Au début de l’été, nous partirons avec le kayakiste émérite Bernard Moulin pour une virée de deux jours, en autonomie, du Conquet à Molène. Première question : avec quel bateau ? Pour choisir le sien, il faut en essayer plusieurs… Petit tour d’horizon des critères à retenir.

1. Le choix du bateau

Le kayak de croisière idéal pour tous n’existe pas, rappelle Bernard. À chacun de naviguer pour se faire une idée de ce qui fera son affaire, selon ses moyens, en gardant en tête que le bateau doit rester sûr même si le temps se gâte ou qu’il faut venir en aide à un équipier. D’ailleurs les vendeurs sérieux vous encourageront à faire des essais. »

NE PAS VOIR TROP PETIT

Tout ce qui avance avec une pagaie, même sur l’eau salée, n’est pas kayak de mer… Les engins de plage, sensationnels dans les rouleaux, ne sont pas de mise, ce qui exclut les kayaks dits « sit-on-top » – à bord desquels on s’assied sur le pont – de petite taille et les « wave-skis », qui s’apparentent à des planches de surf.

La réglementation a changé en 2017, permettant l’homologation d’engins de 3,50 mètres de long pour des navigations jusqu’à 2 milles d’un abri. « C’est un cadeau fait aux fabricants d’articles de loisirs, mais c’est n’importe quoi, du point de vue marin !»

Pour passer dans les vagues, pour aller de l’avant, sans s’épuiser, même face à la mer et au vent, une taille de 4,50 mètres est un minimum. Il existe aussi d’excellents kayaks doubles, encore bien plus grands, qui offrent une meilleure vitesse et permettent, en outre, d’embarquer avec un équipier moins fort, ou à trois avec un enfant.

Quel matériau choisir ? « Du moment que c’est solide… il existe maintenant de bons kayaks en polyéthylène, assez abordables ; un bateau en fibre de verre, en Kevlar ou en carbone sera plus léger et plus raide, mais plus cher… et l’on peut obtenir de très bons résultats en contreplaqué cousu-collé. »

Quoi qu’il en soit, pour notre programme, qui va au-delà des 2 milles d’un abri, il faudra aux bateaux une immatriculation en bonne et due forme, outre l’équipement ad hoc. Tout ceci nous autorisant en principe à aller jusqu’à 6 milles d’un abri.

DU VOLUME !

L’engin requis, outre sa longueur, doit présenter un bon compromis entre stabilité (largeur) et rapidité. Le fond ne doit pas être trop plat, à la différence de certains kayaks d’initiation, adaptés aux plans d’eau abrités. « Un kayak à fond plat semble très sécurisant dans des eaux calmes, mais il perd sa stabilité initiale à la première vague de travers. Un fond en V demande d’être plus attentif à sa stabilité, mais il est préférable, et permet d’aller plus vite. Avec des bouchains marqués, on retrouvera une bonne assise, même dans les surfs. »

Une quille légèrement convexe est un gage de maniabilité et d’agilité ; elle permet de tourner facilement en faisant gîter le bateau, même s’il est un peu long.

L’étrave ne doit pas être trop fine : son volume et sa forme relevée permettront de passer les vagues sans planter dedans, et éviteront de sancir dans une mer de l’arrière.

Le bateau doit présenter un volume suffisant pour embarquer le nécessaire, et des rangements accessibles. Quelques grands modèles de kayaks sit-on-top offrent des compartiments convenables, « mais là-dessus il faut accepter d’être mouillé en permanence ! ».

« Aujourd’hui on fait des kayaks avec d’assez grands cockpits, que j’aime bien car ils permettent de bouger, de changer de position sur de longs trajets, et de sortir facilement en cas de problème. »

La jupe en néoprène – non en toile plastique, réservée à l’initiation – doit être renforcée là où elle porte sur l’hiloire et parfaitement s’y adapter. Les cales pour les pieds, les genoux et les cuisses doivent être bien disposées, et réglables sans sortir du bateau pour ajuster sa position sur les longs trajets ou quand les conditions changent.

LES APPENDICES ET LA PROPULSION

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Certains puristes récusent les dérives et gouvernails, dont les kayaks originels sont dépourvus. « Pourtant, sur de longs trajets, la stabilité de route a de l’importance. On apprécie d’avoir au moins une dérive rétractable, même s’il faut lâcher une main pour l’actionner, ce qui peut être délicat dans le clapot. Un gouvernail actionné par un palonnier, c’est encore mieux car cela évite de perdre son énergie à compenser les auloffées ou les abattées. »

Quant au choix des pagaies, il s’agit de faire la part de la puissance et de la fatigue. Bernard, kayakiste de haut niveau, utilise une pagaie en fibres de carbone à pales en cuiller, avec une forte accroche. Les pales « mer », allongées, présentent un moindre fardage. Bernard ne dédaigne pas sa pagaie de type groenlandais, en bois, qui permet aussi de bien sentir l’écoulement de l’eau, provoque moins de fatigue que le carbone, très raide, et permet de surcroît d’esquimauter d’une main, du fait de son bon appui symétrique. « On évite les manches en Duralumin, froids et peu réactifs au toucher. » La longe de la pagaie, ou leach, est importante, surtout bien sûr si l’on navigue seul et si l’on pêche ou que l’on fait de la voile.

Plus récent, coûteux, mais très performant, le système à pédalier Mirage Drive, actionnant des nageoires sous la coque du kayak, s’il demande un bateau adapté, offre d’excellents résultats… mais il ne dispense pas d’une pagaie à bord ! Jacques van Geen

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