Par Philippe Urvois – La pêche du bar à la canne s’est développée depuis quelques années. Une pêche fine à laquelle peuvent s’initier les plaisanciers avec un minimum de matériel et de connaissances.

1) Le matériel

En mer, le bar se pêche traditionnellement à la ligne de traîne (CM 260) ou à la palangre de fond (CM 261). La ligne à main garnie d’une simple cuillère en métal fait aussi partie des pratiques classiques qui per-mettent de pêcher à la verticale du bateau, généralement en dérive, sur des obstacles sous-marins ; on fait alors descendre et remonter ce leurre en l’animant. Ces techniques perdurent aujourd’hui, mais la pêche à la canne avec des leurres plus sophistiqués s’est fortement développée en quelques années. Outre son efficacité, elle procure l’impression d’être en prise plus directe avec le poisson. Cette pêche fait cependant appel à un matériel assez spécialisé et comporte de nombreuses subtilités qui ne sont pas toujours faciles à appréhender. Nous en examinerons ici les grandes lignes, sans prétendre à l’exhaustivité ni verser dans la technique trop pointue, l’idée étant plutôt de comprendre les différentes façons de pêcher avec un équipement relativement polyvalent.

Voyons tout d’abord le matériel, en commençant par la canne. Les cannes à leurre adaptées au bateau, en carbone, sont en général assez courtes (1,80 à 2,50 m) et très légères (200 à 300 g) pour pouvoir être utilisées dans un espace réduit sans trop d’efforts, tout en permettant de « sentir » correctement le leurre. Elles sont notamment définies par leur puissance, c’est-à-dire par le poids minimum et maximum des leurres qu’elles peuvent lancer : l’intervalle 10-30 g peut être un bon compromis pour les différentes pêches au bar que l’on pourra pratiquer à la belle saison, pas très loin de la côte.

Ces cannes doivent être équipées d’un moulinet prévu pour la mer (avec un frein sur le dessus) et d’une taille adaptée. Ceux qui sont destinés à la pêche au leurre sont de taille moyenne. On évitera les modèles trop bas de gamme qui résistent mal à l’usure et à la corrosion. Ces moulinets doivent être garnis d’une centaine de mètres de ligne, classiquement en Nylon. Un diamètre de fil de 28 à 30 centièmes (résistance supérieure à 5 kg) devrait permettre de faire face à la plupart des cas de figure. De plus en plus de pêcheurs remplacent cependant le Nylon par de la tresse à quatre ou huit brins composée de matériaux ultrarésistants (Dyneema, Spectra). À diamètre égal, elle est beaucoup plus solide que le fil de Nylon et n’a pas son élasticité : on peut donc en utiliser de très fine, permettant de lancer loin et de sentir beaucoup mieux son leurre, la touche et le poisson ferré. La tresse coûte cependant nettement plus cher que le Nylon et elle est plus sensible au vent au moment du lancer. Une « perruque », particulièrement difficile à démêler avec ce matériau, est donc vite arrivée. On ne peut, de plus, raccorder directement la tresse au leurre car elle est trop visible. On doit donc prévoir de la prolonger grâce à un nœud spécifique par un bas de ligne transparent d’environ une brasse (1,80 m). On emploie ici du fluorocarbone, un fil invisible et moins élastique que le Nylon. Une tresse de 13 centièmes (d’une résistance d’environ 8 kg) avec un bas de ligne en fluorocarbone de 30 centièmes (d’une résistance d’environ 5 kg) pourra convenir pour la pêche du bar.

Les leurres sont accrochés à ce bas de ligne par un nœud dit rapala, mais beaucoup de pêcheurs utilisent de petites agrafes métalliques par commodité, les changements de leurres étant fréquents au cours d’une partie de pêche. Certains spécialistes préfèrent cependant s’en passer, considérant que cela entrave la nage des leurres…

Le choix de ces derniers demeure assez subtil et parfois subjectif, bien qu’ils visent tous le même résultat : déclencher une attaque du bar en imitant une de ses proies. Il est donc toujours intéressant d’observer in situ la taille et la couleur de ces dernières et de choisir un leurre s’en approchant. On tiendra compte aussi de la couleur de l’eau et de la luminosité ambiante, un leurre clair aux teintes naturelles étant en principe plus efficace lorsque l’eau l’est également.

