Par Charles Harker – C’est à bord de Joy, le bien nommé, que Charles et Janet Harker ont connu leurs plus grandes joies de marins. Ils ont possédé bien des bateaux plus prestigieux, mais celui-là les a possédés. Tantôt bichonné, tantôt délaissé pour d’autres projets, l’humble « winklebrig » a toujours su se rappeler à leur bon souvenir. Cette touchante histoire nous fera sans doute regarder d’un oeil différent les petites embarcations abandonnées au fond de nos ports qui, en dépit de leur apparence modeste, pourraient bien souvent être joliment régréées et procurer à leurs propriétaires des plaisirs insoupçonnés…

Joy est un voilier de 4,80 m construit à clins , avec une étrave droite, une légère tonture arrière et un joli tableau bien dégagé. Il a été construit en 1946 au chantier Walter Cook & Co de Mald on, localité de !’Essex arrosée par la Blackwa­ ter. C’était à l’origine l’annexe d’une barge de la Tamise qui portait le même nom.

Pendant ses cinq premières années, il la suivit fidèlement sur la côte orientale de l’Angleterre, entre Londres et les petits ports de cabotage de la région . Et lorsque la vieille barge fut vendue par son dernier armateur, son annexe fut abandonnée sur une plage à West Mersea. On pouvait encore lire sur son tableau : Joy, London.

Après plusieurs propriétaires peu attenionnés, elle échoua, pour deux livres ster­ling , entre les mains d’un charpentier de marine, David Green.

Séduit par la beauté de cette petite carène, David se mit en devoir de la res­taurer. Il la dota d’une dérive, la gréa d’un mât, d’un bout-dehors, d’une grand voile aurique et d’un foc : Joy vint ainsi grossir la petite flotte des Winklebrigs de West Mersea, la plus petite classe de bateaux armés à la pêche aux huîtres.

Dans tous les petits ports de la Colne River, les retraités, les lamaneurs, les passeurs et les marins entre deux embarquements se servent de petits canots à clins achetés d’occasion — généralement, d’anciennes annexes de barges ou de caboteurs — qu’ils regréent plus ou moins sommairement pour faire le passage, des livraisons, et draguer quelques huîtres… Plus récemment, les petits plaisanciers de l’Essex ont repris cette coutume. Au fil des ans, on a pris l’habitude de désigner l’ensemble de ces petites embarcations un peu hétéroclites sous le nom ironique de winklebrigs. Sur cette belle photographie des années 1930, il s’agit d’un beau canot d’aviron utilisé par M. Mole, le passeur de Brightlingsea et East Mersea, qui pose ici pour Douglas Went, le faubert à la main… Remarquer le joli tableau en coeur, la voile au tiers bômée très simple gréée en « balance-lug ». Cette photographie est extraite de l’ouvrage que John Leather a consacré à l’oeuvre de Douglas Went, (1887-1970), photographe de la vie maritime de l’East Coast, publié chez Barrie et Jenkins : The Sailor’s Coast. © Douglas Went

Les Winklebrigs sont utilisés pour pêcher sur les bancs inaccessibles aux gros smacks, dans les criques les plus exiguës . Ils servent aussi d’annexes pour débarquer les huîtres et embarquer les lourds appa­raux de pêche.

A l’époque, en 1964, le renouveau d’intérêt pour la voile de travail commen­çait à prendre de l’importance : on s’ini­tiait comme équipier sur un smack, puis on s’achetait un Winklebrig et par la suite, pourquoi pas, un smack à restaurer?

C’est en 1969 que Janet, ma femme, acquit Joy; elle faisait du charter en mer du Nord avec une galéasse suédoise du nom de Solvig Joy, lui servait bien sûr à embarquer ses équipiers mais aussi pour des sorties à la journée dans l’estuaire de la Blackwater, plein de criques et de recoins; Stormy (« Tempête »), le lévrier bâtard de Janet, ne quittait pas l’étrave et, tel un dragon viking, jouait les figures de proue.

