Le dernier shantyman : Stan Hugill ou la mémoire des matelots de la voile

Revue N°018

A bord du schooner Leading Light en 1933. Stan Hugill et son ami Bill en mettent un coup pour étarquer une manœuvre. Il fait grand beau temps, le voilier est à peine gité. Stan pèse de tout son poids, un pied sur le râtelier, Bill reprend le mou qu'il tourne au cabillot métallique. A cette époque, il reste bien peu de voiliers marchands en Europe. Ce voyage transocéanique du Leading Light était un convoyage d'Angleterre en Guyane, où le bateau, un caboteur construit en 1906 à Ipswich, avait été vendu.
Par John Wright - Stan Hugill n'est guère connu en France, et c'est dommage. Ceux qui l'ont entendu chanter pendant les fêtes de Pors Beac'h, l'été dernier, conservent l'image étonnante de cet homme de 79 ans, débordant d'énergie, menant d'une voix puissante des shanties par dizaines. Ces chants de travail des marins de la voile, Stan les connaît depuis l'enfance. Embarqué comme mousse à l'âge de 14 ans, il a navigué sur les grands voiliers jusqu'aux dernières années de la voile, tour à tour matelot, bosco, et presque toujours shantyman du bord, de la Barbade à la Nouvelle-Zélande, du Chili à la mer du Japon. Spécialiste mondialement connu des shanties, Stan Hugill a publié en 1961 l'ouvrage le plus complet sur le sujet, Shanties from the seven seas où sont étudiées l'origine et l'utilisation des chants à bord, ainsi que les variantes de près de 500 thèmes chantés à bord des long-courriers anglais, américains, australiens, allemands, suédois, norvégiens, hollandais et français, que l'auteur avait pour la plupart collectés et interprétés lui-même. Parmi l'abondante littérature consacrée à ce sujet, tant par des marins que par des folkloristes, le livre de Stan fait toujours autorité; par son caractère exhaustif, et surtout parce qu'il a su faire la synthèse entre les deux démarches. Mais Stan est aussi un peintre, un dessinateur et un passionné de langues. C'est surtout un homme dont la mémoire aiguë a su ne rien éteindre: au cours des deux entretiens qu'il a accordés à notre ami John Wright, en 1965 et en 1984, passe le souffle d'une formidable liberté, une poésie forte, indestructible, que le temps ni aucune loi n'a jamais pu réduire.

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