Les coraux et la dentelle

Corail artefact

Faire pousser des coraux sur de la dentelle… tel est l’objectif de l’artiste plasticien Jérémy Gobé, qui cherche à allier les savoir-faire anciens, les textiles et la création artistique. « J’ai commencé à m’intéresser aux coraux en 2010 après avoir trouvé des squelettes coralliens chez Emmaüs, à partir desquels j’ai créé plusieurs œuvres, raconte-t-il. En cherchant des informations sur ces animaux, j’ai été bien sûr sensibilisé à la problématique de leur disparition. » Mise à mal par le réchauffement des eaux, la régénération naturelle du tissu corallien, à partir des larves de coraux, n’est plus assez rapide : les scientifiques cherchent donc depuis plusieurs années un substrat à la fois souple, rugueux et transparent sur lequel les larves pourraient se développer.

En 2017, Jérémy participe à la préparation de l’édition clermontoise du Festival international des textiles extraordinaires et découvre, à cette occasion, un motif traditionnel de dentelle au fuseau du Puy-en-Velay, appelé point d’esprit. « Ce qui m’a frappé, c’est qu’il ressemble beaucoup à certains squelettes de coraux, reprend-il. Je me suis demandé s’il était possible de faire pousser ces organismes sur de la dentelle en coton, tissée avec un motif inspiré du point d’esprit mais plus proche du vrai dessin des coraux. Le coton correspond aux critères identifiés par les scientifiques pour le bon développement des larves. » Jérémy lance ainsi un programme de recherche qu’il nomme Corail Artefact, alliant sciences et art, pour tester son hypothèse qui est confirmée en laboratoire : la dentelle est un substrat potentiel pour les larves de coraux. « Mais le coton est une matière très gourmande en eau, qui se dégrade vite dans l’eau salée, et qui ne peut pas rivaliser avec les autres supports en plastique et en béton, plus polluants mais plus durables. »

Après des essais, notamment en Guadeloupe en 2020 avec la société Coraïbes sur des substrats en coton mais aussi fabriqués avec de nouvelles fibres pour tester différentes matières, Jérémy Gobé s’attelle actuellement au développement d’un tissu pour sa dentelle réalisée avec la société Solstiss (Calais-Caudry) à partir de polymères produits par des êtres vivants, en partenariat avec les entreprises Polymaris qui crée des molécules issues de micro-organismes marins et Codif, spécialiste en extraits naturels. L’objectif : une matière plus durable dans l’eau, mais moins polluante à la production que le coton.

En parallèle, il développe également un « béton écologique », fabriqué à partir de matières biosourcées avec l’entreprise vendéenne Hoffman Green Cement Technology, pour y fixer ses futurs ouvrages de dentelle et ainsi construire de véritables récifs pour les coraux.

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