Sur la Mersea

Au moment de notre mariage, j’étais moi-même propriétaire du smack Iris. Notre flotte se composait donc d’une galéasse de vingt mètres, Solvig, d’un smack huîtrier, Iris, et de Joy, le Winkle­ brig. Des trois c’est bien Joy qui nous a le moins compliqué l’existence, tout en nous donnant beaucoup de satisfaction.

Il nous fallait un équipage pour sortir Solvig et quand nous étions seuls, malgré mon attachement pour Iris, c’est à bord de Joy que nous faisions de petites sorties, les soirs d’été.

Je nous revois évoluant sous voiles dans les mouillages encombrés de West Mer­-sea, espérant secrètement que tout le monde nous regarderait zigzaguer entre les corps-morts .. . jusqu’au moment où nous laissions dépaler et rabotions au pas­ sage le bout-dehors d’un smack.

Je nous revois pêchant le hareng à la dérive les soirs d ‘hiver . Je nous revois chassant le canard siffleur sur la rivière : nous approchions les oiseaux sous voiles, pointant sur eux une énorme canardière à poudre noire; l’arme, chargée par la gueule, lâchait dans un fracas de tonnerre un lourd panache de fumée et une demi-livre de plomb, et jonchait la surface de l’eau de morceaux d’étoupe enflammés.

Charles Harker ridant les haubans de Joy. Sur ces petites embarcations, la qualité du gréement passe davan- tage par la simplicité et la logique des détails que par l’usage d’éléments disproportionnés empruntés à des bateaux plus importants. En l’occurrence, le transfilage adopté ici est beaucoup plus à sa place que des caps de mouton. © coll. Harker

Je me souviens du tournage de la série télévisée « l’Oie des neiges », d’après le livre de Paul Gallica : cet été-là, à Wal­-ton Blackwaters, nous louâmes Joy à la BBC, et Janet apprit à Richard Harris et Jenny Agutter à le manoeuvrer.

En 1972, nous avons quitté !’Essex pour le Dumfriesshire dans le Sud-Ouest de l’Ecosse et nous sommes installés sur les rives du Solway. Nous avons vendu Solvig qui fit naufrage peu après en Médi­terranée. Nous avons également vendu Iris : son nouveau propriétaire vagabonda à son bord pendant huit ans entre la Bre­tagne, la Corse, la côte occidentale de l’Afrique et l’Amérique du Sud et le per­dit sur une plage solitaire du Northumber­-land .

Il nous restait Joy, qui nous suivit en Ecosse, convoyé sans cérémonie dans une bétaillère. On le remit à l’eau sur l’Urr, à Kippford . Au milieu de la flottille des yachts modernes en polyester, il nous fit l’effet d’un camée du siècle dernier.

Nous aimions sortir à la voile et longer les vieux quais abandonnés depuis long­ temps, où les goélettes de commerce venaient décharger, plus haut jusqu’à Pal­-nackie ou dans le firth (large estuaire écos­sais) lui-même. Nos sorties en famille, avec nos deux enfants à bord plus un labrador jaune et toujours Stormy en figure de proue, nous attirait les regards et les sourires des plaisanciers de rencontre.

Dans l’estuaire du Pow

Mais Kippford était trop loin de chez nous et l’année suivante, nous avons con­voyé Joy jusqu’à New Abbey sur le Pow, en remontant le firth de Solway.

A l’étale de basse mer, nous étions devant le phare de Southerness, la brise fraîche et droit dans le nez. La mer com­ mençait à briser sur les bancs de Barnhou­ rie. Bordant à bloc, nous avons tout de même réussi à arrondir Southerness Point.

Mon équipier se taisait, je voyais blanchir ses phalanges sur le plat-bord tandis que nous gagnions au vent dans les gerbes d’embruns. »J’ai eu la peur de ma vie », me confia-t-il plus tard. Passé Carsethorne, nous avons enfin pu abattre et remonter la dérive. Coupant au plus court, Joy fran­chit les bancs de sable et vint mouiller à l’embouchure du Pow.

