Marin, charpentier de navires, architecte naval… l’itinéraire de Gerd Lohmann est jalonné de multiples expériences. Né en Allemagne, loin de la mer, il n’a jamais hésité à voyager pour s’instruire, en témoignant d’un intérêt particulier pour les bateaux à clins et les charpentes complexes.

Glana, un 8 m JI sur plans Reimers, trône à l’entrée du chantier du Guip, à Brest. Sous l’étrave, Gerd Lohmann est en pleine discussion avec un apprenti. Le charpentier conseille et transmet son savoir. « J’ai connu trop de constructeurs traditionnels qui cultivaient le secret. La charpente est un travail, pas un art. Il n’y a rien à cacher; tout le monde peut devenir charpentier; il faut simplement du temps. Alors, j’essaie de transmettre mes connaissances, sans pour autant imposer une technique, alors qu’il en existe souvent des dizaines pour réaliser une même pièce. » Gerd connaît la valeur de ces échanges, lui dont le parcours est riche des rencontres et des expériences qu’il a su provoquer.

Gerd est né en 1965 à Krefeld, près de Cologne, dans un univers familial étranger à la mer et aux bateaux. Néanmoins, il embarque très tôt avec son frère sur un Pirat, le dériveur-école le plus répandu sur les plans d’eau locaux, avant de passer sur le Fireball que leur offrent leurs parents. Pas de régates toutefois, le jeune garçon est peu attiré par la compétition, comme il sera plus tard allergique aux formations sanctionnées par des notes.

Son intérêt va alors à la navigation. « Dès que j’entendais parler d’une personne qui possédait un bateau, je la contactais pour embarquer. » Quand, adolescent, il est autorisé à s’évader à vélo, Gerd découvre les bateaux traditionnels dans les ports de la mer du Nord et de la Baltique. Les grands voiliers le captivent et il rencontre bientôt un « voisin » qui, à Kiel, tente de transformer en trois-mâts un bateau-feu de 50 mètres. « C’était un projet impossible, mais j’étais naïf et je me suis embarqué dans ce chantier, qui n’a finalement jamais abouti. » Pourtant, à côté, le projet de conversion en grand voilier du Thor Heyerdahl, un caboteur de 1930, est sur la bonne voie. Gerd rejoint l’équipe. Son dévouement et l’intérêt qu’il porte au travail du bois lui permettent rapidement de quitter le « sale boulot » pour rejoindre les charpentiers qui s’affairent autour de la mâture et des emménagements.

Le bateau terminé, Gerd, peu enclin aux études, réussit à convaincre ses parents de le laisser embarquer une année, le contrat familial stipulant qu’il reviendra ensuite passer son bac. De la Baltique aux Canaries, le jeune homme réalise son rêve de navigations. « C’était bien, mais je me suis aperçu que je ne voulais pas passer ma vie sur un bateau. » Mais pourquoi pas autour? Car l’univers du bois l’intéresse de plus en plus. Son bac en poche — promesse tenue! —, Gerd se renseigne sur les formations en charpente navale. « Il n’y avait pas d’école en Allemagne. Il fallait rester trois ans et demi en apprentissage, ce qui ne me plaisait guère étant donné que la première année se passe le balai à la main, avec peu de pratique. Et je ne voulais pas perdre mon temps. »

J’ai vécu deux années de rêve, si ça avait été possible, j’y serais encore!

Alors, Gerd élargit son horizon aux formations dont il a vu les encarts publicitaires dans la revue américaine Wooden Boat. Il en existe bien en Angleterre, mais « il y avait trop de tests, trop de notes, c’était très scolaire, et ce n’est pas mon truc. » Au contraire, le fonctionnement de l’Apprenticeshop aux Etats-Unis l’intéresse vivement. « Ça marchait comme un chantier, pas comme une école. Ils faisaient de belles choses… et c’était gratuit. »

L’école américaine créée par Lance Lee accepte alors un étranger chaque année, les autres apprentis étant recrutés parmi les volunteers et les stagiaires payants qui viennent, chaque été et six semaines durant, entretenir les bâtiments et les bateaux pour les premiers, et construire un skiff pour les seconds. Gerd rencontre un des directeurs à Londres. Le temps de remettre en état une petite goélette d’Abeking & Rasmussen en Grèce, puis d’y être matelot quelques semaines, et il apprend que l’Apprenticeshop a retenu sa candidature.

