Depuis cinq ans déjà « Le Chasse-Marée » tente de contribuer à ancrer une véritable culture maritime dans notre pays. Jusqu’ici; ce travail a surtout été axé sur un effort de synthèse et d’approfondissement des connaissances. Mais vivre une culture maritime, ce n’est pas seulement apprendre à voir et à savoir, c’est aussi apprendre à faire, apprendre à vivre, c’est prolonger la pensée par le geste et l’action, l’étude par la création… C’est pourquoi « Le Chasse-Marée » propose aujourd’hui un dossier technique d’un genre inédit, première approche très simple de l’univers fascinant de la construction navale classique, qui vous permettra de construire un canot voile-aviron de 4,30 m. Par la suite d’autres dossiers, fiches, manuels pratiques ou même possibilité de stages couvrant des domaines maritimes très divers seront proposés à côté de la revue. Le présent article en donne une assez bonne idée.

Quelques images simples, peut-être simplement l’odeur du bois ou la vue d’un bel assemblage, peuvent soudainement créer l’envie de construire de ses propres mains. C’est, parfois, l’aboutissement nautique d’un long passé « terrien » de travail du bois, et parfois l’envie d’enrichir une existence vouée au seul travail intellectuel…

Pris au piège de ce désir qui devient vite un pari avec soi-même, le constructeur amateur n’aura de paix qu’à entreprendre son œuvre. Attention ! Là commence un difficile travail qui doit, pour demeurer un plaisir, respecter des équilibres savamment dosés. La tentation de créer, d’apprendre ou de confronter son savoir à la réalité compte pour beaucoup. Encore faut-il bien savoir juger la qualité de son projet, évaluer ses forces et procéder de façon rationnelle pour ne pas risquer l’échec.

La construction bois : une philosophie pour demain

Mais en proposant ces articles techniques, Le Chasse-Marée ne s’adresse pas aux seuls constructeurs amateurs. Nos intentions sont plus complexes : enraciner l’intérêt récent d’un large public pour la chose maritime sur un savoir plus concret est bien sûr l’ambition première. Ces notions permettront à chacun de mieux ressentir la beauté subtile des bateaux classiques ou traditionnels, et d’en comprendre les ressorts. Elles seront utiles, bien sûr, pour apprécier la visite d’un musée et d’un chantier, ou la lecture d’un ouvrage technique, mais aussi pour restaurer un canot ancien, pour passer commande d’un bateau neuf, pour exprimer ses souhaits et dialoguer avec les professionnels.

L’enthousiasme suscité par l’article sur les canots voile-aviron (Chasse-Marée numéro 27), (plus de cent lettres reçues à la revue et de très nombreux contacts pris directement avec les chantiers) montre qu’un renouveau de la construction de petites unités en bois va très logiquement suivre la prise de conscience de la richesse de la culture maritime.

Pour répondre à cette demande, un important travail devra être fourni par les architectes et les constructeurs. A côté des restaurations et des répliques à l’identique d’anciens bateaux de travail ou de plaisance, une nouvelle génération d’unités rajeunira bientôt la flottille, intégrant parfois des procédés de construction moderne, et une finition plus soignée, voire raffinée, convenant à certains styles de navigation de plaisance.

Mais le risque est grand, si leur conception ne se fonde pas sur une très solide culture, un goût bien formé et une grande modestie, de voir naître, aussi bien des mains des professionnels que des constructeurs amateurs, des bateaux qui ne seraient que d’involontaires caricatures. Seule l’exigence du public, sa sensibilité, sa capacité à reconnaître la part d’innovation compatible avec l’esprit de la tradition, permettront au talent des jeunes architectes de s’exprimer au bon niveau et sans se tromper d’objectif.

