Gael Garcia Bernal interprète Magellan dans le film de Lav Diaz.

L’activité culturelle autour de la figure de Magellan est intense en cette fin d’année 2025. Tandis que le musée national de la Marine propose, jusqu’au 1er mars 2026, une exposition immersive fondée sur l’excellente série documentaire de François de Riberolles (cm 330), L’incroyable périple de Magellan, le film Magellan, du réalisateur philippin Lav Diaz, présenté à Cannes au printemps 2025, sortira sur nos écrans le 31 décembre

Une rencontre fondée sur la violence

Diaz dit avoir « toujours rêvé de réaliser [ce film]. En tant que Philippin, l’arrivée de Magellan sur nos côtes représente le premier ‘‘contact’’ avec l’Occident, un événement fondateur qui a marqué le début d’une nouvelle ère pour nous ». Ce « contrechamp » à l’histoire d’un explorateur occidental, déjà largement déconstruite par les historiens, en particulier Romain Bertrand (Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan, Verdier, 2020), est une œuvre singulière de 2 heures et 30 minutes, un format plutôt court pour un réalisateur dont certains films dépassent les 4 heures et qui prévoit d’ailleurs une version de 9 heures de son Magellan.
La version « courte » se décompose en plusieurs séquences : la participation de Magellan aux expéditions portugaises en Malaisie au début du xvie siècle, son retour au pays, où il peine à convaincre du bien-fondé de son projet de navigation par l’ouest vers les Moluques, et l’expédition proprement dite. Toutefois, contrairement au documentaire de François de Riberolles, le film ne s’embarrasse pas de la chronologie de l’expédition racontée par Antonio Pigafetta. Diaz se concentre sur la rencontre entre Magellan, incarné par Gael Garcia Bernal, et les Philippins. Celle-ci est fondée sur l’incompréhension et la violence, plusieurs scènes évoquant les exactions des explorateurs. Magellan semble perdre progressivement pied mentalement, jusqu’à se lancer dans une campagne d’évangélisation après la guérison « miraculeuse » du fils du roi de Cebu. La performance de Gael Garcia Bernal rappelle ici les films de Werner Herzog dans lesquels Klaus Kinski navigue entre hubris et folie.
Le film est hanté par deux fantômes : l’épouse de Magellan, Beatriz, décédée peu après son départ de Cadix, et Lapu-Lapu, le roi de l’île de Mactan, qui aurait tué l’explorateur portugais. Il est devenu un mythe fondateur pour tous les pouvoirs aux Philippines, y compris la dictature de Ferdinand Marcos à laquelle Lav Diaz s’est opposé par le cinéma. Cette intention politique, servie par une esthétique fondée sur de longs plans fixes, change radicalement la manière dont Magellan nous est raconté, consolidant la voie d’une vision plus symétrique de l’histoire des explorateurs. Vincent Guigueno

Pour aller plus loin :

  • Magellan, Lav Diaz (2 h 43), Rosa Filmes, Andergraun Films, Black Cap Pictures, Lib Films, le 31 déc. au cinéma
  • Magellan, un voyage qui changea le monde, exposition au musée national de la Marine, jusqu’au 1er mars 2026
  • L’incroyable périple de Magellan, série sur la plateforme Arte jusqu’au 19 avril 2026
  • Le voyage de Magellan, succès ou échec, podcast France-Inter, disponible sur radiofrance.fr

Publié dans Le Chasse-Marée 348 – Décembre 2025-Janvier 2026