« J’ai découvert un chantier avec cinq ou six bateaux à différents stades de construction. J’ai commencé comme tout le monde par construire un skiff à fond plat. C’était l’embarcation idéale pour acquérir les bases: les côtés sont bordés à clins, le fond à franc-bord, on apprend le calfatage, le rivetage, l’utilisation des machines… » Gerd enchaîne ensuite sur les projets en cours : la yole 1796 Egalité, un croiseur de 12 mètres, un Maine Peapod… Le soir, il se construit une prame norvégienne pour apprendre les arcanes de la charpente nordique. L’Apprenticeshop favorise la découverte des techniques de construction du monde entier… à l’exclusion du bois moderne, prohibé. Cela n’empêche pas le jeune charpentier de réaliser un doris en contre-plaqué époxy pour le père d’un ami qui souhaite descendre le Grand Canyon, ce qui suscitera une polémique !

Gerd, en 1983, à la barre de Thor Heyerdahl, le grand voilier allemand à bord duquel il a passé une année.© coll Gerd Löhmann
« Nous naviguions beaucoup à l’Apprenticeshop. La cabane de Green Island, à une douzaine de milles du chantier, était notre point de ralliement. Elle avait été construite avec des matériaux de récupération, comme le bois échoué sur les grèves. Ce jour-là nous étions venus à bord d‘Amy, la réplique d’un No Man’s Land boat. » © coll Gerd Löhmann

Gerd est intarissable sur cette formation. « La motivation était notre moteur. L’apprenti le plus novice était encadré par le plus ancien. Les deux formateurs interrompaient les travaux de chacun pour réunir tout le monde quand ils estimaient qu’il y avait quelque chose d’intéressant en cours sur un bateau. La formation durait deux ans et, chaque fois qu’un des dix-huit apprentis partait, il était aussitôt remplacé. » Lance Lee, le directeur, a des projets à foison. Les bateaux mis sur cale, de types très variés, sont soit des commandes, soit des bateaux qui seront ensuite vendus, ce qui contribue à financer l’école en plus de nombreux dons.

Et l’apprentissage ne se limite pas à ces constructions. Les élèves peuvent profiter d’une riche bibliothèque, les locaux et les machines leur sont accessibles en permanence. Une flottille est à leur disposition pour naviguer, Lance Lee estimant qu’un charpentier doit savoir comment marche un bateau. Les apprentis ont également à leur charge l’entretien des locaux, l’encadrement estival des volunteers et des stagiaires, ou encore le désenneigement de la route en hiver… « C’était une véritable communauté. On vivait dans des cabanes que nous nous étions construites, sans eau ni électricité. »

Le Bonheur! « C’est une école idéale que je n’ai jamais retrouvée ailleurs. Pas de cours, pas de notes. Ce qui ne nous empêchait pas de travailler tout le temps, par simple plaisir de la belle ouvrage. On allait chaque soir voir les bateaux des autres, on se posait des questions, on se donnait des explications… » On peut aussi y trouver l’âme sœur. En 1986, Gerd rencontre Christine, sa future femme, à New York, lors de la première régate de yoles 1796 entre la France et les Etats-Unis, un rassemblement organisé par l’Apprenticeshop et Le Chasse-Marée.

Le jeune charpentier se spécialise dans les techniques de construction à clins

Le couple rentre en France en 1987 et s’installe à Brest, où Christine poursuit ses études. « Je ne parlais pas un mot de français, ce qui était un peu gênant pour chercher du travail dans les chantiers. Alors je suis resté à la maison pour apprendre la langue, hormis deux mois où j’ai travaillé comme bûcheron pour nettoyer les dégâts de la tempête de 1987. Là au moins je n’avais pas besoin de parler ! »

Gerd a quand même laissé ses coordonnées en divers endroits, notamment au musée du Bateau de Douarnenez. C’est ainsi que Denis-Michel Boëll, le conservateur, le contacte début 1988. Il est à la recherche d’un charpentier pour construire deux bateaux à clins sans gabarit, afin d’illustrer une exposition sur la construction nordique. Gerd met en chantier deux Willy Boats. « J’en ai laissé un en début de montage et j’ai poussé le second jusqu’à la fin du bordage, afin de faciliter la compréhension de la mise en œuvre. »

