Le génie romain à bon port

> Le génie maritime romain

Notre assignation à résidence n’y est pour rien, mais on reste au port aujourd’hui. Ce lieu honni par Cicéron, « où le commerce apporte de loin, non seulement des marchandises, mais des mœurs étrangères qui ne laissent rien de stable dans les institutions… L’agrément même d’un tel lieu présente aux passions une foule d’attraits pour le luxe et la paresse. » Bref, et sans rigoler, un lieu beaucoup trop « romantique » pour le vertueux paysan-soldat républicain, son idéal.

C’est pourtant de la Mare Nostrum que Rome tirera sa grandeur. Pour cela, les navires ne suffisent pas, et il faudra des ports à ce peuple réputé, à tort, peu marin. Le Génie maritime romain, de Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin, raconte l’édification de ces havres militaires et marchands tout autour de la Méditerranée. Où et comment étaient-ils conçus ? Comment les Romains construisaient-ils brise-lames, jetées, digues et quais, sans oublier les cales couvertes de leurs arsenaux, les entrepôts et les phares ?

Cette remarquable synthèse de très nombreux travaux archéologiques, éclairée en particulier par l’architecte Vitruve (plus inspiré que Cicéron sur le sujet, un siècle après lui), est illustrée de centaines de dessins de Jean-Claude Golvin, maître de la restitution archéologique par l’image. Elle commence au Ier siècle avant notre ère, quand se diffuse l’usage – deux mille ans avant le ciment de Portland – du béton maritime préparé à partir de pouzzolane. Un matériau à la base de l’édification de l’empire portuaire, avec des sites particulièrement conservés comme celui de Leptis Magna (Libye), mais aussi ceux de Forum Julii (Fréjus) et bien sûr du plus grand complexe portuaire de son temps, celui de Portus-Ostie, voulu par l’empereur Claude pour l’approvisionnement de Rome.

C’étaient de fiers et prodigieux constructeurs que ces Romains-là, les premiers bétonneurs de la Méditerranée. Un exemple pour leurs successeurs, et une bonne leçon pour Cicéron.

> Le génie maritime romain

Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin, Actes Sud/Errance, 224 p., 35 €

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Les derniers articles

Chasse-Marée