Le Longitude Act

Lors d’une récente croisière aux Sorlingues, nous avons découvert la modeste stèle érigée à la mémoire de l’amiral Cloudesley Shovell (portrait ci-dessous) dans l’anse de Porth Hellick, au Sud-Est de St. Mary’s.

Longitude act
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C’est là que son corps fut retrouvé après le naufrage du HMS Association sur les récifs de Gilstone Ledges. En cette nuit du 22 octobre 1707, une partie de son escadre, qui revenait du siège de Toulon, s’échoua sur l’archipel, causant la mort de mille quatre cents à plus de deux mille hommes.

Cette tragédie suscita une telle émotion en Angleterre qu’en 1714, la reine Anne promulgua le Longitude Act promettant une récompense de 10 000 £ à qui serait capable de déterminer la longitude d’un navire en haute mer à 1 degré près et le double à qui saurait la calculer à 0,5 degré près (soit à 30 milles près sur l’équateur). Des milliers de candidats, des plus savants aux plus farfelus, ont déposé un mémoire au Board of Longitudes (Bureau des longitudes) spécialement créé à cette occasion. Et très vite il est apparu que seules deux propositions étaient dignes d’intérêt : d’une part, la méthode des distances lunaires soutenue par Nevil Maskelyne et Tobias Mayer, d’autre part la méthode chrono-métrique défendue par le génial artisan horloger John Harrison. C’est finalement cette dernière qui s’imposera sur le long terme car elle va se révéler la plus précise et la plus facile d’emploi.

Ironie de l’histoire, il apparaît aujourd’hui que le naufrage de l’escadre anglaise n’était probablement pas dû seulement à une erreur en longitude comme on l’a cru à l’époque, mais à une erreur globale de positionnement y compris en latitude. L’escadre avait quitté la terre de vue depuis Gibraltar. Le mauvais temps et une forte nébulosité dans le golfe de Gascogne n’avaient pas permis d’observer régulièrement la latitude, le jour avec le Soleil et la nuit avec la Polaire. Par ailleurs, les visées au backstaff (quartier de Davis), surtout dans la houle, étaient difficiles. En outre, tous les instruments de l’estime (compas, loch, renard, cartes) étaient également imprécis. Au XVIIIe siècle, on négligeait à ce point la déviation du compas que les officiers de quart déposaient parfois leurs pistolets dans son habitacle. La rose de cet appareil ainsi que le renard n’indiquaient généralement le cap qu’à un rhumb près, soit 11,25°. Quant à la carte de l’époque, elle plaçait les Sorlingues 8 milles trop au Nord…

Association Sinus He la mer et les hommes

Une version longue de cet article peut être lue sur le site de l’association Sinus He la mer et les hommes : <www.sinushe-lameretleshommes.fr/azimut-petits-propos-maritimes/>

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