Les barges laitières d’Amsterdam

Pendant plus de trois siècles, pour livrer leur lait à Amsterdam, les producteurs de Waterland, une zone rurale au Nord de la capitale, doivent traverser l’IJ, une vaste mer intérieure, aujourd’hui partiellement asséchée, s’étendant entre le Zuiderzee et la mer du Nord.

© Petra Noom

Ce trafic très particulier est assuré par une flotte de « melkschuiten » (barges laitières). Ces bateaux sont conçus pour naviguer dans les eaux peu profondes voisines des élevages, franchir des écluses, passer sous des ponts, mais aussi affronter les colères de l’IJ. La traversée de ce plan d’eau, soumis aux marées et très agité quand le vent s’oppose au courant, est dangereuse, car les barges sont presque complètement ouvertes, ne disposant que d’un pontage partiel à l’avant et à l’arrière.

Depuis le XVIIe siècle jusqu’au début du XXe, les barges laitières – dont les formes et le gréement n’ont guère évolué – remplissent leur office quotidiennement, le lait devant être livré aussitôt après la traite, sous peine de tourner. Les patrons, qui se font un point d’honneur de livrer leurs fûts au plus vite, ne renoncent à le faire qu’au plus froid de l’hiver, quand l’IJ est gelé.

Les plus grands « melkschuiten » mesurent 10 m de long et peuvent- transporter jusqu’à 2 000 litres de lait. Ils ont un fond plat, des flancs inclinés bordés à clin, une proue élancée bien défendue et un arrière pointu. Leur gréement – un cas unique dans la flotte traditionnelle néerlandaise – est celui d’une goélette à deux voiles triangulaires à bordure libre, la grand-voile étant bômée. Ce gréement peut être abattu aisément – les voiles dont le guindant est lacé sur le mât sont alors roulées sur leur espar – pour passer sous les ponts. Une unique dérive latérale, toujours placée sous le vent, permet de mieux remonter ; au port, cet appendice sert aussi de passerelle. La barge peut également être propulsée à l’aide de deux ou trois paires d’avirons.

Concurrencée par le charroi, cette flotte s’éteint dans les années 1900. Aussi Gerrit Schutten surprend-il les lecteurs du Spiegel del Zeilvaart lorsqu’il évoque le « melkschuit » dans un article intitulé « Les Navires perdus ». Il n’en faut pas plus pour que se crée, en 2007, l’association Waterlandse melkschuit, qui entreprend d’en reconstruire un exemplaire. Lancée en 2014, cette barge de 9 m de long déplace 1 500 kg et porte 18 m2 de voilure. Elle est baptisée Jacob van Zalinge – nom d’un éleveur laitier et poète de Zunderdorp – par le maire d’Amsterdam, qui lui a bien sûr ondoyé l’étrave avec un verre de lait. 

Crédit iconographique : Petra Noom

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