
L’association Anaon a été créée pour accompagner les familles lors de dispersions de cendres en mer sur des voiliers traditionnels bretons. Son nom désigne en breton les âmes des défunts. Les « bateaux de nuit », du nom de la flottille naissante, devraient accueillir les premières cérémonies au printemps prochain.
Formée au sein de la coopérative funéraire de Rennes et porteuse de ce projet, Camille Lapouge foisonne d’idées pour « réenchanter les funérailles » en s’appuyant sur l’espace symbolique de la mer et de la navigation à bord de ces voiliers où les manœuvres sont collectives. Chaque cérémonie sera imaginée pour et avec les familles. Anaon se chargera des procédures administratives et fera le lien avec ce qui aura déjà été organisé à terre – la dispersion des cendres peut avoir lieu jusqu’à douze mois après la crémation.
Il s’agira de garder une cohérence, tout en intégrant les spécificités et les réalités de l’environnement marin. Anaon veillera par exemple aux amers, aux alignements et aux courants avec lesquels dériveront les cendres. « Si certaines personnes ne sont pas à l’aise en mer, il faut qu’elles puissent avoir un lieu où se recueillir depuis la terre, remarque Camille Lapouge. La contrainte majeure, ce sont les annulations en raison de la météo. J’explique qu’on vient dans un milieu où on ne maîtrise pas tout, c’est ce qui contribue à sa beauté. C’est aussi une immersion dans une culture où prime la solidarité, ce qui peut permettre de refaire communauté autour des familles endeuillées. »
Pour nourrir ses cérémonies en mer, Anaon mène également des recherches autour des pratiques funéraires maritimes dont certaines ont aujourd’hui disparu. Elle organise également à Brest des « cafés mortels ». Conviviaux, ces événements visent à sensibiliser au tabou qu’est devenue la mort et à informer sur la législation afin de permettre aux familles de se réapproprier les funérailles. L’été dernier, un café mortel a par exemple été consacré à la disparition en mer et au rite ouessantin de proëlla.
Pour célébrer son lancement en juillet dernier, l’association Anaon a proposé une navigation en rade de Brest à bord de Notre-Dame de Rumengol (photo). Ce voyage symbolique, sous un ciel qui s’est couvert de nuances roses, ne laissait aucun doute sur le soin et le sens que l’équipage d’Anaon mettra dans les cérémonies à venir. D’une rive à l’autre, la jeune association remplissait déjà l’un de ses objectifs : faire que la mort rassemble les vivants. Virginie de Rocquigny
Pour en savoir plus : www.anaonfunerairemaritime.fr
Publié dans Le Chasse-Marée 348 – Décembre 2025-Janvier 2026

