' « Astrolabe » et la « Boussole », se briseront en 1788 sur les récifs de l'île de Vanikoro dans l'archipel des Salomon. A la suite de cette tragédie, de nombreuses expéditions se sont lancées à la recherche des navires du navigateur. Depuis vingt ans, l'association néo-calédonienne Salomon s'emploie à cette tâche. L'un de ses membres dresse, au travers de cet article, le bilan de la campagne de fouilles sous-marines et terrestres récemment menée.
Depuis plus de vingt années, Alain Conan, chef d'entreprise nantais installé à Nouméa, se passionne pour la vie de Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, et considère que l'énigme de sa disparition, survenue en 1788 alors qu'il effectuait un voyage d'exploration dans l'océan Pacifique, mérite le plus grand intérêt. En 1981, Alain Conan fonde, avec quelques amis, l'association Salomon dont le but est de rechercher les épaves des flûtes la Boussole et l'Astrolabe, navires de l'expédition, afin de tenter d'élucider le mystère.

Botany Bay, dernière escale

Le 26 janvier 1788, les flûtes que commande Jean-François de La Pérouse font escale à Botany Bay, en Australie, où se trouve la flotte du commodore Arthur Phillip, venu créer la colonie de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Les deux bâtiments avaient quitté Brest deux ans et demi auparavant avec deux cent dix-neuf marins et scientifiques, ces derniers choisis parmi les meilleurs du siècle des Lumières. Commandité par le roi Louis XVI, cet ambitieux voyage de découverte et de rayonnement de la France autour du monde devait durer quatre ans. Le succès de l'exploration détaillée du grand océan Pacifique est déjà terni par deux drames: celui de Port-des-Français, au Sud de l'Alaska, où deux biscayennes prises dans un mascaret ont coulé en causant la perte de vingt et un marins; et celui de Tutuila, une île de l'archipel des Samoa, où Fleuriot de Langle, le second de l'expédition et commandant de l'Astrolabe, le minéralogiste Lamanon et dix marins ont été massacrés par les insulaires à l'occasion d'une escale pour faire provision d'eau douce. Selon les instructions qu'il a reçues, après Botany Bay, La Pérouse doit mettre le cap sur l'archipel des Tonga et l'île des Amis, reconnaître la côte Ouest de la Nouvelle-Calédonie, visiter File de Santa Cruz dans l'archipel des Salomon, la Nouvelle-Guinée, puis compléter une circumnavigation partielle de l'Australie, pour enfin rallier l'île de France (île Maurice) vers la fin de l'année 1788. Le 10 mars, la Boussole et l'Astrolabe quittent la future Australie et font voile en direction du Nord-Est. Leur destin est scellé, Louis XVI n'aura plus jamais de nouvelles de ces navires et de leurs équipages. Le sourire du plongeur Raymond Proner, com-mandant de l'Alis, en dit long sur l'intérêt de sa découverte: un graphomètre ayant appartenu à l'un des scientifiques de l'expédition La Pérouse. En 1791, la France vit la période troublée de la Révolution. Malgré cela, le roi et l'Assemblée nationale, inquiets du sort de l'expédition, affrètent la Recherche et l'Espérance, deux navires commandés par Antoine Bruny d'Entrecasteaux, pour tenter de retrouver La Pérouse et ses compagnons. Cette recherche restera sans succès, et le mystère s'épaissit.