Celle-ci forme une petite baie battue par les marées, au fond de laquelle se niche le charmant village de New Abbey. Jusqu’en 1930, des goélettes venaient régulièrement y charger du bois et des pavés de granit, et décharger du charbon en provenance des ports du Cumberland. Nous avons mouillé un corps-mort dans l’embouchure et fait ainsi de nombreuses sorties à la voile tout le reste de l’été.

Mais, le firth de Solway est largement ouvert et dur aux petits voiliers; la vio­lence des courants de marée y déplace con­tinuellement les bancs.

Janet ne s’acclimata jamais vraiment à cette région, et j’hésitais toujours à m’ aventurer loin des côtes du firth. Le Pow lui-même a un long estuaire sinueux qui serpente entre prés et bois jusqu’à Bog Q uay. Il est à présent encombré de troncs d’arbres aux formes fantastiques qui émergent de la boue dans tous les sens et représentent un sérieux danger pour la navigation. A l’époque des goélettes on draguait le chenal mais il est maintenant à l’abandon et plutôt sinistre.

Coulé au mouillage

En novembre de cette année-là (1974), le temps se gâta sérieusement. Nous vivions alors dans une petite ferme que nous avions achetée, à 25 km de là, au Nord de Dumfries. Et un soir le téléphone sonna : » mauvaise nouvelle, Joy a coulé au mouillage. » Je ne pus me déplacer que le lendemain . C’était une après-midi de tem­pête, deux heures après la marée haute . Tout ce qu’on pouvait voir de ]oy était son mât, émergeant tout de travers dans le courant de jusant. J’attendis l’étale de basse mer mais il avait tant plu dans la semaine que le Pow était en crue : Joy était encore submergé par l’eau douce. Je pagayai jusqu’au corps-mort avec l’annexe : Joy avait creusé sa souille, et je constatai avec horreur qu’il était déjà à moitié rempli de sable. Impossible de le bouger; impossible aussi de le vider, la vio­lence du courant l’interdisait. Nous avons dû nous contenter de couper le gréement pour récupérer les espars et les voiles. Il était bien clair qu’on ne pouvait renflouer Joy sans le vider, et qu’on ne pouvait le vider avant la fin de la crue. Les hivers écossais sont hélas notoirement pluvieux, et cette année-là il plut tout l’hiver. Il fal­ lut attendre le printemps, et pendant ce temps le sable continuait à s’accumuler dans la coque, à la remplir et à l’enfouir.

Nous sommes revenus en mai. Le lit du Pow s’était déplacé et son embouchure était ensablée. Le fond dans le Solway est un curieux mélange d’eau, de sable et de boue; les bancs se déplacent, modifiant le cours des ruisseaux et des rivières. La bouée qui marquait la tombe de Joy était toujours là, mais désormais loin du che­nal. Nous avons creusé pendant des heu­res en suivant l’orin; c’était éreintant. Le sable faisait ventouse, retenant par suc­cion la lame de la bêche et serrant nos che­villes dans une étreinte de plus en plus dangereuse.

Après voir creusé un mètre, nous avons sondé un mètre de plus mais sans trouver trace de Joy : il était enfoui à plus de deux mètres de profondeur. De guerre lasse, nous nous sommes résignés à le considé­rer comme perdu. A chacune de nos visi­tes au Pow, nous constations que le sable ne bougeait plus, et nous admettions tris­tement que le Solway avait fait une nou­velle victime.

Cependant, je ne pouvais oublier une histoire que m’avait racontée une fois un pêcheur d’huîtres; il ramassait des coques au râteau sur les bancs de Buxey Sands, dans l’estuaire de la Tamise, quand il tomba sur l’épave d’un avion allemand, probablement abattu pendant la guerre, vingt ans plus tôt. On prit plusieurs relè­vements et on marqua l’épave avec une bouée dans l’intention de revenir le len­demain la renflouer . Mais vingt-quatre heures plus tard elle avait disparu, englou­tie à nouveau par le sable qui l’avait pro­tégée si longtemps.

