Le bac à voiles d’Arcachon est devenu en peu d’années l’outil polyvalent du Bassin. Le développement de l’ostréiculture, entre 1860 et 1890, y a généré la construction de nombreux bateaux de service, la pinasse s’avérant insuffisante pour assurer l’ensemble des travaux, notamment le transport des matériaux lourds. Concurremment aux pontons de charge (allèges), un grand canot de service réalise les plus gros travaux, mais les manutentions et les manœuvres restent nombreuses, et les pontons doivent être remorqués.

Dessin bac à voiles d'Arcachon

Bac à voiles d’Arcachon. © J. P. Guillou

Il manque sur le Bassin un type de bateau “permettant aux parqueurs de réaliser de sérieuses économies de temps et de main-d’œuvre. Ce bateau idéal devait porter une forte charge sous un tirant d’eau très réduit lui permettant de monter aussi haut que possible sur les terres ; il devait en outre, être rapide sur toutes les allures y compris le plus près, bien défendu, et, malgré ses dimensions, d’un prix d’achat modéré”, affirme en 1902 l’architecte naval Picamilh.

C’est à cette idée que réfléchit Auguste Bert, charpentier de marine émérite établi à Arcachon. Il construit un bateau expérimental destiné à assurer ses propres transports et la mise en place des corps-morts de yachts sur la rade d’Arcachon. Le succès est complet : le nouveau bac marche à bonne vitesse, évolue et gouverne avec facilité, remonte bien au vent et porte de lourdes charges sans rechigner. A. Bert s’inspire en partie des sharpies de type américain, bateaux d’ostréiculture de la côte Est, adoptés en France comme bateaux de plaisance, et redevenant outils de l’ostréiculture locale !

Pour réduire le coût de construction, le bac à voile est monté sur plusieurs quilles séparées, ayant chacune la hauteur du bateau, la sole et le pont étant respectivement posés sur celles-ci. Ces derniers peuvent ainsi être bordés en travers, ce qui diminue la longueur des bois à utiliser. L’ensemble forme un “caisson” d’une grande rigidité. Les chargements sont posés directement sur le pont, diminuant les manutentions.

Le tirant d’eau moyen est d’environ 30 centimètres, à peine 50 centimètres pour les plus gros bacs à pleine charge. C’est un dériveur intégral, la dérive passant au travers de la quille du milieu. Le faible creux n’étant pas suffisant pour tenir solidement le mât, il est maintenu par un second étambrai traversant un fort banc établi à environ 80 centimètres au-dessus du pont entre deux solides bittes.

Photo bac à voile arcachon

Le Président Pierre Malet, lancé en 1991. © M. Thersiquel

Le bac est gréé en sloup : foc sur étrave et grand voile bien apiquée sur corne et gui. Sur les plus petites unités, un petit bout-dehors fixe peut déborder le point d’amure du foc. Une grand voile au tiers non bômée est souvent utilisée sur les bacs se livrant à des transports volumineux ou au transport de passagers.

A. Bert invente aussi pour le bac à voiles un dispositif permettant au gouvernail de se déplacer transversalement et verticalement : ainsi balancé, il peut être immergé profondément quand on veut plus d’efficacité ou bien soulevé à fleur d’eau si un haut fond l’exige. Dans ce dernier cas, la dérive à pivot se relève d’elle-même dans son puits. La manœuvre s’effectue avec un personnel réduit.

La géniale simplicité de l’outil créé par Auguste Bert à la fin des années 1880 séduit aussitôt un grand nombre de professionnels. Le Président Pierre Mallet, réplique primée au concours du Chasse-Marée, voit le jour un siècle plus tard ! Il sera bientôt suivi d’autres unités de même type, tant son adaptation au Bassin reste excellente dans ses nouvelles fonctions.