Le bautier Saint-Maurice en péril

Cela fait dix ans qu’il est là, le Saint-Maurice, et douze ans que l’association Cherbourg-voiles cotentines se bat pour sauver ce bautier.

Comment sauver le bautrier Saint-Maurice
Comment sauver le bautrier Saint-Maurice. © Ouest France

En 2005 déjà, Le Chasse-Marée (CM 176) consacrait une page à ce « chef-d’œuvre en péril dans le Cotentin ».Depuis lors, les membres de l’association ont travaillé à sa restauration, mais au rythme lent des entrées d’argent, car il faut bien payer le bois. Le chantier s’éternise et aujourd’hui, Emmanuel Guérard qui l’accueille gracieusement – sur une partie du terrain de Tourlaville que loue son entreprise de transport aux Ports normands associés – doit jeter l’éponge. Son loyer a augmenté et il ne peut plus assumer la location de ces 300 m2. Le Saint-Maurice, qui n’est plus transportable, est tout bonnement menacé de destruction. Air connu.

Déjà, quand il avait coulé dans le bassin Carnot d’Honfleur, en janvier 2004, on l’avait cru condamné. Mais Serge Loit, qui avait reconnu l’ancien bateau patronné par son oncle Émile Omont, avait mobilisé ses amis et créé une association pour le sauver. Trois mois plus tard, la coque était grutée sur un camion Guérard et transportée à Tourlaville. Les adhérents se sont ainsi retrouvés chaque mercredi pour gratter, poncer, scier, clouer… Et quand le manque d’argent paralysait le chantier, ils se plongeaient dans les archives, allaient interroger les anciens pour reconstituer l’histoire du bateau.

Le Saint-Maurice est un des derniers « dundées bautiers », type de bateau mixte doté d’un gréement modeste et d’un moteur peu puissant (un Baudouin de 75 ch), intermédiaire entre les voiliers purs et les unités à moteur. Long de 14,50 m, jaugeant 22,92 tx, il est construit à Barfleur chez André Bellot et lancé en janvier 1950 après huit mois de travaux. Henri Choisy, qui a travaillé sur ce chantier, s’en souvient fort bien. Même que le commanditaire Jules Lefèvre, à cheval sur la qualité, avait fait changer un barrot où il avait vu de l’aubier.

D’abord armé aux cordes à Cherbourg, le Saint-Maurice est transformé en chalutier en 1968 et exerce ce métier jusqu’en 1989 à Port-en-Bessin. Il passe alors à la plaisance, puis est acquis par une association qui ne parvient pas à l’entretenir. Pendant une dizaine d’années la coque est plus ou moins abandonnée dans le port d’Honfleur, jusqu’à ce qu’elle y sombre.

L’histoire du Saint-Maurice va-t-elle cette fois s’arrêter pour de bon ? Ce serait un mauvais coup pour notre patrimoine maritime et bien mal récompenser tous ceux qui lui ont consacré tant d’énergie. 

Crédit iconographique : Ouest France

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