Sans doute les sables du Pow sont-ils aussi mouvants que ceux de la Tamise, car six ans après son ensevelissement, en août 1980, nous avons appris que ]oy avait de nouveau été aperçu. Nous nous sommes rendus sur place aussitôt et dès que la mer a été assez basse, je me suis mis à l’eau. Le courant faisait un remous à l’endroit où l’épave avait été aperçue. Je m’y suis rendu et ai senti sous mes pieds, sans doute possible, le tableau de Joy.

Renfloué six ans plus tard

Nous n’avions pas de temps à perdre. Avec une équipe de bénévoles et quelques amis venus de Glasgow pour déjeuner, nous avons entrepris de vider le sable qui remplissait encore le bateau. La basse mer était à 21 h mais il était clair que l’épave n’émergerait pas complètement (on nous dit même qu’elle découvrait moins ce soir-là que la veille, quand on l’avait vue pour la première fois). Lentement, péniblement, nous vidions le sable; des objets familiers apparaissaient : un seau contenant les dames de nage et un tournevis, mes chaussures coincées derrière le banc arrière. Ma pipe préférée, en principe coincée derrière une lisse, manquait hélas à l’appel.

Comme le soleil se couchait derrière Criffel, nous avons glissé une chaîne sous l’étambot et, en tirant alternativement d’un bord et de l’autre, nous lui avons fait tailler son chemin jusqu’à l’étrave. Deux fûts de deux cents litres vides ont été fixés à l’arrière, tandis que l’avant était bourré de bidons et récipients divers hermétique­ ment clos. La marée allait-elle arracher Joy à sa tombe, ou la succion de la vase serait­ elle la plus forte? Je craignais personnel­lement que les deux fûts ne se soulèvent, mais en défonçant l’arrière. Les dernières élingues furent assurées à la tombée de la nuit. Nous étions épuisés, frigorifiés et affamés.

Deux heures avant le flot, nous sommes montés pesamment jusqu’à une ferme pour nous changer et nous restaurer, avant de redescendre pour l’heure de vérité. Mais à notre retour, la marée nous avait pris de vitesse : l’anse se remplissait rapidement et sous nos yeux incrédules se balançaient fûts et bidons, traçant leur sillage dans le courant de flot. Joy était renfloué !

Je restai près de lui jusqu’à la marée haute et le tirai au sec, en haut d’une plage. Quand l’eau se retira, je l’écopai et restai à regarder sa silhouette noire au clair de lune. Joy avait été arraché à sa tombe, il allait naviguer de nouveau. Solvig s’était perdu pour toujours dans une tempête de Méditerranée, Iris avait été démoli et incendié par des vandales, mais nous avions récupéré Joy.

Pour les besoins du film de la BBC The Snowgoose, Janet Harker apprend au comédien Richard Harris à manoeuvrer Joy. A cette époque, le winklebrig porte encore son ancienne grand voile à bordure libre dont la belle texture confère à ce portrait de bateau toute son authenticité. © coll. Harker

 

Joy a été construit en 1946 par Alf Last chez Walter Cook et fils, le dernier chantier de réparation des barges de la Tamise à Maldon, Essex. Il est bordé en orme d’un demi-pouce sous la flottaison et en mélèze dans les hauts. Le tableau est en orme, la quille, l’étrave et l’étambot en chêne. Après l’achat du bateau, le puits de dérive et le gréement ont été rajoutés par le charpentier David Green. La voilure coton, tannée au Kanvo, a été coupée par Jimmy Lawrence, le fameux voilier de Brightlingsea. © coll. Harker

Le dimanche suivant, nous l’avons chargé sur une remorque et lui avons admi­nistré une grande douche au jet d’eau sous pression : son état était remarquable. Con­trairement à ce que je croyais, il n’avait pas
été éventré par un tronc à la dérive; sa carène était intacte. Les cabillots galvani­sés étaient propres et la sous-barbe en inox aussi brillante que le jour où elle avait été montée.