Reste à choisir le type de leurre parmi une très grande variété susceptible de dérouter le néophyte, d’autant que leur présentation fait souvent appel à un jargon très technique et que leur prix unitaire peut rapidement dépasser 15 euros… Chacun d’eux pourra être utilisé en fonction de la situation, de la configuration des lieux et de la tranche d’eau à prospecter. Pour faire simple, nous les présenterons ici par grandes familles.

LEURRES DURS OU LEURRES SOUPLES

La première d’entre elle est celle des leurres durs (en plastique, creux), généralement garnis de deux hameçons triples, le premier étant situé au milieu du leurre dans sa partie inférieure, l’autre faisant office de queue. Certains d’entre eux restent à la surface de l’eau et sont destinés à « faire monter » le prédateur depuis le fond : ils i-mitent un petit poisson en difficulté par une nage zigzagante, ou peuvent projeter des gouttelettes d’eau grâce à une face avant concave, simulant ainsi le bruit que font les petits poissons poursuivis par un gros en giclant à la surface de la mer…

D’autres leurres sont plongeants, grâce à une bavette en plastique transparent située dans leur partie avant. Plus la taille de cet appendice est importante et plus le leurre descendra en profondeur : il est donc possible d’explorer toutes les tranches d’eau. Dans cette catégorie des leurres à bavette, il faut aussi tenir compte de leur comportement à l’arrêt (lorsqu’ils ne sont pas animés) : certains coulent-, alors que d’autres re-montent à la surface ou restent entre- deux eaux. On notera enfin que beaucoup de ces leurres durs sont munis de petites billes d’acier qui s’entrechoquent pour attirer l’attention du bar et que certains sont dépourvus de bavette, mais coulants…

Ces leurres durs sont concurrencés depuis quelques années par la famille des leurres souples, très performants car imitant parfaitement la nage des petits poissons. Ces leurres sont constitués d’une tête plombée (10-30 g pour correspondre à notre canne) sur laquelle vient s’emboîter un corps en plastique plus ou moins mou traversé par un hameçon. Sa pointe ressort souvent par le dos du leurre, ce qui limite le risque d’accrocher le fond. Récemment, ce système a encore été amélioré grâce au montage dit « texan » : la pointe de l’hameçon est carrément rentrée dans le corps du leurre et n’en sort que lorsque le poisson mord. On notera aussi que sur certains leurres souples-, la hampe de l’hameçon n’est pas directement coulée dans la tête plombée, mais qu’elle y est reliée par un crochet qui permet de garder une certaine mobilité au leurre, dont la nage est améliorée.

Là encore, il existe des sous-catégories établies en fonction du corps des leurres : certains sont munis d’une palette qui fait frétiller leur queue de droite à gauche (shad), d’autres ont une queue effilée et ondulent, imitant le lançon dont se nourrit le bar (slug). Il en existe également en forme de ver avec un corps fin et long (worm).

Enfin, une dernière catégorie de leurres est liée à l’évolution des cuillères : les jigs. Fabriqués dans un alliage métallique dur et très dense, ils sont équilibrés de manières variées afin d’obtenir une nage différente lorsqu’ils coulent : ceux dont le poids est situé en partie centrale descendent moins vite et planent plus que ceux dont le poids est situé à l’arrière…