Mais l’on peut aussi penser que la construction bois a aujourd’hui un rôle plus décisif à jouer, une fonction contemporaine plus essentielle à remplir. A une époque où la généralisation des technologies de pointe, de l’informatique et de la robotique transforme complètement notre vie de travail et de loisirs (Le Chasse-Marée n’est pas exempt de ces bouleversements), supprimant un grand nombre de tâches concrètes au profit d’opérations exclusivement intellectuelles, la nécessité d’une vraie expression manuelle et d’un contact maîtrisé avec la matière en dehors de la vie professionnelle devient fondamentale.

© Michel Thersiquel

Aux savoirs et aux tâches de plus en plus parcellisés qu’implique la recherche acharnée de la compétitivité, il va devenir nécessaire d’opposer, dans les temps de loisir, une démarche créative complète où l’individu conçoive, construise de ses mains, embellisse et utilise lui-même un objet valorisant. Quel plus beau support que le bateau en bois pour cette expression totale et librement choisie. de la forêt à la mer, de l’atelier à la gifle des embruns ?

Aux Etats-Unis, c’est l’apparition des matériaux composites, de la fibre optique et de la micro-informatique qui, de manière paradoxale, provoque la naissance d’une véritable passion pour les bateaux en bois chez les individus les plus « branchés » de la société technologique : tout en investissant dans la Coupe America, les multicoques et les maxis, A.T.T. finance l’Atlantic Challenge et la construction d’une yole du XVIII’ siècle à l’Apprentice Shop. Il était ringard, il y a trente ans, de s’attarder au bateau bois; c’est aujourd’hui l’inverse qui est vrai à San-Francisco ou sur la côte Est !

La méthode des petites lattes permet une finition raffinée et un véritable plaisir tactile dans la mise en œuvre, tout en restant à portée des amateurs. © Francis Holveck

Nous autres Français, toujours un peu provinciaux, nous en sommes encore à chanter les louanges d’un matériau et d’un style de navigation pour dépliant publicitaire des années 1960… Mais les choses changent, même si certains confrères ignorent encore que les bateaux en bois ne prennent plus l’eau depuis belle lurette !

Une distinction nouvelle apparaît entre ce qui était autrefois le bricolage, le « do it yourself  » et la nouvelle construction amateur, où la recherche de la qualité du travail, l’importance accordée à la beauté et à l’authenticité, la rigueur et l’étendue de la documentation débouchent sur une activité proprement culturelle, voire artistique : c’est la notion de « functional art », comme disent les Anglo-saxons, concept trop oublié par notre enseignement, et qui redevient essentiel à une éducation moderne.

Construire aujourd’hui des bateaux en bois suppose toute une démarche, qui commence par une initiation simple à la mise en forme du matériau. Suit la découverte progressive des fonctions et de l’harmonie des bois, des échantillonnages et des lignes. Peu à peu, on accède à la connaissance approfondie d’une, puis, éventuellement, de plusieurs traditions, avant de déboucher sur une maîtrise qui permet, à son tour, la création à part entière.

Du plus simple au plus exigeant

De la simple prame en contreplaqué (Le Chasse-Marée n° 26) à la vraie construction classique à clins ou à franc-bord, en passant par l’Aber en lattes collées, Le Chasse-Marée vous propose une démarche cohérente et réaliste. Avec une constante : même pour les réalisations les plus simples, nous tenterons de maintenir une préoccupation véritable d’esthétique et de qualité.

Le Chasse-Marée a demandé à François Vivier, auteur de nombreux plans de ce type et notamment de l’Aven (voir Le Chasse-Marée n° 15 et n° 17) de dessiner, pour un programme de navigation voile et aviron, un canot de 4,30 m particulièrement bien adapté à une découverte de la construction bois. Ces deux bateaux ont donné lieu à la conception d’un dossier de construction amateur que Le Chasse-Marée propose aujourd’hui (voir pages publicitaires en début de numéro). Des programmes plus exigeants seront proposés dans l’avenir.

