S’il n’en reste qu’un, ce sera Robin !

En 1969, Robin Knox Johnston boucle son tour du monde en trois cent douze jours.

Cette année, Armel Le Cléac’h fait tomber le record du Vendée Globe à soixante-quatorze jours. Rien de tel que le livre d’Olivier Le Carrer – 69, année héroïque – pour mesurer l’écart vertigineux entre ces deux époques. L’auteur souligne d’abord l’inanité du règlement de la première course, qui autorise chacun à partir quand il veut, d’où il veut et sur le bateau de son choix. « Le Sunday Times réussit le hold-up parfait, écrit-il, récupérant une idée qu’il n’avait pas eue et ralliant à leur insu des gens qui n’avaient nul besoin de lui pour préparer leur propre aventure. » La suite s’en ressentira. Sur les neuf marins engagés dont ce livre passionnant retrace les différents sillages, un seul (Robin Knox Johnston) remplira le contrat. Tous les autres jetteront l’éponge, pour cause d’avaries (John Ridgway, Bill King, Chay Blyth, Loïck Fougeron, Nigel Tetley, Alex Carozzo), de crise métaphysique (Bernard Moitessier, qui choisit d’aller « sauver son âme » en Polynésie), ou de dépression (Donald Crowhurst). Olivier Le Carrer raconte et analyse tous ces rêves brisés, les voiliers inadaptés, fragiles et souvent mal préparés, les skippers aventuriers dont la plupart n’ont pas l’expérience du grand large, les aides à la navigation défaillantes – Chay Blyth est « bel et bien perdu » dès le lendemain de son départ –, le moral qui s’effondre, à l’image de Donald Crowhurst, effrayé par le défi que ses proches n’ont pas osé le dissuader de relever, qui tourne en rond dans l’Atlantique en inventant pour la presse une route plus héroïque, avant – probablement – de se suicider. Comme le rappelle Le Carrer, le vainqueur de l’épreuve, loin de fustiger le tricheur, rendra hommage à son courage en laissant à sa veuve la prime si durement gagnée du Sunday Times. « Les marins sont capables de comprendre la pression que Donald Crowhurst a dû subir, affirme sir Robin. Aucun de nous ne doit le juger sévèrement. » La tragédie de Crowhurst, le coup de théâtre de Moitessier, la grandeur d’âme de l’immense marin qu’est Knox Johnston ont fait de cette Sunday Times

Around the World Race l’odyssée fondatrice de la course au large.

« 69, année héroïque », Olivier Le Carrer

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