Le mourre de pouar, ou mourre de porc, littéralement museau de cochon, est un voilier de pêche et de servitude typique de la côte provençale. Il est très répandu sur le littoral entre Toulon et le Grau-du-Roi. Son nom lui vient de la petite guibre qui prolonge son étrave élancée, sans doute le vestige d’un élément que l’on trouvait sous une forme beaucoup plus développée sur les felouques, galères et chébecs méditerranéens.

Mourre de porc. © J. P. Guillou

Bateau issu de la tradition maritime provençale, il est la plupart du temps construit à Marseille et à La Ciotat selon le procédé du gabarit de Saint-Joseph. Il en existe de toutes tailles, 5 mètres pour les plus petits, 8,50 mètres pour les plus grands. Le mourre de porc a des formes rondes ; avec un fond assez plat, pointu aux deux extrémités, il est construit sur une quille droite. Il a un faible tirant d’eau comme la plupart des bateaux traditionnels méditerranéens. Les plus gros, à partir de 7 mètres, sont pontés et gréés d’une voile latine très pointue, espiguée, et d’un jeu de trois focs que l’on envoyait sur un bout-dehors. Le mât, emplanté au niveau du maître-couple, est légèrement incliné sur l’arrière et porte une antenne à deux éléments, le car et la penna, solidement liés entre eux.

Le mourre de porc possède de grandes qualités marines. Très robuste de construction et bien manœuvrant, il fut longtemps utilisé comme bateau pilote sur la rade de Marseille. Il fut pourtant peu à peu évincé des eaux marseillaises. Vers la fin du XIXe siècle, arrivent à Marseille et sur tout le littoral de nombreux immigrants venus du Sud de l’Italie : ils sont maçons, pêcheurs ou charpentiers de marine. Installés dans la région marseillaise, ils conquièrent rapidement le marché en construisant des embarcations de grande qualité, pour un prix bien plus bas que celui pratiqué par les chantiers locaux. Ces embarcations, les barquettes, ont été très vite adoptées par les pêcheurs et les plaisanciers, au détriment des mourres de porc et des autres embarcations locales, la bette exceptée.

Mais le mourre de porc a conquis la faveur de la communauté des pêcheurs du Grau-du-Roi, un petit port de pêche situé au creux du golfe d’Aigues-Mortes. Les conditions de navigation, avec la nécessité de naviguer souvent au près, la nature des fonds, peu profonds et poissonneux, et la robustesse des mourres de porc ont assuré la pérennité du type jusque dans les années 60, où l’on en trouve encore une dizaine armés à la pêche. Entre les deux guerres, Le Grau-du-Roi compte une soixantaine de mourres de porc et leur souvenir est encore vivace dans la mémoire des anciens patrons pêcheurs.

Bateau entrant au port Grau du Roi

Entrée sous voiles au Grau-du-Roi. © coll. Chasse-Marée

Le mourre de porc pratique tous les métiers. Dès la fin de l’hiver, c’est la pêche aux bijus avec un petit gangui, et dès que les eaux se réchauffent, les pêcheurs calent les filets dérivants pour la thonaille, le véradié et le sardinal. Les plus gros mourres de porc chalutent au gangui, seuls ou à couple, comme les bateaux bœufs. Mais la grande pêche, c’est la seinche aux thons. Elle se pratique l’été, lorsque les thons se rapprochent du rivage. C’est une pêche communautaire qui nécessite le concours de nombreux patrons regroupés au sein d’une société de seinche. La technique consiste à encercler un banc de thons puis à le guider dans un grand filet tendu sous l’eau, le globe, que l’on remonte lorsque les poissons sont engagés. Il y eut ainsi des pêches miraculeuses : 120 tonnes en 1948 en deux coups de seinche ! Dans les années 60, les mourres de porc, à bout de souffle, désarment et disparaissent bientôt des rivages.

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