A la fin du XIXe siècle, le chantier G. Camus de Quimper construit un grand nombre de petits canots à misaine et taillevent de 18 à 20 pieds, qui offrent aux petits pêcheurs – souvent ligneurs – d’Audierne à Locmiquélic (Morbihan) une alternative aux chaloupes classiques de 28 pieds. Après 1890, ces canots voient la surface de leur misaine s’agrandir rapidement. Bientôt, le recouvrement est tel que l’écoute se borde au tableau arrière. Certains équipages du Pays bigouden pratiquant la pêche au casier prennent alors l’initiative radicale de supprimer l’incommode taillevent au profit de cette seule voile, qui s’avère presque suffisante pour la propulsion : le “canot à misaine” est né. On construit désormais d’origine des canots gréés d’une seule misaine, un peu agrandie, sur un mât allongé et redressé.

Dessin Canot à misaine bigouden

Canot à misaine bigouden. © J. P. Guillou

Plus économique et plus maniable, grâce à son gréement simplifié à l’extrême – un mât, une voile, une écoute –, le nouveau type s’impose en quelques années sur toute la côte sud du Finistère, puis du Morbihan, où la crise sardinière oblige de nombreux marins de fraîche date à se tourner vers la pratique des petites pêches, moins onéreuses en matériel. Montés par des équipages d’un à quatre marins – on parle, par exemple, en breton, d’un “canot à deux hommes” –, ces canots de 16 à 21 pieds sont très vite construits par centaines, surtout par les chantiers bigoudens, à des prix très concurrentiels : Le Cœur à Lesconil, R. Camus, C. Le Gall et R. Le Bleiz à Pont-l’Abbé. Polyvalents, bien adaptés à toutes les pêches côtières, les canots à misaine pratiquent, un peu partout, le tramail, la ligne, et les casiers à homards, à langouste ou à crevette. Certains ports ont leur spécialité : la drague à crevette (sac’h c’heored) à Sainte-Marine, le goémon à Loctudy et Larvor, la coquille saint-Jacques à La Forêt, le casier (avec vivier) à Kerroc’h, etc…

Les constructeurs bigoudens adoptent très vite une barre d’écoute métallique basse, passant sous la barre pour ne pas gêner le travail des lignes et la godille : au virement de bord, il faut simplement soulever la barre – qui bascule aisément – par-dessus le palan d’écoute, ce qui facilite le louvoyage court sur les bouées de casiers. La remontée au vent s’effectue correctement voile plaquée sur le mât, malgré la position avancée de l’amure qui est capelée sur la paille d’étrave. Contrairement aux chaloupes, les canots à misaine ne changent donc leur voile au tiers que pour de très longs bords et par brise fraîche, (la drisse, écartée à l’aide du marlink, fait alors office de hauban au vent pour le mât non étayé). Certaines pêches s’effectuent à l’aviron, mât abattu et drome placée sur une fourche en abord, dégageant ainsi un espace de travail considérable.

Canot concarnois à sec

Canot concarnois avec son “merlan”. © coll. Ar Vag

Au début du siècle, les fonds de la coque sont assez plats et le déplacement relativement modéré, grâce à une construction légère avec des hauts bordés en sapin rouge. La préceinte en chêne, plus forte que le bordé, s’élargit à l’arrière de manière caractéristique. Une série de fargues – ar vordajen goãnv – rehausse le franc-bord pour les pêches d’hiver. Certains canots sont dotés de fargues fixes sur l’arrière. La quête d’étambot devient parfois très importante, ce qui confère au bateau d’excellentes qualités évolutives mais rend sa conduite délicate en fuite par forte brise et mer formée. Sur les plus grandes unités, on grée souvent un tapecul sur le banc de pompe, qui améliore cap et vitesse au plus près, et souvent un foc au portant. L’aménagement intérieur est réduit à l’essentiel : une petite chambre arrière, un banc de pompe, un banc avant raidi par des violons et un tampo d’étambrai pour le mât de misaine à l’extrême avant. La motorisation intervient à partir de 1927, et le pontage partiel (1/3, 1/2, puis 3/4) apparaît. Les formes s’alourdissent un peu. Ainsi défini, le canot à misaine bigouden restera l’outil de maints petits pêcheurs dans tous les hâvres de Bretagne-Sud, jusque vers 1960. Un nombre appréciable de ces embarcations de travail a ainsi pu être sauvé ; elles constituent désormais un patrimoine précieusement entretenu par des propriétaires dont beaucoup appartiennent à une association, la Misaine