Nous avons déjà évoqué les qualités des résines époxy pour l’entretien (CM 188), mais leur polyvalence est telle qu’elles ont permis de développer une technique de construction spécifique, le joint-congé.

Facile à maîtriser et très souple dans ses applications, la méthode du joint-congé consiste à appliquer dans l’angle formé par deux composants une certaine quantité d’un mélange résine époxy et charges pulvérulentes, végétales et/ou minérales, destiné, après durcissement, à augmenter la surface d’adhésion de l’assemblage et donc sa résistance mécanique.

Une cale en demi-rond tirée tout au long du joint servira à sa mise en forme. Grâce à son absence quasi totale de rétraction et à sa résistance mécanique très élevée, seul l’époxy autorise ce miracle. Particulièrement adaptée (mais pas seulement) à la construction en contre-plaqué, cette technique n’exige, à condition bien sûr d’être mise en œuvre dans les règles, aucun moyen de fixation mécanique supplémentaire. En l’absence de points durs, l’homogénéité de la structure est maximale. Ce mode de liaison a aussi pour avantage de se conformer à n’importe quelle position des pièces, sans qu’il soit nécessaire de réaliser des ajustages de précision. Le temps gagné peut devenir considérable, par exemple pour coller sans aucun équerrage des cloisons le long d’un bordé  ou poser un équipet à la volée dans un aménagement existant.

1- Les microfibres de cellulose (beiges), microballons phénoliques (bruns) ou microsphères de verre creuses (blanches) modifient les propriétés physiques
de la résine époxy et son application.
2- Étanchéifier les angles d’un cockpit, d’un coffre, ou d’un réservoir, assembler les bordages d’une coque en contre-plaqué, des cloisons ou une liaison pont-coque, les applications du joint-congé sont multiples.
3- Le joint-congé est parfaitement compatible avec d’autres matériaux, comme le stratifié polyester de ce vieux Cap Corse.
4- Les emménagements profitent aussi de la même technique, avec des joints-congés structurels ou non, selon la nature des pièces à assembler.

Selon la nature de l’assemblage (structurel ou non), le type de charge (à haute ou basse densité) et le rayon du joint-congé vont changer. Les charges les plus résistantes sont la silice colloïdale et les microfibres de cellulose, ou les deux ensemble. Elles n’augmentent pas substantiellement le volume de résine, mais produisent un matériau souple et facile à appliquer. Pour des assemblages particulièrement sollicités (liaison pont-coque ou bouchains, par exemple), il peut être utile de renforcer le congé à l’aide d’une ou de plusieurs bandes de tissu de verre.

La plupart du temps, ce type de renfort est inutile, car la résine chargée est bien plus solide que les pièces elles-mêmes. Pour la plupart des joints non structurels, vous pourrez alors employer des charges légères comme des microbilles de verre creuses, des microballons (microsphères de résine phénolique) ou des microsphères ultralégères en polymère. Dans tous les cas, une faible quantité de silice contrôlera la thixotropie (liquidité), en empêchant le mélange de couler sous l’action de la pesanteur.

Sachant que le rayon du congé est proportionnel à l’épaisseur des pièces, le volume du joint devient la limite qui le rend financièrement peu attractif (même chargée, la résine est beaucoup plus coûteuse que le bois) et techniquement lourd. Pour éviter des problèmes d’exothermie (dégagement de chaleur), il faudra procéderà l’application en plusieurs fois, ce qui complique d’autant la mise en œuvre. Dans ces conditions, un assemblage conventionnel sera sans doute préférable.

L’art et la manière de poser un congé en six étapes

1) Si nécessaire, immobilisez les pièces à l’aide de points de colle chaude (hotmelt), de ruban adhésif, d’agrafes ou de vis temporaires. L’essentiel est qu’elles ne bougent pas durant la pose et la polymérisation partielle du mélange adhésif. Si le support a une nature très poreuse (chant de contre-plaqué ou bois très tendre), il sera prudent d’imprégner la zone de collage avec une ou deux couches de résine pure, juste avant de poser le congé. Nettoyez soigneusement (le moindre copeau nuira au lissage du mastic)et repérez d’un trait de crayon la zone de tangence de la cale à la surface.

2) Avec un compas ou un trusquin réglé sur le repère, tracer deux lignes parallèles de part et d’autre de la zone de travail, puis collez deux bandes-caches, à l’extérieur de chaque trait. Cette préparation est facultative, mais elle épargnera beaucoup de temps à poncer les bavures, finition indispensable sur tous les congés visibles. Une fois durcie, la résine est en effet extrêmement difficile à enlever sans endommager le support.

 

3) Préparer tous les accessoires : cales, récipients propres, sacs et balance. Le dosage des produits se fera au volume si vous faites vous-même le mélange, et au poids avec des produits prêts à l’emploi. Respectez les proportions indiquées, de même que les conditions de température et d’hygrométrie. Mélangez résine et durcisseur jusqu’à obtention d’une couleur uniforme. Vous pouvez alors appliquer le produit directement à la spatule, mais il est plus commode de le déposer à l’aide d’une poche (un sac de congélation par exemple). Pour remplir celle-ci proprement, placez-la dans une boîte de conserve ouverte aux deux bouts. Le bord rigide permettra de racler le bâton mélangeur, avant de refermer le sac avec un lien et de découper un angle aux ciseaux.

4) La dépose du cordon de mastic ne présente aucune difficulté particulière, à condition de résister à la tentation d’en mettre trop. Progresser le plus régulièrement possible, en évitant d’inclure des bulles d’air à l’intérieur. Si le congé se situe entre deux angles, il vaut mieux partir de chaque extrémité et finir au milieu, la bavure étant plus aisée à lisser à cet endroit.

5) N’importe quel outil convient pour lisser la surface du joint au rayon prévu. Spatules de cuisine, couteaux de peintre meulés, cales en stratifié ou en plastique, voire pommes de terre… Tout est bon, du moment que le bord est régulier et dépourvu d’aspérités. Tout en maintenant la cale à un angle constant, procédez en une seule passe, avec un mouvement régulier et sans à-coups.

6) Si vous n’avez pas masqué les bords, il faudra racler les excédents à l’aide d’un couteau à mastic. Sinon, retirez les bandes-caches sans attendre. Des petits défauts localisés pourront être alors corrigés  du bout du doigt (protégé par un gant). Ensuite, laissez durcir. Votre joint-congé est terminé ! Quand les joints sont visibles, il est possible de colorer la pâte pour qu’elle se marie au mieux avec les teintes des bois utilisés.

Reste à réaliser les finitions. Pour des raisons esthétiques (défauts de surface) ou techniques (reprise de stratification, peinture ou vernis), il peut être nécessaire de reponcer la surface du congé. Selon l’importance du travail, utilisez une cale à poncer manuelle (feuille d’abrasif enroulée sur un mandrin en mousse ou tube caoutchouc), ou une meuleuse équipée d’une brosse abrasive au diamètre correspondant.

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