2. Les techniques

Le bar est l’espèce la plus recherchée par les pêcheurs récréatifs car il garde l’image d’un poisson noble relativement difficile à pêcher. Ils en prélèvent une quantité difficilement é-va-luable mais significative, qui vient s’ajouter à la ponction des pêcheurs professionnels. Avant d’examiner les différentes façons de le capturer, il est donc important de préciser que cette espèce est actuellement surexploitée en Manche et en Atlantique, particulièrement au Nord du 48e parallèle. D’ailleurs des restrictions viennent d‘être mises en place pour limiter les captures, notamment celles des plaisanciers ; depuis 2013, pour les dissuader de commercialiser leurs prises, ces derniers devaient déjà entailler la queue de leurs prises. Au Nord du 48e parallèle, la pêche récréative n’est désormais autorisée que pendant six mois, du 1er juillet au 31 décembre, et limitée à un bar par jour, d’une taille minimale de 42 centimètres. Au Sud du 48e parallèle, les plaisanciers peuvent encore pêcher toute l’année, mais sont limités à cinq bars par jour, la taille minimale restant à 42 centimètres. Ces mesures ne s’appliquent pas à la Méditerranée où la taille minimale du bar est de 30 centimètres (le poisson y est naturellement plus petit).

Ces restrictions – nécessaires – suscitent aujourd’hui bien des réticences même si un nombre croissant de pêcheurs de bar pratique désormais le « pêcher-relâcher » ou no-kill : la consommation du poisson n’est plus une motivation, le but étant plutôt de saisir comment il se comporte et de le valider par sa capture momentanée.

La pêche au bar est, de fait, l’une des plus intéressantes car ce poisson se montre souvent imprévisible et méfiant, même si sa biologie est relativement connue. Après s’être reproduit au large en hiver (notamment à l’ouvert de la Manche, en Bretagne), il se rapproche des côtes au printemps et fréquente d’abord des zones assez profondes : plateaux rocheux, têtes de roches ou épaves…

UN PRÉDATEUR À L’ALIMENTATION VARIÉE

À la belle saison, une partie de ces poissons investit ensuite des endroits moins profonds comme les plages, les zones rocheuses ou les estuaires. Alors qu’il affectionne généralement les eaux très oxygénées, il n’est pas rare, à cette époque, de le débusquer au ras de la côte, dans très peu d’eau et dans des zones protégées comme les parcs conchylicoles ou les petites criques. Il y restera jusqu’au début de l’hiver puis regagnera le large… Il est également intéressant de savoir qu’il se nourrit principalement au lever et au coucher du soleil et que son alimentation est variée : crevettes, crabes, vers, encornets et petits poissons. Il se montre particulièrement vorace avant de repartir au large en automne, car il constitue des réserves de graisse pour passer l’hiver…

En tenant compte de ces paramètres, plusieurs techniques peuvent- être employées pour le pêcher à la canne. On peut ainsi commencer sa saison par une prospection des épaves, tombants et autres têtes de roche. Une lecture préalable des cartes marine peut donc se révéler intéressante, de même qu’un sondeur… Cette pêche à la verticale du bateau peut se pratiquer au mouillage mais s’effectue surtout en dérive, l’objectif étant de passer à plusieurs reprises sur la zone choisie en rasant avec son leurre les obstacles sous-marins. Une première dérive permettra d’évaluer l’effet du courant et du vent sur le bateau – idéalement faibles et opposés – et d’ajuster les trajectoires suivantes. Deux types de leurres peuvent être utilisés : les jigs et les leurres souples-. Pour ces derniers – shads ou slugs si le courant n’est pas trop fort –, un montage texan permettra de limiter les risques d’accrocher le fond. Le poids des têtes plombées est fonction du courant : il faut pouvoir sentir en permanence le leurre évoluer – d’où l’utilité de la tresse, plus sensible – et l’animer sans mouliner en alternant des tractions amples de la canne et des petits coups de poignet saccadés. Si le résultat n’est pas concluant, il ne faut pas hésiter à changer de leurre…