Nous l’avons laissé sécher lentement sous abri, et cet hiver-là je l’ai complète­ ment remis en état. Joy était de nouveau propre comme un sou neuf. Il avait fière allure… jusqu’à cette nuit maudite où le poney de ma fille Sally força l’abri du bateau et mangea un morceau de son plat-bord. Dans ma colère je menaçai d’abattre le quadrupède (et son propriétaire). Sally jugea prudent de partir quelques jours en randonnée, à dos de poney !

Retour aux sources

Tout bien considéré, nous nous sommes dit qu’un Winklebrig n’avait rien à faire dans le Solway, ni dans un abri infesté de poneys. Joy se desséchait complètement et ses bordés demandaient à rejoindre leur élément naturel : les eaux de la Blackwa­ ter. Et l’été suivant il reprit la route du Sud, sur une remorque.

Nous l’avons déchargé sur la cale de West Mersea, et avons passé deux jours à le gréer. L’une après l’autre, de vieilles con­ naissances venaient jeter un coup d’œil. Un certain Don s’exclama : « Bigre ! J’ai la berlue ou bien c’est l’annexe de Joy ? J’étais matelot sur la barge, j’en ai fait des milles à la godille sur ce bateau. On m’avait parlé d’un naufrage en Ecosse, mais le revoilà. Ça fait plaisir. »

Nous avions deux semaines de vacan­ces cet été-là : nous les _avons passées à explorer de nouveau tous ces recoins où nous nous étions tant amusés dix ans plus tôt. Nous sommes aussi allés à la voile jusqu’à Heybridge Basin pour participer à la régate de voiliers traditionnels. Ron Bishop (ancien propriétaire de Bertha, un smack de Tollesbury) était venu de Mer­-sea avec toute sa petite famille à bord; nous avons couru ensemble. Ces régates sont prises très au sérieux désormais : on ne fait de quartiers à personne, et personne n’en attend de vous d’ailleurs.

Toute la flotte arriva groupée à la pre­ mière bouée, chacun empannant sans se soucier d’enfoncer à coups de bout-dehors le tableau de son prédécesseur. Ron avait à portée de main une gaffe bien affûtée mais sa femme l’empêcha de s’en servir. Tout cela était très excitant et se termina au Jolly Sailor dans la bière et la musique.

Je ne peux pas dire que je sois fier de l’épisode suivant de la vie de JOy. Il fut mis sur ber au chantier de John Milgate et abandonné pendant cinq ans. Je changeaide travail et déménageai en Cornouailles. J’achetai Shamrock, un oyster boat de la Truro, et passai deux ans à travailler des­ sus, ce qui me laissait peu de temps pour Joy. A West Mersea, Peter Rainbird veil­ lait sur notre brave Winklebrig et le sor­tait même de temps en temps. Mais les nouvelles que j’en recevais étaient de moins en moins gaies : « Il se remplit de boue, il y a des crabes gros comme le poing dans les fonds; vous ne pourrez jamais le trans­ porter en Cornouailles : il tombera en morceaux et laissera sur l’autoroute un chapelet de rivets de cuivre. » Je me demandais s’il s’agissait de travaux d’approche annonçant une offre de rachat, ou si Peter ne faisait qu’exprimer la piètre opinion qu’il avait de ma négligence.

Joy a rejoint Shamrock. Une belle annexe pour ce bateau qui dès cet hiver va reprendre son métier de dragueur d’huîtres. © coll. Harker
Gréé d’une bonnette de sous-gui, Joy descend tranquillement Garrick Roads. © coll. Harker

Toujours est-il que l’été suivant, je ter­ minai la restauration de Shamrock. Et pour ne pas donner à Peter l’amère satisfaction de voir disparaître Joy, nous sommes allés le chercher en Essex à Noël et avons réussi à le ramener en Cornouailles derrière notre « Land Rover ».

Après quelques travaux, Joy allait pou­voir nous emmener sur la Fal et la Truro river.

Le plaisir que je tire d’un bateau n’est pas nécessairement lié à sa taille. Iris, Sol­-vig, Shamrock, tous sont (ou étaient) plus grands, plus imposants que Joy; mais c’est pourtant celui-ci qui, proportionnellement aux efforts qu’il a exigés de nous, nous a procuré le plus de plaisir.