Dès lors, le charpentier va enchaîner différentes expériences dans l’univers du clin. Il encadre ainsi la construction d’une première yole de Ness pour Le Chasse-Marée aux Ateliers de l’Enfer, tandis qu’un de ses amis s’occupe de celle d’un Whitehall. « Les stagiaires ont découvert là les deux principales techniques du clin, celle nordique où on monte les bordés en l’air avant de poser la structure, et l’autre, anglo-saxonne, où on fait un tracé, puis des gabarits. » Un an plus tard, Gerd construit une seconde yole de Ness… sur plateau, le projet consistant pour la revue à remorquer le chantier de fête en fête afin de faire découvrir la construction traditionnelle à un large public.

« J’aime le clin, son côté « vieille technique ». C’est très beau et très complexe. Il faut de l’expérience, mais également un bon coup d’oeil, car on doit ressentir les formes dans la mesure où on ne se contente pas de reproduire un plan. » Son intérêt pour la construction scandinave est tel que, lorsque Christine lui fait part de son souhait de gagner la Norvège pour se perfectionner dans le tissage, il n’hésite pas une seule seconde à boucler ses valises. On est en 1990. « La « section charpente navale » de l’école où se trouvait Christine construisait un femboring, hélas ! je n’avais pas les finances pour m’inscrire. » Mais, le malheur des uns fait le bonheur des autres: quand le professeur de menuiserie se blesse, Gerd est sollicité pour le remplacer.

En 1988, à Sainte-Marine, Gerd restaure un Super Cormoran avec Mike Dziubinski. Il présente ici l’ancienne et la nouvelle courbe de tableau. © coll Gerd Löhmann

« On m’a ensuite confié la restauration de deux femborings. Ces bateaux avaient été construits dans les années soixante avec des membrures en lamellé-collé… qui s’étaient décollées. Lance Lee était très content quand je lui ai raconté ça! » Il remplacera ces pièces ainsi que les plats-bords, arpentant la forêt avec des gabarits pour dénicher le bois courbe. « Ces restaurations et la construction neuve m’ont fait découvrir de nouvelles techniques : l’absence de brochetage, le travail à la hache et au couteau… Ce sont des choses qui ne s’apprennent pas dans les livres. »

Quand le couple quitte la Norvège pour le Danemark, Gerd en profite pour s’intéresser de plus près aux bateaux vikings. Le charpentier poursuit ainsi son immersion dans l’univers du clin. Parmi ses nombreuses expériences en ce domaine, il a notamment encadré le chantier de la réplique de l’Arche, un petit flobart à voiles, aux Ateliers de l’Enfer. « C’était une expérience particulière, car je me suis laissé guider par Pierre Lamarche, un des stagiaires, grand connaisseur des bateaux du Boulonnais. Il ne savait pas faire mais il me disait comment c’était fait. Ça m’a permis de comprendre. Quand, en 1992, Pierre a remporté un premier prix du concours « Bateaux des côtes de France » avec la construction de Marianne-toute-seule, réplique sans compromis d’un cordier de Berck, j’étais très fier. » Aujourd’hui, Gerd nourrit toujours des projets autour du clin. Il rêve notamment de faire venir en France des charpentiers étrangers. Il travaille également à l’écriture d’un livre qui présentera tous les types de construction à travers l’étude d’un bateau précis.

Gerd a mis sur cale plusieurs yoles de Ness, dont une (en haut) lors d’un chantier qu’il déplaçait de fête en fête (CM 68). En Norvège, il a participé à la construction du femboring Munin (en bas).
Le bateau est à mi-bordage, stade auquel on commence à poser les varangues. Noter les accores qui maintiennent la coque dans ses formes. © coll Gerd Löhmann

J’ai toujours rêvé de travailler à la construction de grosses charpentes

Après son séjour en Scandinavie, Gerd se fait embaucher à l’Atelier du Port-Rhu. Le travail lui plaît, l’entente est parfaite au sein de l’équipe, mais c’est alors que le charpentier entend parler du projet de construction de la Recouvrance. « Et ça, je ne voulais pas le rater ! » Car s’il aime la légèreté du clin, les charpentes imposantes le fascinent encore davantage.

