Le Saint-Jacques, unique témoin des houordes

vaquelotte Monument historique
Le Saint-Jacques, unique témoin des houordes. © Coll Hervé d'Andigné

Quand, l’été dernier, Hervé d’Andigné nous a annoncé le début de la restauration du Saint-Jacques aux chantiers d’Isigny-sur-Mer, on le sentait heureux, très heureux ! Il faut dire que c’est un beau cadeau qu’il fait là à sa vaquelotte qui fête cette année ses quatre-vingts ans… Le Saint-Jacques est donc construit en 1937 par Pierre Bellot à Saint-Vaast-la-Hougue sur un plan établi onze ans plus tôt par M. Boudard,
de Grandcamp, dessin qui servira à plusieurs bateaux. Ce canot creux de 6,73 m de long, 2,71 m de large et jaugeant 4,16 tx, a été mis sur cale pour le compte de Julien Jeanne, de Cosqueville. Celui-ci navigue à la voile pure jusqu’à la fin de la guerre, puis il monte un hors-bord sur une chaise latérale, motogodille bientôt remplacée par un Bolinder in-bord puis un Couach.
En 1952, Julien cède son bateau à Jacques, son fils et matelot qui va s’en servir jusqu’à sa retraite, en 1979. Trois ans plus tard, Jean Hubert, un pêcheur de Cherbourg, l’acquiert, mais il ne s’en servira guère. En 1991, les pilotes, qui viennent de perdre leur canot de lamanage CH1 envisagent un temps de l’acheter, mais c’est finalement le foyer des élèves du lycée Grignard qui en fait l’acquisition. Ces lycéens vont alors restaurer la vaquelotte juste à temps pour participer au concours Bateaux des côtes de France et rallier les fêtes de Brest 92.

Après le foyer, le bateau est délaissé… C’est donc un véritable sauvetage qu’opère ces mois-ci Hervé d’Andigné,
un sauvetage d’autant plus important que le Saint-Jacques présente un intérêt unique, comme le souligne François Pochon. « C’est
le dernier voilier de travail à avoir conservé ses houordes, des sabords qui servent au passage des avirons, explique le spécialiste des bateaux normands. Cette caractéristique est d’autant plus importante que les quelques propriétaires qui ont essayé récemment d’équiper leur vaquelotte de houordes ont connu les pires désillusions. Il faut en effet que les bancs et les lisses aient des dispositions particulières, sinon il est impossible de nager confortablement sur une longue distance. » Grâce au soutien et à l’implication de plusieurs collectivités – drac, conseil départemental, Région, etc. –, le Saint-Jacques, classé Monument historique en février 2014, devrait naviguer à nouveau en juin prochain.

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