Une famille de pêcheurs irlandais à l’écran

I Watched the White Dogs of the Dawn
« I Watched the White Dogs of the Dawn » est le deuxième volet d’une trilogie sur l’homme et l’environnement, dont le premier concernait la campagne, The Rabbit and the Teasel (2014, « Le lapin et le cardère »). © I Watched the White Dogs of the Dawn

À la fin des années 1940, le long voyage de Jean Rouch (1917-2004) sur le fleuve Niger s’achève dans le golfe de Guinée, sur les bords de l’Atlantique. Il est le fils d’un officier de marine, météorologue et compagnon de voyage du commandant Charcot. Sa vocation n’est pourtant pas maritime. Ingénieur des Ponts et Chaussées, ethnologue et réalisateur, Rouch était « chercheur au musée de l’Homme », la plus belle définition du cinéaste selon Jean-Luc Godard. En 1953, il crée dans ce musée le Comité du film ethnographique, qui défend le cinéma « vérité », ou « direct », contre les « docucus » pédagogiques. Une trentaine d’années plus tard, en 1982, un festival international est fondé sur la colline de Chaillot. À l’occasion de son quarantième anniversaire, une sélection de films sera projetée au musée du quai Branly-Jacques Chirac du 18 au 21 novembre (voir le programme sur le site, <comitedufilmethnographique.com>). Parmi les œuvres choisies, celle de l’artiste belge Els Dietvorst, I Watched the White Dogs of the Dawn (« Je regardai les chiens blancs de l’aurore »), primée en 2018, porte un regard singulier sur la vie des pêcheurs de Kilmore Quay, en Irlande, où la réalisatrice est installée.

Els Dietvorst n’assène aucun discours au spectateur : elle l’entraîne dans un monde qu’elle veut filmer au plus près, au plus juste. Son opus « maritime » est composé en deux parties. La première donne à voir sans commentaire la pêche des familles de Kilmore Quay, à pied et à la canne sur le rivage, au filet à bord des chalutiers. Dans un second temps, chacun des protagonistes, filmé sur un fond noir, exprime son expérience de la mer. Trois générations sont convoquées, de la grand-mère aux yeux pétillants à la petite-fille accompagnée de sa chienne, en passant par de solides gaillards tatoués.

La relation de confiance nouée avec la cinéaste se traduit par des témoignages puissants, dont la palette s’étend d’une critique en règle des quotas européens à l’apparition de l’esprit d’un naufragé. On passe ainsi du conte, intemporel, à un discours politique ancré dans la réalité sociale et économique d’un métier. Cette diversité est tissée par un questionnement sur la transmission des pratiques au sein des familles et de la communauté. Sans nostalgie ni pathos, Els Dietvorst interroge la durabilité de la vie des hommes et des femmes d’un petit port de la mer d’Irlande, tout en proposant une écriture originale : l’alchimie réussie d’un cinéma fidèle aux idéaux de Jean Rouch.  Vincent Guigueno

I Watched the White Dogs of the Dawn est le deuxième volet d’une trilogie sur l’homme et l’environnement, dont le premier concernait la campagne, The Rabbit and the Teasel (2014, « Le lapin et le cardère »).

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