L’Aber est un canot de plaisance à voile au tiers, à la silhouette élégante, aux formes porteuses donnant une bonne stabilité initiale et une carène très intéressante pour la voile, permettant d’excellentes performances à toutes les allures. Les aménagements, les bancs transversaux et la hauteur du franc-bord permettent une pratique efficace de l’aviron, seul ou en pointe. Bateau vivant dans la brise, il peut aussi offrir les plaisirs de la pêche ou de la promenade. Cette simplicité d’utilisation est le grand avantage de ce type de canot; c’est celui des petits camins normands, des monotypes d’Arcachon et des belles annexes de yachts avec l’avantage d’un entretien très simplifié et d’un poids réduit.

Très simple de conception, il permet pourtant d’aborder les principaux aspects de la construction classique. Les options techniques adoptées n’étaient pas les seules possibles; d’autres tout aussi intéressantes auraient donné en fin de compte un canot assez différent. Rien n’est plus réjouissant que cette richesse de possibilités grâce à laquelle aucun bateau en bois ne ressemble jamais tout à fait à un autre.

Pour l’Aber, nous avons choisi le franc-bord et plus précisément, en pensant aux constructeurs débutants, le bordé en petites lattes qui élimine le délicat brochetage. La construction en petites lattes collées a de très sérieuses qualités : simplicité de mise en œuvre, étanchéité totale, très grande résistance. Elle conserve la qualité esthétique du bois, et tout le plaisir tactile et visuel du matériau.

Cette technique, qui relève plus de la menuiserie que de la construction navale, est à la portée des amateurs; certains pourraient même la trouver trop simple (mais amateurs éclairés ou professionnels pourraient réaliser un très bel Aber en bordé classique. Remarquons aussi que l’Ellé, construit à clins par le chantier J.-P. Durand, est issu du même plan de formes). Ainsi les grands principes de cette construction étant arrêtés, nous pouvons entreprendre sa réalisation en utilisant le dossier réalisé par François Vivier et Le Chasse-Marée, qui répond plus en détail à toutes les questions que nous évoquerons rapidement ici.

Tracé en grandeur réelle du plan des couples. © Francis Holveck
Réalisation d’un gabarit et vérification sur le tracé © Francis Holveck
Montage du moule et équerrage des gabarits. © Francis Holveck

La construction

Passer du plan de forme au tracé en grandeur

Toute construction à l’unité commence par une séance de dessin afin de tracer grandeur nature les couples du bateau représentés sur le plan à l’échelle 1/10e. C’est une opération simple puisqu’un tableau de cotes indique toutes les dimensions, calculées à l’avance par l’architecte. Cela demande pourtant un grand soin d’exécution et un minimum de matériel, comme une règle souple taillée dans du plexiglas et quelques poids de plomb destinés à maintenir la règle dans la forme du couple. Après ce tracé, effectué ici sur une feuille de contreplaqué, s’offre le choix, soit de réaliser directement les couples en lamellé collé pour obtenir une charpente, soit de découper des gabarits qui seront assemblés pour faire un moule.

Cette architecture permettra de border la coque quille en l’air, puis de mettre en place des membrures ployées après « démoulage » et retournement. C’est cette deuxième solution que nous avons choisie, mais la mise en œuvre des deux méthodes est décrite dans le dossier.

Découpe des gabarits et montage du moule

La réalisation des gabarits de couple nécessite un transfert du dessin à l’échelle 1 sur le matériau de ces gabarits, le plus souvent de la simple volige très économique. Cela peut se faire grâce à un calque ou, plus traditionnellement, comme dans beaucoup de chantiers, en marquant la forme à l’aide de pointes et en la transférant par marquage sous pression. (Dessin dans le texte.)