« J’ai commencé avec le Guip sur le chantier de la Belle Angèle, à Pont-Aven. C’était mon premier gros bateau et ça n’a fait que confirmer mon goût pour ce type de travail. Ensuite il y a eu la Recouvrance, à Brest. C’était un beau chantier qui correspondait à l’idée que je me faisais d’une reconstitution, sans concessions, sauf en matière de sécurité. » Cette année, le grand carénage des dix ans de la goélette a montré son parfait état, et le visage réjoui de Gerd suffit à illustrer sa fierté. Il se souvient également de la restauration de Vanity V, un 12 m JI sur plans William Fife (CM 136). « J’ai notamment remplacé l’allonge de voûte, une pièce extraordinaire qui m’a demandé un mois de travail. A l’époque, j’avais d’ailleurs dit que c’était la pièce de ma vie, celle après laquelle je pouvais m’arrêter tellement c’était beau! »

Pourtant, les préférences de Gerd vont aux bateaux de travail. « Au début des années quatre-vingt-dix, l’activité du Guip consistait surtout à réparer les bateaux de pêche. C’était dur, car on était dans le froid et l’humidité, mais très enrichissant parce qu’on voit où les coques fatiguent et on apprend beaucoup. Et puis j’aime travailler le chêne, un bois magnifique que je préfère aux essences rouges. » Une allusion aux yachts classiques? « Les difficultés de construction de la plupart des bateaux de plaisance viennent de la qualité à apporter aux finitions. Leurs carènes doivent être impeccables et glisser parfaitement, ce qui implique un soin tout particulier. Idem pour les emménagements; il faut penser à l’emplacement de chaque vis pour qu’elle ne soit pas visible. L’intérêt se pose donc en terme de discipline de travail, mais les heures passées à poncer et vernir m’ennuient. Ce sont en fait les travaux de structure, dans la difficulté et la richesse de leurs assemblages, qui m’intéressent le plus. Ainsi, même si l’allonge de voûte de Vanity V m’a comblé, il y a bien plus de pièces complexes et intéressantes dans la coque d’un chasse-marée comme la Belle Angèle que dans celle d’un 12 m JI. »

Calme, souriant, un anneau d’or à l’oreille, l’homme n’est pourtant pas sectaire, loin s’en faut. « Je suis charpentier traditionnel car j’aime le bois; je n’ai aucune envie de travailler les matériaux composites. Pourtant, les carènes de 60 pieds Open me captivent, comme tout ce qui est ultramoderne. J’aime également regarder les cargos, ou encore les vedettes de pilotage, qui ont des formes magnifiques. » Avec une telle ouverture d’esprit, Gerd ne tarde pas à concrétiser l’un de ses vieux rêves : apprendre ‘architecture navale. « Qu’est ce qui fait l’équilibre sous voiles? Pourquoi les appendices ont telle ou telle forme? Toutes ces questions théoriques m’ont longtemps intrigué et ce sont des données qu’on ne comprend pas forcément quand on est constructeur. J’avais bien lu quelques livres, mais l’architecture navale nécessite un enseignement. Et je voulais tout comprendre pour pouvoir dessiner un bateau de A à Z. »

© coll Gerd Löhmann

C’est encore dans l’Etat du Maine que Gerd découvre l’école qui lui convient, The Landing School. En septembre 1994, la famille Lohmann — qui s’est agrandie avec la naissance d’un second enfant à quelques heures du départ! — s’installe aux Etats-Unis pour un an. « Les cours ont commencé par le tracé à la main d’un doris, avec son tableau de cotes et son plan de charpente. J’étais avantagé car il y avait beaucoup de débutants et c’est un sujet que je connaissais. Cela dit, l’équilibre est vite revenu quand on est passé à l’ordinateur avec Excel ou Autocad… Je ne savais même pas comment allumer cette machine ! » Passé ces premiers tâtonnements, Gerd jubile à accumuler tant de connaissances : hydrostatique, résistance des matériaux, électricité, plomberie… « On a très vite dessiné notre premier bateau, puis un second, etc. Chaque étude devait intégrer ce qu’on avait appris; nos plans gagnaient ainsi en densité au fur et à mesure de l’enseignement. C’était passionnant ! »

Pour son projet de fin d’études, Gerd choisit de s’intéresser aux multicoques de Dick Newick, des bateaux qu’il adore, « très rapides mais également très marins ». Il contacte l’architecte naval, « quelqu’un de simple et généreux qui a le sens du partage ». L’entente est immédiate et les deux hommes concluent un marché: tandis que le maître inculquera à son élève les notions d’architecture nécessaires au dessin d’un multicoque, ce dernier lui apprendra à utiliser un logiciel de tracé de carènes.