Un capitaine irlandais découvre le lieu du drame

En mai 1826, le capitaine marchand irlandais Peter Dillon fait escale à l'île de Ti-kopia, au Sud de l'archipel des Santa Cruz. Il y trouve, entre les mains des indigènes, une vieille garde d'épée en argent de facture française. Questionnés, ces derniers lui apprennent qu'ils possèdent de nombreux autres objets d'origine européenne, rapportés de l'île de Vanikoro, située à deux jours de navigation en pirogue. Ils font également état de deux navires ayant fait naufrage "quand les vieillards de Tikopia étaient encore jeunes garçons". Depuis longtemps la nouvelle de la disparition de La Pérouse et de son expédition a fait le tour du monde maritime, et Dillon pressent la fin tragique de l'explorateur français. Il ne peut se rendre à Vanikoro que l'année suivante, à bord du Research, où il recueille auprès des Mélanésiens leur version du drame. A la suite d'un terrible ouragan, deux grands vaisseaux se sont brisés sur le récif pendant la nuit. De nombreux corps, mutilés par les requins, sont venus s'échouer sur le rivage. Des survivants ont pu rejoindre l'île et se sont installés près du village de Païou, où ils ont édifié une palissade de troncs d'arbres afin d'assurer leur protection. Six mois plus tard, et toujours suivant les dires des indigènes, les naufragés ont construit une petite embarcation, à bord de laquelle ils ont quitté Vanikoro en laissant sur place deux de leurs compagnons. Dillon demeure près d'un mois sur place, il troque de nombreux objets dans les tribus et dresse la première carte de l'île. En février 1828, Jules Dumont d'Urville, en mission officielle à bord d'un navire baptisé pour la circonstance l'Astrolabe, confirme la découverte de Dillon. Il fait ériger un monument à la mémoire des disparus et ramène en France de nombreuses reliques. [caption id="attachment_53113" align="aligncenter" width="600"] Une barge, contenant deux suceuses hydrauliques destinées à dégager les sédiments qui recouvrent les vestiges, et une embarcation de plongeurs sont mouillées à l'aplomb de l'une des épaves.[/caption]

Campagnes de fouilles

Située dans le Pacifique Sud, la Nouvelle-Calédonie est le territoire français le plus proche du lieu du drame. En outre, l'histoire de cette île mélanésienne est intimement liée au voyage de La Pérouse qui avait reçu, entre autres directives, celle de reconnaître la côte Ouest de la Grande Terre, découverte en 1774 par le célèbre capitaine anglais James Cook. C'est donc à partir de Nouméa que se sont préparées les différentes expéditions destinées à localiser et exploiter le site où La Pérouse et ses hommes ont fait naufrage. Depuis la création de l'association Salomon, Alain Conan a organisé et dirigé, entre 1981 et 1999, quatre campagnes de fouilles archéologiques sous-marines et terrestres sur l'île de Vanikoro. Ces recherches ont permis de localiser les épaves de la Boussole et de l'Astrolabe, dont les vestiges subsistent sur les récifs qui défendent l'île. De nombreux objets appartenant à l'armement des deux flûtes ou à leurs équipages ont pu ainsi être mis au jour. En 1986, une équipe d'archéo-logues australiens du Queensland Museum de Brisbane est venue prêter main forte aux membres de l'association. Quatre ans plus tard, une nouvelle campagne a été menée en collaboration avec le centre ORSTOM de Nouméa et le musée d'Honiara aux îles Salomon, avec l'aide matérielle du groupe Valectra. Depuis 1999, l'essentiel du mobilier retrouvé est exposé au sein des collections du musée de l'Histoire maritime de Nouvel-le-Calédonie à Nouméa. Cette même année, une quatrième campagne de fouille était réalisée avec l'aide d'archéologues professionnels français, qui allait permettre d'entreprendre des investigations de grande envergure.

