Par Yann Kermarec – Tout propriétaire de bateau en bois peut, un jour, se voir confronté à un bordage cassé ou défoncé qu’il va devoir changer, en totalité ou en partie. Voici comment procéder à cette réparation sur une coque bordée à franc-bord.

Avant toute chose, il faut examiner l’étendue des dégâts à l’intérieur et à l’extérieur de la coque, afin de déterminer la partie à remplacer. Il peut s’avérer utile de déborder largement la zone défectueuse pour dépasser un endroit du bordage qui sera difficile à accoster, comme une partie incurvée, ou pour rejoindre un écart existant. Avant d’enlever la pièce abîmée, il faut donc anticiper la pose du nouveau bordage. À noter que s’il s’agit de membrures ployées, les écarts sont toujours placés entre les membrures. Ils prendront appui sur une contreplaque qui devra être de la largeur de la maille et assez haute pour couvrir le nouveau bordage et les deux bordages adjacents.

Une fois délimitée la partie à changer, on enlève la pièce endommagée. Pour cela, on perce d’abord quelques trous dans son épaisseur, là où on veut la découper. On suit ensuite ce pointillé avec un ciseau à bois étroit, affûté avec un angle aigu. Ce travail se fait progressivement : au début, l’outil est presque parallèle au bordage ; à la fin, il se trouve à angle droit. On procède de même à l’autre extrémité, à moins qu’on soit sur un écart. La pièce peut être enlevée en veillant à ne pas endommager les membrures.

Les chants des bordages adjacents doivent être examinés attentivement pour contrôler leur état. Après les avoir nettoyés, on vérifie à l’aide d’une latte, que leur courbure est régulière. Si besoin, on rectifiera au ciseau ou au guillaume les défauts les plus importants, en prenant soin de ménager un angle en gras de sorte que le bordé neuf puisse être présenté comme un coin.

DÉTERMINER LA FORME DU NOUVEAU BORDAGE

Le terrain ainsi préparé, on procède ensuite au brochetage pour déterminer la forme du bordage neuf. Il s’agit de reporter des mesures précises sur un gabarit approximatif, composé de plusieurs lattes en contre-plaqué, mises bout à bout avec un chevauchement et solidement assemblées par des pointes en quinconce rabattues. Présenté à l’emplacement du futur bordage, l’ensemble est provisoirement fixé sur les membrures en suivant la forme générale de la virure.

On note alors l’angle d’aboutissement du bordé à l’avant, puis on se réfère aux arêtes extérieures des chants pour relever, à l’aide d’un compas maintenu à un écartement constant, les points qui détermineront, sur la bande de brochetage, des lignes parallèles aux chants de référence. Ces mesures sont relevées tous les 10 ou 15 cm, une flèche indiquant de quel chant il s’agit.

Découpe du bordage à remplacer.

Les mesures étant prises, la bande de brochetage est retirée et posée sur un plateau de bois préalablement raboté. C’est la face extérieure du bordage qui fait référence. Si celui-ci doit être raboté en épaisseur, il faudra donc veiller à n’enlever que le minimum sur cette face-là. Et si elle doit être arrondie, il faudra prévoir quelques millimètres de marge. Le mieux est donc d’utiliser un plateau un peu plus fort en épaisseur pour pouvoir le coffrer, si besoin.

On trace alors le contour extérieur des chants du bordage en reportant au compas les points correspondants sur le plateau. Ce contour est ensuite matérialisé par une latte souple, immobilisée à l’aide de pointes piquées de part et d’autre de celle-ci. Il ne reste plus qu’à tracer.

La découpe du nouveau bordage doit se faire en laissant 1 à 2 mm de marge. Les chants sont ensuite dressés (rabotés à angle droit) en affleurant le trait ou en en mangeant la moitié si celui-ci est épais. Par précaution, on noircit alors l’arête extérieure du chant, à laquelle on ne devra plus toucher.

Il faut ensuite retourner au bateau pour y relever les angles des chants avec une fausse équerre, tous les 20 cm. Si la membrure a du rond, on le relève également car il indiquera l’importance du creux à donner au bordage.

Pour reporter les angles relevés sur les chants du futur bordage, la fausse équerre est plaquée sur sa face intérieure et le chant encoché au ciseau. Une fois l’angle désiré atteint, le fond de l’encoche est crayonné. Il suffit alors de relier toutes ces encoches au rabot. Après quoi, le bordé peut être coffré selon les rondeurs relevées sur les membrures.

POSE DE LA NOUVELLE PIÈCE

Le bordage peut désormais être présenté à blanc sur le bateau. Il faut surtout éviter de le rentrer en force et le rectifier si besoin. Lorsqu’il s’adapte parfaitement, il reste à en chanfreiner l’arête extérieure – on casse l’arête en ôtant 1 à 2 mm de bois sur un tiers de l’épaisseur – pour laisser de la place au cordon de calfatage. Avant de poser définitivement le nouveau bordage, on prendra soin, enfin, de signaler l’emplacement des membrures par des repères sur les bordages adjacents, histoire de savoir où planter les clous. On veillera aussi à enduire le dessous des écarts de blious ou de mastic, et à graisser les chants. Cette fois, tout est prêt.

La latte de brochetage est d’abord fixée à l’emplacement du futur bordage, le temps d’en relever les dimensions. Celles-ci seront ensuite reportées sur un plateau de bois.

La pose commence à l’endroit où le bordage est le plus « tourmenté ». Il faut d’abord fixer son extrémité, puis le dévirer, c’est-à-dire le ployer progressivement pour l’accoster aux membrures. On doit clouer – ou visser – au fur et à mesure, en prenant soin de le faire toujours à angle droit par rapport au bordage et en restant en plein bois dans la membrure.

Sur une unité de grande taille et quand les formes sont difficiles, la pose d’un nouveau bordage peut être très physique et nécessiter cales, coins, masse et crics. Il faut donc toujours veiller à ce que le bateau ait une bonne assise.

A l’aide d’un compas, des points sont relevés tous les 10 ou 15 cm pour reporter la forme de l’ancien bordage sur la bande de brochetage.

Si le bordage est fortement incurvé, sans doute sera-t-il également nécessaire de l’étuver ou de le tremper dans un récipient d’eau bouillante. Ce bain risquant de faire gonfler le bois, il est prudent d’en tenir compte au moment du brochetage et de prévoir 1 mm de moins en largeur. Vous pouvez aussi laisser votre plateau de bois tremper vingt-quatre heures dans de l’eau froide. Lors du traçage, le bois aura déjà gonflé et, au moment de la pose, il se ploiera plus facilement…

Si le bordage se termine au tableau, il est débité un peu plus long, afin de pouvoir être arasé une fois posé. S’il s’achève sur un écart, on doit évidemment faire la coupe très précisément avant de pouvoir accoster l’extrémité. Une fois l’écart bien mastiqué, l’extrémité du bordage est rentrée en force. La réparation est quasiment terminée. Après avoir chassé les pointes, on donne encore un coup de rabot pour que la nouvelle pièce affleure bien les bordages voisins. On calfate aussi les coutures, délicatement, car le nouveau bordage est sous tension.

Il ne reste plus alors qu’à mastiquer et à peindre.

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