Leusden et Clotilda, navires témoins de la traite

Il existe encore peu d’épaves de navires négriers : aussi, lorsque la recherche permet de localiser une zone où certaines pourraient se trouver, les archéologues mènent des fouilles acharnées jusqu’à localiser précisément le bateau. Depuis dix ans, une équipe franco-néerlandaise tente ainsi de retrouver l’épave du Leusden, un navire hollandais échoué sur un banc de sable le 2 janvier 1738 au large de la Guyane. L’histoire en est macabre, puisque l’équipage du navire naufragé, après avoir cloué les écoutilles qui renfermaient dans les cales six cent soixante-quatre esclaves, s’est sauvé en laissant les captifs se noyer…

Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) et une équipe d’archéologues néerlandais ont mené trois campagnes de fouilles en 2013, fin 2019, et en novembre 2021 à l’embouchure du Maroni, le fleuve frontalier de la Guyane française et du Suriname, ancienne colonie des Pays-Bas.

L’équipe a scruté, avec drone, magnétomètre et plongeurs, 20 kilomètres carrés d’eaux troubles, parcouru de violents courants, à environ 4 milles des côtes. La présence de fer a été repérée, mais le mauvais temps a empêché la poursuite des investigations. L’équipe espère pouvoir revenir sur les lieux cette année, après avoir trouvé les financements nécessaires…

L’épave du navire négrier Clotilda, elle, a été mise au jour et identifiée en Alabama en 2019, et les fouilles (photo) se poursuivent à l’intérieur. Au terme de son dernier voyage, en 1860 – après l’abolition de la traite, qu’il poursuivit illégalement –, le capitaine Forster avait débarqué cent dix esclaves à Mobile, avant de saborder son navire. Inscrite au Registre national des lieux historiques, cette épave est le seul navire négrier américain conservé et son état de préservation, dans les limons du fleuve, est exceptionnel : les deux tiers de la structure du navire existent encore, notamment une partie des cloisons installées dans les cales.

Reposant à faible profondeur dans les eaux du fleuve, où la visibilité est très réduite, l’épave est fouillée à l’aide d’un sonar. Les archéologues espèrent retrouver de l’ADN humain, et des provisions dans les barriques en bois. Ils planchent aussi sur le moyen de préserver au mieux ce témoin de la traite.

« Le problème, c’est que lorsque vous fouillez quelque chose, vous détruisez le contexte, alors que c’est lui qui raconte l’histoire, explique Stacye Hathorn, archéologue d’État, missionnée par la Commission historique d’Alabama. Il faut être très attentif afin de réunir autant d’informations que possible, car vous n’avez qu’une seule chance. »

L’épave pourrait donc être laissée sur place et un mémorial construit à proximité, comme cela a été fait pour l’USS Arizona à Pearl Harbor.

Les chercheurs travailleront en lien étroit avec les descendants des esclaves du Clotilda, dont la dernière captive survivante s’est éteinte dans les années 1930.  Nathalie Couilloud

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