"Red Pearl", ex-Prélude, très bien conservé, navigue toujours depuis son nouveau port d’attache, Lorient.

Une fois n’est pas coutume, ce « BIP du mois » est consacré aux lauréats de la commission BIP qui s’est tenue en octobre 2025. Pour rappel, cette commission est organisée par l’association Patrimoine maritime et fluviale (PMF). Elle est présidée par Gérard d’Aboville avec, à ses côtés, François Casalis, vice-président, et comprend des experts du patrimoine maritime, des représentants des ministères qui soutiennent PMF, et des associations du milieu du patrimoine.
Cette année encore, les résultats montrent la diversité des unités ayant un intérêt patrimonial, pour leur témoignage humain, conceptuel, technique ou événementiel. Ainsi L’Hydroptère a-t-il rejoint les rangs des BIP : ce trimaran volant imaginé par Alain Thébaud et Éric Tabarly, mis à l’eau en 1994, a été ramené en France par Gabriel Terrasse pour qu’il navigue à nouveau.
Les membres du jury ont également remarqué Jumba, « un bel exemple de restauration d’une barge néerlandaise très populaire, y compris chez nous. Malheureusement, la plupart d’entre eux ont été bricolés, au point de ne plus être reconnaissables », commentent François Casalis et Gérard d’Aboville. Jumba, lui, témoigne bien des lemsteraaks, type de bateau de pêche néerlandais né vers 1825. Cette réplique (12,40 mètres de long et 4,13 mètres de large) a été lancée en 1991 par Smits Jachtbouw à Nieuwegein aux Pays-Bas, sur des plans de l’architecte Henk Lunstroo.

Une goélette en ferro-ciment

Parmi les autres restaurations réussies, le jury a récompensé celle effectuée sur la vaquelotte Marie-Madeleine, construite en 1919, le bateau à moteur sardinier de la Trinité-sur-Mer lancé en 1957 Vers l’aventure, et, enfin, Pinguino, un Haven class 16 de 1914 construit par le chantier Eric Dow sur un plan Herreshoff. Ce dernier a été « restauré avec une recherche particulière d’authenticité dans les moindres détails ».

Pinguino. ©Pinguino/PMF

Un dossier a spécifiquement intéressé la commission : la goélette en ferro-ciment Red Pearl, « représentative d’un type de bateau de plaisance issu d’un mouvement important des années 1960-1970. Il regroupait ce que les yachtsmen appelaient avec un rien de dédain, “les vagabonds des mers” ». Son constructeur amateur Jacky Roux, y a consacré quatorze ans de sa vie, de 1975 à 1992. Il témoigne de ces constructeurs amateurs autodidactes, initiés par la revue Loisirs nautiques, dont il était l’un des premiers abonnés.

« Vers l’aventure », sauvé de la casse en 2021, puis restauré. ©Vers l’aventure/PMF

Pour les plans et la construction, il s’est inspiré de navigateurs comme Bernard Moitessier, et a adopté la technique du moule en contreplaqué du chantier de Saint-Jean d’Angle, qui est alors le seul en France à détenir le savoir-faire pour les bateaux en ferro-ciment. La coque est d’une épaisseur de 12 à 16 millimètres, avec un ferraillage en maille carrée et fers de diamètre de 6 millimètres. Les membrures et le barrotage sont en lamellé-collé, les cloisons et aménagements en contreplaqué marine.
Cette année, « 146 bateaux ont été labélisés, dont huit fluviaux, précise l’association. Parmi les 174 dossiers présentés, 28 bateaux ont été refusés, 19 pour intérêt patrimonial non avéré, 9 pour “transformations ayant altéré l’intérêt patrimonial”, et deux pour “série en polyester” ». M. L.-C.

Publié dans Le Chasse-Marée 348 – Décembre 2025-Janvier 2026