Depuis sa création en décembre 2010, le Carré des canotiers nous a habitués à d’intéressants travaux, leur étude* récente d’une yole de course du XIXe siècle à deux rameurs en couple avec barreur s’avérant même un modèle du genre. Emmanuel Alassoeur, Frédéric Delaive et Jean-Jacques Gallardo cosignent la documentation de ce bateau, trouvé par hasard par Michel Petit en 2021 chez un ferrailleur du Poitou, qui allait être détruit et dont on ne savait rien. Pour le dater, les trois érudits l’ont observé. Si ses doubles tolets en bois le font naître avant 1880 – les dames de nage les ont alors supplantés –, sa coque en sapin raconte qu’il est postérieur à 1853 : cette essence plus légère que le chêne vient d’être en effet autorisée à cette date par la Société des régates parisiennes.

Peu à peu, les trois limiers progressent : « Comme beaucoup d’embarcations obsolètes, elle a dû être vendue en province pour servir dans les courses locales ou déclassée vers un usage de canot de promenade et de pêche. Le gros anneau d’amarrage, fixé sans doute plus récemment à l’avant, en témoigne. » La description de ce précieux témoin du passé continue : « Ce n’est pas une coque nue – comme souvent – qui a été retrouvée, mais un bateau presque complet avec ses planches de pied et une partie de son plancher (…). Cela nous permet de découvrir quelques merveilles comme ses avirons d’une forme ancienne et rare avec leur fine palette en cuillère et leur taquet en cuir. » S’ensuit une description si exhaustive de son architecture et de sa structure qu’elle suffirait presque à un bon charpentier pour la reconstruire, en s’appuyant sur la numérisation par photogrammétrie, réalisée dans le cadre de l’étude. ◼ Gwendal Jaffry

* à découvrir sur www.carredescanotiers.fr

 

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