Par Yann Kermarec – Avec la belle saison, la plupart des bateaux naviguent plus souvent et restent à l’eau. Cependant, tous ne disposent pas d’une place de ponton. Il faut alors les mouiller sur ancre ou installer un corps-mort. Voici comment procéder.

Commençons par la ligne de mouillage : elle est composée d’une chaîne et d’un cordage textile. Celui-ci doit toujours être frappé (étalingué) au fond du bateau – mais à un endroit facilement accessible – sur un anneau ou autour d’une varangue. Cela se fait soit à l’aide d’un tour mort et d’un nœud de chaise, soit avec un nœud d’étalingure, constitué d’un tour mort repassé dans lui-même et muni d’un petit amarrage. D’autre part, sur la chaîne ou sur l’ancre, les manilles doivent être assurées en passant un fil de fer ou un brin de textile synthétique dans l’œil des manillons.

Si l’on mouille directement sur câble, celui-ci se frappe sur l’organeau de l’ancre avec un nœud de grappin. Cet amarrage est solide et sûr – il évite le raguage, le pire ennemi des amarres – car il enserre fortement le métal. Il est classiquement constitué de deux tours morts dans lesquels on repasse la première demi-clef avant de terminer par une seconde. Pour répartir la pression sur plus de surface et limiter encore l’effet d’abrasion, on peut aussi le réaliser avec trois ou quatre tours morts en les souquant fortement. Le seul inconvénient de ce nœud fréquemment employé réside dans la difficulté que l’on éprouve à le défaire une fois qu’il a été soumis à de fortes tractions et qu’il est mouillé. Cela n’empêchera pas, pour autant, de génoper le courant sur le dormant, ou de l’insérer entre deux torons, si la ligne de mouillage est destinée à durer.

Pour éviter que l’ancre ne reste au fond au moment d’appareiller, on frappera sur son diamant un orin, afin de pouvoir la dégager si elle vient à se bloquer sur une roche, une épave ou un autre mouillage. L’orin peut être capelé avec un simple nœud de chaise, mais rien n’empêche pour autant d’utiliser celui qui est prévu à cet usage : le nœud d’orin, composé seulement de deux demi-clefs à capeler. La longueur de l’orin correspond à la hauteur d’eau plus une petite marge, son extrémité étant munie d’une bouée qui servira à le repêcher. Plus long, il pourra éventuellement être tourné à l’avant du bateau, en veillant toutefois à ce qu’il ait une longueur suffisante pour ne pas risquer de relever l’ancre et de la faire chasser avec le flot.

Si le vent ou le courant sont soutenus, il conviendra d’empenneler, c’est-à-dire de mouiller une seconde ancre dans le prolongement de la première, de façon à ce qu’elles travaillent ensemble pour empêcher le bateau de chasser. Si on empennelle avant de mouiller, le câble de la petite ancre ou du grappin est fixé au diamant de l’ancre- principale par un nœud de grappin. Si le bateau est déjà mouillé, on utilise l’orin de la première ancre sur lequel on capelle la petite ancre par un nœud d’étalingure.

Enfin, pour tourner une chaîne à bord, on effectue soit des tours morts sur une bitte ou un taquet, soit, si on se sert d’un guindeau, un nœud de remorque, amarrage particulièrement simple consistant à faire une boucle dans le courant de la chaîne, que l’on capellera sur la poupée après l’avoir fait passer sous le dormant de la chaîne.

RÉALISATION D’UN CORPS-MORT

Disposer d’un corps-mort dans un coin de port ou dans une anse peut être une autre solution, pratique et agréable. Ce type d’installation correspondant à une occupation du domaine public maritime, il est soumis à autorisation, un mouillage sauvage pouvant donner lieu à une contravention. En dehors des ports, il convient de s’adresser aux Affaires maritimes. Celles-ci vous demanderont votre identité, le nom et les caractéristiques du bateau, une copie de son acte de francisation ou de sa carte de circulation et une attestation d’assurance. Le poids du corps-mort, la longueur de chaîne utilisée et le point gps correspondant à la localisation du mouillage sont également demandés. Un formulaire d’engagement à payer une redevance au Trésor public doit, enfin, être rempli. Cette redevance est au minimum de 125 e par an pour un bateau ne dépassant pas 4,20 m ; au-delà, il faut compter 30,45 e supplémentaires par mètre- linéaire. Le dossier est ensuite instruit par les Affaires maritimes – pendant deux mois maximum – et, s’il est accepté, le demandeur reçoit la copie de l’arrêté préfectoral l’autorisant à occuper temporairement le domaine public (un an ou cinq ans).

Tristan, à Douarnenez.
Ci-dessus : nœud de grappin
sur l’organeau d’une ancre.
Ci-contre, à gauche : nœud d’orin sur le diamant d’une ancre.
Ci-contre, à droite : nœud d’étalingure sur un anneau.

Pour créer un mouillage dans un port, il faut s’adresser à la capitainerie, à la mairie ou, parfois, à une association d’usagers chargée de gérer cet espace.

Des pneus remplis de béton sont encore fréquemment utilisés comme corps-morts, mais cette solution est loin d’être la meilleure, notamment parce qu’ils peuvent glisser ou rouler. On aura tout intérêt à opter pour une autre technique, comme celle imaginée par les responsables du Centre nautique des Glénans. Il s’agit de couler un bloc de béton, de forme carrée, haut de 20 à 25 cm seulement (schéma 1) pour éviter que le bateau ne se pose la quille en l’air s’il vient à s’échouer sur un bloc plus haut à marée basse (schéma 2). Pour une surface d’un mètre carré, ce bloc pèsera près de 500 kg.

Le coffrage préparé aux dimensions choisies et muni au-dessous et au-dessus de grillage en fer étiré, on installe au milieu du carré un cube de polystyrène de 25 cm de côté, traversé en son milieu d’une barre d’acier d’au moins 60 cm de long et de 4 à 5 cm de diamètre. Il ne faut pas lésiner sur sa section et sa qualité. Cet investissement est dérisoire par rapport au prix de votre voilier…

Une fois le béton coulé et le polystyrène supprimé, on maille la « chaîne mère » – courte mais de fort diamètre – sur la barre d’acier. La meilleure solution consiste à utiliser une grosse manille en remplaçant son manillon par un boulon avec un écrou et un contre-écrou. L’ensemble est assuré en perçant le contre-écrou et la vis pour y passer plusieurs fois un filin synthétique, résistant à la corrosion.

Le corps-mort du Centre nautique des Glénans.

La chaîne mère sera prolongée par une autre chaîne, d’un dia-mètre plus faible, reliée par un jeu de manilles (assurées) et, éventuellement, un émerillon. L’ensemble devra mesurer environ une fois et demie la hauteur d’eau à la pleine mer. Cette petite chaîne – qui peut être remplacée par un bout synthétique de fort diamètre – ne doit pas être maillée sur la bouée mais doit la traverser. Elle se termine par une grosse manille sur laquelle les aussières de mouillage seront frappées (schéma 3). Une autre solution consiste à frapper un orin muni d’un flotteur à l’extrémité de la petite chaîne pour pouvoir la remonter à bord et la tourner (schéma 4). Le plaisir des beaux appareillages sous voiles et des prises de coffre à mourir est alors à portée de main !

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