Galbords et ribords

par Jacques Blanken – La pose des bordages de fond, au rôle structurel, constitue une phase importante mais délicate lors d’une construction. C’est d’autant plus vrai quand celle-ci se passe en plein air comme c’est le cas avec le langoustier à voûte Skellig…

S’il est fréquent de commencer la pose d’un bordé par les virures de fond lorsque la construction se déroule sous abri, c’est le contraire lorsque le chantier se passe en extérieur, comme celui du Skellig (CM 223). Le risque de stagnation d’eau de pluie dans les fonds est en effet à proscrire.

Avant de commencer les travaux sur ces virures particulières, on doit s’assurer que les entailles ou les trous d’anguillers ont été ménagés dans les varangues pour la libre circulation de l’eau dans les fonds. Ces perçages indispensables seraient en effet très fastidieux à réaliser une fois le bordé terminé ! De même, on n’oubliera pas de forer au plus près du futur calfatage les trous des chevilles coupe-eau placées aux jonctions quille-étambot et quille-étrave. Pour être efficaces, ces chevilles devront être façonnées dans un résineux de bonne qualité – un mélèze par exemple –,
le but étant qu’elles gonflent vite.

Galbord et ribord – première et deuxième virure à partir de la quille – ont une double fonction. Éléments constitutifs du bordé, ils participent également à la structure. Une fois chevillées, ces virures assurent en effet la liaison entre la quille, les varangues et les allonges de fond. Pour cette raison, elles sont plus épaisses que celles de la muraille (50 à 52 mm sur le langoustier, tandis que le reste du bordé fait 45 mm). On les débite dans un plateau droit de fil, sans noeuds ni gerces, et si possible d’un seul tenant pour le galbord. Le ribord peut quant à lui être constitué de deux bordages, à condition de respecter la répartition des écarts. À la liaison avec l’étambot, la règle qui veut qu’un bordage ait une largeur deux fois supérieure à son épaisseur avec une majoration de 10 à 12 cm peut ne pas être respectée, l’assemblage n’étant ici pas cintré. On peut ainsi augmenter cette largeur conventionnelle au maximum de 25 %. Malgré tout, si des jours continuent à subsister en arrivant sur l’étambot, on peut les combler à l’aide de bordages triangulaires appelés adents ou dagues. Et si trois d’entre eux ne suffisent pas, il faut alors élargir les deux ou trois virures supérieures au ribord. Autant de pièces et de formes qui sont à définir au moment de diviser le bordé (CM 222).

2/ La cheville coupe-eau permet d’éviter les infiltrations au niveau des assemblages.
3/ Indications de division du bordé portées sur l’étambot.
4/ Une fois cette longue virure bien installé dans la râblure du brion, on la ploie depuis l’avant vers l’arrière pour bien l’appliquer sur les varangues.
5/ et 6/ Le galbord est maintenu en place à l’aide de serre-joints, dont certains doivent être en mesure d’enjamber la quille.
7/ et 8/ Pour bien plaquer le galbord dans la râblure de la quille, on peut le forcer avec une cale longue et des coins, ou avec un serre-joint dont la pompe aura été retournée.

Le brochetage du galbord est différent de celui des autres bordages, car, à partir de marques tracées à l’avance sur les membrures, on va réaliser un véritable gabarit. Son ajustage doit être parfait, le galbord d’un seul tenant ne pouvant être mis en place avant étuvage ; les deux découpes d’extrémités doivent donc tomber au millimètre près dans chacune des râblures.

À la pose, l’avant du galbord – comme celui du ribord – est étuvé pour pouvoir approcher au mieux le brion. L’opération, qui doit être effectuée rapidement, se fait néanmoins sans difficulté particulière si la pièce a été bien préparée de même que le matériel, par exemple en disposant les serre-joints là où ils seront nécessaires ou encore en plaçant à portée de main la masse, les martyrs, les cales ou les coins. De la même manière, il est recommandé d’avoir des bras en nombre suffisant, chacun connaissant son poste d’intervention. À noter enfin que, à défaut de grands serre-joints – dont l’empattement doit permettre d’enjamber la quille –, on peut utiliser des étais ou de fausses accores. Mais, attention, ces substituts vous feront très certainement perdre du temps… dans un moment où ce dernier est très précieux.

À FORCE DE CALES, DE COINS, DE SERRE-JOINTS ET DE MARTYRS

Pour être certain que le galbord sera bien en place, c’est-à-dire collé au fond de sa râblure tout en étant fortement appliqué contre les varangues et les allonges des fonds, on commence par mettre en place, à l’aide des serre-joints, l’avant de la pièce dans la râblure arrondie du brion. On progresse ensuite le long de la quille jusqu’à l’étambot. Pour faire descendre cette forte pièce jusqu’à la râblure de quille, soit on utilise une masse et des martyrs, soit des serre-joints à l’envers, c’est-à-dire en posant l’avant du dormant contre la dernière virure en place et en retournant la pompe – à l’inverse de la position normale de serrage – vers l’extérieur pour en faire un puissant outil d’écartement. Une autre solution consiste à placer une cale longue dans l’espace non encore bordé, puis de la forcer à l’aide d’un ou deux coins enfoncés à la masse.

Comme pour une virure des hauts, après quelques heures en place, on peut retirer le galbord pour procéder à une éventuelle rectification, passer une couche de peinture d’impression et percer les avant-trous des carvelles. La pose des adents, dont la forme doit bien filer, est simple et sans surprise. Quant à celle du ribord, elle demeure délicate mais néanmoins moins stressante car plus simple que celle du galbord, à condition que le bois soit sans défauts là où il sera cintré. La pose des clores peut alors commencer…

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