Gerd s’est ainsi dessiné un catamaran de 8 mètres. « C’est un voilier conçu pour la balade côtière et qui peut marcher à 15 nœuds. Les flotteurs permettent le couchage. C’est simple et spartiate mais, de toute façon, un multicoque c’est fait pour aller vite. Il n’était donc pas question que je rapporte une nacelle qui abrite des emménagements, car cela reviendrait à sacrifier les qualités du type. Peut-être aurai-je un jour les finances pour construire ce petit catamaran, mais je ne pense pas que j’y prendrai du plaisir, car ce sont des coques en petites lattes collées époxy. »

L’architecte naval choisit de revenir à son travail de charpentier

Gerd réintègre le chantier du Guip en 1995. Il a bien pensé chercher un emploi d’architecte naval, mais il ne se voit pas passer des journées entières devant un ordinateur. « J’ai suivi cette formation pour enrichir mes connaissances. Ça me permet aussi de faire quelques calculs pour les bateaux que nous avons au chantier. J’ai également dessiné plusieurs plans de voilure. »

Gerd s’est tout de même fait plaisir en dessinant deux bateaux voile-aviron, le Kernic, et une autre unité plus petite, dont la construction a permis à François Geudré d’être sacré « meilleur ouvrier de France ». « Un bateau doit avant tout être conçu autour de son programme, résume l’architecte-charpentier. Soit on fait quelque chose de très traditionnel, soit on fait quelque chose de très moderne. Ainsi je ne vois pas l’intérêt de faire des bateaux de course qui ont un aspect ancien. Et je n’aime pas les bateaux à clins de contre-plaqué, même si certains ont de jolies lignes. En fait, je n’apprécie pas ce qui est bâtard. »

Au Guip, Gerd enchaîne constructions et restaurations. Et il n’est jamais le dernier à admirer les prestigieuses unités qui se succèdent sur le chantier brestois, comme Noryema IV, « un très beau Nicholson, à la transition du classique et du moderne ». En 2000, c’est à lui que Yann Mauffret confie la responsabilité de la construction de la barque du Léman Savoie, à Thonon-les-Bains. Et cette année, Gerd va diriger la restauration d’une autre barque, la Neptune, à Genève. « Gerd a de nombreuses qualités, souligne Yann. C’est d’abord quelqu’un qui s’est ouvert à différentes méthodes de construction, par ses voyages, ses lectures et ses expériences diverses. C’est en outre un excellent pédagogue doué d’une grande patience. Enfin, c’est un bon charpentier. On peut lui confier un travail de A à Z, il dirige très bien le chantier quand je ne suis pas là. »

Et Gerd se sent bien dans cette entreprise pas comme les autres. « On travaille sur de nombreux types de bateaux, du canot voile-aviron à la Recouvrance en passant par des yachts classiques et des coquilliers. J’ai la chance d’être dans un chantier exigeant sur la qualité, avec beaucoup de travaux de structure et des gens très motivés. En outre, Yann m’offre suffisamment de latitude pour mener à bien mes projets. Ainsi, dans un an, je vais m’arrêter plusieurs mois pour construire ma maison. Ils sont rares, les patrons aussi compréhensifs ! »

Gerd profitera également de ce congé sabbatique pour naviguer sur son « eka », un canot voile-aviron suédois, prolongement logique de la voiture familiale dès que les Lohmann partent en promenade. « C’est parfait avec mes enfants qui sont encore petits. Et puis c’est important pour un charpentier de naviguer. » D’ici là, il aura sans doute achevé la restauration de son Dauphin, un petit sloup de chez Jézéquel. Il est plus de 20 heures lorsque s’achève notre entretien. Gerd, plutôt loquace jusqu’alors, se fait soudain plus silencieux. Il doit déjà penser au travail qui l’attend sur son futur croiseur. On le laisse le rejoindre…

© coll Gerd Löhmann