Vanikoro 1999

Les résultats de cette campagne sont à la hauteur de l'importante logistique mise en place et récompensent vingt ans de ténacité, d'enthousiasme et de passion. Les bonnes relations entre l'association Salomon et les autorités de la province de Te-motu, dont dépend Vanikoro, ont facilité l'obtention du permis de recherches, véritable sésame de l'expédition Vanikoro 99. Pour mener à bien les chantiers archéologiques sous-marins, il est nécessaire de disposer d'un bâtiment-base suffisamment important, à partir duquel s'effectuent les mouvements des embarcations annexes qui transportent lés plongeurs sur le site. La mise à disposition du navire océanographique Alis, de l'Institut de recherche pour le développement (nu)), permet de résoudre ce problème, les dates de disponibilité de cette unité ayant déterminé celles de la campagne. En outre, deux voiliers armés à la plaisance sont affrétés — Isatis et Su/u/u —, tandis qu'un troisième — Sérénité — est gracieusement prêté par son propriétaire, Charles Jurien de La Gravière. Clin d'oeil de l'Histoire, ce dernier est le descendant de Pierre-Roch Jurien de La Gravière, qui embarqua sur l'Espérance avec d'Entre-casteaux à la recherche de La Pérouse. [caption id="attachment_53114" align="aligncenter" width="600"] Après de nombreuses heures passées à effectuer un véritable travail de terrassiers sous-marins, à l'aide parfois de leurs seules mains, les plongeurs voient leurs efforts récompensés par la découverte de plusieurs objets, et notamment de la vaisselle du bord, comme ici un pichet et des gobelets en étain.[/caption] Pour effectuer le transport du personnel et du matériel lourd à destination de Vanikoro, l'association s'adresse à la Marine nationale, stationnée en Nouvelle-Calédonie, qui accepte d'aménager les mouvements de ses patrouilleurs afin de nous aider dans cette tâche. Ainsi la Glorieuse et la Moqueuse sont-elles mises à contribution. Le personnel de l'expédition est constitué des membres de l'association Salomon, auxquels viennent s'ajouter deux archéologues professionnels : Jean-Christophe Galipaud, de invité par l'association et chargé des fouilles terrestres, ainsi qu'Elisabeth Veyrat, missionnée par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). En outre, deux botanistes, Francis Halle et Pierre Cabanon, se joignent à la mission, ainsi qu'une équipe de télévision. Le 24 novembre, tous les participants sont réunis à Vanikoro. Le travail peut commencer.

Identifications incertaines

Deux gisements archéologiques sous-marins, distants d'un mille et demi, s'offrent aux plongeurs. Le premier, en face de Païou et à l'extérieur du récif-barrière, présente de nombreux vestiges, prisonniers d'une épaisse gangue corallienne, dans une faille profonde de dix à douze mètres, qui se prolonge par une forte déclinaison jusqu'à moins soixante-quinze mètres. Il s'agit de toute évidence de l'épave approchée par Dillon en 1827. Ce dernier avait vu de nombreux vestiges, projetés du fond sur le récif lors des tempêtes et accessibles à basse mer. En 1961, deux ouvriers d'une compagnie forestière avaient redécouvert fortuitement ce site. Un plongeur professionnel déclara alors le gisement comme étant celui de l'épave de la Boussole. Il y récupéra de nombreux saumons de plomb... qu'il vendit à Singapour ! Le second gisement se situe à l'entrée d'une passe, sur un plateau corallien, entre trois et cinq mètres de profondeur. En 1828, Dumont d'Urville, conduit par les insulaires, pensa qu'il s'2gissait de l'Astrolabe. Il en fit le premier relevé, récupéra une ancre de neuf cents kilos, deux pierriers en bronze et un canon en fer de calibre 8. Cette épave a été la seule exploitée par les différentes expéditions, jusqu'à la redécouverte de l'autre site en 1961. L'existence des deux navires ne fait aucun doute pour l'archéologue Elisabeth Veyrat. Cependant, en raison de l'insuffisance de preuves permettant leur identification formelle, elle pense qu'il est, pour l'instant, plus opportun de parler du "site de la faille" et du "site de la fausse passe".