L’ensemble des gabarits est ensuite monté avec précision sur le chantier de poutres, puis on assemble le tableau arrière, la charpente axiale (carlingue ou chapeau de quille) et l’étrave qui donnent au moule sa rigidité. On peut alors régler définitivement la position des gabarits par lissage. Moment plaisant que ce lissage, quand les longues lattes cintrées sur le moule définissent soudainement la forme de la carène, et que l’on imagine déjà les lignes d’eau; mais on repère vite aussi quelques défauts : un couple dépasse de quelques millimètres, un autre demanderait à basculer de quelques degrés. Le chant des gabarits est abattu suivant la forme pour assurer un bon portage des lattes. Ce soin apporté à tout régler est très semblable à celui exigé pour le lissage d’une charpente classique.

Assemblage de l’étrave et du chapeau de quille. © Francis Holveck
Assemblage du tableau et du chapeau. © Francis Holveck
Pose de la préceinte. © Francis Holveck

Les préceintes

La mise en place des préceintes est une opération extrêmement importante : de leur dessin va dépendre la tonture du bateau et Dieu sait qu’il faut peu de chose pour qu’elle ne soit pas parfaite ! . La symétrie peut, elle aussi, être affectée par cette opération car la rigidité du moule n’est encore qu’imparfaite.

Si l’on veut s’épargner le brochetage (voir l’encadré) qui permet de dessiner la préceinte, on peut la réaliser comme le reste du bordé en petites lattes choisies dans une épaisseur plus forte. Cette solution plus facile limite aussi les contraintes de torsion du moule.

Dans le cas où l’on opte pour des préceintes brochetées, ce qui constitue une bonne initiation à la construction classique, il faut définir leur forme. Pour respecter la tonture dessinée sur le plan, et qui a été reportée par points sur les gabarits, on compare l’écart entre chacun de ces points et le bord d’une latte rectiligne cintrée sur les gabarits. Ce sont ces écarts mesurés sur chaque gabarit qui permettent de dessiner sur une planche plane la forme courbe souvent en S de la préceinte. En construction classique, l’ensemble des bordés est tracé et débité suivant cette méthode.

Evaluation de l’équerrage du bordé. © Francis Holveck
Equerrage d’une latte de bordé. © Francis Holveck
Pointage sur chant. © Francis Holveck
Pose d’une latte à trévirer au niveau du bouchain. © Francis Holveck

Le bordé en petites lattes

Malgré l’extrême simplicité de ce mode de bordage, quelques difficultés mineures demeurent dans la préparation et la mise en place des lattes. Le procédé n’exclut pas de sélectionner son bois avec attention; en choisissant l’essence, bien sûr, red cedar léger ou pin d’Orégon plus fendif, mais plus dur et droit de fil, mais aussi en triant les lattes suivant leur qualité, gardant les plus souples pour border les fonds et les plus jolies surtout si le bateau est verni pour les hauts.

La mise en place de chaque latte correspond à une procédure identique pour toutes : on commence par évaluer l’équerrage à lui donner pour qu’elle applique régulièrement sur le gabarit et sur le chant de la préceinte, ou de la latte précédente. Cette évaluation se fait à l’œil et l’équerrage (mise à l’angle) est réalisé au rabot avec une plus ou moins grande précision suivant que la coque doit être peinte (possibilité d’enduit, petites imperfections invisibles) ou vernie (dessin dans le texte).

Cette technique s’acquiert très rapidement. Puis la latte est vissée dans l’étrave, cintrée sur le moule et pointée sur chant dans la précédente. Tout cela va sans mal jusqu’au bouchain, puis les difficultés de cintrage s’accroissent, en même temps que l’expérience du charpentier.

Le bordage du bouchain demande de trévirer les lattes, c’est-à-dire de les vriller sur elles-mêmes, et l’aide d’un compagnon devient souhaitable. Puis, progressivement, au fur et à mesure que l’on gagne vers les fonds, le trévirage s’estompe, permettant de terminer seul le bordé.