PÊCHE À GRATTER OU À LA VOLÉE

Les jigs déclenchent généralement une attaque du poisson lorsqu’ils coulent : on les laisse donc des-cendre jusqu’au fond puis on les remonte de quelques mètres ou dans toute la colonne d’eau grâce à des mouvements de canne amples- et vigoureux espacés d’un temps mort. Ainsi, le leurre se comporte comme un petit poisson en difficulté. Cette pêche peut être très efficace si le poisson est là. Dans le cas contraire, il faut changer de poste, les pêcheurs chevronnés effectuant un circuit précis entre des points qu’ils connaissent parfaitement…

Deux techniques différentes de pêche au bar.La pêche à gratter (en haut) consiste, en dérive, à animer au ras du fond un leurre souple que l’on a laissé couler à l’aplomb du bateau. La pêche au lancer-ramener permet d’explorer les petits fonds, ici avec un leurre souple ou un jig. Le bateau peut être en dérive ou stationnaire.

Un peu plus tard dans la saison, on pourra commencer à prospecter des zones moins profondes mais plus étendues lors de longues dérives, en pratiquant la « pêche à gratter ». Elle vise des poissons en embuscade derrière des obstacles, tapis sur le fond ou en maraude. On utilise ici des leurres souples, souvent de petite taille, avec des têtes faiblement plombées en les faisant frétiller par petits bonds au ras du fond et en observant de brefs temps d’arrêt. Toute la difficulté est de sentir comment évolue le leurre en maintenant la ligne constamment sous tension. Ce type de pêche, qui peut être mis   en œuvre sur des substrats rocheux ou sableux, permet souvent de capturer d’autres espèces que le bar (lieu, vieille, grondin, etc.).

Le bar s’étant établi à proximité du rivage, on peut aussi s’exercer à la pêche au « lancer-ramener ». En été, de nombreux bancs de poissons juvéniles (sardines, sprats, lançons, etc.) fréquentent la frange côtière où ils trouvent une température idéale et une nourriture abondante. Attaqués depuis le fond par des prédateurs plus gros qu’eux, ces petits poissons se concentrent et giclent en surface. Ces « chasses » peuvent être localisées en scrutant la surface de la mer – les remous provoqués par le bar étant souvent importants – et surtout en repérant les nuées d’oiseaux qui ne tardent pas à les survoler. Le bateau doit toujours se tenir à bonne distance de ces chasses sous peine de les inter-rompre. On y projette alors un leurre à la volée. Pris d’une certaine frénésie, les bars sont beaucoup moins méfiants qu’à l’ordinaire et peuvent se laisser piéger par toute sorte de leurres, mais on obtient souvent de bons résultats avec des modèles durs dépourvus de bavette et coulants. Il suffit de les laisser descendre au milieu de la chasse avant de les ramener. Les shads et les petits jigs peuvent aussi se montrer très efficaces car ils permettent de lancer à bonne distance et coulent rapidement sous la chasse, là où attendent souvent les plus gros poissons. Cette pêche demande d’être très réactif mais est assez excitante car elle peut s’interrompre à tout moment : le bar reste ici le maître du jeu…

Réglementation de la pêche selon les zones.

En dehors de ces épisodes, on peut aussi effectuer des haltes régulières, notamment à toucher la côte, et prospecter la zone située autour du bateau au lancer. On peut commencer par utiliser des leurres durs de surface en les animant à tout petits coups de canne réguliers ou espacés de façon aléatoire puis tester des leurres durs à bavette pour se rapprocher progressivement du fond. Les modèles flottants ou à flottabilité neutre à l’arrêt limiteront les risques d’accrochage par petits fonds. Ces leurres durs peuvent être ramenés de manière linéaire ou maniés de différentes façons complexes : on peut à ce sujet consulter de nombreux sites spécialisés sur Internet pour se familiariser avec ces techniques qui exigent, avant tout du ressenti et de l’expérience. La prospection de la zone pourra s’achever en utilisant des leurres souples.

Ces différentes techniques pourront être utilisées jusqu’à la fin de saison où l’on s’attardera particulièrement au large des plages, souvent fréquentées par de gros poissons à cette époque de l’année.

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