Découvertes sous la mer

Le programme de la journée est défini chaque matin en présence de tous les participants regroupés sur la plage arrière de l'Alis. Les équipes de plongeurs sont constituées, les consignes de fouilles données, les horaires de rotation des embarcations annexes préalablement définis, et les tours des corvées de "gonflage" (remplissage des bouteilles d'air comprimé) sont attribués. Une barge rejoint le site de la faille avec la première équipe de la journée; elle est arrimée sur deux points d'ancrage qui la positionnent à la verticale du gisement. Une suceuse hydraulique est alors mise en oeuvre, qui va ainsi fonctionner sans interruption pendant huit heures. Sur le fond, quatre plongeurs, lourdement lestés, travaillent en moyenne pendant une heure trente. Aux travaux d'aspiration des sédiments et de conditionnement des objets dégagés, s'ajoute la fastidieuse manutention de mètres cubes de coraux morts. Ces derniers sont chargés dans des paniers en aluminium et déplacés, à l'aide de sacs de relevage, jusqu'à la zone choisie pour déposer les déblais du chantier. Très vite, la faille se trouve plongée dans un épais brouillard du fait des particules soulevées par les manutentions et les mouvements des plongeurs. Mais tous vivent des émotions inoubliables lorsqu'ils mettent au jour des objets provenant du navire naufragé. A la vaisselle du bord en étain, qui apparaît sous la forme d'assiettes, de pichets, de tasses et de gobelets souvent empilés, s'ajoutent des centaines de perles de verroterie destinées au troc avec les indigènes. De délicats petits vases, des coupelles et plats décorés de motifs bleus font partie des services de vaisselle chinoise embarqués à Macao. Les pièces de monnaie en argent à l'effigie de Charles III d'Espagne sont les plus nombreuses. Plus rarement, une pièce d'or représente à l'avers Catherine II de Russie et témoigne du passage de l'expédition en Sibérie. Certains objets d'intérêt ethnographique proviennent de collections constituées à bord par les scientifiques embarqués. Ainsi, une statuette en bois de facture amérindienne pourrait-elle provenir de Nootka, l'île de Vancouver. Parmi les objets de grande qualité, on relève aussi ce pistolet d'officier de marine, superbement décoré, ou ce fragile capillaire de thermomètre à alcool, intact malgré le choc du naufrage et les deux siècles et demi de séjour à quelques mètres sous la surface des eaux. Elisabeth Veyrat s'intéresse plus particulièrement aux éléments de charpente encore existants. A sa demande, plusieurs pièces de chêne sont remontées pour étude. Un lourd corps de pompe en bronze, dégagé de son berceau de concrétions, ainsi qu'un volumineux cric, dissimulé sous une épaisse gangue ferreuse, sont remontés sur le pont de l'Alis, après une délicate opération d'élingage à la limite du tombant. Les plongées sur le second gisement, dans la fausse passe, permettent de soustraire à la gangue corallienne trois réas en bronze de caisse de hune. Sont également mises au jour de nombreuses pierres à fusil, des médailles commémoratives en bronze, et une pièce de bois qui porte des traces de clous jointifs et faisait sans doute partie du doublage en pin des oeuvres vives du navire. A l'un des plongeurs, Raymond Proner, revient la joie de découvrir un graphomètre intact, protégé par un massif de corail basculé lors du dernier cyclone. Cet instrument de topographie, monté sur rotule, constitué d'alidades et d'une boussole d'azimut, est signé Langlois, ingénieur du roi à Paris. Il a sans doute été utilisé par les ingénieurs Moneron et Bernizet, qui accompagnaient La Pérouse. En outre, cet objet revêt une importance particulière aux yeux de l'équipe calédonienne, car il est identique à celui trouvé en 1885 près de Nouméa par A. Bonnemaison et signé Lennel. Aujourd'hui exposé au musée de la Marine de Paris, ce graphomètre pourrait constituer l'une des preuves du passage de La Pérouse en Nouvelle-Calédonie. Quotidiennement, les objets soustraits aux zones fouillées sont référencés dans un fichier informatique, puis conditionnés sous vide ou immédiatement traités, dans le laboratoire installé à cet effet à bord de l'Alis, par Véronique Proner, responsable de la restauration du mobilier. Cette dernière s'intéresse, entre autres, à une fourchette en argent concrétionnée, qui provient du gisement de la faille. Après un traitement électrochimique, conforme au protocole du groupe Valectra (EDF), des armoiries apparaissent, qui permettent d'identifier son prestigieux propriétaire : Paul-Antoine Fleuriot de Langle. Au bilan, il faudra cinq cent quatre heures de plongées pour sauver cent quatre-vingt-cinq objets du site de la faille et soixante de celui de la fausse passe. Plusieurs mois seront nécessaires pour leur identification, leur traitement et leur restauration, dans le laboratoire du musée de l'Histoire maritime de Nouvelle-Calédonie à Nouméa.

