L’île d’Yeu, avec Saint-Jean-de-Luz, est probablement l’un des plus anciens ports thoniers français. Dès le début du XVIIIe siècle, bien avant Concarneau, Etel et même Groix, ses marins ont traqué le germon. La pêche, d’abord pratiquée durant l’été à bord de barques vouées au cabotage en hiver, se fera sur des chaloupes pontées à partir de 1830, avant l’apparition, entre 1883 et 1893, des célèbres dundées qui navigueront jusqu’au milieu du XXe siècle.

Dessin dundée de Vendée et de la Rochelle

Dundée de Vendée et de la Rochelle. © J. P. Guillou

En 1895 déjà, Les Sables-d’Olonne sont de plus en plus fréquentés par les dundées qui supplantent rapidement les chaloupes pontées. Ces nouveaux voiliers s’avèrent plus performants que les précédents, grâce notamment aux formes de leur coque et à leur gréement, moins contraignant à la manœuvre que celui des chaloupes. Le dundée, qui à ses débuts possédait encore la voûte ronde des dernières chaloupes, adopte un long et élégant cul-de-poule, qui en fait un voilier bon marcheur, maniable, sûr et bon capeyeur. Il peut donc s’éloigner plus facilement des côtes, ce qui induit une meilleure conservation du thon : suspendus par la queue, sur chevalet, les thons sèchent à l’air frais en évitant les ecchymoses, qui sont une cause de putréfaction.

Comme les chaloupes pontées, dont les dernières navigueront jusqu’en 1914, les dundées pratiquent la drague en hiver, à une époque où les vents sont suffisamment forts pour donner toute la puissance nécessaire au bateau. A l’instar des Morbihannais, les vendéens et les Rochelais draguent essentiellement les fonds qui s’étendent de Belle-Ile à Arcachon – à croiser le ponton rouge qui signale le haut fond de Rochebonne –, ce qui fait des Sables-d’Olonne un port privilégié, même si son entrée est difficile par mauvais temps. Pour la drague, les dundées embarquent 7 à 8 hommes, plus jeunes et plus robustes que pour la pêche au thon, car ce métier d’hiver exige une excellente condition physique.

 

Arrivé sur les lieux de pêche, la drague est filée et va rester toute la nuit à l’eau, amarrée par l’étrave, puis passée par le minou, en avant des haubans. Le chien permet de régler l’angle de dérive, alors que le dundée traîne son chalut à toutes voiles. Au petit matin, ce sont deux à trois heures exténuantes qui attendent les hommes. Le chien largué, les focs sont amenés et le bateau vient bout au vent sur sa drague que les hommes virent longuement au treuil. Une fois l’émerillon qui relie les deux pattes d’oie de la perche arrivé à l’étrave, celle de l’arrière est démaillée et ramenée à la poupe, ce qui permet de ranger la perche le long du bord pour vider le poisson du “bac” : soles, raies et poissons plats. Après dix jours, en moyenne, les bateaux rentrent au port.

Accostage d’un dundée armé en drague. © coll. Chasse-Marée

L’arrivée de l’été est la bienvenue pour les équipages, car les mois sombres à la drague sont synonymes de danger et d’éreintement, tandis que la pêche au thon est beaucoup plus facile. La drague débarquée et le dundée gréé de ses perches, 6 hommes embarquent. Le temps de rejoindre les flottilles morbihannaises et finistériennes – les sablais sont les plus prudents de tous et s’aventurent rarement au-delà d’une ligne Ouessant cap Finisterre –, les hommes gréent près de dix lignes, sur les perches mais aussi à partir du bord, munies de leur hale-à-bord. Pendant quinze à vingt jours, les lignes seront filées dès le lever du jour pour être rangées à bord le soir venu. Des journées entières se passeront à sortir les précieux thons, aussitôt tués pour qu’ils ne s’abîment pas en se débattant sur le pont. Parfois, deux ou trois jours suffisent pour remplir les tréteaux…