La charpente axiale extérieure

La construction sur moule et surtout l’utilisation de la colle permettent certaines facilités. C’est particulièrement vrai pour la charpente axiale qui est réalisée en substituant à l’ensemble quille, étrave, étambot avec râblure une double structure intérieure et extérieure liée par la colle. A ce stade de la construction, seuls la carlingue, l’étrave intérieure et le tableau sont en place. La partie extérieure est alors ajoutée, étrave et aileron arrière en plusieurs plis lamellés, cintrés et collés sur place, quille en massif ajustée à l’étrave et recouvrant l’aileron. Il est évident que la fiabilité de cette technique repose très largement sur la qualité du collage, qui devra se faire dans de bonnes conditions de température et d’hygrométrie (les colles polyuréthane monocomposant sont les moins exigeantes, et l’on peut se contenter d’un abri rustique pour leur mise en œuvre).

Quille posée, vient enfin l’heure du retournement ! Les gabarits sont démontés et la coque apparaît vide comme une coquille. La technique des petites lattes et la finition de la charpente nous avaient éloignés de la pure construction traditionnelle, la suite des opérations nous y ramène totalement. Ce sont tous les travaux restant à effectuer à l’intérieur de la coque, membrures, serres, bancs et détails de finition qui vont lui donner une grande part de son caractère. Ce sont eux également qui seront les plus visibles, les plus directement en contact physique avec l’utilisateur; ils procureront un plaisir qui justifie largement le soin apporté à leur réalisation.

Enfin, n’hésitons pas à préciser que si la silhouette générale du bateau est l’œuvre de l’architecte, la qualité des finitions dépend presque exclusivement du goût du constructeur.

Collage d’un pli de l’étrave. © Francis Holveck
Réalisation de l’aileron de quille en lamellé collé © Francis Holveck

Ceintrage d’une membrure bouillie. © Francis Holveck
Vissage de la membrure par l’extérieur. © Francis Holveck

La pose des membrures

Le ployage des membrures bouillies fait souvent peur ! On est instinctivement partagé entre la crainte de ne pas avoir la force suffisante et celle de briser la membrure. En fait le bois étuvé est bon enfant et prend sa forme sans trop forcer, pourvu que le travail soit mené rondement et avec précision. Il faudra bien sûr installer une petite étuve à proximité du canot en utilisant par exemple un tube de bon diamètre, et l’alimenter en vapeur (une cocotte-minute est suffisante).

A sa sortie de l’étuve, la membrure acacia reste très souple pendant quelques minutes. Présentée dans le canot, elle est immédiatement plaquée contre la coque et maintenue en place par des presses. Aussitôt elle est rivée, vissée ou pointée à l’extérieur pendant qu’un aide fait contre-coup à l’intérieur en commençant par le bouchain puis en gagnant alternativement vers la quille et la préceinte.

Le succès de l’opération dépend grandement du soin apporté à sa préparation : tracé précis au crayon de la position de la membrure, avant-trous percés, outils à portée de main. Enfin pas de panique, si les choses ne se présentent pas trop bien, si l’on tarde trop, il restera toujours la possibilité d’étuver une seconde fois.

La finition

A ce niveau de construction, la coque garde encore une très grande souplesse. Son élasticité tend à la faire refermer et oblige, surtout si l’on interrompt les travaux, à glisser en place le gabarit du maître-bau. Ce sont la serre, le plat-bord, les bancs et le puits de dérive qui lui donneront sa rigidité définitive.

Le plat-bord est collé le long de la préceinte au-dessus des têtes de membrures. Puis la serre est rivée ou vissée à travers les membrures. De sa position précise dépend la hauteur des bancs et donc le confort de nage à l’aviron.

Pour toutes ces finitions, le choix des bois, la qualité de leur grain et de leur couleur, le degré de poli que l’on parvient à leur donner, sont déterminants dans l’esthétique du bateau. En règle générale, il faut éviter d’utiliser pour les parties vernies un trop grand nombre d’essences. Jouer sur le rapport de trois bois de coque, de membrures et d’aménagement est largement suffisant. Trouver un « beau morceau de bois » donnant une courbe bien de fil peut transformer la moindre équerre, la plus petite guirlande en un véritable régal pour l’œil, et augmenter la solidité du bateau.

