Roland von Bremen, réplique d’une cogue

© Matthieu Stoeckel

En 1962, à Brême (Allemagne), l’épave d’une cogue est retrouvée dans la Weser, le fleuve qui relie le port à la mer du Nord. Dix-huit années de travail seront nécessaires pour renflouer ce caboteur construit en 1380 puis préparer sa conservation au Deutsches Schifffahrtsmuseum à Bremerhaven (CM 171). Depuis, trois répliques ont été construites, Ubena von Bremen (1990), Hansekogge (1991) et enfin Roland von Bremen (2000), pour l’Exposition universelle de l’an 2000. Ce dernier chantier, financé par de l’argent public, est mené par Bremer Bootsbau Vegesack, une structure engagée dans l’accompagnement de chômeurs. Symbole de l’histoire maritime et du passé hanséatique de Brême, ce navire de 23,98 m de long (7,18 m de large, 1,80 m de tirant d’eau, 120 tonnes de déplacement) a finalement peu navigué, restant amarré au centre-ville de Brême, où un public nombreux l’a visité. Jusqu’à la nuit du 28 janvier 2014 où il coule, probablement suite au bris d’une vanne par le gel.

Une fois la cogue renflouée, elle sera cédée pour un euro par l’armateur brêmois Hal Över, son propriétaire, à l’association Bras e.V., engagée elle aussi auprès de chômeurs et pour l’intégration de réfugiés. Mais, très vite après le début du chantier de réparation, les charpentiers s’aperçoivent que les travaux seront bien plus importants que prévu. Un champignon, le polypore des caves, s’est attaqué au bateau. Si le chêne semble en bon état, l’intérieur de certaines pièces est comme liquéfié, aux dires des professionnels : un simple coup de poing suffit à traverser les clins par endroits. Les chênes utilisés ont été abattus en 1994. Ce bois était-il trop jeune à la construction ? Mal séché ? Mal traité ? Le chantier a-t-il été mal mené ? Les causes du problème, décelé dès 2012, sont multiples selon Andre Stuckenbrok, charpentier en chef du projet. « Certains choix, retenus pour pouvoir accueillir le public, ont aussi constitué un facteur aggravant, explique-t-il. Le pont, plat, ne permettait pas à l’eau de s’évacuer. Des boulons en acier, ajoutés par souci de sécurité, ont laissé entrer l’humidité, offrant aux champignons des conditions optimales d’expansion. Au final, seules les pièces façonnées de manière traditionnelle, comme les chevilles, ont résisté. »

Dans un premier temps, devant l’ampleur du désastre – 80 pour cent du bateau est atteint –, il est question de transformer la cogue en décoration urbaine ou en aire de jeux pour enfants. Heureusement, des financements publics permettent bientôt de lancer une restauration. Chaque pièce de chêne jugée récupérable – environ les trois quarts – est ainsi démontée puis passée dans une étuve à 80 °C environ afin de neutraliser les champignons. Même si la cogue originale n’avait pas de pont, on décide d’en remettre un – cette fois-ci avec du bouge –, d’une part pour accueillir du public, mais également pour évacuer les eaux de pluie et rigidifier la coque. Entorse à l’authenticité mais gage d’une parfaite étanchéité, les œuvres-vives ont aussi été recouvertes d’une épaisseur de liège puis d’un tissu en fibres naturelles stratifié époxy. Pour finir, les emménagements pour accueillir le public seront également réinstallés, mais pas la motorisation. Le Roland von Bremen retrouvera bientôt sa place sur la Schlachte ; la fin des travaux est prévue pour 2019, et Andre Stuckenbrok nourrit déjà le rêve de le voir naviguer plutôt que demeurer à quai comme prévu. • Matthieu Stoeckel

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