Les fouilles à terre

Des gens de qualité — ceux qui accompagnaient La Pérouse étaient les meilleurs dans leur discipline —, investis d'une mission prestigieuse et brutalement placés dans une situation gravissime n'ont pas manqué de laisser des informations destinées à ceux qui se lanceraient à leur recherche. Pour régler la question de la survie éventuelle des hommes après le naufrage, il fallait rechercher des indices d'occupation à terre. L'expédition Vanikoro 99 a décidé d'en faire l'une de ses priorités. La tradition orale recueillie en 1828 par Dillon indiquait Païou comme lieu d'installation des survivants. Le capitaine irlandais s'est ainsi rendu près de l'embouchure de la rivière Laurence, où il a pu observer quelques souches dont les arbres avaient visiblement été abattus à la hache, alors que les naturels ne connaissaient pas encore les outils en fer. Déjà, lors de notre campagne de 1986, nous avions retrouvé, sous un mètre vingt de sédiments, la trace de poteaux en bois. Toutefois, la présence de nombreux éléments de construction ayant appartenu à une entreprise forestière, présente sur les lieux jusqu'en 1964, avait compliqué l'interprétation des vestiges découverts. Jean-Christophe Galipaud, l'archéologue terrestre, a une parfaite connaissance du milieu océanien et une grande pratique du dialecte local. Deux semaines de sondages infructueux, dans la périphérie de Païou, lui permettent de lever le doute sur une occupation éventuelle de cette zone par les naufragés. Après avoir défriché la rive droite de l'embouchure de la Laurence, des équipes de manoeuvres, recrutées localement en accord avec les chefs de villages et rétribuées par l'association, creusent le sol et tamisent les sédiments contenus dans quinze carrés de sondage mesurant chacun un mètre de côté sur un mètre vingt de profondeur.

La Pérouse a-t-il survécu au naufrage ?

C'est le mercredi 8 décembre que, dans l'un des carrés, nous découvrons un compas de proportion, nommé "pied du roi", en parfait état de conservation et signé Lennel, ainsi que plusieurs boutons d'uniformes de marine, des balles et des silex de mousquets. Dès lors, Jean-Christophe Galipaud intensifie les fouilles dans les zones les plus productives. Et les résultats dépassent nos espérances: une trentaine d'objets significatifs sont collectés, parmi lesquels un canon de méridienne en bronze, une boîte à pesons complète, un bougeoir en cuivre, ainsi que deux pièces de monnaie en argent frappées en Espagne et en Russie. La présence en ces lieux des explorateurs français est désormais évidente. [caption id="attachment_53116" align="aligncenter" width="381"] En haut: un plongeur remonte un hausse-col d'officier et une assiette en étain. Au centre: pièces de monnaies et instruments de mesure font partie des nombreux objets découverts sur les épaves. Ci-dessus: ils sont traités et étudiés par Véronique Proner dans le laboratoire installé à bord de l'Adis, avant de rejoindre les collections du musée de l'Histoire maritime de la Nouvelle-Calédonie.[/caption] L'hypothèse d'une inondation violente, qui aurait submergé les installations du camp et enfoui les objets, correspond en tout point aux informations recueillies en 1827 par Peter Dillon. Devant son insistance à visiter Païou, Rathea, son guide et interprète tikopien, lui avait précisé qu'il "craignait qu'on ne puisse rien retrouver parce que les grandes pluies et un tremblement de terre avaient élevé sur la plage une colline qui recouvrait le terrain primitif'. Il reste maintenant à décrypter les différents objets trouvés sur les épaves, avec l'espoir d'obtenir les informations susceptibles d'identifier les deux sites sous-marins. S'il se confirme que celui de la fausse passe — le plus cohérent — concerne bien les vestiges de la Boussole, il est permis de penser que La Pérouse a pu débarquer à Païou. Les futures prospections à terre s'orienteront donc vers la recherche de nouveaux indices tels que la présence de sépultures. Quoi qu'il en soit, cette mission — la cinquante-deuxième depuis celle de Dillon! — lève enfin le voile sur une partie du "mystère La Pérouse". Alain Conan et son équipe, magnifiquement ré- compensés par les résultats obtenus, peuvent annoncer en guise de réponse à la pathétique interrogation de l'infortuné Louis XVI peu de temps avant de monter sur l'échafaud: "Oui, aujourd'hui nous avons des nouvelles de Monsieur de La Pérouse !"

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