Confection de la chambre arrière © Francis Holveck
Mise en place du puits de dérive. © Francis Holveck
Détail d’une courbe de banc. © Francis Holveck

Pour la finition extérieure, le vigoureux débat entre les tenants du vernis et ceux de la peinture n’est pas prêt de s’éteindre. On comprend bien que le constructeur, par définition sensible à la beauté du bois, souhaite le laisser apparent. Cela suppose un travail irréprochable du bordé et une belle homogénéité de texture de toutes les lattes. Pour cet essai nous avons préféré une finition intérieure vernie et le classicisme le plus total à l’extérieur : laque noire impeccable rehaussée d’un filet or. Cela donne à l’Aber un air tout à la fois sérieux et élégant.

La finition vernie, un choix justifié. © Francis Holveck

Un joli mât et une vergue en pin d’ Orégon vernis, des avirons gainés de cuir, des dames de nage en bronze et une belle voile en coton blanc taillée par Burgaud achèvent de lui donner à première vue un style « plaisance classique »; mais ne nous y trompons pas, l’Aber est aussi un bateau léger, simple et solide; chargé sur remorque et gréé en quelques minutes, il est très facile à entretenir. Ces caractéristiques d’utilisation très modernes, en tout cas totalement contemporaines, sont immédiatement perceptibles dans l’esthétique de l’intérieur, qui s’écarte nettement de la construction classique par son relatif dépouillement (membrures peu nombreuses, serres fines, accastillage discret, belles surfaces de bordé lisses et homogènes, allure générale « clean »).

Le lancement d’ Ildut, premier Aber du nom, sous une belle finition extérieure laquée © Francis Holveck

L’outillage

Il est des constructeurs amateurs pour rêver d’un atelier complet rivalisant en machines avec les professionnels… L’envie de s’équiper naît au moment de réaliser le débit d’une pièce difficile en l’absence de scie à ruban; mais cette difficulté, qui peut être en général contournée autrement, ne justifie sûrement pas l’investissement dans un matériel lourd.

A l’inverse, certains s’enorgueillissent de travailler souvent fort bien avec presque rien, une caisse de vieux outils…

Entre ces attitudes extrêmes, on peut s’équiper d’un matériel portatif électrique qui facilite grandement la tâche pour un investissement modeste.

Pour l’Aber, justement conçu dans cet esprit, on peut proposer, outre l’outillage manuel de base, marteaux, ciseaux, maillet, scies, vilebrequin et rabot, l’achat d’une perceuse, d’une scie sauteuse et d’un rabot électrique.

© Francis Holveck
© Francis Holveck

Un Aber prêt à naviguer

Pour ceux que l’idée d’un joli canot terminé séduit plus que celle de la construction amateur, voici une chance à saisir : Le Chasse-Marée vend la première unité réalisée, sous ses directives, pour l’élaboration de cet article. Inutile de préciser que la qualité de la construction et des finitions est irréprochable tout comme celle de la très jolie misaine en coton taillée par la voilerie Burgaud.

L’Aber avec sa misaine et ses avirons : 35.000 F.

© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel

Naviguer autrement n’est pas un vain mot, l’Aber peut, grâce à ses qualités marines et d’évolution, s’aventurer là où peu de bateaux tenteront une approche. Ses performances à l’aviron sont aussi une sécurité supplémentaire quand il faut évoluer avec précision dans des chenaux étroits ou quitter une plage sous le vent. Mais, quelles que soient ses qualités, un canot ne peut prétendre les avoir toutes et notre ami François Vivier prépare déjà un dossier pour la construction d’un misainier plus fort pour la navigation côtière.

© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel
© Michel Thersiquel